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il n'y a point de patrie pour eux ; ou du moins ils n^ont point d'intérêt commun avec des maîtres qui ne connaissent eux-mêmes que leur seul intérêt. Sans âme , sans émulation , ce sont des membres morts d'un corps vaste et mal organisé. Il ne faut donc pas s'étonner si leurs armées sont sans généraux^ sans courage et sans force.
Le grand roi , c'est ainsi qu'on nommait le roi de Perse , n'était grand que par le faste qui l'enveloppait ; et la grandeur des courtisais qui se prosternaient devant hii , dépendait unicpiement de leur adresse à tirer à eux quelques lambeaux de ce faste, et à s*en couvrir. Un Aristide parmi eux eût été sans considération.
Ils ne sentaient pas le besoin d'acquêt des talens et des vertus, et ils n'en acquéi*aient pas : il leur suffisait de plaire pour s'élever, et il était facile de plaire à un prince d'ordinaire sans discernement. Le monarque stupide les croyait propres à tout , parce qu'ils avaient l'honneur d'apj^ocfaer de sa personne. Il ne savait pas que si l'art d'amuser peut s'apprendre à la cour, où l'étiquette semble avoir fait un art de l'ennui , les talens utiles ne se cultivent que loin du trône. Il donnait sa confiance , il la retirait , il ne savait à qui la laisser. On abusait continuellement de sa faiblesse : l'intrigue disposait de toutes les places ; le généralat même nVtait pas toujours une marque de faveiTr : souvent c'était seulement im moyen
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pouir éloîg^ner un courtisan aimable , redoutable à ses rivaux, et qui, à la tête des armées, n'était riett moins que redoutable.
Il suffit donc de comparer les Perses et les uïiS'd'TTÏ Grecs , pour juger de quel côté devait être l'avan- (£?."' *** tage. Cependant la puissance de la Grèce portait sur des fondemens peu solides^ Ouvrage de ces généraux supérieurs <^i s'étaient succédés sans interruption, elle dépendait encore de Tunimi de tous les peuples. Cependant la paix avec la Perse devait diviser ces répidiHques rivales, dès qu'un ennemi commun ne les forçait plus à être imies. Les Athéniens, en dissipant la crainte qu'on avait du grand roi, auront donc travaillé contre eux-^ mêmes. On ne sentira plus la nécessité d'être leur allié. Ils s'affaibliront par conséquent , et toute la Grèce s'affaiblira avec eux.
Nous avons vu que , pour asservir le» provinces, Athènt», cm
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on a knaginé de les rumer. Il y a une autre ^\'i!5ii[i*^"' politique qui n'est pas si bari)are : elle con-^ siste à amollir les peuples pour leur ôter jus^ qu'au désir de se soulever. Quoique cette politique , pratiquée dans tous les temps , ait été louée par les historiens , elle n'en est pas moins condamnable : après avoir été funeste aux peuples , elle finit par l'être aux princes. Il n'y a qu'une manière d'être obéi , Monseigneur , c'est d'être juste ; et un souverain équitable ne craint jamais que ses sujets soient trop puissans.
Dans les comniencemens , les alliés d'Athènes fournissaient leur contingent en argent, en hommes et en vaisseaux. Dans la suite , lorsqu'ils ne craignirent plus les irruptions des Perses , il se dégoûtèrent des Éafigues; et, laissant aux Athéniens le soin de la guerre ^ ils n'y voulurent contribuer qu'avec de l'argent. Cimon ne s'y opposa point : il les entretint au contraire dans le goût du repos , jugeant qu'en cessant de manier les armes, ils seraient moins les alliés que les sujets d'une république toute guerrière. Par cette conduite , la puissance des Athéniens dans la Grèce ne fut que l'effet de l'impuissance des autres peuples ; et sans être plus puissans en eux-mêmes , ils ne le furent que par comparaison avec le reste de la Grèce, qui s'affaiblissait.
