‹ Œuvres completesChapitre 36 sur 72 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Jusqu'à la conquête de la grèce par les Ron^ûs. '

\^f^ttlt Après la bataille d'Ipsus , il restait à Démétrius Çr"liirS rîle de Chypre, Tyr et Sidon, plusieurs autres villes en Grèce et en Asie , et une flotte. Quelque temps après , il acquit la Cilicie , qu'il enleva à Plistarque, frère de ^Cassandre. Elle avait été donnée à celui-ci lors du partage de l'empire.

Quand il crut avoir pourvu à la sûreté de ses différentes possessions , il tourna ses armes contre les Athéniens, les assiégea pendant un an, les força à lui ouvrir leurs portes , leur pai^donna , et devint •07. encore leur idole. Il porta ensuite la guerre dans

ANGIENICE. 3o9

lî3i Laconie ; et , ayant défait les Lacédémoniens à deux reprises, il se regardait comipe maître de teur ville , lorsqu'il se vit tout à coup dépouillé de tous ses états , à la réserve d'Athènes et de (juel- ^' ques villes du Péloponèse. Lysimaque , Séleucus et Ptolémée lui avaient enlevé tout ce qu'il possédait hors de la Grèce. Dans cette conjoncture une couronne s'offre à lui. .

Cassaudre était mort , et il avait laissé trois fils , ^^ i^Jutlnl Philippe , Antipater et Alexandre. Le premier , ^'cJiJ^T qui lui succéda , mourut dans l'année ; et , après lui , ses deux frères régnèrent ensemble pendant trois ans , mais sans pouvoir s'accorder. Thessalonice s'étant déclarée pour Alexandre , qui était • le plus jeune , fut poignardée par Antipater même ; et Alexandre , qui fut chassé , demanda des secours à Pyrrhus et à Démétrius.

Pyrrhus était roi des Épirotes et des Molosses. «,«^â;;7°: Ces peuples s'étaient révoltés contre Éaçide , son père, et l'avaient chassé de ses états. Encore enfant, P3rrrhus n'échappa aux séditieux que par le zèle de deux sujets fidèles , qui le portèrent en lUyrie, où le roi Glaucias le fit élever avec ses fils ; et , dans la douzième année de son âge , il monta sur le trône de ses pères par le secours de ce roi généreux , qui le protégea contre les trahisons de Cassandre. Il y avait cinq ans qu'il régnait , et il se croyait affermi , lorsque étant allé en lUyrie aux noces d'un des fils de Glaucias,

5lO HISTOIRE

les Molosses profitèrent de son absceneer pour donner la couronne à Néoptolème. Alors il se retira auprès de Démétrius , son beau-firère. Il était avec lui à la bataille dlpsus , et il alla en . Egypte pour lui servir d'otage. Il réussit si bien dans cette cour, que Ptolémée lui donna des troupes, et le rétablit dans ses états. Il réunissait toutes les qualités d'un héros : ambitieux „ grand capitaine , il avait siutout le don de s^ faire aimer de^ soldats. Il descendait d'Achille. 11 a été célèbre par la guerre qu'il a faute aux Romains. cîttwî Aie«!.!î- Il marcha au secours d'Alexandre , et il réconroi d« Macf- cilia Ics dcux frcrcs : mais , pour prix de ce scrvice , il se saisit de plusieurs villes de leur royaume., $ur ces entrefaites , Démétrios étant arrivé , Alexandre , qui craignait encore quelque nouvelle usurpation , alla au*devant de lui , le remercia , et le pria de ne pas entrer dans la Macédoine. Démétrius , aussi dissimulé que ce prince , hii rendit toutes les marques d'amitié qu'il en recevait , et mangea plusieurs fois avec lui. Offensé néanmoins , il méditait une vengeance , lorsqu'ayant appris qu'Alexandre voulait l'assassiner, il le prévint , et le tua hii-même. Alors , représentant ce prince comme un perfide qu'il avait du prévenir, et Antipater comme un monstre qui avait trempé les mains dans le sang de sa mère „ il fut proclamé roi de Macédoine.

Antipater s'enfiiit en Thrace auprès de Lysi-.

AKciEinre. 3ii

maqiie , qui le fit mourir. Il ne resta donc plus rien de la famille d'Alexandre et de Philippe. Vous voyez 1^ Monseigneur, que les forfaits dont l'ambition de ces deux boomies a été le principe, ont fait le malbeur de leur maison , co^me celui des peuples.

