H1ST0IR
plus , qu'on ne pouvait pas présumer qu'il en fut capable : c'était un capitaine qui avait toujoiu^s servi avec distinction.
' L'exemple d'un pareil Spartiate , corrompu si subitement , devait faire trembler pour tous les citoyens. Aussi les plus sages blâmèrent Lysandre ; et les éphores proscrivirent , par un décret , tout cet or et tout cet argent. Mais Lysandre voulait porter atteinte aux lois de Lycurgœ. Par l'attention qu'il avait eue d'abolir dans toutes les villes la démocratie , et d'y établir des tyrans à sa dévotion , il était déjà en quelque sorte le souverain de tous les peuples ipumis à Sparte : il se flattait de le devenir encore de cette république , lorsque l'usage des richesses, ayant corrompu les citoyens, en aurait fait autant d'âmes vénales. Tout préparait cette corruption , puisque Sparte était forcée par les circonstances à devenir riche ou à mendier continuellement à la porte des satrapes.
Darius Nothus venait de mourir et avait laissé la couronne à Arsace , autrement Artaxerxe Mnémon. Mais Cyrus armait secrètement pour enlever le trône à son frère. A l'ambition , ce prince jpignait du courage, des talens, et il avait un parti puissant. Il pouvait donc réussir, et Lysandre se flattait de trouver en lui un appui.
Voilà les moyens sur lesquels cet ambitieux fondait toutes ses espérances. Il lui importait donc de £itre révoquai* le décret des éphores , et
▲NCIENICE. !à^'J
c^est à quoi ses partisaiis réussirent. A la vérité on ne cionna pas un libre cours à l'or et à l'argent : on en défendit l'usage aux particuliers ; et , le réservant pour les af&ires de la république , on le déposa dans le trésor public. On prévit que , dès que l'état ferait cas des richesses, il ne serait plus possible qu'elles fussent méprisées des citoyens ; et que par conséquent la loi qui leur en défendait l'usage, serait bientôt éludée : c'est ce qui arriva. Lysandre a été l'époque de la décadence de Sparte, parce qu'il l'a hâtée : d'ailleurs il n'a pas réussi dans ses projets.
Alcibiade , qui voyait les desseins de Cyrus , et ^j ","*/* '*'^**" qui désirait de rendre la liberté aux Athéniens , espéra d'dbtenir des secours à cet eflfet , s'il révélait au roi de Perse la conspiration qui se tramait. Dans cette vue, il partit de la Chersonèse pour se rendre à la cour d'Artaxerxe : mais les Spartiates , avertis de ce voyage , envoyèrent après lui , et le firent assassiner. C'est avec cette lâcheté qu'ils paraient les coups d'un ennemi qu'ils redoutaient Dans toute cette guerre du Péloponèse, on ne peut s'intéresser ni pour Athènes , ni pour Lacédémone.
Théramène , un des trente tyrans d'Athènes , Gouwnfment
' J ' de$ tr«nt« ly-
s'étant élevé contre les cruautés de ses collègues , '"*• Critias, le principal d'entre eux, l'accusa devant le sénat de troid>ler l'état ; et , sans attendre le jugement des sénateurs, le condamna lui-même
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à mort , et l'envoya au supplice. Socrate seul prit la défense de Théramène ^ et voulut le soustraire à cet arrêt injuste : ce fut inutilement. .
Après la mort de ce collègue, qui pouvait au moins réprimer quelquefois les vexations > les tyrans ne connurent phis de frein. Les emprisonnemens, les meurtres s^ répétaieilt chaque jour : il périt plus de citoyens en huit mois , qu'en trente ans de guerre ; et le peuple , consterné , n'osait laisser échapper Yme plainte. Socrate seul élevait la voix^ et était libre encore.
ThrMy>»«>«»« Les citoyens les plus considérables sortirent d'Athènes, ayant Thrasybule à leur tête* Sparte défendit à toutes les villes de les recevoir; et il n'y en eut que deux qui leur ouvrirent un asile, Thèbes et Mégare. Lysias , orateur de Syracuse , leur envoya cinq cents soldats , qu'il avait levés à ses dépens , voulant secourir la patrie commune de l'éloquence.
4o8. Enfin Thrasybule chassa les tyrans : il-fit rap-
peler les exilés, et on confia le gouvernement à dix citoyeïte, qui abusèrent encore de leur ]f)Ouvoir. Le peuple voulait poursuivre les complices des vexations commises sous les trente : Thrasybule , jugeant que ces recherches occasioneraieht de nouveaux désordres, inspira d^autres sentimens; et on publia une amnistie, par la quelle tous les citoyens jurèrent d'oublier le passé.
tâïuftoln'it Lacédéœone arma pour rétablir les trente, et
le roi Pausanias marcha contre les Athéaiens , avee des sentimens néanmoins bien di£férens de ceux d'un Spartiate. Touché du sort de cette république , il la favorisa secrètement, et les tyrans furent égorgés^ Pausanias , à son retour , fut cité comme ayant trahi Tétat, et il se vit au moment d'être condamné à mort.
