CHAPITRE VIII
Jusqu'à la mort d'Épaminondas.
Athènes et Sparte n'ont jamais été plus puis- ^^^J^^^H santés, que lorsqu'elles faisaient la guerre sans hïeî!* ***"**" argent, ou avec peu. Mais, dès que l'argent a commencé à devenir pour elles le nerf de la guerre, elles ont été faibles, parce qu'alors elles n'en pouvaient jamais avoir assez. La richesse du peuple n'en fait donc pas la puissance ; c'est une vérité dont vous vous convaincrez de plus en plus eu étudiant rhistoii*e.
a36 HISTOIRE
«^«t^c'îL'ÎS En exécution du dernier traité, les Thébain» ^ *' renoncèrent à leur domination sur la Béotie , et les G>rinthiens retirèrent la garnison qu'ils avaient dans Argos. Cependant Olynthl , ville de Thrace , bien loin de renoncer à ses conquêtes , en faisait de nouvelles , et les Spartiates saisirent ce prétexte pour lui déclarer la guerre. Ils envoyèrent contre elle deux armées, Tune commandée par Eudamidas; l'autre, qui suivit de près, par Phébidas. *e«*i5KfJ!lf- Il y avait alors dans Thèbes deux factions, i!^'trdiuo0. ' celle d'Isménie, qui favorisait la démocratie; et celle de Léontide, qui se déclarait pour l'oligarchie. Dans ces circonstances, Phébidas, traversant la Béotie, campa près de Thèbes. Les citoyens n'en prirent point d'alarmes , parce qu'ils se reposaient sur la foi du dernier traité. Mais ce Spartiate, invité par Léontide, s'empara de la citadelle , pendant que les Thébains étaient occupés à célébrer les fêtes de Cérès. Isménie , aussitôt saisi , fut condamné à mort ; et tous ceux de son parti sortirent de la ville , au nombre de plus de quatre cents. Épaminondas resta. Sa pauvreté et l'éloignement où il avait toujours été des af- Êtires, le mettaient à l'abri de toute insulte. Jusqu'alors il ne s'était appliqué qu'à l'étude de la philosophie.
Sparte ôta le commandement à Phébidas, et néanmoins elle ordonna qu'on garderait la citadelle de Thèbes, et qu'on y mettrait garnison«
AirciETcwE. a37
Ainsi, en punissant le criminel, elle devenait complice du crime : conduite aussi déraisonnable qu'injuste.
Deux ans après , les Olynthiens furent forcés à se rendre.
Les Lacédémoniens parurent alors dominer eeSil*i^î^ sur la Grèce. Toutes les villes tremblèrent devant cô» *« UnJX
pnbliqM.
eux : et ils ne virent plus dans Athènes qu'une rivale humiliée. Jamais puissance néanmoins ne lut plus mal assurée ; parce que les injustices , qui en étaient le fondement , ne. pouvaient manquer de soulever les peuples. Si Sparte a deux fois perdu ses alliés , parce qu'elle les gouvernait durement, comment conserverait-elle, un empire acquis par trahison et par violence ? Vous jugez que cet empire est le dernier effort d'une puissance qui s'éteint.
Tous ceux qui étaient sortis de Thèbes avaient J^I^^I'/t^ été bannis par un décret public , et s'étaient retirés «CiuiuSl. *"* à Athènes , où ils avaient trouvé asile. Sparte ordonna aux Athéniens de les chasser : ils n'obéirent pas. Les Thébains avaient désobéi à de pareils ordres , lorsque Thrasybule , chassé par les trente tyrans , s'était réfugié à Thèbes. Ainsi les Athéniens rendaient aux Thébains le même service qu^ils en avaient reçu.
Léontide tenta de faire assassiner les principaux ,f ^[f£|^V"'^ dc;s bannis, et n'eut que l'infamie d'avoir fait ime tentative inutile : un seul fiit tué. Cependant
mrti Thâ>ain«.
238 niSTOIRE
Pélopidas^ à Vexemple de Thrasybule , forma le projet de rendre la liberté à sa patrie. Après avoir fait son plan , de concert avec ceux (JUi étaient à Athènes , il en donna connaissance aux amis qu'il avait à Thèbes ; et on prit de part et d'autre les mesures convenables.
I78. A un joiu* marqué , les conjurés se rendirent à
Thriasie, petit bourg peu éloigné de Thèbes; et douze, à la tête desquels était Pélopidas, tous déguisés en paysans, entrèrent dans la ville sur le déclin du jour, par différentes portes. Charon les reçut chez lui, et quelques autres amis s'étant joints à eux , ils se trouvèrent quarante-huit.
