‹ Œuvres completesChapitre 44 sur 72 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Des opmions des Scythes et de celles des Celtes. ^

Parla Scythie les Grecs entendaient les régions ,i,S?.SîJ."rI septentrionales de l'Asie et de l'Europe, et quel- '••**"^*y*^"quefois seulement celles de l'Asie.

Selon eux , les peuples de ces contrées ont été j^ par la natiire ce que les autres n'avaient pu devenir par l'étude. C'est que la nature , qui donne aux barbares moins de besoins , leur donne aussi moins de vices; au lieu que les nations policées ont plus de vices , parce qu'elles s'étudient à multiplier leurs besoins.

Les Scythes ont donc été ce qu'ils devaient être. La nature n'avait pas fait d'eux ce que l'art avait fait des Grecs , parce qu'elle ne pouvait pas leur donner le luxe. Comme ils habitaient des pays qui , sans être cultivés , fournissaient abondamment à leur subsistance ^ ils n'ont pas senti la nécessité de partager les terres. Presque tous les biens étaient en commun : or , dès qu'ils possédaient moins de choses en propriété , ils avaient aussi moins d'occasions d'être injustes. Voilà les vertus des Scythes : elles consistaient dans l'absence de plusieurs vices qu'ils ne pouvaient pas

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connaître , et vraisemblablement elles excluaient aussi bien des vertus sociales.

Lcursi^e»!*- Il n'est pas vrai d'ailleurs que la nature seule les ait faits ce qu'ils étaient , puisqu'ils ont eu des législateurs. Zamolxis , entre autres, leur persuada

* qu'ils ne sortaient de cette vie que potir dler dans

une meilleure. C'est par-là que , les formant à une vie dure , pauvre et courageuse , il leur apprit à mépriser la mort , à voir sans regrets celle de leurs parens et de leurs amis , ou même à s'en réjouir. Il fut dans la suite regardé comme un dieu , et on lui immolait de temps en temps de§ hommes choisis au sort : c'étaient , disait-on , des ambassadettrs qu'on lui envoyait. Quelques-utls l'ont fait esclave et disciple de Pjrthagore , mais sans fondemetit : il paraît avoir été antérienr à ce philosophe.

Dicénée , contemporain de César et d'Auguste , fut nn autre législateur çjpi contribua beaucoup k dofmer aux Scythes des mœurs plus douces. IV était instrtdt dan» la philosophie des Grecs.

y^^Mch«r«Ufi Parmi les hommes instruits que la Scythie a produits, on remarque surtout Anacharsis et Toxàris, tous deux contemporains dé Solon. Nous avons vu le pt^emier juger sainement des lois dès Athéniens. Il retourna dans sa patrb y on il eut Fimprudenee de vouloir introduire les lois eft la religion des Grecs. Mais le roi hii en fit un crime , et le fit p^rir.

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Quant à Toxark ^ il se ûxsl parmi les Athéniené. II exerça la médecine avec tant de soccès , qu'ils lui élevèrent un tond[>ean après sa mort , et se persuadèrent que sa statue guérissait les malades.

La Scytbie a siu*tout donné naissance à des av.Jfni deTSîl devins et à des magiciens. Abaris est un des plus ^êieu. célèbres, il avait reçu d'Apollon , dont il était prêtre , une flèche sur laquelle il voyageait dans l» airs , parcourant le monde ^ rendant def oracles , feisant des prédictions , et guérissant les malades par sa parole. Il vint à Athènes , où il s'attira l'admiration de tous les Grecs. Vous pouvet juger quelles étaient les opiniens d'un peuple qui avait de pareils ms^ciens.

Si nous n'aviofis égard qu'aux temps où les ^^J^r»^!\l Celtes se sont fait connaître pour la première Mt^adamtô^

'^ ^ * le» tcnpt è peu

fois , ils seraient postérieurs aux nations dont S^JiSÎÏ" nous avons parlé. Mais je renvoie indistinctement "•••p**"'"*'' tous les barbares à l'époque la plus reculée du iiloiide 5 parce que dans quelcfue stècle qu'on les découviCC) il^ ne sont guère que ce qu'ils ont été , lorsqu'ils commençaient.

Sons le nom de Celtes , on a compris les 6au« lois , les Germains , les Bretons , les Thraces , les Sanftates , les Gètes^ les Daces , les Illyriens , etc. il paraît que tous ces peuples ont ed une même langue , et par con»éqnent une même origine , et une même façdn de penser.

Leurs usages et leurs opinions anront pu aouf^

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frir quelques changemens , lorsqu'il leur sera arrivé de se diviser en difSérentes nations, qui auront eu peu de communication en^^ elles ; ou lorsque , par des émigi*ations et par des guerres, ils se seronC mêlés et confondus avec d'autres peuples. Mais ces changemens auront été , pour le fond , bien peu considérables , tant que les révolutions qui les auront occasionés auront laissé subsister la même barbarie. Nous pouvons donc juger des Celtes les plus. anciens, par les Celtes que les Romains nous ont fait connaître. Je ne parlerai que des Gaulois et des Germains. D^M******** Il y avait trois «rdrejs parmi les Gaulois: les Druides , les chevaliers et le peuple. Ministres de la religion , les Druides prétendaient remonter à la plus haute antiquité. Ils avaient le dépôt des lois : ils en étaient les interprètes; ils jugeaient avec une autorité qu'ib ne tenaient que des dieux: ils étaient proprement législateurs.

