‹ Œuvres completesChapitre 41 sur 72 · CHAPITRE v · texte numérisé non relu

CHAPITRE v

Des opinions des Égyptiens.

nVîJhlîfrâ" ^^^ Grecs , encore ignorans , se sont exagéré gTomïîiîe'iJî ^^ savoir des Égyptiens ; et cette prévention qu'ils que que »iicc ». ^^^ prise , lorsqu'ils jugeaient mal encore , ils l'ont conservée , lorsqu'ils pouvaient mieux juger. C'est avec ces exagérations que la réputation des Égyptiens est venue jusqu'à nous. Il n'est plus possible aujourd'hui de l'apprécier.

Si on voit , dans leurs opinions , les plus grandes absurdités , on y démêle cependant des vues qui supposent plusieurs découvertes. Avant que les Grecs eussent des philosophes , les Égyptiens avaient des astronomes, qui plaçaient le soleil au centre du monde. Or un système qui choque si fort les apparences , ne parait avoir été indiqué que par une suite d'observations bien faites.

Aux ouvrages qu'ils ont faits , on peut aussi conjecturer qu'ils ont cultivé la géométrie avec

quelque succès. Ils auraient été de bien médiocres géomètres, s'ils n'avaient su que ce que Thaïes et Pythagore paraissaient avoir appris d'eux. Mais ces deux philosophes ont-ils consulté ce que l'Egypte avait de plus habile ? est-il sûr qu'on leur eût fait part de tout ce qu'on savait en ce genre? ne leur a-t-on caché aucune des méthodes dont on faisait usage.

L'astronomie et la géométrie sont au reste les seules sciences où les Égyptiens paraissent avoir fait des progrès. Peut-être en auraient-ils fait de plus grands, s'ils avaient continué de les cultiver : mais il les négligèrent de bonne heure, pour s'appliquer uniquement à l'étude de la théologie.

La théologie vulgaire n'était chez eux qu'un ramas de superstitions ridicules : et , parce qu'ils y étaient fort attachés , ils ont passé chez les païens pour le peuple le plus religieux. Ils adoraient des astres, des hommes et des animaux. Nous avons expliqué ailleurs l'origine de ces différens cultes.

La théologie secrète reconnaissait un esprit id<e»qneit«

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universel, qui résidait plus particulièrement dans "î«»^«»d«»les cieux. Était-ce une substance spirituelle , ou une matière subtile répandue dans toute la nature ? Les Égyptiens ne le savaient peut-être pas eux-mêmes. Il est vraisemblable qu'ils ne cherchaient pas à se rendre raison de ce qu'ils ^nten-

daient par c^t esprit universel , et qu'ils n'avaient , à ce sujet , que des idées fort grossières.

Les divinités qui habitaient les astres , étaient des parcelles de cet esprit universel. Elles- descendaient quelquefois sur la terre : elles s*y montraient sous une forme humaine ; elles vivaient , elles mouraient , et elles remontaient aux cieux. Tels ont été Osiris et Isis. Frère et sœur , mari et femme , ils gouvernèrent l'Egypte , ils enseignèrent les arts, et ils retournèrent, l'un dans le soleil et l'autre dans la lune.

D'autres divinités , d'un ordre inférieur , étaient encore des parcelles de cet esprit. On les nommait génies. Elles se plaisaient surtout dans les statues qu'on leur élevait , elles s'attachaient à la fortune des grands hommes , et leurs apparitions étaient le sujet de bien des fables.

Ltsinesho. i\ ^fait de la nature de toutes ces divinités de ÎS^M«dii>" se rejoindre à Pesprit universel, dont elles étaient

orit universel. ai» • i

u^m<i«inp.y- (fes parcelks. Les âmes humaines avaient la même origine : mais, bien moins parfaites, elles ne retournaient à cet esprit qu'après avoir été purçées; et, pour cela, elles passaient successivement par difiterens corps. Celles qui avaient été justes , étaient assujetties à un plus petit nombre de trans^ migrations : les autres pouvaient errer pendant trois mille ans d'un animal dans un autre. C'est ce qu'on nommait la métempsycose.

M""îî**ï"aî ^^ Égyptiens avaient donc quelque idée de

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rinamortalité de l'âine, ainsi que des peines et l'iomioruitude des récompenses après cette vie. Cependant la religion n'enseignait rien de précis sur ces dogmes, parce que eux-mêmes ils n'avaient à cet égard que des idées bien confuses.

