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CHAPITRE XIL

Des poètes , des rapsodes et des sophistes , après la guerre de Troie.

Long-temps après la guerre de Troie, il n'é- . ^r^\» tait pas commun aux Grecs de savoir lire , et K5?/î.«*dïd'ailleurs les manuscrits étaient chers et fort rares, "^"^ ' ^"^ *'

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C'est pourquoi les poètes qui youj^ôent se faire coimaitre , récitaient eux-mêmes leurs poèmes dans les places ou dans les jeux publics. Ils allaient de ville en ville. SouvcBt ib renonçafeent à leui* patrie , et aux biens qu'ils poàvai^Eit avoir reçus de leurs pères ; mais ils trouvaient de quoi se dédonma^r dans les applaudissemeas et dadas la libéralité des peuples.

..prii^âTSi- Avec beaucoup de crédulité et peu de critique ^ US mettaient en vers ks fables ^ les optmons et les traditions populaires, ils n'avaient d'autres règles que de dK>isir les sujets qu'ils jugeaient devoir être agrésMes à des auditeurs aussi crédules qu'eux. Ils célébraient la puissance et les bien&îts des dieux de chaque pays : ils chantaient t^histoire febuleuse des villes ; ils exagérsdent les vertus et les talens des héros; et les Grecs, qu'on entretenait de ce qu'ils voulaient être , croyaient apprendre ce qulls étaient. Ces mensonges avaient leur utilité: ils élevaient l'âme; ils portaient aux grandes choses. Ils s'accréditèrent donc d'autant plus, que les magistrats sentirent combien il était important de les autoriser.

yiiVoîui'ifc Depuis la guerre de Troie , la Grèce fut barbare, iïïSîîe." "^ ou à peu près, jusqu'à Solon. Mais dans cet intervalle , l'Asie mineure , déjà florissante , cultiva les lettres avec succès. Le gouvernement leur était également favorable , dans cette province et dans la Grèce proprement dite. C'était le même amour

de la liberté y le meaie éloi^vieiBeiit pour toute e&pèce de seFvituck , et la oiéme superstitîoD. Gonme toutes ces causes ouviraiieBt uae libre car-* pière à rimaginatiou ^ il ne Êit pas possible de la contenir dans des boraesu Au contraire les fables qu'on croyait y autorisaient à en feindre de tout aussi croyables ; et il arriva que ce fut assez d'»* ToÂr le talent de la poésie , pour avoir le droit de hasarder desfictions sur les dieux , sur le culte, sur le dogme. Les poètes devinrent donc naturellement les théologiens du paganisme. Autant ces superstitions contribuaient aux progrès de la poésie, autant ceux de la vraie philosophie devaient être retardés.

C'est dans FAsie mineure qu'est né Hoipère, le ho.« fins ancien poète depuis la guerre de Troie. Les deux poëmes que nous avons de lui, sont des romans , ou nous trouvons des usages de son temps, de la mythologie et des. évéœmens his^ toriques. Quelques uns les ont pris pour des allégories, dans lesquelles ce poète, qui, selon eux , n'ignorait rien, a renfermé les plus sublimes connaissance». Mlai&, au jugemm^t àf^ connais^ seurs , ce qu'il y a de plus sublime dan& ses ^* vrages , c'est le style et l'invention. Il vivait en» viron mille ans avant Jésus-Christ. La supériorité de ses talens prouve que la poésie était de son temps fort cutthrée, et qu'elle lui dut ses phis grands progrès.

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Hésiode. Hésiode , qui naquit en Béotie , vraisemblable-

ment cent ans après Homère, est encore un poète célèbre. Nous avons de lui deux poèmes : l'un intitulé les Œuvres et les Jours; et l'autre la Théogonie. Dans le premier il donne des préceptes sur l'agriculture : c'est le plus estimé. Dams le second, il traite, à l'exemple des Barbares et d'après des principes semblables , de la génération des dieux et de la formation de l'univers : deux choses qui, selon les anciens, n'en étaient qu'une. Cet ouvrage est fort obscur, et a fort exercé les savans.

réc!uî.HÎsîîè! L'empressement des peuples pour les ouvrages

met connu», ^élèbrcs douna naissance aux rapsodes. C'étaient des hommes qui, n'ayant pas le talent de la poésie, s'appliquèrent à récitei» les poèmes connus. Ils voyageaient comme \e& poètes , et comme eux ils furent accueillis. La déclamation , qui jusqu'alors n'avait été avec la poésie qu'un seul et même art, devint sous eux un art particulier.

»e'iî*re.**^nt?rl L'intelligeucc des poètes leur était nécessaire.