Maître de la Macédoine , de la Thessalie , d'une ^^Tjnni't grande partie du Péloponèse , et des villes d'A- **' ^***** thènes et de Mégare , Démétrius projetait de ret couvrer les états qu'Antigone, son père, avait eus en Asie. Il levait à cet effet iine armée de cent mille hommes , et il équipait ime flotte de cinq cents vaisseaux.

Au bruit de cet annemént , Séleucus , Ptolémée , Lysimaque et Pyrrhus , se réunirent, et les deux derniers ayant fût uiie invasion en Macédoine , Pyrrhus se saisit de Bérée , place considérable , .90. où il fit un grand nombre de prisonniers. Aussitôt Démétrius quitta la Grèce , où il fusait ses préparatifs pour l'expédition d^Asie : mais les Macédoniens , à qui il s'était rendu méprisable par son faste, refusèrent de le suivre contre Pyrrhus, qu'ils estimaient* Ils se soulevèrent , ils passèrent dans le camp du roi d'Épire ; et Désnétrius, abandonné de ses troupes , ne s'échappa qu'à la faveur d'un déguisement

Une put pas néanmoins renoncer encore à ses |^"^f*"*'* '•projets. Il leva dix mille hommes , et il alla tenter fortune en Asie, laissant à son fils^ Antigone, les

3ia HISTOIRE

villes qui lui restaient dans la Grèce» Il enleva plusieurs places à Lysimaque dans la Carie et dalos la Lydie : il' les abandonna aussitôt qu' Agathocle , fils de Lysimaque , parut à» la tête d'une armée ; et , passant de là dans les provinces de Séleucus , il fut^une seconde fois abandonné de ses troupes. Forcé pour lors de se livrer à son ennemi , il en obtint tout ce qu'il ppuvait désirer , à la liberté près. Il s'accommoda d'une vie où tous ses jmtojets se bornaient à chercher des plaisir^ qu'on ne lui refusait pas ; et , trob ans après , il mourut de ses débauches. Jamais prince n'a été plus que lui le jouet de la fortune.

coMeiidePr- Après la fiiite de Démétrius , les Athéniens mtoé. avaient révoqué tous les décrets que la flatterie

leur avait arrachés pour ce prince inquiet. Cependant y parce qu'ils le craignaient encore , ils appe^ lèrent Pyrrhus. Ce roi se rendit à leur invitation. ■ Il parut sensible à leur confiance , et il se retira en leur donnant ce conseil : Si vous êtes sages , ne recei^ez jamais de rois chez vous.

ii^rduMa- Quoique les Macédoniens lui eussent donné la couronne , Lysimaque qui était à la tête d'une armée , voulut avoir part à la dépouille de Démétrius ; et Pyn'hus fut obligé de lui en céder ime partie. Bientôt après , pendant qu'il était occupé à soumettre les villes qu'Antigone conservait dans a«6. la Grèce , Lysimaque lui enleva toute la Macé^ doine.

cédoine.

AKCIEKNK. 3l3

Lysimaque et Agathocle , son fils , avaient ^Si'^J slî épousé deux* filles de Ptoléméc Soter r le premier , lyguî^M*"* Arsinoé ; et le second , Lysandra. Arsinoé , dans le dessein de faire passer la couronne sur la tête d'un de ses fils , accusa Agathocle de vouloir attenter à la vie de son père. Lysimaque , trop crédule ^ fit mourir son fils.

Lysandra se réfugia»à la cour de Syrie avec son fi:'ère, Ptolémëe Cérauniis, qui Tavait accompagnée en Macédoine. Plusieurs grands du royaume s'y retirèrent également , et ils engagèrent Séleucus à déclarer la guerre à Lysimaque. Celui-ci perdit >»«• la bataille et la vie.

âtéleiicus s'applaudissait d'avoir survécu à tous ,„^fj;r* i!»'r les capitaines d'Alexandre, et de se voir roi de Ma- ^""""** cédotne, sa patrie. Il ne prévoyait pas qu'il devait encore être immolé aux mânes de ce conquérant. Cependant Céraunus, qu'il avait comblé de bien- >8i. faits, le poignarda^

Maître de la Macédoine par cet assassinat, ce j^^^;S;îî*si scélérat, pour écarter tout concurrent, feignit "**'*' d'être amoureux de sa sœur Arsinoé ; et , après l'avoir épousée , il fit égorger dans ses bras deux fils qu'elle avait eus de Lysimaque , son premier mari, et la relégua dans la Samothrace. Il ne jouit pa^ long-temps du firuit de ses forfaits : car les Gaulois ayant fait une irruption dans ses états, il 979. fiit battu , fait prisonnier, et mis en pièces.

