CHAPITRE X
Jusqu'à la mort d'Alexandre.
D<2SJèiî^î Philippe étant mort, les Athéniens crurent
umortdtp 1- n'j^y^jp pj^ig d'ennemis, et montrèrent une joie
qui décelait leur faiblesse. Démosthène parut en
public , couronné de fleurs : il fit décerner une couronne à l'assassin Pausanias ; il fit rendre aux ^ dieux des actions de grâces ; enfin il engagea plusieurs villes à former une ligue contre Alexandre , parlant de ce prince, comme d'un enfant qui avait appris beaucoup de choses , mais qui savait tout mal.
Cependant cet en&nt tournait ses armes contre i^^*^;;^**^'^" les Thraces, les Péoniens, les lUyriens^ et d'autres Barbares, que ton père avait subjugués, et qui croyaient avoir trouvé le moyen de se soustraire au joug de la Macédoine. Il jugea que l'audace pourrait seule consterner des ennemis qui n'a- N vaient pas eu le temps de concerter leurs mesures.
Vainqueur des Barbares, il tomba sur les Grecs, j^iîj***' ^*' Les Thébains , qui , sur le faux bruit de sa mort , avaient égorgé la garnison macédonienne , osèrent seuls ItA résister; et, presque aussitôt vaincus, ils furent réduits en servitude. La ville fut rasée r Alexandre ne conserva que la maison des prêtres et celle de Pindare. On l'estimerait davantage , s'il eût conservé encore celle d'Épaminondas , ou même la ville entière. Il ne devait pas oublier que son père s'était formé parmi les Thébains.
Mais cette sévérité répandit la terreur , et les J^*^'^ Athéniens se hâtèrent d'implorer sa clémence. Alors il jugea qu'il s'était assez fait redouter ; et , ne voulant pas porter au désespoir des peuples qui se soumettaient d'eux - mêmes , il ne songea
'à'jS HISTOIRE.
qu'à faire oublier la cruauté dont il avait usé envers les Thébains , et« qu'on dit qu'il se reprocha dans la suite. Toute la Grèce se soumit. iné" linir^,- ^ ^^ '"î Testait pliis qu'à exécuter le projet que
simt det Grecs ^ • r a -rx •!
f ontre lei Per- SOU pcrc avait tormé. Dahs cette vue , il convoqua l'assemblée des Grecs à Corinthe ; et ay aiit gagné les députés par sa douceur, par son humanité , et par toutes les marques d'amitié dont il les comblait , il se fit nommer généralissime de toutes les forces de la Grèce.
Perse!^*** ^ '* L^cmpirc des Perses était vaste , les désordres grands , et les abus à leur comble : parce que, sous des princes faibles, lâches et vicieux, la corruption est toujours en proportion avec la puissance. Il y avait autant de tyrans que de ministres , de favoris, de satrapes; et chacun s'arrogeait le droit de vexer le peuple.
Le monarque , qui se croyait puissant* par le faste dont il était enveloppé, était environné d'esclaves , dont sa vie dépendait. Il tombait sous les coups d'un eunuque^ qui disposait de la couronne ; et les révolutions du trône n'en cauisaient aucune parmi les nations, qui, ayant chacune leur langage, leurs lois, leurs usages, leurs mœurs, leur religion, leurs intérêts à part, n'avaient qu'une chose commune à toutes, la haine du gouvernement.
Il était donc indiiïérent à tous ces peuples, que la couronne passât d'une tête sur une autre. Voilà
cependant les hommes que Darius armera pour sa défense. Dans aucun temps ils n'ont été soldats : ils le sont moins que jamais. C'est malgré eux qu'ils marchent à l'ennemi : ils sont indifFérens sur le sort du combat : ils n'ont pas le courage qui feit vaincre. Vous prévoyez^ donc qu'Alexandre aura des succès. Cependant il prend si mal ses mesures, qu'on peut le taxer de témérité : il eût échoué , pour peu que Darius eût su se Conduire.