Cependant leur supériorité ne pouvait être que passagère* D'un côté, il était naturel qu'Athènes, ivre de ses succès , abiisàt de l'ascendant qu'elle avait pris ; de l'autre , il était naturel également que les alliés , qui se croyaient libres , ne s'accoutumassent pas à ê(ïe traités comme des sujets. Pour secouer le joug, ils n'avaient qu'à se jeter dans le parti de Lacédémone. C'est aussi ce qui arrivera. Ces deux républiques ne seront désormais occupées qu'à s'affaiblir réciproquement, et leurs querelles prépareront l'asservissement de la Grèce.
•oa.îiî.ir"î's! Vous remarquerez , Monseigneur , en étudiant
loujoars tjrao.
Câuseï des dÎTiftion» de la Grèce.
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l'histoire , qu'un peuple souverain est toujours le tyran des peuples qui soiit sons sa domination. JC'est qu'il a lés défauts des mauvais princes : léger , inconstant , capricieux , il se nourrit de projets ; il ne prévoit rien , il tente une entreprise sans l'avoir préparée , il s'aveugle par ses succès , il ne s'instruit point par ses^utas, il s'irrite contre les obstacles , il s'offense des remontrances ; il n'écoute que les flatteurs , il veut absolument tout ce qu'il veut.
Si un pareil peuple se porte jamais aux choses frivoles, il s'y portera uniquement. Il oubliera ses vrais intérêts , il ne ménagera aucun de ses alliés y il les vexera , il sacrifiera tout à ses iantabies. £n un mot , corrompu par des flatteurs , bien plus habiles que ceux qui assiègent les monarques , il ira d'égarement en égarement , et d'excès en excès. Voilà ce que deviendront les Athéniens.
Les Spartiates ne gouverneront pas avec moin^ de tyrannie. Ces soldats mépriseront les autres peuples de la Grèce , qu'ils regardent comme de vils artisans. Jaloux. d'Athènes, ils ne pardonne-, ront pas aux alliés d'avoir été sous la protection de cette république. Ils n© leur tendront les bras que pour se venger sur eux de la supériorité qu'elle a eue ; et ils croiront pouvoir tout se permettre avecçles peuples qui auront besoin de leur appui. Ainsi, placés entre ces deux républiques ,
les alliés , exposés aux vexations de Tune et de Fautre, ne sauront à laquelle s'attacher; et les li* ^es , dissipées aussitôt que formées , chaqgeroni continuellement la face de la Grèce.
ii«i.GrtTe'li" Les alliés ne pouvaient pas être citoyens de iNU|ieur»dima. SpdTtc i la différence des moeurs et du gouverne* ment ne le permettait pas. Mais ils auraient pu l'être d'Athènes; et, si cette république leur en eut accordé le titre et les droits , c'est alors qu'elle eût été puissante : la Grèce , qui n'eût fait qu'un peuple , eût continué d'être Éormidable aux puissances étrangères.
Cette politique était trop contraire k l'esprit des Athéniens. Ils voulaient être libres, ils voulaient donner la liberté ou l'oter. Mais ils avaient eu de grands succès^ et ils aur«dent craint <l'ett partager la gloire. Les peuples de la Grèce étaient donc condamnés à être désormais toujours fai«blés , comme ils étaient condamnés à se détruire par leurs dissensions.
Il a été un temps où ils avaient tous une même &çon de penser , bornant chacun leur ambîtioa .à être libres , et mettai:^ leur gloire à se donner mutuellement la liberté. Tout est changé. La jalousie qui les artne , ne leur permet plus d'avoir d'intâ*êt commun. Cette jalousie , dont la guerre avec la Peise a suspendu les effets , va enfin écia«ter; et ces peuples, impatiens de se nuire, n'écoi»teront que des conseils permcîevx. Les républi*
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ques ne seront occupées que des moyens de se donner la loi les unes aux autres : le citoyen voudra commancier à sa patrie, qui ne veut point de maître ; et l'ambition régnera plus que jamais. Une chose cependant caractérise les Grecs , c'est qu'un ambitieux ne pourra réussir , qu'autant qu'il aura des talens. Le mérite Jes subjugue plutôt que la force y et ils sont prêts à secouer le joug, si celui qui commande n'obtient pas leui^ estime.