Pendant ces révolutions, commença le royaume

3l4 HItTOIRS

«AtPw^^r de Pergame, sous l'euauque Philétérus. Par la

mort de Lysimaque , il resta maître de cette ville ,

dont il était gouverneur, et il la laissa à Eumene I,

qui défit Antiochus, et lui enleva plusieurs places.

«o^*Jiïhîe"foîi' Vous voyez , Monseigneur, combien sont faibles

»iul«eV'*dîAl le^ monarchies élevées sur les débris de l'empire

lesandiv.

d'Alexandre. Si elles sont grandes, elles n'ont qu'une puissance apparente. Gouvernées par des princes plus inquiets encore qu^ambitieux , elles ne peuvent s'affermir. On dirait qu'elles sont sans forces contre tout ennemi qui les attaque; et elles sont continuellement exposées à de nouvelles révolutions. Ces vices se perpétueront. Elles s'affaiblii'ônt, par conséquent, d'âge en âge; et, parce que la même faiblesse leur sera commune à toutes, aucun de leurs monarques ne les réduira toutes sous sa domination. Les guerres qu'elles se feront , sans être avantageuses à aucune , les épuiseront toutes également ; et vous prévoyez qu'elles seront subjuguées les unes après les autres , s'il s'élève quelque part une puissance qui sache vaincre. ifioïîwtfîîi? Après la mort de*Céraunus, les Macédoniens, '.^'^Un'" ""^ dans Tespace de trois à quatre mpis , élurent deux

Mtccdoioc*

rois , et les déposèrent. Ib étaient livrés à l'anarchie, lorsqu'un simple particulier, nommé Sosthène, forma un corps de troupes , tomba sur les Gaulois , en tua un grand nombre , força le reste à se retirer, et refusa la couronne, qu'il méritait. Jl n'accepta que le titre de général.

AWClENIfE. 3l5

L'année suivante , d'autres Gaulois cpii s'étaient j,J,f\' d'abord jetés sur la Pannonie, aujourd'hui la Hon- »»<»«S"<^-'-*grie, entrèrent dans l'IUyrie, qu'ik ravagèrent , et vinrent aussi fondre sur la Macédoine. Sosthène , accablé paf le nombre, périt dans un combat, et les Barbares avancèrent jusqu'aux Thennopyles.

Les Grecs répétèrent la même faute qu'ils avaient faite lors de l'invasion de Xerxès , et les Gaulois pénétrèrent par le même chemin que les Perses. Ik allaient piller le temple de Delphes, quand un orage, qui répandit parmi eux l'effroi et le désordre, prépara leur défaite. Brenaus, leur chef, mourut de ses blessures, ou se tua de désespoir; et ceux qui échappèrent périrent dans la ret)raîte. Les Grecs combattirent avec d'autant plus de courage , qu'ils crurent que les dieux avaient armé pour la défense du temple. Vers ce temps, un corps de Gaulois s'établit dans cette partie de l'Asie mineure qui a été nommée Gallo- Grèce, ou Galatië.

Après la mort de^sthène , Antiocl\us, fils de ^77.. Séleucus, voulut d'abord faire valoir ses droits JiîVeVXrat sur la Macédoine, et il les abandonna presque «o'IeKenâ.* ' aussitôt à Antigone Gonatas, que les Macédoniens avaient reconnu. Ce monarque , ayant défait un reste de Gaulois qui ravageaient la Thraee , s'occupait à rétablir l'ordre, lorsque Pyrrhus^ qui venait de faire la guerre aux Romains, le vainquit ,

il 6 HISTOIIUE

et lui enleva la couronne. Il la recouvra ^ quand ce prince eut été tué dans Argos, qu'il voulait surprendre; et, quelque temps après, il fat obligé »« de la céder encore à Alexandre, fils de Pyrrhus, pour qui les Macédoniens se déclarèrent. Alors , indigné de l'inconstance et de l'ingratitude de ce peuple, qu'il gouvernait avec humanité, il se proposa de ne plus penser au trône.

ëir?0.^ie ?.ti ^^ prince jouissait dans la Grèce d'une grande f«momer.urie considératiou. Sa conduite sage et modérée lui avait même attaché plusieurs républiques. Il est vrai que sa puissance , qui par-là croissait tous les jours, avait armé contre lui les Athéniens et les Lacédémoniens : mais ces peuples, en lui déclarant la guerre , avaient contribué à sa gloire.