Il part avec trente mille hommes d'infanterie , ^^^^^3^!"' cinq mille chevaux , soixante et dix talens , des vivres pour un mois; et distribuant à ses officiers tous les revenus de la Macédoiile , il ne veut , dit-il , conserver pour lui que l'espérance. Le voilà eii Asie , et cependant il n'est pas assuré d'y faire des conquêtes : s'il a un échec , il ne peut pas se promettre de revenir dans ses états ; il a même tout à redouter des Grecs» Il eût été prudent d'emmener plus de troupes, non pour vaincre Darius, mais pour affaiblir la Grèce, et la mettre hors d'état de rien entreprendre. Dans le plan que Philippe avait projeté, les Grecs devaient lui fournir deux cent mille hommes. Alexandre, mdins prudent, n'écoute que son impatience, et met à peine quelque ordre dans ia Macédoine.
Cet aventurier , car dans ce moment je ne puis lui donner d'autre nom , a donc trente-cinq mille hommes et l'espérance : cependant il n'a ni vivre, ni argent. Il faut donc qu'il se hâte de conquérir
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un pays puissant et riche* Par conséquent, autant il est de son intérêt de livrer des batailles, autant il est de celui de Darius de les éviter. Dwio^nVcou. Si le roi de Perse eût ruiné lés provinces par où
pas les conteiU F F
Au^JX^pili son ennemi devait passer , il eût formé différens corps de troupes , pour le •harceler de tous cotés , et pour garder les défilés; enfin si , £atisant une diversion , il eût envoyé une armée en Macédoine , Alexandre, affamé dans l'Asie, aurait été trop heureux de pouvoir repasser la mer. C'est ce que conseillait Memnon de Rhodes , le seul homme de guerre qu'eût Darius ; et il ne fiit pas écouté , parce que c'était le seul qui devait l'être. On fit donc marcher cent mille hommes de pied , et dix mille che-* vaux sur les bords du Granique , et leur défaite 3i4. soumit au vamqueur presque toute l'Asie mineure.
11 renvoie «â Alors Alcxaudre renvoya sa flcrtte , soit parce qu'il n'avait pas de fonds pour l'entretenir, soit parce que , résolu à vaincre ou à périr , il voulait ôter aux Grecs tout moyen de retourner dans leur patrie.
Mort de Mem- Darius reconuaît la sagesse des conseib de Memnon, dont oanaf ^
wïwîr^'" '" ^*o^' Il 1^ déclare amiral de ses flottes, et général des troupes destinées à porter la guerre dans la Macédoine. Memnon se rendit maître de Chio, de toute l'île de Lesbos , à la réserve de Mitylène, dont il fit le siège. Il se proposait , après avoir pris 333. cette ville , de passer en Eubée , et de faire de la
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Grèce le théâtre de la guerre. Mais il mourut , et son projet fut abandonné*
Sur ces entrefaites , Alexandre tomba dange* uiîîSïli* ^^' reusement malade, pour s'être baigné dans le Cydnus , rivière de Cilicie. Cependant les médecins n'osaient rien prendre sur eux : ils se croyaient suspects , parce que Darius avait mis à prix la tête d'Alexandre, et ils craignaient qu'on fie les rendît responsables de l'événement. Un seul , qui se nommait Philippe , préféra la vie de son maître à toute autre considération ; et il avait entrepris de le traiter , lorsque Parménion , qui le soupçonna de s'être laissé corrompre , écrivit au roi de se méfier de son médecin,. Si cet avis était fait pour inquiéter, lé mal était pressant : il fallait ou périr , ou donner sa confiance. Dans cette situation , Alexandre prit le seul parti qu'il convenait de prendre : Philippe lui ayant apporté une médecine , il la but sans hésiter , pendant qu'il lui donnait à lire la lettre de Pai*ménion. Il fiit rétabh peu de jouï*s après.