Ce même jour, Philidas, un des conjurés , avait rassemblé chez lui les principaux chefs de la tyrannie. Il .leur donnait un grand souper, et les sollicitait au vin et à la bonne chère.
Cependant les quarante -huit se partagent en deux troupes : l'une, conduite par Charon, va chez PhiKdas, pendant que Pélopidas marche, avec l'autre , chez Léontide , qui n'était pas du repas. Bientôt tous les tjrrans périssent à la fois.
La conjuration avait été sur le point d'être découverte. Un courrier, parti d'Athènes , arriva au milieu du souper; et, remettant à Archias une déphêche qui révélait tout , il lui dit : Lisez suMe^ cluunp; il s'agit d'affaires sérieuses. A demain ^ répondit Archias, les affaires sérieuses; et, jetant le paquet à côté de lui, il demanda à boire.
ANCIENNE. aSg
, Aussitôt après ce premier succès, les conjurés font venir les bannis , qui étaient restés à Thriasie : ils arment tous les citoyens qu'ils rencontrent , et se joignent à Épaminondas et Gorgidas , qui étaient à la tête des plus braves de la ville.
Le désordre est partout. Le peuple, qui ignore si l'on combat pour sa liberté , ou pour lui donner de nouveaux fers, ne sait quel parti prendre. Plus de trois mille citoyens se réfugient même dans la citadelle. Si les Lacédânoniens avaient su proftter de ce moment de trouble , ils auraient vraisemblablement eu tout l'avantage : la garnison était assez forte , puisqu'elle était de quinze cents hommes. Mais ils n'osèrent sortir de*la citadelle; et , comme Archias , ils renvoyèrent au lendemain.
A la pointe du jour, le peuple s'assemble. Pé-^ lopidas, Epaminondas et Gorgidas paraissent à la tête des conjurés. Les citoyens reconnaissent leurs libérateurs , applaudissent à leur courage , et nomment Pélopidas, Cbalon et Melon béotarques^ c'est-à-dire gouvernem's de la Béotie.
Toute la Béotie arme. Les Athéniens envoient él^i^^^^l^^t cinq mille hommes de pied et cinq cents chevaux, u?!!"**" ^^^ Les conjrarés , qui assiègent la citadelle , s'en rendent maîtres ; et Cléombrote , roi de Sparte , après avoir fait des ravages en Béotie, y laisse Sphodrias avec quelques troupes, et retourne à Lacédémone.
Cependant les Athéniens, craignant la puissance
!i4o ttlSTOIHÉ
de Sparte , se repentirent d'avoir donné des se-« cours aux Thébains : ils appelèrent leurs troupes, et déclarèrent qu'ils ne prendraient plus aucune part à cette guerre.
G>mme il était néanmoins très-important pour Thèbes de ûdre changer cette résolution , Pélopidas chargea im homme de confiance de solliciter Sphodrias à s'emparer du Pirée , et de lui représenter cette entreprise d'siutant plus facile à exécuter , que les Athéniens ne s'attendaient pas à être attaqués. Sphodrias donna dans le piège ; et son entreprise n'eut d'autre succès que de faire prendre les armes aux Athéniens, et de leur fsdre renouveler f alliance a^ec Thèbes. Athènes équipa une flotte , dont elle donila le commandement à Timothée , fils de Conon. Cet amiral ravagea les côtes de la Laconie, et enleva l'île de Corcyre aux Lacédémoniens. Bientôt après ceux-ci perdirent tout*à-faît l'empire de la mer, ayant été défaits une fois par Cbabrias , et une autre fob par Timothée.
coiiaaiud« Cependant leur armée de terre, sous les or- AsëMiM«ntite. jj.^g d'Agésilas, pairaissait marcher à des succès assurés : car les Thébains , conduits par des capitaines sans réputation, n'étaient point encore aguerris. Dmis une pareille conjoncture , il eût été imprudent à Pélopidas de hasarder une action qui eût décidé du sort de la guerre. Il le sentit,. et il n'engagea, pendant les premières
campagnes, que de petits combats, où il était presque toujours sàf d'avoir l'^avantage. Par-là, il donnait peu à peu à ses soldats d'autant plus de confiance, qu'Açésilas, qui ne pouvait rien entreprendre de considérable , ne paraissait à la tête des Spartiates que poiuc apprendre aux Thébains le métier des armes.