Son fils, Démétrius, jeune encore, et par conséquent plus ambitieux, vit toutes les ressources de son père. Il avait cette bravoure qui attache le soldat. Il leva une armée; et, ayant chassé Alexandre de la Macédoine et de VÉpire , il remit son père sur le trône.

Ce sont )es malheurs qui font les gi*ands princes. Antigone avait présens tous ceux de ses sueux. C'est pourquoi il eut des talens et des vertus. A ces titres, il mérita la couronne.

FoiHi«meiiia« Depuis Alexandre le Grand, la Grèce asservie ^Ac&<«iu. paraît sans force. Elle succombe sous les révolutions qui se succèdent , et on oublie qu'elle a été libre. La liberté néanmoins va renaître chez un

ANCIENNE. 3l7

peuple qui auparavant était à peine connu. Je veux parler des Achéens.

Dans ces temps où toutes les villes de la Grèce conspiraient contre 1^ tyrannie, Fatras, Dyme, Tritée , Phare , Égium et quelques auti es , avaient armé pour la liberté commune ; et , ayant chassé leurs tyrans, elles formèrent une association qui avait pou^ base une égalité parÊtite.

Chacune se gouvernait par ses lois et par ses magistrats , et les af£fâre$ générales se traitaient dans un sénat qui s'assemblait deux fois l'année à Egium, et qui était composé des Réputés de toutes les villes.

L'ancienneté ou la puissance ne donnait point de prérogatives. Aucune ne pouvait traiter segle avec l'étranger : toutes s'étaient engagées à ne point quitter les armes , tant que quelqu'une des villes associées serait exposée à tomber en servitude.

Deux préteurs, qu'on changeait chaque année, présidaient ^u sénat, le convoquaient extraordinairement, quand les circonstances le demandaient; et ils étaient les dépositaires de l'autorité, tout le temps que ce corps n'était pas assemblé.

Telle fut la république des Achéens, dès son origine. Elle ne songeait pas à se rendre redoutable, et elle se fit respecter par la sagesse de son gouvernement. Plus d'une fois elle fiit l'arbitre des dififérens qui s'élevaient chez les* autres

3l8 HISTOIRE

peuples. Cependant elle était une des plus faibles puissances de la Grèce.

Les circonstances seules donnèrent des lois à cette sage république. Elle n'eut pas besoin d'un Lycurgue ; sa situation lui en tint lieu. De toutes les- villes des Achéens , on n'en aurait pas fait une médiocre ; et elles étaient situées le long d'une côte qui était pauvre, et qui ne pouvait s'enrichir, parce qu'elle était "^ans ports et sans abris. Vous concevez donc que cette république était , par sa situation , ce que Lacédémone était par les lois de Lycurgue.

c«wî« " "a- Jusqu'aux successeurs d'Alexandre , les Achéens d«nne Lodâl nc s'étaicut presque pas ressentis des révolutions M diMoui. jîe la Grèce. Sans richesses , et sans ambition , yien ne pouvait inviter leurs voisins à prendre les armes contre eux , et ils se fusaient r^pecter par leur sagesse et par leur modération. Philippe ne changea rien à leurs lois, ni Alexandre. Mais^ dans la suite ^ plusieurs villes de l'Achaïe reçurent garnison de Polysperchon , de Dém^rius Poliorcète, de Cassandre, d'Antigone 'Gonatas. Les autres furent asservies par des tyrads, et l'ancienne association ne subsista plus.

.A qwii» Jusqu'alors les Étoliens n'avaient pris aucune

occaiion les *■ IT

CHmnt'""iê« part aux affaires de la Grèce. Sans lois, ils con-

•ncicDDt «MO- , • 1 1 • 1 /• •

ciaucn. seinraient cet esprit de brigandage , autrefois commun k tous les peuples de cette contrée ; et , à juger d'eux par les moeurs , on aurait dit qu'ils

AICClElfNE. 3iq

vivaient sous un ciel étranger. Cependant ils n'avaient pas encore osé porter le dégât chez les Grecs. Les troubles les enhardirent : ils voulurent profiter des divisions de leurs voisins ; et ils commencèrent à faire des incursions dans le Pélo* ponèse.

A cette occasion , Dyme , Patras , Tritée et Phare , étar/t plus exposées aux insultes des Étoliens, renouvelèrent leur ancienne association, sur le même plan que je viens d'exposer. Ces quatre villes ayant donné l'exemple, les Tégéens , ' les Cariniens, les Souviens, et plusieurs autres peuples du Péloponèse , secouèrent le joug de la tyrannie , et se joignirent à elles. Ce furent-là les commencemens de la nouvelle république des Âchéens : ils répondent au temps où Séleucus armait contre Lysimaqne.