Ce fiit a}H*ès ces événemens qu'éclata Ut révolte cyrJÎ uliVIî! de C3rrus. Ce prince perdit la vie dans la bataille qu'il livra à son firère ; et dix mille Grecs , qui avaient été vainqueurs à l'aile droite , firent une 4oi. retndte aussi hardie dans le projet qu'étonniinte dans l'exécution. Xénophon, un de leurs chefs, ^
en a laissé l'histoire.
Les villes d'Ionie s'étaient déclarées pour Cyrus. u^Çîîî,^'^!!*!!
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Sparte , qm les vit exposées au ressentunent du pw^ou •• pro- vainqueiur, arma pdfeir défendre leur liberté, et **•• osa déclarer la guerre au grand roL Les triomphes de la Grèce, depuis la journée de Marathon jusqu'à la paix de Cimon , promettaient à cette république des succès que la retraite des dix mille paraissait assurer. Elle ne pouvait pas ne pas mépriser les Perses, quand elle les voyait , après une victoire , hors d'état de couper la retraite à un petit nombre de Grecs, qui devaient périr par les obstacles seuls que la nature opposait à leur retour, dans un espace de cinq à six cents lieues.
Cettevastemonarchieavaitd'ailleursdanssacon- J^^""^^^
coosnittiion ne
stitution un vice qui en rendait la conquête fadlew d'ei pîïïîr*"'
a3o HISTOIRE
Les satrapes , dans les provinces éloignées du mo«narque , étaient en quelque sorte des souverains : car Tusage leur avait donné plusieurs prérogatives de la souveraineté. Ils imposaient les peuples : ib disposaient des gouvernemens de toutes les places : ils nommaient à tous les emplois militaires : ils levaient des troupes : ils £atisaient la guerre : ils faisaient la paix : ils armaient les uns contre les autres : ils traitaient avec . les états voisins ; et , dans les alliances qu'ils contractaient, ils consultaient chacun leurs intérêts plutôt que ceux de la monarchie. Ils ne paraissaient sujets , que parce qu'ils agissaient au nom du roi , qu'ils lui envoyaient une partie des tributs , et qu'ils étaient amovibles.
Quoique le monarcpie eût le droit de les révoquer , il n'en avait pas toujours le pouvoir. Forcé à les ménager , il mettait toute sa politique à les diviser ; et il conservait son autorité sur tous, moins par sa propre puissance que par la crainte où ils étaient les ims des autres. Si un d'eux lui faisait ombrage , il ne lui restait d'autre ressource que de le faire assassiner : ressource odieuse, qui décèle la faiblesse du monarque.
Les rois de Perse divisaient donc pour commander ; et ce sera là dans tous les siècles le plus grand secret de la politique. Mais , Monseigneur , vous remarquerez toujours que ce secret sera une source de désastres. Si la mésintelligence des sa-
fruit.
AWCIEBTNI. a3l
trapes assurait là domination du monarque sur les provinces, elle pouvait lui être funeste , parce que la monarchie restait sans défense contre les nations étrangères. Des satrapes divisés auront des intérêts difiGérens : le bien général de l'empire ne les réunira jamais : ils ne se donneront pas les secours dont ils auront réciproquement besoin : ils arme* ront dans toute autre vue que pour défendre la monarchie ; et chacun d'eux se flattera de trouver son avantage dans une révolution.
D'après l'état de cette monarchie , on peut juger . 5p.rt« «ur»
*^ ' r J O d«* svccè» «ans
qu'elle aurait succombé sous les armes de Sparte, si tous les Grecs eussent été attachés à la fortune des Spartiates , comme , du temps de Cimon , ils l'avaient été à celle des Athéniens ; et , ce qui fera le salut de la Perse , c'est que cette république ne sentira pas que , faible par elle-même , elle n'est puissante que par ses alliés. La dureté de son gouvernement les lui avait déjà fait perdre une fois : Athènes, qui les avait acquis, et qui avait commis la même faute , les avait également perdus. Ç'au* rait été là des leçons pour Lacédémone , si les états s'instruisaient par les revers ; mais malheureusement il est rare que l'expérience les éclaire , ou du moins elle est long-temps avant de les éclairer. Sparte , au milieu de ses succès , aura donc encore l'imprudence de se rendre odieuse à ses alliés ; et, pour chasser les armées de cette république , Artaxerxe n'aura qu'à soulever contre elle les
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ennemis qu'elle se fera dans la Grèce. C'est ce qui
va arriver. ,
dwiÏÏî^fiîîi Conon , qui avait perdu la bataille d'Égos , s'était
Sîw ir^mj retiré auprès d'Évagoras, roi de Chypre, se re-
^^""^ prochant les malheurs que sa défaite avait attirés
sur Athènes , désirant de rétablir la puissance de
cette répubUque , et n'attendant que le moment
favorable. Ctésias était alors à la cour de Perse.
