CHAPITRE XI
Partage qni se fait de Fempire d'Alexandre. pifpMitîoa Alexandre avait eu de Barsine , veuve de Mem-
de l'empire par '
He'aieMw'S"- HOii de Rhodes , un fils qu'on nommait Hercule, Il laissait un frère , Aridée , prince imbécile , qu'il avait toujours mené avec lui. Enfin Roxane était grosse.
Les principaux officiers , s'étant assemblés pour délibérer sur le choix d'un maître , donnèrent la couronne à Aridée , qui prit le nom de Philippe ; et ils arrêtèrent que Penfant qui naîtrait de Roxane , si c'était un garçon, la partagerait avec lui. Quelque temps après, cette princesse accoucha d'un fils, qu'on nomma Alexandre , et qui fut reconnu pour roi , comme on en était convenu.
ëu***iiîii.^"* Jaloux les uns des autres , les généraux n'avaient pu se résoudre à donner l'empire à un d'eux , et à choisir un maître parmi ceux à qui ils se croyaient égaux. Leurs suffrages ne s'étaient réunis sur un imbécile et sur im enfant, que parce que , sous de pareiU chefe, il conservaient toutes leurs espérances : et chacun se flattait d'avoir le temps de prendre les mesures convenables à ses desseins. •
ii^îïîniwd'A- Les moins ambitieux projetaient de s'établir
utaaart. souvcraius dans quelque province : d'autres ne
ANCIENNE. %gi
mettaient à leur ambition que les bornes mêmes de l'enlpire. Tel était Perdicas. On le regardait comme le tuteur des princes : la régence, qu'on lui avait confiée lui donnait beaucoup d'autorité; et Alexandre paraissait l'avoir désigné pour son successeur, parce qu'en mourant il lui avait laissé son anneau.
Il lui importait d'écarter et de diviser les prin- J^^^^J^^^^;^ cipaux che& de l'armée. Dans cette vue , il divisa ^^^^^^"^ l'empire en trente-trois gouvernemens , qu'il distribua aux généraux. Chacim partit poiu* sa pro- * vince , bien déterminé à se rendre indépendant ; et Perdicas se proposait de les subjuguer les uns après les autres.
Les révolutions de la Grèce intéressent) on est iT.i.^Jî^'^d;; étonné de la rapidité des conquêtes d'Alexandre : "ÎSîîïïipJâ mais on a de la peine à donner son attention à l'histoire de ses successeurs. Cependant c'est un grand théâtre qui s'ouvre : les scènes s'y multiplient , et les catastrophes y sont fréquentes. Pourquoi donc l'histoire devint-elle moins intéressante que lorsqu'il ne s'agissait que du sort d'Athènes et de Lacédémone ?
Ce n'est pas toujours par la grandeur qu'un objet nous attache. Toutes choses d'ailleurs égales , un tableau trop gr^d plaît moins , précisément parce qu'il est trop grand , car 4tant /alors dispra|por^ tionné à notre vue , nous n'en saurions saisir Fen-» semble. Or l'intérêt ne peut naître , lorsque nous
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ne voyons pas à la fois toutes les parties qui doivent concourir à le produire. Que serait-ce , sif chaque morceau du tableau offrait une action différente ? des scènes qui n'aui'aient point de rapport les unes aux autres ? des intérêts séparés ou contraires ? et des crimes de toutes parts ? Tel est le spectacle que nous donne cette partie de l'histoire. Ajoutons encore que la multitude des concurrens qui déchirent l'empire d'Alexandre , jette une confusion qu'il est difficile de dissiper, et qui même ne mérite pas qu'on la dissipe. C'est un chaos qui ne parai tse débrou iller, que pour faire voir des forfaits.
Dans la Grèce , c'est sur des peuples que vos regards se sont fixés. Le développement de l'esprit humain , les progrès du gouvernement , l'amour de la liberté , l'amour de la patrie, une fermentation générale qui dirige ou tend à diriger tout vers le bien commun , de grandes vertus , de grands talent, des révolutions où les peuples mêmes sont les principaux acteurs, voilà les objets qui vous attachent ; ils sont beaux et intéressans.
De l'autre côté, il n'y a ni peuple , ni patrie, et je dirois presque ni vertu , ni talent : mais au contraire deux rois , l'un imbécile , l'autre enfant , un régent qui affiche la scélératesse , et plusieurs souverains qui n'ont pour titres que l'audace. Ce n'e^ que trahisons , meurtres, assassinats ; et les jeux funèbres qu'on prépare à Alexandre sont le massacre de toute sa famille.