Il était temps : Darius avançait. Il est vrai qu'il ^^'^^jjjj^*" n'opposait que du faste au courage d'Alexandre. Au lieu d'attendre son ennemi dans une plaine , 333. où , comme le lui'disaient des Grecs à son service , il aurait pu déployer toutes ses forces, il s'engagea , ^
sur l'avis de ses courtisans , dans les défilés de Çi- Ucie, près de la ville d'Issus, et fivra bataille dans un endroit où le terrain donnait tout l'avantage au roi de Macédoine* Il fut défait.
aSa HISTOIRE
Motquîdéckie Si l'âme d'Alexandre était au-dessus des périls , lexandre. ^jj^ ^^^j^ au-dessous des succès. A peine il entre dans la tente de Darius , qu'ébloui des richesses qui lui frappent les yeux , il s'écrie : Foilà ce qui s' appelle régner. Quel mot ! Monseigneur. Il ne voit donc pas que ce luxe outré a préparé la défaite de ce monarque. C'est ainsi qu'il décèle son caractère , et fait voir que la sévérité des mœurs n'est en lui qu'un état forcé. A la vérité , oi> ne saurait trop louer la manière dont il en agit avec la mère , les femmes et les filles du roi de Perse. Mais enfin il fut vaincu par les richesses dont il se vit maître , et il commença dès ce jour à prendre de nouvelles mœurs.
'^'ÎJÎÎL'^JnSt La Syrie se soumit sans résistance. Damas , où Darius avait renfermé ses trésors , et où les femmes de la cour avaient cru trouver un asile , fiit livré par le gouverneur. En Phénicie, les Sidoniens virent avec joie arriver un vainqueur qui leB vengeait des Perses. En vain Straton , leur roi , voulut les retenir sous la domination de Darius : il perdit la couronne ; et Éphestion , à qui Alexandre permit d'en disposer, mit sur le trône Abddonyme , qui était du sang des rois, mais que la pauvreté avait réduit à cultiver un champ. Tyr, qui résista, fiit prise après un siège de sept mois : deux mille habitans, qui édiappèrent à la fureur des soldats, ne purent échapper à la cruaUté d'Alexandre. Il les fit mettre en croix, •
»e souneltent •a vainqueur.
r AnunoB.
Il se déshonora encore plus , s'il est possible , au siège de Gaza, place qui lui ouvrait l'Egypte, et dont par cette raison il lui importait de se ' rendre maître. Bétis, qui était gouverneur, fidèle à Darius, la défendit avec courage, et ce fiit un crime aux yeux du vainqueur. Alexandre immola dix mille hommes à sa vengeance : il les fit passer a^ fil de l'épée ; il fit vendre tous les autres habi* tans; il incita lâchement à la valeur de Bétis; il entra en fureur, parce qu'il le vit intrépide; enfin il le fit attacher par les talons à son char , et il le traîna autour de la ville.
La prise de Gaza soumit l'Egypte, qui portait f^i^Jj";J^,^ impatiemment le joug des Perses. On s'^end piiïr/* qu'Alexandre va marcher contre Darius ; mais il suspend le cours de ses victoires , pour exécuter un proj et ridicule, qu'ilméditait depuis quelque temps.
Au milieu des déserts sablonneux de la Libye , est un temple que la superstition a consacré à Jupiter Ammon. Pour y arriver, il faut traverser des contrées où l'eau manque tout-à-fait, et où les chaleurs sont insupportables*
Alexandre entreprend ce voyage. Après bien des fatigues , après avoir été sur le point de périr, lui et tous les soldats qui le suivaient, il arrive le dixième jour, et se fait reconnaître pour fils de Jupiter, par le grand sacrificateur. Ce n'était plus le temps où l'on adoptait ces sortes de fables ; mais les flatteurs sont de tous les siècles, #t la
flatterie a toujours , aux yeux des princes , Tair de la crédulité.