C'était un vice dans la constitution de cette république d'avoir plu^ d'un chef, car la mésintelligence des deux préteurs , leurs différens carac-* tères , ou seulement leur différente manière de voir , pouvaient mettre au moins beaucoup de lenteur dans toutes les opérations. On le sentit , >5.. et on ne créa plus qu'un préteur. Peu de temps après , les Achéens trouvèrent un chef digne de les gouverner.

Un jeune homme de vingt ans , Aratus , déUvra ^^^ ^^^rSl Sicyone , sa patrie , de la tyrannie de Nicoclès, et ^'*'^"*^ l'associa à la ligue des Achéens. Huit an« après ^ 343.

3aO HISTOIRE

ses talens rélevèrent à la préture , et rendire&t cette magistrature en quelque sorte perpétuelle entre ses mains. Dès la première année qu'il fut en charge , il enleva Corinthe au roi de Macédoine , qui fut tout aussitôt abandonné des Mégariens , des Trézéniens , des Épidauriens ; et tous ces peuples entrèrent dans la ligue des Âchéens. Antigone Gonatas, âgé de plus de quatre-vin^s ans, ne put résister au chagrin que lui donnèrent toutes a4«. ces défections : il mourut Tannëe suivante. Démétrius , qui lui succéda , régna dix ans : c'est un règne dont les détails sont très-confus. moà^fSa^âil Vous étés destiné à être souverain , Mon- Acb<e««. seigneur : mais , comme vous ne serez pas tyran , vous vous intéresserez au spectacle qui s'ouvrira à vous , quand vous lirez le morceau d'histoire dont je vais vous esquisser le tableau.

En effet il est curieux de considérer un peuple qui échappe à la corruption générale de son siècle. Vous avez vu des républiques ambitionner la liberté pour en jouir à l'exclusion de toute autre. Vous venez de voir le chemin du trône s'ouvrir à l'audace, à la trahison , aux forfaits. Un-spectacle tout différent va s'offrir à vous. C'est un peuple qui prend les armes pour Êiire régner les lois et la vertu. Ennemi de la tyrannie , il vole au secours des villes asservies. Il prodigue ses richesses , «on sang , pour les affranchir. Il n'exige aucun dédommagement : il ne veut que les associer à son bon-

ANCiEurrrE. 3a t

heur. C'est ainsi que la république des Achéens s'accroîtra , et deviendra plus puissante d'un jour à l'autre; et c'est ainsi qu'il est beau de dominer.

Il ne faut qu'un homme , Monseigneur , pour j.^jjj'**// "faire un grand peuple ; et Aratus était cet homme. *"' Jamais citoyen ne fiit plus fait pour gouverner. Alix lumièçes il joignait la probité , le désintéressement , l'amour du bien public , la haine des tjnrans , en un mot, toutes les vertus qu'une république peut désirer dans un citoyen. Il avait eiicore presque tous les talens qu'elle cherche dans ceux qu'elle élève aux magistratures. Actif, vigilant , éloquent, achroit à manier les passions , fécond en l%ssources , il démêlait toujours le meilleur parti , il saisissait toujours le moment d'agir ; et , comme il savait maintenir l'union parmi les peuples confédérés , il savait aussi se rendre redoutable aux ennemis , et les faire concourir à ses vues.

Il avait néanmoins un défaut. A la tête d'une Déftutd'Ar».

tus.

armée, il n'était qu'un général médiocre. Quoiqu'il eût du courage , et qu'il en eût donné des preuves par la hardiesse et le succès de plusieurs entreprises , cependant , au milieu d'un combat , il se troublait , les facultés de son âme étaient suspendues , et on ne retrouvait plus en lui le grand homme. Vous en êtes fâché : mais ce qui doit augmenter votre estime et votre intérêt pour lui , c'est qu'il connaissait sa faiblesse et l'avouait.

.Jà*Aftîre lié ^^ république d'Achaïe était , par sa constitu- «rrudii piViM tiott , peti propre à soutenir une guerre offensive. Malgré Tassociation, c'était dans le fond une multitude de corps séparés, qui ne pouvaient pas avoir ce concert et cette activité nécessaire pour s'étendre par la voie des conquêtes. Cette république ne pouvait donc guère s'accroître que par le concours volontaire des villes , qui désireraient dNîntrer dans l*âs$ociation* Aratus^ connaissant le faible de ce goavernettient , comme il connaissait le sien propre /tourna toutes àeâ vues vei*s la paix , et ne parut appliqué qu'à contenii' l'enthousiasme que les premiers succès pouvaient donner aux Achéens.