Ceux qui ne se soumettaient pas à leurs décisions étaient déclarés impies. Exclus de la participation aux choses sacrées, ils perdaient jus- ^ qu'aux droits de citoyen. Le peuple les avait en horreur : on les ftiyait; on n'osait letur parler.

lies Druides étaient donc à bien des égtrds les maîtres de la natioq. Leur personne était sacrée ; ils jouissaient des plus grands privilèges ; ils s'étaient exemptés de tout impôt ; et quoique , chez un peuple guerrier , la gloire des armes pût cou-

tribuer à la puissance , ils n'étaient point dans l'usage d'aller à la guerre , bien assurés que la superstition leur soumettrait toujours le vainqueur^

Leur chef avait sur eux une autorité souveraine. U était ordinairement élu ; mais parce qu'une pareille place était trop importante pour n'être pas ambitionnée , on la recherchait par toutes sortes de voies , et quelquefois par les armes. Ainsi les Druides , qui ne s'armaient jamais pour la patrie , armaient les uns contre les autres , et suscitaient des guerres civiles. Ils avaient sous eux des devins pour présider au culte , des bardes pour mettre en vers les événemens dont on voulait conserver la mémoire, des femmes qui se mêlaient de prédire l'avenir.

C'est dans les lieux les plus secrets des forêts if^DwWMi.-

I^ naient a«n« les

forltslcantfco-

que les Druides enseignaient leur doctrme , plus i», Vi leu" secrete encore. Le chêne, qu ils nommaient aeru, «»•«^•• et d'où ils avaient pris leur nom , était pour eux l'arbre le plus sacré , et<î'est sous son ombre qu'ils tenaient leurs écoles et leur assemblées religieuses.

On ne sait pas les absurdités qu'ils débitaient. q„^5~,2JL'ïî Ils se piquaient de connaître le cours des astres , *^*^* la natAre des dieux, celle des choses. Il paraît qu'ils ont été astrologues , qu'ils ont eu plmieurs sortes de divination, et qu'ils croyaient à la métempsycose. Ils ne faisaient aucun usage de l'écriture , quoique ils la connussent. Toute leur doctrine était en dépôt dans la mémoire. Pour en être

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instruit , il fkllait être admis à leurs leçons. Ils ne la confiaient qu'aux disciples qu'ils avaient longtemps éprouvés : et, quoiqu'il £sdlùt se résoudre 4 passer parmi eux quelquefois jusqu'à vingt ans dans les forets , il y avait à leurs écoles un concours aussi grand qu'ils le voulaient permettre. Il n^est pas étonnant qu'on ambitionnât d'entrer 42tns un corps qui avait la plus grande considération et la plus grande puissance.

i.er.îîî«UM; Quelque gloire que les chevaliers eussent acvisâaieDtitpeo- quise par les armes, ils pliaient eux-mêmes sous le joug des Druides. Mais ils s'en dédommageaient sur le peuple, qu'ib tenaient dans l'asservissement. Jls étaient dans l'usage de se fetire des cliens; et, sous ce nom , ils se faisaient des esclaves. C'étaient proprement des tyrans, et les Gaulois n'^aîent libres qu'en opinion.

Les iiuc«s Cheï les Germains , les ministres de U religion

éuient, chet les ' ^^

mi?ô'^*ch^s avaient la même autorité que chez les Gaulois. Comme les Drui4es , ils étaient Les seuls ju^ : eu3( seuls avaient le droit d'infliger des peines , et ils jugeaient au nom des dieux.

C'est aussi dans les forets, et avec le même mys^ tère, qu'ils formaient leurs disciples. Ils avaient également des poètes, des devins et des devineresses. Celles-ci surtout réussissaient parmi eux : car ils étaient persuadés qu'il y a quelque chose de plus saint, de plus devin et de plus prophétique dans les femmes que dans les hommes. Ils

ont adoré des devins, jet encore plus souvent des devineresses, yelléda, entre autres, a été l'objet de leur culte.

Les Gaulois et les Germains n'avaient point de enJfGe^irnl temples ni d'idoles. Leurs autels étaient des mon- îlwn'îSôiel.?"* ceaux de pierres, élevés au milieu des bois, et la plus grosse pierre leur paraissait la plus propre à rendre des oracles. C'est là qu'ils faisaient couler le sang des victimes. Ils cherchaient l'avenir jusque dans les entrailles des homme^. Ils immolaient des captif , des criminels, et, à ce défaut, des citoyens innocens , si on peut donner le nom de citoyen à ces barbares. Ils croyaient qiie la divinité se plaît surtout dans les plus grandes parties de l'univers; le soleil, la lime, les forêts, et principalement les forets de chêne. De là on peut conjecturer qu'ils regardaient Dieu comme l'âme du monde, et qu'ils Font en quelque sorte divisé en une multitude d'esprits. Ces opinions ont pu naître parmi eux, comme parmi les Chaldéens.

Les ministres de la reliÂon paraissent' seuls iis ero^tient avoir cru à la métempsycose. ï^es autres étaient îj; ?;««««" {Persuadés qu'ils ne sortaient de cette vie, que pour passer à une meilleure. C'est pourquoi au^ cun peuple n'a moins craint la mort que les Gaulois et les Germains. Ils se félicitaient d'aller à des combats : ils enviaient le sort de ceux qui y restaient , et ils en célébraient le' trépas avec des réjouissances.

Tels ont été en général les Germains et les Gaulois; et nous pouvons conjecturer que tous les Celtes ont eu à peu près les mêmes opinions et les mêmes usages.

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