‹ Œuvres completesChapitre 38 sur 72 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Considérations générales sur les opinions des anci^s.

On conçoit que les opiniom sont plus anciennes onUioST^'iS que les monumens qui auraient été propres a les U. le. monoconserver. Il y avait long-temps que les sociétés ^^^^^"^ '""* civiles étaient formées , Ursque les hommes ont imaginé des moyens pour transmettre leurs pensées d'âge en âge, et cependant les corps de doctrine avaient commencé avec ces Sociétés.

ïl est même naturel de supposer que 1^ différentes opinions, d^t on a fait des corps de doctrine , sont antérieures aujt temps où les hommes ont commencé à former des sociétés civiles. Car les premiers législateurs ont moins pensé à créer des opinions, qu'à recueillir, avec quelque choix, ♦ celles qu'ils trouvaient établies. Cest dans les conventions tacites qu'ils ont pris les premières lois positives. Dr ces conventions n'étaient que le résultat des opinions qu'on avait avant la formation des sociétés ; et , parmi ces opinions , celles qui avaient prévalu , formaient le corps de doc- •Irine d'après lequel on se conduisait.

Vous voyez donc que les premières opinions remontent , pour ainsi dire , aux premières pensées des hommes ; et vous jugez encore que les

circonstances ont dû les changer et les altérer de bien des manières , long-temps avant iju'on eût des moyens pour les transmettre. Il ne les faudrait donc pas chercher dans les monumens historiques.

.\i^éaêïiirne Ellesontdûsouffrir bien des altérations, lorsque Srièw»!*piaSiîC l'unique moyen de les conserver était de les confier à la mémoire. Un mot pouvait être substitué à un autre : il pouvait , dans différens âges , avoir des acceptions différentes , et dans le même , il pouvait encore être entendu différemment. Ces inconvéniens , où nous tombons aujourd'hui , devaient être beaucoup plus fi^équens dans les siècles où l'on n'écrivait pas : car , tant que les hommes n'ont pas su écrire , ils n'ont pas su donner au langage cette précision qui écarte toute équivoque et toute obscurité. Ils saisissaient vaguement des idées mal déterm'mées , des notions trop complif quées ; et ils prononçaient les mêmes mots , sans avoir exactement la même façon de penser.

C'est ainsi que les opinions s'altèrent insensiblement , lorsque les mêmes mots les transmettent de génération en génération. Que sera-ce donc , lorsqu'elles passeront par plusieurs langues ?

La poésie pouvait être de quelque secours à la mémoire. On le sentit de bonne heure , et lesj poètes ont été partout les dépositaires des opinions. Mais ils ne pouvaient qu'abuser de ce dépôt dans ce temps où les esprits , encore grossiers ,

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préféraient le merveilleux au vraisemblable. Ik en abusèrent donc, et les fables se multiplièrent.

L'écriture hiéroglyphique , employée au même effet , avait les inconvéniens de la poésie , et de plus grands encore. Propre à rendre les idées sen* sibles 9. ce n'est que bien imparfaitement qu'elle exprime les idées abstraites : à peine les indique^ t-elle. Les signes obscurs , équivoques , dont elle se sert , montrent tout autre chose que ce qu'elle dit ; et son langage allégorique est im tissu d'é* nigmes à deviner.

Il est de la nature des allégories de souffrir suc* cessivement des interprétations différentes. On peut même assurer que la plus grande marque d'esprit était de leur donner des sens détournés , pour les accommoder au besoin qu'on en avait. L'écriture hiéroglyphique devait donc contribuer à changer les opinions : mais elle cachait les changemens , et les opinions paraissaient les mêmes , parce que les signes allégoriques , destinés à les conserver ) ne changeaient pas. C'est ainsi qu'après plusieurs siècles, les nations croyaient quelquefois penser comme elles avaient toujours pensé. La doctrine qu'elles enseignaient , était l'ouvragç d'une longue suite d'inte^'prètes , et cependant elles l'attribuaient tout entière à^un seul auteur.