Auparavant attaché à Cyrus , il l'avait suivi. Il fut
fait prisonnier, et Artaxerxe le fit son premier
médecin '.
Il était facile de faire sentir à Artaxerxe combien il lui importait d'humilier Sparte et de relever Athènes. Conon lui écrivit à ce sujet , et adressa sa lettre à Ctésias qui la remit à ce prince. Dans le même temps Pharnabaze , qui se rendit à Suse, appuya les projets d^ Conon, et accusa Tissa* pherne , dont il était ennemi , de nuire aux affaires du roi par son obstination à favoriser les Lacédémoniens. Sur ces remontrances, Artaxerxe donna ses ordres pour faire équiper une flotte en Phénicie , et il en confia le commandement à Conon. snt^ d'Agi. A la nouvelle de ces préparatifs , Sparte résolut de pousser vivement la guerre qu'elle venait de 397. commencer ; et Agésilas , l'un des rois , passa en Asie, Il eut, dans les deux premières campagnes,
' Il a écrit l'histoire de Perse et celle de l'Inde. Les extraits que Photius a faits ée Time et de Tautre, sont tout ce qui noos^ en reste.
•ilM
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de si grands succès , que la monarchie de Perse parut menacée d'une révolution. Les provinces , prêtes à se révolter, commençaient à rechercher l'alliance de Sparte : les Barbares, qui arrivaient de toutes parts , grossissaient l^armée de cette république ; et Agésilas méditait de porter la guerre jusque dans la haute Asie.
Il était temps de faire une diversion en Grèce, spilf!"*"*" Tithrauste, qui, par ordre d'Artaxerxe, avait assassiné Tissapheme , était alors satrape de Lydie. Il chargea Timocrate de Rhodes de parcourir les villes de la Grèce, et de les soulever contre Sparte. En général , disposées à secouer le joug, plusieurs se déclarèrent aussitôt. L'argent , que Timocrate répandit parmi les principaux citoyens , hâta le soulèvement.
Axgos , Thèbes , Ck)rinthe firent une ligue ; et H^bientôt après , Athènes se joignit à ces trois villes : elle était solUcitée par les Thébains, qui avaient fourni à Thrasybule des armes pour chasser les tyrans.
Les Lacédémoniens levèrent deux armées , qui ..^îT.*** ^^" entrèrent dans la Phocide. Lysandre , qui en commandait une, fut tué dans un combat près d'Haliarte. Le roi Pausanias, qui commandait l'autre, ne crut pas devoir hasarder une seconde action , et revint à Sparte. Il fut cité pour rendre compte de sa conduite; et, ayant été condamné à mort, il se retira à Tégée , où il mourut l'année suivante.
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conli' pis d« ^"^ ^^ entreÉaites , Conon , qui commandait la cnide. flotte d'Artaxerxe , défit celle de Sparte près de
394. Cnide , ville de Carie. Cette victoire enleva Feirfpire de la mer aux Lacédémoniens : ils perdirent leurs alliés , qui n'attendaient que le moment de secouer le joug, et ils se trouvèrent presque sans forces en Grèce et en Asie. Ils ne se relèveront plus. Alors Agésilas , qui avait été rappelé , livra en Béotie un combat, où il parut avoir quelque avantage.
<e.^mS«'dA! Enfin les Athéniens virent arriver la flotte vic- *^^"*' torieuse. Ce sont les Perses que Conon con-
394. duit , et qui , après avoir combattu pour Athènes, viennent encore en relever les murs.
paixd'Aniai- La guerTC continuait, et les Athéniens reprenaient la supériorité , lorsque Sparte , pour arrêter les progrès de sa rivale, résolut de faire la 387. paix avec la Perse. Antalcide , chargé de cette négociation , se rendit auprès de Téribase , satrape de Lydie. Ses instructions renfermaient trois articles principaux. Par le premier, on ofErait d'abandonner au roi de Perse toutes les colonies asiatiques. Par le second , toutes les villes de la Grèce devaient recouvrer leur liberté ; et le dernier portait que celles qui accepteraient ces con- • ditions , se réuniraient pour forcer les autres à s'y soumettre. Artaxerxe accepta ces propositions : il ajouta seulement qu'outre le^ villes grecques de l'Asie , ils auraient encore les îles de Chypre
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et de Clazomène , et qu'on laisserait aux Athéniens celles de Sciros , de Lemnos et d'Imbros.
Les principales villes de la Grèce rejetèrent d'abord ce traité honteux , qui les humiliait , et qui sacrifiait les Grecs de l'Asie ; mais enfin , trop fsubles pour s'y opposer, elles y accédèrent les unes après les autres.
En consentant à rendre la liberté à toutes les villes , Sparte paraissait perdre sa domination sur toute la Laconie. Elle était donc bien éloignée de vouloir se conformer elle-même à cet article ; et elle ne l'avait inséré dans le traité , qu'afin d'avoir un prétexte pour soustraire aux autres républiques les villes qui leur obéissaient. Ce sera là une nouvelle source de guerres.