Entendaient-ils seulement par cette immoita- Uté j que l'âme n'est pas anéantie , ou voulaientils dire qu'elle conserve après la mort le sentiment de sa personnalité ? C'est sans doute ce qu'ils n'ont jamais songé à mettre en question. L'immortalité néanmoins emporte ces deux choses : car, si au milieu des transmigrations, l'âme ne sent pas qu'elle est toujours la même , sa personnalité changera d'une transmigration à l'autre , et à chaque corps qu'elle animera , elle sera une personne difiPérente.

Quoique l'opinion de la métempsycose fut gé- ^^^P^l JJJ; néralement répandue parmi les Égyptiens, ils J'^^-'^—i-yavaient cependant un usage qui paraissait la combattre : car lorsqu'un homme était jugé avoir vécu sans reproches, on priait les dieux de le recevoir parmi eux; et , au lieu de le pleurer, on se réjouissait du bonheur dont il allait jouir. Mais on trouve de pareilles contracHctions chez tous les peuples : elles sont un effet des circonstances , qui , sans qu'on le remarque, introduisent d'âge en âge, des usages et des opinions contradictoires.

Les Égyptiens admettaient trois principes des ^^^i^^^Jl^ choses. Le premier , qu'ils disaient actif, était iVtîIi.*" ^^'

l'esprit universel , râmê du monde , le IKeu supréiiîe, qui donne la forme à l'univers et à chacune de ses parties. Le second était la matière, qu'ils supposaient éternelle. Le troisième , la nature inême de la matière , qui , par son imperfection , met obstacle au bien que le principe actif veut produire. Ils expliquaient cette doctrine par des allégories; donnant au premier principe le nom d'Osiris , au second celui d'Isis , et au troisième celui de Typhon. Le monde, disaient-ils, est né du mariage d'Isis et d'Osiris : il finira, il se reproduira. Mais il est inutile d'entrer dans de pareils détails.

iii**é''ïil?îî^ Les philosophes égyptiens ont été astrologues JÏm *tt**iSit^ et magiciens. On demande s'ils ont tiré ces superstitions de Chaldée,ou si les Chaldéens les ont tirées d'Egypte. J'aimerais autant qu'on demandât si l'Euphrate vient du Nil, ou le Nil de l'Euphrate. Comme les Égytiens n'ont pas eu besoin des leçons des Chaldéens pour devenir astronomes et géomètres, ils n'en ont pas eu besoin pour devenir astrologues et magiciens. Les mêmes erreurs et les mêmes découvertes ont pu commencer également chez ces deux peuples. poï??JoS?"o«t* Les Égyptiens ont, comme les autres nations, j^'ypStu. *"* attribué à un seul homme toutes leiu's opinions et toutes leurs connaissances. Ils nommaient Thoot, Taaut ou Theut, celui qui passait chez eux pour l'inventeur de la religion , des lois , des arts et

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des sciences. Les Grecs assuraient la même chose de leur Hermès, et les Romains de leur Mercure : ceux-là dirent donc :Thoot c'est Hermès, et ceuxci, Thoot c'est Mercure.

On a dit encore que Thoot était Moïse, parce qu'une vieille tradition le faisait naître du Nil, lui donnait une verge , et lui attribuait des prodiges. Il y en a enfin qui ont cru reconnaître en lui Joseph, Hënoch ou Adam. Ce qu'il y a de vrai, c'est qu'il y a eu plusieurs Thoot, comme plusieurs Zoroastre.

Un d'eux avait donné des lois à l'Egypte , lorsqu'une inondation du Nil et un tremblement de terre, qui arrivèrent en même temps, renversèrent les colonnes sur lesquelles les lois avaient été écrites, les ensevelirent, et firent périr une partie des habitans.

Ceux qui purent échapper ayant repeuplé l'Egypte , on chercha les anciennes colonnes , dont il restait quelque souvenir : on les déterra , et un nouveau Thoot les ayant expliquées , l'Egypte recouvra sa religion , ses lois et ses arts. C'est ce Thoot que les Ég3rptiens ont nommé Trismégiste, c'est-à-dire trois fois grand : ils lui attribuèrent dans la suite jusqu'à vingt mille ouvrages.

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