Après cette conduite, Pélopidas reprit. toutes les villes de la Béotie. Il eut même dans une occasion un succès fort brillant. Il était près de Tégyre, lorsque quelqu'un, tout épouvanté, vint lui dire : Nous sommes tontines entre les mains des ennemis. . En effet ^ ils commençaient à paraître hors des défilés. Pourquoi, répondit Pélopidas, ne dirions-nous pas que ce sont eux qui sont tombés ^ entre les nôtres? Aussitôt il range sa petite troupe en bataille. Il n'avait que trois cents hommes de pied et quelque peu de cavalerie. Cependant.il attaque, et il bat. L'armée des Lacédémoniens était des deux tiers plus nombreuse ; et on a remarqué que, jusque-là, ils n'avaient jamais été battus , même à nombre égal.
Pendant cette guerre , l'Egypte , soustrait^e de- . ,^j^^;j*^^j
de« Mcour» a
puis quelques années à la domination des Perses, i^^'^rWpot.r avait pour roi Achoris ; et Artaxerxe Mnémon «yf»«faisait de grands préparatifs .pour réduire cette province. Pharnabaze , chargé de cette expédition , demanda aux Athéniens Iphicrate , pour le mettre à la tête des troupes grecques, qui seiv
Tll. l6
a4îi HISTOIRE
valent dans l'armée du roi de Perse , et se plaignit à eux de ce que Chabrias étoit entré au service d'Achoris. Les Athéniens, qui avaient intérêt de ménager Artaxerxe , rappelèrent Chabrias , fet accordèrent Iphicrate. Pendant que ces préparatifs se faisaient, Achoris mourut. Psammuthis occupa le trône un an ; Néphéritès , quatre mois ; et Nectanébus , qui leur succéda , acheva de pourvoir à la défense de l'Egypte.
tJ^nî'ïSîr Alors les rois de Perse prétendaient diriger t^^t.^ de leur cabinet toutes les opérations d'une campagne y donnant à leurs généraux des plans tout ÉEÛts , et ne leur permettant gas de s'en écarter sans de nouveaux ordres. Il arrivait de là que le plus habile général , ne pouvant rien prendre sur * lui, laissait échapper l'occasion d'agir, toutes les fois qu'il survenait quelque accident qui n'avait pas été prévu. Cette faute d' Artaxerxe sera commune à bien des mooarques.
Pharnabaze avait des talens , de l'activité et des vues : mais il était lent dans l'exécution , parce qu'il avait les mains liées , et qu'il aurait été dangereux pour lui de passer ses pouvoirs. S'il eût suivi les conseils d'Iphicrate, il se fut rendu • maître de M emphis ; et toute l'Egypte eût été conquise. Il fallait pour cela marcher avant d'avoir rassemblé toutes ses forces; et c'est ce qu'il ne voulut pas hasarder. La lenteur de ce général fut donc le salut des Égyptiens. Pharna^iaze avait ce-
pendant deux cent mille Perses , vingt mille Grecs et cinq cents vaisseaux.
Pour avoir plus de Grecs à son service , Arta- d'Iù**i«f *fï'xerxe avait inutilement tenté de rétablir la paix cIm.' *"**' **" parmi les républiques de la Grèce. Il survint de nouveaux troubles. Les Thébains, qui prirent les armes contre les Athéniens , leur enlevèrent Platée : ils se rendirent ensuite maîtres de Thespies en Achaïe , et ils ruinèrent ces deux villes.
Cependant la Grèce était lasse de la guerre. Athènes commençait à craindre que Thèbes ne devint trop puissante, et Artaxerxe faisait de nouvelles instances pour porter les Grecs à mettre bas les armes. On pensa donc à faire une paix 7*>* générale; et , dans cette vue , les députés des villes s'assemblèrent à Sparte.
Le traité allait être conclu, lorsque tes Thébains , qu'on plaçait dans la dernière classe, parce que jusqu'alors ils y avaient toujours été, déclarèrent qu'ils voulaient être désignés par le nom de Béotiens et tenir un des premiers rangs. Les contractans s'y opposèrent ; et Agésilas insista siir ce qu'ils eussent à rendre la liberté à la Béotie. Epaminondas réplitjua que le droit des Spartiates sur la Laconie n'était pas mieux fondé , et que , s'ils y renonçaiant , Thèbes suivrait leur exemple. La réponse, qui était juste , 4n devenait plus offensante , et Agésilas raya les Thébains du traité qu'on venait de conclure. Tous les députés sous-
a44 HISTOIRE
crivirent aux volontés de ce roi : ils craignaient trop Sparte pour oser résister.