Il se sera fait dans les corps de doctrine des changemens plus grands et plus subits , lorsque les émigrations des peuples et les révolutions des

cïlipire» auront mêlé et confondu les opinions comme les nations. Oh ne peut pds supposer , par . exemple , que les Égyptiens aient conservé invariablement la même façon de penser sous les rois pasteurs ^ soùs les rois d'Ethiopie ^ sous les Pefseé et sous les sudceSfteurs d'Alexandre* Il est même vraisemblable une bien des opinions faisaietit une partie des dépouilles que Sésostris enleva aux nations vaiticues. Les peuples de l'Asie ont aussi pensé différemment dans des temps difïérens : car les émigrations ont été fréquentes parmi eux , et ils ont été exposés à de grandes révolutions. d»tm«îi!i<îi; Quoiqu'il se soit lait bien des changemens dans n« 1|Vi»2rjî; les opinions ^ quoiqu'il ne soit pas possible de les observer dans les siècles où elles ont commencé ^ il est cependant Êicile de comprendre cothment les mémed ont quelquefois été ([^mmunes à plusieurs ^uples qui tie se les communiquaient pas. Les hommes portetit les mêmes jugemens , lorsqu'ils se trouvent dâtis les mémeft circonstances , avec la même manière de voir» Or les principales circonstances sont au moifts les mêmes pour eux^ toutes les fois qu'ils ont les mêmes besoins el en «nême nombre ; et ils ont la même manière de voir, tt^utes les fois que, égalemeht dépourvus d'expérience , ils Bogt également Ignoraua. Dans tous les climats , les sociétés se sont donc fiiit , à leur naissance, à peu près les mêmes opinions : <»r les hommes ayant commencé partout aveo Iti taémes

besoins et nrec la même igfiorance, ils se sont trouvés partout dans des circonstances à peu près sert^folâbles , et aTec la même manière de voir.

D'après cette réflexion , vous pouvez prévoir p., i,q^o"iT que Vous remarquerez dans les opinions ancieniies a'opioioa e»

* ^ * * opinion*

un fond qui sera k peu près le même chez tous les peuples profanes '• Ce fond variera avec le temps , parce que les circonstances Varieront diesmêmes ; mais les changemens seront successivement analogues les uns aux autres. Les fables qu'on croira prépareront à croire celles qu'on » ne croit pas encore , et on ira fnat analogie d'opinion en opinion. C'est par cette analogie que les mêmes erreurs se prc^ageront, s'accoihmoderoiit de tous les climats , se transplanterofit , se gre^ feront ^ pour ainsi dire, sur les tiges que chacilh produit.

Cette analogie est facile à concevoir , quand on considère , d'une vue générale , l'esprit humain et les jugemens qu'il porte* Mais ^ si on veut observer eki détail les différentes ôpimoAs ^ alofs l'aualogie est un fil qui nous échappe, pat^ que nous iie pouvons pas nous représenter successif ,

vMoent toutes les circonstances par tm les hommes ont paseé. C'est une difficulté dé pltks k surttkmter pour vous rendre compte des opinions dei afieieni».

> On comprendra y sans que je le dise, qu'il ne s'agit point ici du peuple de Dieu. Je ne parle- que des peuples qui ont été abânâonnés k eux-méines.

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Heureusement il importe bien moins de savoir précisément l'erreur de tel peuple ou de tel philosophe , que de savoir comment ce peuple ou ce philosophe a pu se tromper. C'est pourquoi^ Monseigneur, vous ne devez pas attendre de moi que j'expose exactement toutes lesopinions dont j'aurai occasion de parler. Vous devez voir seulement si , d'après la façon de penser que j'attribuerai aux anciens , il ne vous sera pas possible , à vous , de penser mieux. C'est tout le fruit que vous devez retirer de cette étude.

D««*^«j«»»j Vous savez qu'en Egypte et en Asie, les arts

tùciétiif il n*f avait point et doctrine Merète.

ataif ^i«t *a« ne sortaient point des familles qui les cultivaient. Le métier du père était un patrimoine pom* le fils : la loi le lui assurait par un privilège exclusi£ Il en était de même des opinions qu'on a honorées du nom de philosophie : elles appartenaient aux seules familles sacerdotales qui en avaient le dépôt.

Il est vraisemblable qu'originairement les prêtres enseignaient au peuple toute la doctrine dont ils étaient les dépositaires. Je me fonde sur ce que y dans les<x)mmencemens des sociétés civiles , cette doctrine n'était et ne pouvait être qu'une collection des opinions que les circonstances , ou quelques législateurs , avaient répandues* Elle appartenait donc à tout le monde : elle était l'ouvrage même de la société ; et je ne vois pas comment y ni pourquoi , on aurait imaginé de £adre un

mystère de quelques-uns des dogmes qu'elle renfermait.

D'iîUeurs , les prêtres ne formaient pas alors un corps séparé du reste des citoyens. Les pères de familles , les chefe du gouvernement , étaient les seuls prêtres. Ils enseignaient le culte public ; et les idées qu'ils s'en formaient , ne pouvaient être , dans les commencemens , que des idées communes à tous.