SomMMphû' Ils en firent donc une étude particulière, et devenus leurs interprètes, ils ajoutèrent à leur première profession, celle de les expliquer à la je)|pesse , et d'instruire dans les sciences que les poètes av2(ient enseignées. On les nomma sophistes ou sages, parce qu'ils cultivaient surtout la morale, qu'on regardait alors comme la science principale. Solon est le premier Athénien à qui ce titre ait été donné, quoique avant ce légis-»

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lateur les colonies de 11l.sie en eussent déjà fait usage.

Chez la plupart des peuples , la législation est ^.i^ "."^ÎJ^*; l'ouvrage du temps et du hasard , plutôt que de Jîii„ir£i' u" l'expérience et de la réflexion. Chez les Grecs, *^' ***""* c'était l'ouvrage des meilleurs esprits , qiPfe'occupaient à former la science du gouvernement. Le titre de sage qu'on leur a donné montre l'opinion qu'on' avait d'eux, et retrace le caractère de ces siècles où les Grecs, amoureux de la liberté, demandaient des lois. C'est la considération accordée aux sophistes qui a produit des législateurs , tels que Lycurgue , Solon , Zaleucus , Charondas, etc. '.

L'estime publique , qui avait encouragé l'étude ^^il^^^l""^ du gouvernement,encourageade nouvelles études, aîîoo "eljlcî! lorsque l'état florissant des républiques fit sentir de nouveaux besoins. Quand les Grecs crurent avoir assuré leur tranquillité, ils voulurent se procurer d'autres avantages. En conséquence ils recherchèrent tous les agrémens de la vie, et c'est alors que la Grèce produisit des talens de toute espèce.

Un événement précipita cette révolution. Je veux parler de la conquête de la Lydie par Cyrus. C'est surtout à cette époque que les lettres se

' Zaleucus a ëté législateur des Locriens , peuple dltalie , et Cbarondas Fa été de Catane et de plusieurs autres villes de Sicile et dltalie.

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réfugièrent chez le» Athéniens, où Pisistrate appela les savans , que Crésus avait auparavant rassemblés à sa coiH*. Voilà le siècle où la poésie dramatique commença , où brillèrent les AaacréoH , ^ les Pindare , etc. Mais pour juger des poètes , il les fai^Kre. le reviens aux sophistes.

lebiîîî^**" '*■ Nows avon» remarqué que chez les Grecs les sciences appartenaient au public, les sophistes enseignèrent donc sans mystère. Ils ouvrirent leurs écoles à Athènes, et c'est là que se formèrent les hommes les plus illustres, Miltiade, Aristide , Thémistocle, Cimon, Périclès,.etc. Parmi ces sophistes, on compte deux femmes célèbres de Milet, Thargélie et Aspasie. La première conquit en quelque sorte la Grèce, (hns la vue d'en faciliter la conquête à Hferxès. Il semble qu'on ne pouvait échapper ni aux charmes de sa figure, ni à ceux de son esprit. Quatorze de ses amans l'épousèrent successivement : le dernier fut fe roi de Thessalie , et elle vécut trente ans sur le trône. Aspasie n'eut ni moins d^esprît ni moins de beauté. Socrate ne dédaigna pas de prendre de ses leçons, et Péridès, qui fut aussi son dissiple, répudia sa femme pour Fépouser.

en.dî«?i^i*'u Dans les commencemens, Féloquence faisait

rh^toriqu» cl la . .. , . <■ .

grannairc. partie dc ïR sacttcc ou gouvernement , et on ne savait pas encore la considérer comme un art particuber. C'était un taknt dont on cie rendait pas raison , ou même une inspiration divine : cv

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la divinité paraissait le dénoûment naturel de tout ce qu'on ne comprenait pas.

Dans la suite les sophistes en firent une étude particulière. Ils observèrent les discours qu'on regardait comme des modèles : ils tâchèrent d'en démêler l'artifice , et ils donnèrent des règles pour les inMter. Le recueiil de ces règles est ce' qu'on a nommé rhétorique.

Ce nouveau g«nre d*étude rendit les sophistes plus célèbres que jamais , et on accourut de toutes parts à leurs leçons. Tous concevez avec quelle passion Téloquence devait être étudiée dans d^ républiques telles que celles de la Grèce.

De la rhétorique naquit la grammaire, lorsqu'on sentit la nécessité de remonter aux élémens du langage. Ce nouvel art eut pour objet le caractère des langues, la nature des mots , et l'usage qu'on en doit feire.

Ces études étaient utiles, et l'auraient été davantage, si elles euss^it été mieux £uiles« Mais les sophistes , qui s'occupaient plus du mécanisme du cHscours que du fond des idées , s'égarèrent dans des définitions vagues , dans des questions firivoles, dams des distinctions subtiles ; et ils finirent par se faàxe méprisa.

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