ÉpaminoBdM Voilà donc Thèbes seule contre toute la Grèce.
Yainqaeiir dci ,
lÎIc^'Î** ^ Mais Epaminondas entre en charge, et va commander les iu'mées. Thèbes oppose six mille hommes, et ce général en a vingt-quatre mille, commandés par Cléombrote,^roi de Spiurte. D'ailleurs, sans alliés , sans espérance de secours , elle paraissait perdue. Les augures même lui étaient contraires. On les annonce au général , qui répond par un vers d'Homère ; // rCy a qu'un ^eul bon augure , c'est de combattre pour la patrie. Cependant il en imagine de favorables , il les fait répandre pour rassurer les esprits , marche , joint l'ennemi à »7,. L,euctres , et le défait. Pélopidas commandait le bataillon sacré, c'est-à-dire les trois cents hommes avec leiquels il avait triomphé à Tégyre,
Cléombrote , qui commandait à son aile droite , composée de Lacédémoniens , fut tué au commencement de l'action. Au premier bruit de cette mort , les alliés , qui s'étaient engagés dans cette guerre malgré eux, prirent la fuite, et entraînèrent avec eux les Spartiates. Thèbes ne perdit que trois cents hommes ; et ses ennemis en laissèrent quati^e mille sur la place.
Dans ces quatre mille hommes , il y avait mille Lacédémoniens et quatre cents Spartiates. Mais Sparte paraissait encore avoir perdu tous ceux qui avaient siu*vécu i cette journée : car la loi
AirCIEWWE. Îl45
proscrivait les citoyens qui fuyaient devant l'ennemi, et tous avaient fui. Pour les sauver, Agésilas imagina de laisser dormir les lois pendant un jour.
Épaminondas et Pélopidas portent la guerre Jl ^w \l dans le Péloponèse. Leur armée se grossit de tous les peuples qui veulent secouer le joug des Lacédémoniens. Elle est de soixante-dix mille hommes, lorsqu'ils entrent dans la Laconie ; et , pour la première fois, Sparte voit l'ennemi à ses portes.
Agésilas, qui avait fait trembler le grand roi, se voyait humilié : c'est lui qui avait engagé les Lacédémoniens dans cette guerre. L'ennemi le bravait, l'insultait ; les citoyens s'agitaient en tu- ^69. multe ; il n'entendait que des plaintes , des murmures ; et l'avilissement lie H république semblait lui reprocher jusqu'à ses exploits, dont il ne restait aucun firuit. Cependant , sourd à tous les cris , il n'eut pas l'imprudence de sortir , et de hasarder un nouveau eombat. Content d'avoir pourvu à la défense de la ville , il abandonna la campagne , et il se tint sur la défensive , jugeant avec raison que les Thébains ne feraient que de vaines tentatives sur Sparte , et seraient enfin obligés de se retirer. Mais , auparavant , Épaminondas bâtit Mégalopolis , et il y rassembla les Arcadiens , qui , de tous temps ennemis des Spartiates , devinrent par-là plus redoutables. Il rétablit encore Messène, où il rappela les peuples que les Lacédé-
moniens avaient chassés du Péloponèse trois cents
ans aupàra'nant. Il mit donc aux portes de Sparte
deux ennemis irréconciliables.
*oiri7i^nî Pour exécuter toutes ces choses, Épaminondas
%MSnt!Zn et Pélopidas avaient conservé le commandement
Pélopdas. ^
quatre mois au delà du terme prescrit par la loi. On leur en fit un crime; et ils allaient être condamnés à mort, lorsqu'Épaminondas , représentant les services qu'ils avaient rendus à la patrie , demanda qu*on mît sur son tombeau qu'il avait perdu la vie pour avoir sauvé l'état. Le peuple alors reconnu son ingratitude , et se hâta de les absoudre.
ob t«irte iw- Cependant le Péloponèse , soutenu par les Thé- •TitSï! bains, se soulevait, contre Sparte, divisée par des factions , et Âgésilas ti'avait pas moins de peine à gouverner cette république qu'à la défendre. Ce fut alors que plusieurs peuples de la Grèce formèrent une ligue contre les Thébains, et députèrent au grand roi poxw le faire entrer dans cette confédération.