Si dans la suite ils y ont ajouté quelque chose , ils n'en ont pas fait un mystère. Au contraire, flattés d'éclairer leurs Concitoyaas , ou de passer pour les avoir éclairés , ils ont travaillé à répandre leurs opinions. Tout dépose que , dans l'origine des sociétés , on a cherché la célébrité par cette voie ; puisque tous les peuples de l'antiquité ont célébré les citoyens auxquels ils ont cru devoir leur culte, leurs dogmes, leurs arts; puisque tous ont conservé les noms des hommes qu'ils ont regardés comme leurs maîtres. ^

Dans la suite les souverains , ne pouvant pas- j,^^ J^aw vaquer à tout par eux-mêmes , chargèrent du soin Îr«rïtrî5«u'.* des cérémonies religieuses cmelques citoyens qu'ils choisirent à cet effet ; et ^P^urce qu'on pensait qu'une profession ne pouvait jamais être mieux exercée que lorsque les fils l'avaient apprise de leurs pères , le sacerdoce devint natifrellement le partage des seules familles auxquelles il avait d'abord été confié. C'est alors que les prêtres com^ <

mencère^t à faire un corps séparé du reste des citoyens.

Tout corps a des intérêts particnliers , a^ ne s'^ccardent pas toujours avec l'iatérét g^eral. Ambitieux de s'agrandir , il cberche la opnsidé* ration , 1^ richesses , la pAÛssance : son utilité est sa suprême loi ; c'^ ^Qcore celle de tous ses niembres , parce que tous croient partager les avantages qu'ils lui procurent.

X^es diUérens corps ipà se forment dans un état , attirent donc chacun k eux les avantages qui devraient être communs à toute la société. Ce^ pendant le bien général sert de voile à leur ambition: c'est le prétexte de toutes leurs démarches; et ils en imposent d'autant plus facilement , qu'ils s'en imposent peut*^tre k eu^-mémes : il est possible qu'ils croient que la [prospérité pnhlique lient tout«à-fait à \^ lenr ; que leur gloire est oeUe de l'état même 9 et que s'ils ne fleurissent pas, rien ne peut fleurir. Ainsi c'est de la meilleure foi du monde qu'ils sacrifient tout k leur agrandissement.

Tout corps a donc naturellement des secrets , et ces secrets sont les moyens qu'il emploie pour s'agrandir , au préjudice de la société entière. Ils sont d'autant mieux gardés , que les mendbres euxmêmes ne savent pas qu'ils en ont , sans avoir formé le projet d'en avoir. Cependant ils se conduisent en conséquence , et c'est ce qu'on appelle en eux l'esprit du corps.

ticnlièremeiti.

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Ou conçoit que chez les idolâtres les prêtres auront eu de bonue heure des secrets. C'était leur intérêt de se prévaloir de h crédulité : ils s'en seront doac prévalu^. On oe pourrait pas même toujours les en blâmer : par dans pes tev^^s où les peuples ue ppuvaieut être conduits que par des ^uperstitiofis gfrosiitpes, c'était quelquefois un avantage pour eu» d'être trompés.

Il y a uw époque où le^ pr/^tres des i^Joles, .J^r^^ltao:: saus l'avoir prévu, out pai^u en possessiou de bien uburpliV V»' des secrets. C'est lorsque Tusa^ général de Técritiu'e alphabétique »e lai$$f^ qu'i wx l'i^telligeiice des anciens hiéroglyphes. AÏPrs i)a ei^^eitf «*slu- ^veBient le dépôt des aeîemses. Iv'écpiture alphabétique relégua d^iis 1^ temple le peiui qn'on savait : elle mit pour long-temps les peuples hors d'état de s'instruire » et elle co^^ne^ça par retarder les progrès de l'esprit, humain , fiuiu{uels , daus la suite , elle devait contribuer,

Comme une vieille tr>^(Utîon déposait qu'on avait autrefois écrit , en caraptèr^ hi^Toghypliques 9 toutes les cppuaissauces qu'pn vpulait con* server , la préyeption pour l'antiquité "fit penser que cette éçntur^ r^uferwait tout ce qu'où peut savoir. Ce fut donc assf$z de p?raitre en avoir intelligence , pour paraître instruit.