jwnifcdAr- Après avoir bâti Alexandrie , il quitta l'Egypte et passa en Assyrie , où il joignit Darius aux en- 33». virons d'Arbelles. L'armée des Perses était beaucoup plus nombreuse que celle qu'il avait dé&ite à Issus , et par conséquent plus facile à vaincre, Cependant les Macédoniens forent épouvantés , à la vue de cette multitude. Une éclipse de lune acheva de répandre la consternation. Alexandre lui-même fot effrayé. Il consulta les devins : il fit venir le prêtre Aristandre : il immola secrètement des victimes à la Peur : il invoqua Jupiter, Minerve et la Victoire. On ne peut pas croire qu'Aristote lui eût donné ces superstitions. Il les devait sans doute aux idées qu'il avait reçues dans sa premièl'e enfance , et à une pusillanimité qui lui était naturelle. La philosophie peut éclairer; mais d'une âme faible, elle n'en saurait faire une âme forte.
Il y a bien des sortes de courage. Si Alexandre n'avait pas celui qui secoue le joug de la superstition, il avait au moins celui qui conduit les soldats à la victoire. Celle d'Arbelles fot complète. Darius s'enfoit de province en province, et les principaux satrapes fléchirent aussitôt devant le vainqueur, «t u* uc'à7! Pendant que ces choses se passaient en Asie , mon.en.Mwu- j^^ Jhraccs d'uu coté, et les Lacédémoniens de
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l'autre , se soulevaient , et le reste des Grecs n'attendaient que le moment de se déclarer. Mais les Lacédémoniens furent défaits par Antipater, gouverneur de Macédoine ; et , depuis ce temps jusqu'à la mort d'Alexandre , la Grèce n'oflfre point d'événemens considérables.
Alexandre se transporta Nsuccessivement à Ba- ?]?/««<" bylone, à Suse , à Persépolis. Il s'abandonna à un '•""**"• luxe qui fut contagieux pour ses soldats, et la discipline militaire se relâcha. Heureusement la Grèce lui envoyait souvent de nouvelles recrues.
Il marchait vers Ëcbatane à la poursuite de Darius , lorsqu'à son approche Bessus et Narbazane égorgèrent ce monarque. Dans la suite, ces deux scélérats tombèrent entre ses mains. Il punit le premier, fit grâce au second , et prouva que les actions justes qui lui échappaient quelquefois, n'étaietit pas dirigées par des principes sûrs et constans. En effet il n'est pas étonnant que celui qui avait fait mourir Bétis ait laissé vivre Narbazane.
Absolument maître de la Perse , par la mort de Darius , il voulut conquérir toutes les nations orientales. Il soumit jusqu'aux peuples au delà de l'Hydaspe ; mais ses soldats ayant refusé de le suivre plus loin , il ne put pas pénétrer jusqu'au Gange.
Pour se montrer au moins à l'Océan , il s'embarqua sur l'Acésine , e*t il descendit jusqu'à l'em-
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bouchure de Tlndus. On ne pourra plus rien ajouter à votre gloire, disait-il à ses soldats : vous voilà bientôt à l'extrémité de Tunivers , et vous verrez des choses qui ne sont cx>nnues que des dieux. Ils arrivèrent au moment du flux; et, voyant avec quelle impétuosité l'Océan se répandait sur les terres , ils crurent que ce dieu courrqucé voulait les engloutir, et le fils de Jupiter avec eux.
Alexandre contempla l'Océan, spectacle qu'il ne croyait pas avoir acheté trop cher. Ensuite, tandis que sa flotte se dirigea vers le golfe Persique, il s'en retourna par terre , et s'engagea imprudemment dans des déserts, où il vit périr, faute de vivres , les trois quarts de son armée.
C'est dans le cours de ces dernières expéditions ÎÎ.C™"." * *** qu'Alexandre se livre aux excès de toyte espèce. Il prend l'habit et les moeurs des Perses; à leur mollesse , il ajoute la crapule. Son palais est un sérail, et sa table un lieu de débauche, où il serait honteux de ne pas s'enivrer.