Cette négociation échoua* Pélopidas, que Thèbes envoya au roi de Perse , fit connaître à ce monarque combien il lui importait de protéger une puissance naissante , qui ne pouvait lui donner de l'ombrage , et qui ne pouvait nuire qu'à deux républiques , de tous temps ennemies de la Perse* 11 fut écouté d'autant plus favorablement , que sa réputation l'avait devancé , et qu'il soutint, par sa
mer
contra
bat»,
ANaENNE. S47
conduit^ et par ses discours , l'idée qu'on avait conçue de lui. Artaxerxe déclara donc ip'il était allié des Thébains ; que Messène demeurerait libre, et qu'Athènes cesserait ses hostilités sur les cotes ^ la Béotie.
Tous les ambassadeurs de la Grèce revinrent chargés de présens, excepté Pélopidas, qui n'accepta que ce qu'il ne pouvait pas honnêtement refuser. A cette occasion , Épicrate, simple portefaix j qui avait été du voyage , proposa en pleine assemblée aux Athéniens de faire un décret , par r lequel il serait ordonné qu'au lieu de neuf archontes^ on élirait toutes les années neuf ambassadeurs; qu'on les choisirait parmi les pauvres, et qu'on les enverrait au grand roi.
Sur ces entrefaites , Épaminondas fit une irrup- ^u^ ïï'l?»! tion dans le Péloponèse , où il eut à combattre Epaminondas. les Spartiates , les G>rinthiens et les Athéniens. Il eut d'abord de grands avantages ; mais enfin , forcé à céder, il se retira. A son rctoiur, il fut accusé d'avoir trahi les intérêts de la Béotie, et on lui ôta l'administration des affaires.
L'affaiblissement de Sparte et d'Athènes inspi- Tb^îJgj,^** '^ rait à plusieurs peuples l'ambition de donner la "•«^•»■•• loi à la Grèce. Jason, tyran de Phères, s'était fait nommer généralissime des Thessaliens , à force de leur répéter qu'il [dévoyait la chute de Thèbes, et que c'était à leur tour à commander. Brave et expérimenté, il paraissait capable d'exécuter de
grands projets , et il avait rassemblé une armée de ving^ mille hommes de pied et de huit mille chevaux , lorsqu'il fut assassiné.
Ses deux frères , Polydore et Polyphron , lui succèdent ; mais Polydore , tué par Polyphro4|| est bientôt vengé par Alexandre, son fils. Ce nouveai^ tyran , qui n'a pas les talens de Jason , veut assujettir les Thessaliens, qui se mettent sous la protection de Thèbes; et Pélopidas marche en ThessaUe, dans le temps qu'Épaminondas était dans le Péloponèse. Il soumet Alexandre, passe en Macédoine pour régler la succession d'Amintas n , dernier roi , et emmène en otage trente enfans des premières maisons , entre autres Philippe, fils d'Amintas , et frère du roi Perdiccas. «^«idlr^iî^ Bientôt Thèbes fiit obligée d'armer encore mandement. ^Q^i-^g Alcxaudrc dc Phèrcs, qui ^ violant le droit des gens , avait arrêté prisonnier Péiopidas , revêtu du titre. d'ambassadeur. Cette expédition ne réussit pas; et , sans Épaminondas, qui s'y trouva en qualité de volontaire, les Thébains étaient en-
364*iuaT«it tièrement défaits. A cette occasion, on lui rendit j, c. , *
le commandement ; et, étant rentré tout aussitôt
dans la ThessaUe, il ramena Pélopidas à Thèbes. fau^'AKÎÎÎid^ Quelques années après , les Thessaliens , qu'A- Jîri b7iî.* '* lexandre de Phères continuait de soulever par ses usurpations , et plus encore par ses cruautés , demandèrent un nouveau secours ; et Thèbes arma sept mille hommes, dont elle donna le comman^
dément à Pélopidas, comme les Thessaliens le • désiraient. L'armée était prête à partir, lorsqu'une éclipse de soleil jeta l'épouvante parmi les soldats- Pélopidas , qui ne voyait dans ce présage qu'un événement naturel, partit, suivi de trois cents cavaliers qui ne le voulurent pas abandonner, et laissa tous ceux qui craignirent de le suivre. Impatient de montrer à toute la Grèce que lors^ qu'Athènes et Sparte favorisaient les tyrans , Thèbes armait pour les exterminer , il se mit à la tête des Thessaliens, qui s'étaient rassemblés k Pharsale , joignit Alexandre près d'un lieu nommé Cynoscéphales, et le vainquit. Mais il fut tué, ayant eu l'imprudence de s'exposer plus qu'il ne convient à un général. Les Thessaliens et les Thébains le pleurèrent. Alexandre , contraint de rendre la liberté à toutes les villes , ne conserva que Phères ; et dans la suite il fut poignardé par les frères de Thébé, sa femme, qui les arma ellemême : c'était un monstre digne d'un pareil sort.