AJsrciENWE. agS
Au milieu de toutes ces révolutions, les peuples sont comptés pour rien , les provinces conquises et reconquises se dépeuplent pour chan^r de maîtres. Ce sont toujours les mêmes vices , toujours les mêmes forfaits, et l'histoire uniforme et hideuse de ces temps n'oflfre que des hommes nés pour le malheur des nations.
Il y a néanmoins une exception à faire. Parmi ,.^eriu*^« ces gouverneurs , Ptolémée , fils de Lagus , Macé- ^^^* donien de basse naissance , eut l'Egypte en partage. Il s'éleva par son mérite , et fut un des généraux d'Alexandre , dès le commencement de la guerre contre les Perses. Pendant que les autres gouverneurs se faisaient des guerres continuelles, il se conduisit avec assez de prudence pour prendre peu de part à leurs différens. Il affermit son autorité ; et il fit le honneur de ses peuples.
A peine était-il établi, que Perdicas , le regar- ^i^'fjfîi: dant comme le plus grand obstacle à son ambi- J^TiJÛ^er** tion, marcha contre lui. Mais il fut repoussé, et ayant eu l'imprudence de méco/itenter ses troupes, elles se révoltèrent , lui ôtèrent la vie , et se don- ,. c?*"'^"** nèrent au gouverneur d'Egypte.
Ptolémée, assez sage pour juger que la régence rut^di^vim^ était une place orageuse , et qu'elle pouvait nuire •**"• au plan qu'il s'était fait, n'en voulut point , et il la fit donner à Aridée et à Pithon. Bientôt après Eurydice , femme de Philippe , voulant s'arroger toute l'autorité , leà nouveaux régens se démirent ,
et Antipater prit leur place. Alors on procéda à un nouveau partage des provinces , et la Babylonic fut donnée à Séleucus , qui jusque-lkn'avait point eu de gouvernement. On n'osa rien entreprendre sur l'Egypte.
..ni^"î*AÎ.' ^^ déclara la guerre à Eumène , gouverneur ^^' de Cappadoce, sous prétexte qu'il avait pris les
3i5. armes pour Perdicas. C'était un homme sans naissance , mais d'un grand mérite , et inviolablement attaché à la famille d'Alexandre. Voilà ce qui le rendit odieux à ses collègues.
Il fut trahi et livré à Antigone , qui le fit mourir. ^deBlïtîr Antigone avait dans son gouvernement la .>r<u»»'»«. grande Phrygie , la Lycaonie, la Pamphylie et la Lydie. Se trouvant j par la mort d'Eumène , en état de disputer l'empire de l'Asie , il dépouilla plusieurs gouverneurs , par force ou par trahison , et Séleucus j forcé d'abandonner Babylone, se réfugia en Egypte.
Séleucus était ami de Ptolémée, et méritait de l'être. Il en obtint des secours qui le rétablirent dans son gouvernement. Les Babyloniens le reçurent avec de grandes acclamations. Aimé des peuples, il se vit bientôt à la tête d'une armée, et en état de se soutenir contre ses ennemis. Son entrée dans Babylone, après une victoire, devint une ère commune à presque toutes les nations de 3„. l'Asie. C'est ce qu'on nomme Vère des Seleucides. GMmMui Cependant la guerre continue. Démétrius , fils
ANCIEimE. 297
,d'Antigone, remporte un avantage sur Ptolémée, 2JJdJ"rôi"'** dans un combat naval. Antigone et Démétrius , fiers de ce succès, prennent Itf titre de roi, et Ptolémée le prend à leiu* exemple.
Alors Ptolémée et Séleucus formèrent contre i»e«»Jw**dA- Antigone et Démétrius une ligue , avec Cassandre <ï»»re ■»•««et Lysimaque, le premier, gouverneur de Macédoine, et le second, de Thrace. Vainqueiu*s dans les plaines d'Ipsus , où Antigone perdit la vie , ils 3o»partagèrent entre eux l'empire. Ptolémée eut l'Egypte , la Libye , l'Arabie , la Célésyrie et la Palestine; Cassandfe, la Macédoine et la Grèce ; Lysimaque, la Thrace, la Bithynie, et quelques autres provinces par delà l'Hellespont; Séleucus, tout le reste de l'Asie, jusqu'au delà de l'Euphrate, ou jusqu'au fleuve Indus. Ce partage de l'empire d'Alexandre fiit fait vingt-trois ans après la mort de ce conquérant.