Sous prétexte d'une conjuration qui n'est pas prouvée, il fait mourir Philotas; il en fait assassiner le p^e, Parménion, ce capitaine qui l'a toujours servi, lui et son père, avec zèle. Il arrive à une petite ville où habitaient les Branchides. C'était une famille de Milet, qui avait été transportée dans la Bactriane. Ces malheureux couraient au-devant de lui avec joie ; et le barbare
Mœurs d'Alexandre dans
les fait tous égorger, parce que, plus d'un siècle auparavant, leurs pères avaient servi sous Xerxès.
Il se loue avec indécence. Il n'est pas content de ses succès, s'il ne rabaisse ceux de son père. Il entre en fureur contre un vieux capitaine qui ne peut souffrir qu'on flétrisse la mémoire de Philippe. A ces mots , tu n'as vaincu qu'avec les soldats de ton père y il poignarde Clitus, qui lui a sauvé la vie.
Il faut l'avouer, il est honteux de ce crime. Il s'abandonne au désespoir : il veut s'ôter la vie : il se prive de toute nourriture. Les courtisans inquiets paraissent même avoir épuisé toutes les ressources , lorsqu'Anaxarque lui dit : Ignorezcous que les actions des souverains , quelles qu'elles soient y sont toujours justes et équitables ? Voilà ce qui le console.
C'est au milieu d'un repas que Clitus fi.it tué , et l'ivresse pouvait diminuer l'horreur de cette mort. Mais Alexandre était capable de commettre de sang-froid de pareils crimes.
Ce fils de Jupiter osait se montrer, tantôt avec les atti*ibuts de ce dieu , tantôt avec ceux de Diane, tantôt avec ceux de Minerve, etc. Ce n'était pas assez : il voulait que cette mascarade en imposât aux peuples, .il voulait sérieusement être adoré, A un souper ^ de concert avec lui , Cléon, mauvais poète de Sicile , commence l'éloge d'Alexandi^e , qui prend aussitôt un prétexte pour
se retirer. Le poète continue ; il compare son héros à tous les dieux% le dit plus digne d'adoration qu'aucun autre ; et , concluant qu'il faut se prosterner quand il rentrera, il invite tout le monde à suivre l'exemple qu'il en va donner.
Si le roi était présent à ton discours , dit Callisthène , il t'imposerait silence : et ce sage philosophe fit voir ce qu'on doit à son prince , et ce qu'on doit à ses dieux.
Alexandre , caché , entendit tout , et désira de trouver l'occasion de venger sa divinité. Elle se présenta bientôt. Une conspiration , tramée contre ce^rince , devenu odieux et méprisable , fut découverte. Hermolaûs en était le chef; et, parce que Callisthène avait eu de l'amitié pour lui , Alexandre confondit ce vertueux philosophe avec les coupables , et fit périr un homme qu'Aristote sans doute avait choisi , dans l'espérance d'opposer une digue à des vices qu'il prévoyait. Ce crime seul suffirait pour déshonorer un grand homme. de ifiiîIîldSÎ ^* ^^^ vraisemblable qu'il ne fiit pas au pouvoir è. gr»nd«ttr. j'^ristotc de donner à son disciple des idées de la vraie grandeur. La cour de Macédoine étoit trop corrompue : Philippe offrait de trop mauvais exemples à son fils ; et d'ailleurs Alexandre avait en lui, dès l'enfance, le germe d'une ambition désordonnée , qui, dans la prospérité , ne pouvait manquer de le faire tomber dans les plus grands excès.
Fâché des conquêtes que flisait son père , il ne me laissera rien à conquérir^ disait-il avec chagrin. Ce mot seul pouvait faire pressentir ce qu'il deviendrait , si jamais il était conquérant. En effet , élevé dans de pareils sentimens , auxquels toute une cour applaudissait, ne devait-il pas s'accoutumer à penser que la victoire met audessus des lois , et que rien ne doit résister aux volontés d'un conquérant, conmie rien ne résiste à ses armes ?
