‹ Œuvres completesChapitre 4 sur 72 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des conjectures dans Tétude de l'histoire.

Au défaut des roonumens, nous pouvons quel- , utiuu quefois nous permettre des conjectures. Mais si lînjwil?."'* elles peuvent éclairer îhistoiré, elles peuvent aussi l'obscurcir. Il s'agit donc de savoir avec quelles précautions nous en devons faire usage. C'est ce que je vais rechercher. L'art de Conjecturer a ses règles : lorsque nous les connaîtrons, nous suppléerons quelquefois au silence des historiens , et nous éviterons souvent des erreurs où ils nous auraient fait tomber.

nëral,

On juge aci Quiconque sait réfléchir , est conduit par la SïHÎ'pVrltî connaissance des causes à celle des effets, et par la connaissanice des effets à celle dés causes. Il jugera donc des temps antérieurs, lorsqu'il connaîtra les effets; et lorsqu'il connaîtra les causes, il jugera des temps postérieurs» Les causes et les effets sont des données d'après lesquelles il pourra corriger les erreurs mêmes des historiens*

crâctèreg^- Tous Ics hommcs se ressemblent par l'oreanià«i éré- sation, par la manière de sentir, et par les besoins de première nécessité. De là résulte un caractère général, qui influe sur tout ce qui leur arrive. Ce caractère est le même partout; et par conséquent il tend à produire partout les mêmes eff'ets. C'est la première cause des événemens.

ctrcomtânees Lès circoustauces modifient diff^éremment ce

qai modifient c«

«"«^dî.'Tr" caractère général; et, par les circonstances, j'enntmens. j^nds le climat, la nature du gouvernement, le progrès des arts et des sciences. On ne peut plus déterminer les differens caractères qui doivent se former. Ces caractères sont cependant la seconde cause des événemens; et, comme ils sont differens de peuple en peuple et de siècle en siècle, ils causant des révolutions diff'érentes, suivant les temps et suivant les lieux.

usbaMrdi, Enfin la troisième cause comprend tous les

ttoiftièni* cmM 1 » * 1 • • r

<i«séTen«meM. hasards ; c est-à-dire. tout ce qui, étant une suite d'un ordre général que nous ne pénétrons pas , ne peut être deviné, et n'est connu qu'autant que

nous voyons, ou que nous Rapprenons de ceux qui en ont été témoins.

Si les historiens avaient développé toutes les NoMjugeoBf

* * mal des <v«ii€-

causes, nous serions en état de juger de la vérité Z^sT^nVt des faits qu'ils rapportent. Mais cela n'était pas îîî*"" ***^ toujours possible. Souvent ils ne l'ont pas su faire, lorsqu'ils l'ont pu; et souvent même ils n'y ont pas pensé. Ceux qui les premiers ont essayé d'écrire l'histoire des temps antérieurs à leur âge , étaient venus trop tard , pour s'assurer des hasards et des circonstances qui avaient feit des révolutions dans des siècles où ils ne vivaient pas. Ils n'avaient pas assez de philosophie pour démêler ce caractère général, que je regarde comme la première cause des événemens : ils ifavaient pas encore assez observé pour démêler toutes les circonstances qui le peuvent modifier. Ils n'étaient donc pas capables d'apercevoir toutes les variations dont il est susceptible. Enfin ils n'avaient pas assez de critique pour juger des feits dont la tradition conservait le souvenir.

Dans les commencemens, le caractère ffénéral Moenci et a dû avoir la principale influepce , et produire à peu près partout des effets semblables. Mais, à mesure que les hommes se sont répandus sur la terre, il s'est formé* des nations séparées, qui, se conformant aux lieux qu'elles habitaient, se sont accoutumées à différentes manières de vivre, et dont les caractères ont été d'autant plus différens

qu'il y a eu moins de communication entre elles. Cependant le commerce qui s'établit ensuite , port^ chez plusieurs les mêmes arts, les mêmes usages, les mêmes mœurs : elles se rapprochent, elles s'imitent, et elles diffèrent tous les jours moins* C'est ainsi qu'après plusieurs révolutions, les choses finissent , à certains égards , comme elles ont commencé.

Ces considération3 vous font sentir combien il est difficile de porter la lumière dans l'histoire; et vous verrez souvent que la critique ne fera que répandre des doutes : elle sera plus propre à détruire l'erreur qu'à découvrir la vérité. Il faut se te- Pour VOUS bicu conduire dans ces recherches ,

nir en garde '

PhrJmiont il faut vous tenir en garde contre les hypothèses

peu da fonda'

»"»• des écrivains, surtout lorsque vous remarquez

qu'ils les imaginent dans la vue d'appuyer des systèmes qu'ils ont adoptés trop légèrement. Les hypothèses sont de peu de poids, quand elles portent sur la ressemblance de quelques noms, sur . de petites circonstances qu'on borne à un seul lieu et à un seul temps, quoiqu'elles aient pu se répéter bien des fois, sur des calculs qui laissent échapper plusieurs considérations essentielles , sur des traditions vagues ou sur des faits dont on n'a qu'une connaissance imparfaite.

Précautions Aorès avoir pris ces précautions, qui vous ga-

nrceMaiRs pour ■ * r ' * *J

t^^TlJ'coi't rantiront de bien des erreurs , vous observerez le peuple dont vous lisez l'histoire ; vous observerez

AKCIENICE. IC)

ses besoins, sa loanière de vivre, ses moeurs, les lieux qu'il a habités et les temps où il s'est fait oour naître. Ce sout là les choses dont il est le plus Êicile de s'assurer : il en reste des traces jusque dans les traditions les plus confuses : elles se conservent dans les poëtes mêmes, qui se permettent d'ailleurs de tout altérer : et elles suffisent souvent pour faire juger de la' vérité ou de la tàusr seté d'une narration.

Enfin vous remarquerez les faits qui sont hors de doute, et vous rejetterez tous ceux avec lesquels il ne sera pas possible de les concilier. Quelquefois il ne faudra observer qu'un fait pour détruire bien des erreurs, et vous le pourrez trouver dans l'historien même qui se trompe cm qui veut vous tromper. Alors vous pourrez vous permettre des conjectures , parce qu'elles seront indiquées par les circonstances de temps et de lieu^ par le caractère des peuples , et par des faits dont vous serez assuré.

Page 1