Alors ce ne fut plus le temp^ d'acqu<Jrir 4e la considération , en pid>lj<ant des découvertes. Un moyen plus sûr et plus commode s'offrait à ceuv

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qui -passaient pour avoir le dépôt des sciences : c'était de faire un mystère de ce qu'il savaient ou paraissaient savoir. Ainsi , pendant que les prétx'es continuaient d'enseigner ouvertement tout ce qui concernait le culte public , ils réservèrent pour eux des opinions qu'ils ne jugeaient pas à propos de communiquer , et ils fiirent d^autant plus jaloux de les tenir cachées , qu'ils reconnurent qu'en affectant un grand mystère , ils donnaient de leur savoir une idée avantageuse. Ce ne fut qu'après des épreuves qu'on put être initié à leurs mystères. Elles étaient si rudes , qu'elles paraissaient devoir ôter toute curiosité ; et lorsqu'on avait eu le courage de les soutenir , on se trouvait lié par des sermens si terribles , qu'on n'osait rien révéler.

Les prêtres d'une grande monarchie ne formaient pas un seul corps , et ne professaient pas exactement la même doctrine. Il y avait autant de corps de prêtres et autant de doctrines secrètes qu'il y avait de provinces ; parce qu'auparavant les provinces avaient eu chacune leurs dieux et leur culte', comme letœs souverains.

Ces corps séparés étaient tous également jaloux de leurs opinions. Ils ne se les communiquaient pas les uns aux autres. Là tradition les transmettait des pères aux fils , comme un dépôt auquel nul étranger ne devait toucher. C'était autant de sectes , qui jouissaient séparément de leurs con^

AirciEirNK. 34 s

naissances ou de leurs préjugés. £Ue n'élevaient pas de ces questions qui , en attirant Tatt^itîon du public 9 pouvaient humilier les unes et donner de la célébrité aux autres ; et , si elles ne songèrent pas à s'éclairer mutuellement , elles ne songeaient pas plus jà se combattre. Il a été tm temps où les philosophes , ainsi que les souverains, ne connaissaient pas encore l'ambition des conquêtes.

De toutes ces c^servations, il faut conclure, 1** que les doctrines transmises avec ce mystère pouvaient varier continuellement, et paraître néanmoins toujours les mêmes, parce que c'était toujours les mêmes allégories, les mêmes symboles , et les mêmes hiéroglyphes;

a^ Que les scienpes devaient rester à peu près dans l'état où elles avaient été portées par ceux qui les aWent cultivées , lorsqu'on les enseignait sans mystère. En efifet , il était difficile que l'esprit humain fit des progrès dans ces temps, où les hommes instruits craignaient de se communiquer leurs connaissances. Les miurs des temples, où les sciences étaient renfermées, interceptaient nécessairement la lumière.

3** La dernière conséquence, c'est qu'il était impossible de connaître exactement toutes les opinions d'un peuple. Pour avoir été initié, par exemple , dans un temple des Egyptiens , on ne savait pas les secrets qui restaient cachés dans les

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34t> HISTOIRE

autres : et d'^âUeurs on ne pouvait pas s'assurer que les prêtres révélassent toujours à ceux c{u'ils initiaient toutes les coimaiasaïuâBS qu'ils croyaient avoir acquises.

Vous po«veii juger actueUesnent> si les Grecs

prè» It» Grecs, . , i i • r i

£*"'**" ^V^ *^^* P^"^ P^**^ **• dépèsrtalrçs de toute l antiquité profana , ont été à poMëe de bien connaître les opinions des £^[yptiâiis^ Jes Assyriens ^ des Perses , etc. Cette recherche aurait été moins difficile , qu'ils l'auraient mal laite encore.

Quoiqu'ils aient excellé dam bien des genres , ils avaient peu d'érudition , et encore moins de critique. SuperstitieuK-i crédules, amateurs du merveilleux^ ils remplissaient avec des fables les temps qu'ils ignoraient. Si les premiers siècles de lem: histoire leur ont été inconnus, malgré tous les moti& qui rendaient pour eux cette redierdie si intéressante 9 quelle a dû être leur i|noraiice sur tous les autres peuples 9 qu'ils confondaient ^us le nom méprisant de berborts? Ils auraient efSacéi s'ils l'avaient pu, juaqu'autR traces qui montraient que les arts«t les fci4»oes leur venaient de l'étranger.

D'après cette façon de penser, Hb ont toujours ramené tout à eux. Ils ont tout brauiUé, tout oonùmduj JMgeaiit avec préventw» de tout ce qui n'était pas grec, croyant qu'on tenait d'eux ce qu'ils tenaient des autres, mêlant leurs fables aux opinions <ks étrangers, pensant que leurs idées

et leurs mœurs devaient se retrouver partout, et méprisauC les Dations où ils ne les trouvaient pas.