- Pour laisser dans les Indes une idée extraordinaire de lui et de son armée, il dressa douze autels de cinquante coudées de haut, avec ces iasctv^tïons: j4 mon pere^ ifipiterjdmmon; à Hercule, mon frère , etc. Il fit ensuite tracer un camp trois fois plus grand que celui qu'il avait occupé , et on l'environna d'une tranchée fort profonde. Dans ce camp , il bâtit de vastes éciu'ies , où il eut soin de mettre les mangeoirs à une grande élévation, et de pendre de côté et d'autre des mors d'une grosseur énorme. Enfin il y laisse des armes, dont le volume et le poids permettaient à peine de les remuer, des hts de cinq coudées de long ; - et , dans les mêmes proportions , des ustensiles de toute espèce. On ne croirait pas ces choses, si tout n'était pas croyable de la part d'un homme en démence qui voulait passer pour un dieu.
Les cruautés de ce roi avaient aliéné «tous les . .H"»?/* esprits. Depuis la mort de Callisthène, les plus """*" "'
bMchet!"*^^ honnêtes gens gémissaient dans le silence : il devenait lui-même soupçonneux et défiant, et le mérite excitait sa haine et sa jalousie. La vérité ne perça donc plus jusqu'à lui. Alors , entouré de flatteurs , qui étudiaient ses vices pour y applaudir j il ne garda plus de mesures. Dans un même jour, il épousa Barsine , fille aînée de Darius, et Parysatis, la plus jeune des filles d'Ochus, quoiqu'il se fât déjà marié avec Roxane, dans la Bactriane , et qu'il traînât une multitude . de femmes après lui. Il ordonna à ses principaux officiers de s'allier , à son exemple , aux plus grandes i^milles de la Perse; et , parce que cette conduite éleva des murmiB*es parmi ses troupes , il fut assez avenue pour confier la garde de sa persoime à trente mille Perses, préférant lea soldats qu'il avait vaincus, à ceux qui l'avaient fait vaincre.
Cependant les débauches auxquelles toute sa cour s'abandonne, par goût ou par complaisance, font tous les jours périr quelques-uns de ses courtisans. Un seul repas coûte la vie à quarantedeux : un autre lui enlève Éphestion.
Sa douleur fut des plus vives. Ses courtisans , voulant la dissiper, n'imaginèrent rien de mieux, que l'apothéose de son favori ; et Jupiter Ammon , consulté , fit la réponse qu'on lui dicta : bientôt le nouveau dieu eut des temples, des autels , manifesta $a volonté par des songes , et rendit des oracles. Babylone fut le théâtre de cette apothéose.
ANCIENNE. agi
Cependant le bruit se répand que la mort du conquérant approche. Les augures n'annoncent rien que de sinistre : les accidens les plus simples sont pris pour des présages. Il se trouble lui - même : une terreur superstitieuse s'empare de son âme : son palais se remplit de devins : ce n'est que sacrifices , que purifications , et ce dieu meurt , comme le plus faible des hommes. Il était dans 3m. la trente- troisième année de son âge , et dans la treizième année de son règne.
Tel a été, Monseigneur, Alexandre qu'on surnomme le Grand. On pouvait aisément prévoir sa fin. Il n'était pas nécessaire de fouiller dans les entrailles dc;^ victimes , ni d'évoquer les démons. Les débauches qui faisaient périr tant de courtisans , étaient les augures qu'il suffisait de consulter. Lorsqu'il mourut , il méditait la conquête de l'Afrique , de l'Espagne , des Gaules et de l'Italie : mais alors il n'était plus ce qu'il avait été^ et ses soldats ainsi que lui auraient été des Perses plutôt que des Grecs.
Ne laissant après lui qu'un frère imbécile , et des enfans en bas âge , incapables de faire valoir leur droits , Alexandre n'osa se désigner un successeur ; et quand Perdiccas lui demanda à,qui il destinait l'empire : au plus digne , répond-il , et je prévois que ce différent me prépare d'étranges jeu^L funèbres.
aga histoihe