âJ^'ni'^stuL n trouvait un obstacle à ses projets dans ïa ja- Mh"nî«» 'Vi louàie d'Athènes et de Lacédémone. Ces deux villes , où le nom de la liberté avait si fort retenti , n^en voulaient pas devoir la chose aux Achéens; et les Athéniens refusèrent de seconder les efforts < d'Aratus/qui Voulait les délivrer de la servitude

des rois de Macédoine. Ils se couronnèrent même de fleurs siur le faux bruit de sa mort. Bientôt après , us le virent arriver avec une armée , et ils ^. eurent recours à sa clémence. Ce ne fut qu'à la mort de t)émétrius qu'il les affranchit tout-à-fait. de^r^?des*riî ^^ s^mblc quc fes Achéens ne pouvaient pas «*<»*^syp''. avoir d'ennemi plus redoutable que le roi de Macédoine , qui croyait avoir des droits isur plusieurs de leurs Villes. Les rois de Syrie et d'Egypte ne

formaient pas de pareilles prétentions. Ils voyaient au contraire avec plaisir s'élever dans le Péloponèse une barrière à l'ambition d'un souverain , qui regardSit comme à lui toutes les conquêtes d'Alexandre , parce qu'il était sur le trône que ce prince avait d'abord, occupé. Il était donc de leur intérêt de soutenir cette république , et Aratus s'en fit des alliés.

.Cet appui n'était pas soKde. Si on suppose que les rois agissent toujours conformément à leurs intérêts , on est bientôt démenti par l'histoire : ils ne sont que trop souvent aveugles par faiblesse , par caprice ou par humeur. Cette ressource n'était donc que momentanée : mais c'était la seule ; et tout ce qu'un politique peut faire de mieux , c'est de prendre son parti suivant les circonstances.

Cependant il ne suffisait pas aux Achéens d'avoir pris des précautions contre la Macédoine : il à'éleva bientôt une ennemi plus à craindre. C'est ainsi que leà plus grands politiques sont en défaut. La situation embarrassante dans laquelle Aratus se trouva , fut l'effet d'une révolution qui survint à Lacédémone.

Lorsque Aratus fut fait préteur, Agis IV venait ^ a^îi, r»! ae

^ r 7 o Sparte, tente de

de monter sur le trône de Sjpdrte. Ce prince , con- le LyîuJ^V"" sidérant les progrès que la corruption avait faits depuis Lysandre , et touché des désordres qui en naissaient, se proposa de ramener les anciennes mœurs, en faisant revivre les lois de Lycurgiie,

Ce projet , qui devait soulever les riches , avait besoin d'être préparé de loin secrètement et avec adresse. Agis échoua par la trahison d'un éphore , auquel il avait donné sa confiance ; et Léonidas , son collègue, le fit lui-même condamner à mort. oiom^nttxi' Cléomène III , fils de Léonidas , monta sur le

rul< It projet

j'Agii. trône l'année d'après , et résolut d'exécuter le

projet de réforme auquel son père s'était si fort opposé. Ce ne fiit pas , comme Agis , par amour pour la vertu qu'il s'engagea dans cette entreprise , ce fut uniquement par ambition : il ne se proposa de ruiner les riches , que dans la vue de s'attacher les pauvres. Une pareille révolution ne pouvait pas se faire sans violence. Cléomène chercha donc à s'attacher une partie des troupes : la guerre lui en fournit l'occasion.

Pour former une seule ligue de tous les peuples du Péloponèse , il ne manquait aux Achéens que les Lacédémoniens , les Eléens et une partie des Arcadiens. Aratus, voulant tous les réunir , de gré ou de force , entra sur les terres de ces derniers , et fiit repoussé par Cléomène , qui lui enleva plusieurs villes.

Les Spartiates , qui ne demandaient que l'humiliation des Achéens , firent de plus grands préparatifs pour la campagne suivante ; et Cléomène , chargé de lever une nouvelle armée , saisit cette occasion d'emmener avec lui tous ceux qui pouvaient mettre quelque obstacle à ses projets. Son

ANCrENNE. 325

dessein était de ne les pas ramener. Les ayant donc laissés en garnison dans l'Arcadie , il revint à Sparte avec un corps de troupes étrangères. En approchant, il communiqua son projet à des personnes dont il était assin-é ; et , aussitôt qu'il fut arrivé , il fit massacrer les éphores , ceux qui en prirent la défense, et il bannit tout ce qui lui était contraire.