L'amour et le respect que Séleucus inspirait jeiséuockk* aux peuples ne contribua pas peu à ses succès. Il fit fleurir son empire, et l'embellit d'un grand nombre de villes, ^ais ses successeurs , faibles , lâches ou cruels , ne surent pas conserver d'aussi vastes états. Les Parthes , qui leur enlevèrent les provinces orientales , poussèrent leurs conquêtes jusqu'à l'Euphrate. Les rois de Bithynie , de Pergame , de Pont et de Cappadoce partagèrent entre eux l'Asie mineure. Enfin les Séleucides semblèrent conspirer eux-mêmes à leur propre destruction. Ils se
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firent des guerres si cruelles , que les Syriens renoncèrent à leur domination, et donnèrent la couronne à Tigrane, roi d'Arménie. C'est sur
j.c ""*'"* celui-ci que Pompée en fit la conquête, et la Syrie devint une province Romaine. L'empire des Séleucides a duré 248 ans.
a-Ef^*^^ L'Egypte fiit très -florissante sous le premier Ptolémée, surnommé Soter. Ce prince favorisa les arts et les sciences : il attira dans ses états les hommes de talent , et il fiit fondateur de la célèbre bibliothèque d'Alexandrie. Sous son règne , les Égyptiens furent peut-être plus heureux qu'ils ne l'avaient été dans ces temps reculés , dont les historiens parlent avec exagération. Étant avancé en âge, il abdiqua, et remit le sceptre entre les mains de Ptolémée Philadelphe, fils de Bérénice, à l'exclusion de Ptolémée Céraunus , fils d'Eurydice, sa première femme. Il mourut peu après, a^ âgé de quatre-vingt-cinq ans.
On ne saurait trop applaudir au choix de ce
sage monarque : car on retrouva dans Philadelphe
les talens et les vertus du père. Il mourut dans la
tifi. trente-neuvième année de son règne , et dans la
soixante-quatrième de. son âge.
L'Egypte fut 'encore heureuse et florissante
sous Ptolémée Évergète, dont le règne fiit de
vingt-quatre à vingt-cinq ans. C'est la chevelure
de Bérénice, sa sœur et sa femme, qu'il a plu
, aux astronomes de placer dans le ciel. Je m'arrête
n?foi
AKCIENTHE. I99
à ce troisièm?Toi, parce que tous les autres ont été des monstres ou des princes fort méprisables. Les Lagides ont conservé la couronne d'Egypte jusqu'à la mort de Cléopâtre , c'est-à-dire pendant deux cent quatre-vingt-douze ans.
Je viens, Monseigneur, de vous indiquer ce qu'il y a de plus intéressant dans l'histoire des successeurs d'Alexandre hors de la Grèce. Dans l'espace d'environ trois cents ans, voilà quatre bons rois , un en Syrie et trois en Egypte. Vous vous ferez un plaisir de lire les détails de leurs règnes : mais lem's successeiu:s vous donneront ^ de l'ennui ou de l'indignation ; et vous verrez par vous-même que la vie d'im souverain n'intéresse qu'autant qu'elle tient au bonheur d'un peuple.
J'ai voulu d'abord jeter un coup-d'œil rapide sur l'Asie, afin de nous débarrasser de toute cette partie de l'histoire. Il est temps de revenir à la Grèce, qui nous offrira des révolutions plus intéressantes et plus instructives.
A la nouvelle de la mort d'Alexandre , les Athé- ^'^iit^f";^ niens se livrèrent à une joie immodérée, et- les ïmî""**" **^ orateui^ crièrent à la liberté. Démosthène, quoique exilé ', engagea plusieurs républiques à se joindre à celle d'Athènes, et rassembla une flotte
' Uarpahis, un des capitaines d'Alexandre, ayant dissipé
une partie des trésors dont la garde loi avait été confiée,
s'enfuit à Athènes avec des richessses immenses. Comme le
peuple , dans la crainte de déplaire à Alexandre , ne voulaif
3oO HISTOIRE /S^
de deux cent quarante galères. LaKdémone , soumise depuis la victoire d'Antipater, ne voulut point entrer dans cette association.