C'est par kurs poètes, par leurs philosophes et par leurs histodrieDA, qu'ils ont connu l'Egypte. Leurs poètes ne leur en ont donné que des notions confuses, f^buleu»^, et ramassées parmi les traditions vulgaires.

1.4^ philosophe^ grecs avaient , en général , peu de critique : et d'ailleurs ceux qui avaient été initiés aux mystères des j^ptiens ont affecté eux-mêmes une doctrine secrète.

Quant aux historiens ^ tels «jpi'Hérodote , Dio-* dore et Plutarque , ils ne sont pas toujours d'accord. C'e^ que ^ s'il y a peu d'hommes qui sadi^nt voir un iait avec tantes se* (HrconsTandes , il y en a moins encore (pii sachent v^ les opinions telles cpi'elles sont. D'ailleurs cette idifférence peut encore provenir de ce que ces historiens n'auront pas interrogé les mêmes collèges de prêtres ; ou de ce qu'ayant voyagé en Egypte dans des temps différens , ils n'y auront pas trouve la même façon de penser. Il y a plus de trois cents ans d'Hérodote à Diodore , et plus d'un siècle de Diodore à Plutarque.

Iiorsque Hérodote parle <ies Égyptiens , c'est toujours d'après les prêtres : il ne cite jamais aueon historien. Si l'Egypte en a eu , ce n'est donc que fort tard. Aucun n'est venu jusqu'à nous. Il ne nous reste cpiequelques firagmens de Mané^

Nous Ws roiinaUsons moûis

thon, prêtre qui vivait sous les deux premiers Ptolémée , et qui a pu écrire environ trois cents ans avant Jésus-Christ. Mais son histoire parait n'avoir été qu'un roman , imaginé pour exagérer l'antiquité de sa nation.

Il semble qnc les Grecs étaient plus à portée de juger des Perses : cependant ils les ont peu connus. On voit même qu'ils ont été peu curieux d'en connaître la façon de penser, puisque , dédaignant d'en apprendre l'histoire, ils ne l'ont, pour ainsi dire , commencée qu'aux conquêtes de Gyruft, et qu'ils ne disent rien d'assuré sur les premières années de ce monarque.

Ils ont fait un cas singulier de^ philosophes indiens : mais c'est sur le rapport des soldats, qui, à la suite d'Alexandre , n'avaient fait que passer dans les Indes. Callisthène n'y passa pas; il mourut l'année même de cette expédition. Cependant c'est peut-être le seul dont le témoignage eût été de quelque poids. Pour Anaxarque , on ne sait à quoi il était propre : on voit seulement en lui un vil courtisan , qui n'étudiait que les caprices de son maître.

Les Grecs n'ont pas mieux connu les Scythes , dont ils étaient plus voisins , car ils en disent peçi de chose ; et cependant ils les louent beaucoup : ce qui est une preuve tout à la fois de l'ignorance et de la prévention avec laquelle ils en ont jugé.

Les Romains nous éclairent encore moins sur

les opinions des anciens peuples. Plus Êiits pour •«"Xm.lw/" conquérir que poiu* observer, ils n*ont pas même étudié les nations qu'ils ont conquises. Sans curiosité, sans critique, ils ont répété ce que les Grecs avaient dit. Ils n'ont fait aucune recherche sur les temps antérieurs à leurs conquêtes; et, parce qu'ils se croyaient les maîtres du* monde , ils paraissaient n'avoir pas soupçonné re3Ûstence des pays où leiurs armes n'avaient pas pénétré.

C'est par eux que nous aurions pu connaître les Carthaginois, les anciens habitans de l'Espagne , les Gaulois et les Germains ; mais ils ne nous en donnent que des notions très-imparfaites. Nous ne saurions même, d'après leurs historiens, nous faire une idée exacte du gouvernement de Carthage.

Quand ils auraient voulu s'instruire des opinions des Gaulois et de celles des Germains, ils ne l'auraient pas pu. César et Tacite l'ont tenté inu- -^ '^''^ tilement. C'est que , chez ces peuples , il n'était * ^ permis d'écrire ni l'histoire ni la doctrine. La tradition s'en conservait dans des vers qu'on apprenait par cœur, et il y avait les plus grandes malédictions contre ceux qui en révéleraient quelque chose aux étrangers.

D'après ces réflexions, vous jugez, Monseigneur, que j'aurai peu de chose à dire sur les opinions de tous ces peuples. -

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