Alors il assemble le peuple, se dépouille de ses biens , abolit les dettes , fait un nouveau partage des terres , et par-là justifie ses violences aux yeux du peuple.

Cette révolution , qu'Aratus n'avait pu prévoir , ^i^'I^^Alt le mit dans la nécessité de prendre de nouvelles b^utS» mr'-

•ares,

mesures. Il ne pouvait plus compter sur les rois d'Egypte et de Syrie , parce qu'il importait peu à ces princes que ce fussent les Spartiates ou les Achéens qui dominassent dans le Péloponèse. D'ailleurs les villes de Tassociation commençaient à se diviser. Les Migalopolitains et les Messéniens voulaient l'alliance de la Macédoine ; et ils étaient résolus à prendre seuls ce parti , si les Achéens en prenaient un autre. Il fallait donc choisir entre deux ennemis , entre Cléomène et Antigone Doson , successeur de Démétrius. Le dernier , comme plus éloigné , paraissait moins à craindre. Aratus n'hésita pas , il appela lui-même Antigone.

Antigone était frère de Démétrius. Son neveu Philippe , roi de Macédoine , étant trop jeune

pour gouverner , il avait été nommé régent du royaume. Les peuples , enchantés de la sagesse de • son administration , le forcèrent même de prenclre

la couronne : mais il ne l'accepta que pour la conserver à Philippe, et il donna tous ses soins à l'éducation de ce prince.

fo^ippdî^î^ Comme il lui importait de saisir l'occasion de spir/; ^""** rentrer dans le Péloponèse , il se rendit aux invi^tations d'Aratus , et cette guerre ne fiit pas longile. «9, Elle se termina par la prise de Sparte , et Cléomène s'enfuit en Egypte. Soit générosité , soit politique , Antigone laissa aux Spartiates leurs lois, leur gouvernement, et les traita plutôt en alliés qu'en sujets. Sa mort. Cependant les lUyriens , ayant profité de son

absence , avaient fait une irruption dans la Macédoine. Il marcha contre eux , il les défit : malheusement il se rompit , pendant l'action , une veine dans la poitrine , et mourut quelques jours ^après. Ce prjpce avait conçu une grande estime pour Aratus.

de^Ma&n?' ^^ VOUS ai fait remarquer que \es malheurs commence bien, f^^^ j^ grauds rois i c'cst uttc couséqucncc que la prospérité Éasse les mauvais. Philippe n'avait que quinze ans, lorsqu'il se vit maître d'un royaume. Il commença bien. Brave , éloquent, adroit à manier les esprits , il sut se faire aimer. C'était le fruit de l'éducation que son oncle lui avait donnée. Il ne perdit pas ces bonnes quaUtés , mais il y joignit des vices.

La Macédoine , pliis florissant^ qu'elle ne l'avait été sous ses aïeui^^ paraissait devoir étendre sa doniinatioq sur toute la Grèce. Philippe, remporta des victoires» : il enleva plusieurs places aux Çto- Uens et aux Éléens : on admirait sa caresse , sa modération , ses talens militaires^ : il avait ^é]à la réputation d'un grand capitaine. Cette ppsitiQn était dangereuse pour un prince de son âge : il ne sut pas échapper au danger* La coufiance lui fit former des entreprise^ au-de3sus de §iés forcées; et , pour réussir, il employa la perfidie et le poisop contre ceiu; piéme§ qui av^e^t qQptribVïé ^ ses succès. . ^

Qn comineaçait à reiparquer ce chaqgçmc9it« ^>r lorsqu'à la nouvelle dq la victoire 4^ Thwsy mène , rensipartée sur les Rqpaains par A^upiilual, Démétrius de Phare lui conseilla de se joindre à ce général » lui promettant la cpnquête de Tltalie.. Ce projet était fait pour le séduire. Il fit aussitôt la paiit avec les Étoliens, équippa une flpttet et StO mit en mer. Mais il perdit à peii^ la terre de vue , et-il revint houteusejnent ^ une frayeur subite s'étant emparée de son arajée. Il fit ensuite avec jj^nnibal un traité , dput il ne tira aucyn avantage'.