Les Arcadiens , étant en guerre avec les Éléens, ^^^^^^H^ se divisèrent au sujet de la paix que les Tégéens ''^p"*"voulaient faire , et à laquelle des Mantinéens se refusaient; et cette dissension produisit une nouvelle guer^ , à laquelle les principaux peuples de la Grèce prirent part. Les Thébains se déclarèrent pour Tégée , et Mantinée fut secourue par les Spartiates et par les Athéniens.
aSo HISTOIRE
ae MlSlnéZ Épaminondas était entré dans l'Arcadie^ et noïdas.^^"*" campait près de Tégée, daùs le dessein d'attaquer les M antinéeiis , lorsqu'il apprit qu'Agésilas avantçait vers Màntinée. Alors il marcha par un autre chemin à Sparte , qu'il se flattait de surprendre. Mais les Lacédémoniens , avertis à temps , revinrent au secours de leurs foyers ; et , après un rude combat donné dans la ville , ils forcèrent Épaminondas à se retirer.
Cette entreprise manquée lui causa d'autant plus de chagrin , que le terme de son commandement allait expirer. Il croyait avoir reçu un affront ; jaloux de le réparer , il se hâta de joindre l'ennemi à Màntinée , et remporta une victoire qui termina ses jours et la gloire de Thèbes. Il mourut de ses blessures , et la puissance de cette république s'évanouit avec lui : c'était un homme d'état, un citoyen vertueux, et peut-être le plus grand .capitaine que la Grèce ait produit. rt^shÔmmo ^ considéraut que la gloire de Thèbes fut uni- SÏMdilXi*? quement l'ouvrage de Pélopidas et d'Épaminondas, qu'elle commença et finit avec eux, vous voyez, Monseigneur , que ce ne sont pas les grands états qui font les grands hommes, et que ce sont plutôt les grands hommes qui font les grands états.
A Athènes la jalousie divise Aristide? et Thémistocle, Gmon et Périclès,etc. Thèbes ne produit que deux hommes supérieurs : mais ils sont toujours unis , parce qu'ils sont tous deux également
ANCIEfTNE. %5l
vertueux. Uniquement animés de l'amour de la patrie , chacun d'eux applaudit aux succès de son ami ; et si Pélopidas voit les siens efFacés par ceux d'j^paminondas, il lui sait gré d'être plus utile que lui.
Nous voici à l'époque où la Grèce dégénère , et Gr^4/<*«* où il semble que le changement de mœurs détruit l'ancien peuple, pour en substituer un nouveau. Péiriclès en avait préparé U ruine, Lysandre l'avait hâtée ; et les deux illustres Thébains n'avaient pas assez vécu , pour assurer sur des fondemens solides l'édifice qu'ils avaient élevé.
En général, la politique des Grecs portait siu* n^'S^i^lZ un principe très-faux , et ce principe était une gXI*. suite des circonstances par où ils avaient passé : je m'explique.
Il est évident qu'un état n'est puissant que par le nombre des citoyens. Mais, parce que les républiques de la Grèce ne le pouvaient pas deveniç par cette voie, elles crurent pouvoir l'être par le nombre de leurs alliés. Elles ne remarquaient pas que la puissance qu'elles acquéraient par ce moyga , n'était que pour le moment , et qu'il ne leur était pas possible d'en assurer la durée.
Une confédération est nécessairement lente à former des projets , plus lente à les exécuter , et prompte seulement à se diviser. Lors même que les peuples qui la composent , se réunissent contre un ennemi commun , on voit dans l'ému-
a5a s' HISTOIRE
lation (]lii les porte à se distinguer, la jalousie qui les armera bientôt les uns contre les autres. D'un doté , presque tous voudront traiter d'égal à égal avec la puissance dominante ; de Vautre, la puissance dominante voudra conserver sa supériorité , et , pour la conserver i elle appesantira le joug. On se plaindra ; on se soulèvera ; on passera d'une alliance dans une autre ; tour à tour* on dominera et on sera assujetti; et les peuples seront exposés à des révolutions continuelles»