Il était facile de prévoir qu'il naîtrait bientôt des dissensions parmi les gouverneurs de l'empire; pouvait-on penser qu'ils se soiunettraient à un roi imbécile, à un roi enfant, ou à un régent qu'ils regardaient comm^ leur égal ? Le moment où la guerre allait s'alliuner n'était donc pas loin , et c'eût été pour les Grecs une circonstance favorable au recouvrement de leur liberté. Il (allait donc attendre : c'était le sentiment de Phocion ; mais Démosthène prévalut. Vous vous souvenez qu'il conseillait souvent la guerre, sans songer aux moyens de la faire avec succès.
\atipaterie< Léosthènc , général des Athéniens, remporta une victoire , qui fit dire à Phocion : Je voudrais açoir gagné cette bataille^ mais je serais honteux de Valoir conseillée. Il prévoyait ce qui arriva. Antipater reçut des secours : il vainquit, et les Athéniens firent tomber leur colère sur ceux qui avaient conseillé de prendre les armes, a. c* '" *'"* ^^ P^^ ^^ ^^ > ^^ Antipater en dicta les articles. Les principaux étaient que les Athéniens livreraient Démosthène; qu'ils recevraient garnison
pas le recevoir , il acheta les orateurs qui voulurent se vendre ; et Démosthène fut du nombre, tant les honnêtes gens étaient rares dans cette république. Mais Harpalus fut obligé de se retirer, et Démosthène fut banni.
AirClElINC. 3oi
dans le fort Munichia; qu'outre les frais de la guerre, ils paieraient une amende; et que les charges seraient données aux riches citoyens. Démosthène, ne pouvant échapper aux poursuites d'Antipater, s'empoisonna.
Démosthène, lâche dans les combats, se donne , ^, cww la mort ; et Alexandre la voit arriver avec frayeur , d^S«Adre.''" lui qui tant de fois Ta afirontée avec témérité. Tous deux avaient donc du courage. Mais ni Tun ni l'autre n'étaient véritablement coiu'ageux : car il y a de la pusillanimité à craindre, comme Alexandre , un mal inévitable ; et il y a de la lâcheté à fuir , comme Démosthène , un danger où l'on s'est exposé par choix , et où l'on a entraîné les autres.
Alexandre était plutôt hardi et téméraire que coiu*ageux. Sa hardiesse fut l'effet du sentiment de 'sa supériorité dans l'art militaire , et sa témérité fut celui de ses premiers succès. Le désir de ce qu'il appelait la gloire donna surtout un grand essor à son âme. Vous savez ce qu'il dit dans une occasion : qu'il m'en coûte y Athéniens ^ pour être hué de vous ! Voilà les motifs qui le soutenaient dans les dangers : mais contre la mort , les louanges des Athéniens , ses succès , ses talens ne pouvaient rien ; et il fut effrayé.
Dans la tribune, Démosthène a la hardiesse de dire au peuple des vérités capables de le soulever contre lui. D'abord le sentiment de sa supériorité la lui donne ; bientôt les succès l'augmentent ;
enfin l'ambition de gouverner l'aveugle sur les dangers qu'il court. Mais , dans un combat , il sent sa faiblesse , et il fîiit. Cependant la mort n'est pas ce qu'il craint le plus : il se tue pour ne pas tomber entre les mains d'un ennemi.
Le vrai courage est une confiance éclairée que rien ne trouble. Alexandre ne craint pas des périls semblables à ceux qu'il a surmontés, et qu'il se flatte de surmonter encore : il craint la mort qu'il n'a jamais envisagée de sang-froid , et dont il semble qu'il croyait se garantir , quand il voulait passer pour un dieu. Démosthène n'eut pas fui , s'il se fût senti les talens d'un capitaine , comme il se sentait ceux d'un orateur : au contraire , il eàt affronté l'ennemi , comme il affrontait le peuple. i,«^«**'ÂîhIÎ L'ambition et la jalousie divisaient déjà les gouîù?ilire."'** vernetffs que Perdicas avait établis dans les provinces , lorsque le nouveau partage , fait par Antipater , fit naître de nouvelles dissensions. Il fallut armer pour enlever les gouvernemens : il fallut armer pour les défendre , et on arma de toutes parts. Voilà la conjoncture que les Grecs devaient attendre. Alors, recherchés par les différens partis, ils auraient pu trouver leur salut dans les troubles : c'est donc pour avoir voulu secouer le joug avant le temps, que leur pays deviendra un des théâtres de la guerre. Soumis à toutes les révolutions de l'empire , il sera successivement la proie de plusieurs vainqueurs qui se l'arracheront tour à tour.