Sur. ces entrefaites, il §'éleva des diss,çnsions

■ Je passe rapî Arment sur. les événemeas de ces temps, parce qu'ils appartieDnent plus à ^histoire roiindne qu'à lliis-

3a8 HISTOIRE

dans Messène. Il y alla , soiis prétexte de rétablir la paix , et il se fit un pUiisir d^augmenter les

a'4. troubles. Comme Aratus et son fils lui firent des remontrances à 6e sujet , il les fit empoisonner , sachant d'ailleurs qu'ils blâmaient ses injustices et ses débauche^. Aratus était préteur pour la dixseptième fois.

n recommença aussitôt la guerre : mais les Etoliens appelèrent les Romains, qui le défirent, et il fut forcé de souscrire à un traité, par lequel il se trouva renfermé dans les bornes de la Macédoine. Il donna son fils Démétrius en otage. Les Romains se déclarèrent alors les protecteurs de la liberté, et, en cette qualité, ils entretinrent les divisions parmi les Grecs.

Philippe conçut de la jalousie pour Démétrius , qui avait mérité l'estime des Romains ; et, séduit par les fausses accusations de Persée , un autre de ses fils , il le fit empoisonner. Il ne fîit pas néanmoins long-tem|>s à reconnaître qu'il avait été

.79. trompé , et il formait le projet de faire passer la couronne sur la tête de son neveu, fils d'Antigone , lorsqu'il liiourut.

u f^'om^t 'de Persée , précipité du trône , orna le triomphe de Paul Emile , et mourut à Albe. Les deux derniers de ses enfans finirent leurs jours en prison. L'aîné, Philippe, obtint son élargissement. Il fit d'abord le métier de tourneur. La beauté de son écriture Téleva dans la suite à l'emploi de gref-

PjqI Emile.

▼IBM romaine.

AWCIEWTIE. 3^9

fier. On dît qu'il le remplit avec honneur. Ainsi finit celui dont les aiïcétres avaient cru que la plus grande partie des conquêtes d'Alexandre était trop peu pour eux. La Macédoine devint une province romaine. •

A Lacédémone , la race des Héraclides s'était u^ii"d*i*H^! éteinte depuis Agésipolis IV, qui avait succédé à Cléomène ; et cette république était livrée à des tyrans. Quant aux Achéens , ils paraissaient puissans, parce qu'ils avaient. dans Philopémen un des grands capitaines que la* Grèce ait eus ; et ce fut le dernier.

Cependant les Romains, depuis la conquête de aoiu ^eî^*pî^la Macédoine , marchaient à grands pas à celle de la Grèce entière, affaiblissant les Grecs par les Grecs, sans montrer encore toutes leurs forces. Ils offi'aient leur médiation pourterminer des troubles qulls entretenaient : ils envoyaient des ambassadeurs pour prendre connaissance des difîérens qu'ils suscitaient ; ils se faisaient des partisans par leurs bienfaits ; ils remplissaient les villes de traîtres ; ils tendaient continuellement des pièges; en un mot, ils se conduisaient comme s'ils n'avaient pK)int eu d'armes.

Cette politique parut aux Achéens une preuve de leur faiblesse. Ils osèrent mépriser les Romains : ils insultèrent leurs députés ; ils prirent les armes. Métellus fit donc marcher les légions , leur livra bataille et les défit, Sur ces entrefaites,

33o HISTOIRE

le consul Muipmius viat achever ime conquête i46. facile , et la Gyècc fut réduite en proviqcç xQr maine y sous le nom de province d'Acbaie. Sort d'Athènes. Athèucs , dopuisi long-temp$ , était sans considération. Elle ne savait que flatter la* puissance dominante, ,et par -là elle consierv^it sa, démocratie. Elle avait été secourue des Romain;» daos uqe guerre qu'elle eut à soutenir contre les Acarnanieas et contre Philippe. Cependant , lorsque toute la Grèce était soiunise, elle fut assez irapru- «9. dente pour s'allier arvec Mithridate. Aristion lui fit faire cette démarche , et , soutenu du roi de Pont , il en devint le tyran. Siylla fit le siège d'Athènes : il livra cette ville pendant un jour k la ^7- fiireur des soldats ^ et fit périr Aristion dans les tourmens. Cette république néaqmoins conserva sa dénuooratie : elle eut le titre d'amie et d'albée des Romains; et elle devint l'école où ces Ist/omme^, qui ne savaient encore que coii^quérir » vinrent apprendre à penscar. Les Athéniens obtinrent , eft quelque sorte , par leu4*s tàlens , Vampire que les armes leur vivaient enlevé : empire xnoiw orageux, pi w juste, et plus giorieuiç , s^n^ doute.

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