AirCIENWE. 3o3
En faisant un nouveau partage, Antipatcr n'avait p, *',^'* ^'*"'^" eu d'autre ^ue que de jeter de nouvelles semences de divisions , et de se mettre par ce moyen à l'abri de toute entreprise de la part des autres gouverneurs. Quand il les eut armés les uns contre les autres , il repassa en Europe avec les deux rois ; s'occupant bien moins de la régence que de la Macédoine , et sacrifiant à ses intérêts tous ceux qui jusque-là avaient été attachés à la famille d'Alexandre. Mais 9 la même année, la mort l'arrêta 3ai. dans le cours de ses projets.
Antipater avait laissé la Macédoine et la régence ,^"'^„^ \ à Polysperchon , vieux capitaine; et Cassandre, 5geM«T'*'** son fils, regardait cette disposition comme une injustice qui lui était faite. Sans argent néanmoins et sans soldats , parce que jusqu'alors il n'avait eu que des emplois subalternes , il lui était impossible de rien entreprendre par lui-même. Dans cette situation , il eut recours à Antigone , qui avait trop d'ambition pour ne pas sentir combien il lui importait de susciter des affaires aux autres gouverneurs. Antigone accorda donc ses secours à Cassandre , et il envoya en Grèce une armée commandée par Nicanor.
Cependant Polysperchon , pour s'attacher les ,Ji'f;i;';jJ{V peuples de la Grèce , avait publié , au nom des deux ^iràVâSl^i" rois , un décret par lequel toutes les villes étaient rétablies dans leur ancienne liberté; et il avait écrit eu particulier aux Athéniens qu'il abolissait
3o4 HISTOIRE
Toligarchie, et qu'il rendait à tous les citoyens , sans exception, le droit d'être admis aux charges* 3'^ Ces précautions furent inutiles. Nicanor, qui arriva sur ces entrefaites, se rendit maître du Pirée, et mit une garnison dans la citadelle de Munichia.
aipînîSiSl ^ 1^ sollicitation de Phocion , Nicanor , au lieu yHub^tudé- ^'appesantir le joug , parut chercher à faire aimer son gouvernement. Il donna des fêtes , des spectacles; et les Athéniens se croyaient heureux. Mais Alexandre, fils de Polysperchon , étant arrivé dans l'Attique avec une armée, le peuple crut avoir recouvré la liberté qu'on lui promettait. Il se souleva contre ceux qui avaient favorisé l'oligarchie: il les condamna à mort ; et le vertueux Phocion , un des grands hommes qu'Athènes ait produits , subit lui - même cette sentence. Les Athéniens , toujoiu^ capables de remords comme d'inhumanité, élevèrent quelque temps apvès une statue à ce citoyen , et punirent ceux qui les avaient portés à le condamner.
D^tn^irî.. Cassandre vient au secours de Nicanor. Il favo- Y«ni« AihèaM. ^'^^ Toligarchie dans la vue de s'attacher les riches citoyens : il force Polysperchon à se retirer dans le Péloponèse : il soumet les Athéniens, et leur laisse pour les gouverner Démétrius de Phalère, de la famille de Conon. Ce magistrat se conduisit avec tant de sagesse, qu'on prétend que les Athéniens n'ont jamais été plus heureux que pendant
avoir commis liitienrs mcar« tre«.
AlfCIENHE. 3o5
tes dix années qu'a duré son administration. Ils 3.6. lui élevèrent trois cent soixante statues.
Vous pouvez juger quels étaient les troubles de .„,„i^JJ7*Jî; la Grèce, livrée tour à tour à difSérens maîtres , pî" " qui changeaient continuellement la forme du gouvernement. Jamais les exils , les proscriptions , les assassinats ne furent plus communs. Olympias, mère d'Alexandre le Grand , retirée en Épire pendant la* régence d'Antipater, fiit invitée par Polysperchbn à revenir en Macédoine. A peine s'y crut - elle affermie , qu'elle fit périr Philippe et Eurydice. Et elle-même, bientôt assiégée dans Pydna, où elle ne pouvait recevoir les secours de Polysperchon, ftit obligée de se livrer à Cassandre, qui la fit assassiner.
Le jeune Alexandre et sa mère Roxane étaient ^J^^^ dans le château d'Amphipolis, où Cassandre les avait enfermés , lorsque les Macédoniens commencèrent à demander qu'on leur montrât ce prince , et qu'on le mît à la tête des affaires. Cassandre fit moiu*ir secrètement la mère et le fils.
Alors Polysperchon, qu'il avait chassé de Ma- 3io cédoine et qui commandait dans le Péloponnèse , fit venir de Pergame, Hercule, fils de Barsine; et , déclarant qu'il en voulait faire valoir les droits , il marcha , et parut vouloir engager les Macédoniens à le reconnaître. Mais, ayant eu une entrevue avec Cassandre , ils convinilent ensemble d'immoler encore à leur ambition Hercule et Bar-
Toute U fa>
mille d'Alezan, dre est exterminée.
5o6 HISTOIRE
sine, et ils leà immolèrent. Par -là, Cassandre compta s*assurer la Macédoine , et Polysperchon se crut souverain du Péloponèse.
Il ne restait plus de la famille d'Alexandre que deux soeiu*s de ce prince , Cléopâtre , veuve d'Alexandre , roi d'Épire ; et Thessalonice , femme de Cassandre. La première , qui faisait sa résidence à Sardes depuis plusieurs années , se voyant traitée avec peu d'égards par Antigone, maître de la Lydie , s'était rendue aux invitations de Ptolânée qui lui offrait un asile ; et elle était partie ponr l'Egypte , lorsque le gouverneur l'arrêta , la ramena, et bientôt après la fit mourir secrètement. Thessalonice était destinée à une fin plus fiineste encore. C'est dans le cours de ces horreurs qu'An-* tigone , qui avait lui-même ordonné le mem*tre de Cléopâtre , étendait sa puissance en Asie , disposait des gouvernçmens , et que Séleucus, après . avoir été forcé d'abandonner Babylone , y rentrait victorieux.
r,o.îSt*VJ!lLuI Cassandre , Polysperchon et Ptolémée , ligués !:be«'*JM*AÏi! contre Antigone , ne négligeaient rien pour lui fermer la Grèce , où ils avaient aboli la démocratie. Il était donc de la poUtique d' Antigone de se déclarer le protecteur de la liberté des peuples. 307. En conséquence , il chargea Démétrius PoUorcète , c'est-à-dire preneur de villes , de chaaeer de toute la Grèce les garnisons macédoniennes.
Ce jeune homote , avec de grands vices et de
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grands talens , eut une ambition égale à celle àe son père , et des succès plus brillans. Mais ^ pour avoir voulu l'un et l'autre former de trop grands projets ^ ils devaient échouer tous deux.
Démétrius Poliorcète se rendit maître du Pirée sans résistance , chassa la garnison qui était dans Munichia, rasa ce fort, et rétablit la démocratie. C'était l'homme qu'il fallait aux Athéniens. Ils lui prodiguèrent les noms de libérateur , de sauveur ;. ils le reçurent avec toutes les cérémonies qui s'observaient lorsqu'on portait les statues de Cérèset de Bacchus ; ils arrêtèrent qu'on répéterait les mêmes cérémonies toutes les fois qu'il rentrerait dans la ville ; ils le mirent au rang des dieux , loi offrirent des victimes , lui consacrèrent des prêtres.
Aloj^Démétrius de Phalère fut obligé de se retireW^et les Athéniens renversèrent toutes les statues qu'ils lui avaient élevées. Quelque temps après, la cour de Ptolémée Soter lui ouvrit un asile ; il mourut sous le règne de Philadelphe. Il a été un des beaux génies de ce siècle.
A peine Démétrius Poliorcète eut rendu là liberté aux Athéniens , qu'il fut obligé de s'absenter , et Athènes retomba sous la puissance de Cassandre. Aussitôt il vole au secours de cette république , la délivre une seconde fois , et les 3o3. Athéniens, ne sachant plus quelles marques de i^econnaissance ils pouvaient lui donner , imagi-
3o8 HISTOIRE
nèrent de le loger dans le temple de Minerve* Cependant , lorsqu'après la bataille dlpsùs , il voulut se retirer dans leur ville , coiAme dans l'asile dont il se croyait le plus assuré , on refusa de le recevoir. Quel peuple ,. Monseigneur ! on l'aime , on le hait , on l'estime ^ on le méprise ;. mais enfin son histoire instruit et intéresse encore plus qu'aucune autre.
Tel était ; en général , l'état de la Grèce , vers Van 3oi avant Jésus-Christ, lorsque des ddbris de l'empire d'Alexandre, il se forma quatre monarchies.
«tau.