‹ Œuvres completesChapitre 51 sur 72 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

De k w<$le ioniffQe.

Enfin nous voici parvenus à ce qu'on a nomnaé ^ tii.i>«. chef

A A de la lecleioni-

plus pai*ticulièreinent philosophie. Thaïes, quel- ***"' que temps avant Pythagore, >eia jeta les premiers fondemens. Il établit son école à Milet , sa patrie , et fat le chef de la secte ionique. Il naquit la première année de la trente-cinquième olympiade, 640 ans avant J. C.

Ne vous attendez pas , Monseigneur , à 'des connaissaDces profondes. La morale* est la seule par* tie que les anciens philosophes ont bien traitée. D'ailleurs ils étaient peu géomètres , peu astro* nomes , et point du tout physiciens.

Thaïes, comme tous les autres sages, s'appliqua i^/G^^/'t/**" d'abord à l'étude des lois : il <l(mna même de bons ?i7prîmi^I^

Irn

conseils aux ioniens. Bientôt après, s'éloignant des affaires pour se livrer à la philosophie , il voyagea en Asie et en Egypte , et revint , dit-on , avec de grandes connaissances : du 'moins elles paraissaient telles aux Grecs.

On rapporté , à ce sujet , des choses qu'il n'est f^as possible de concilier. On veut , par exemple, que les prêtres de Memphis aient enseigné la géométrie à Thaïes , et qu'il leur ait appris à mesurer

tronone.

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la hauteur d'une pyramide , en leur faisant voir que cette hauteur et celle d'un bâton qu'il planta perpendiculairement sont entre elles comme les longueurs des ombres. On ajoute même que le disciple étonna beaucoup ses maîtres.

Les Grecs étaient préveiîus pour les étrangers qui avaient cultivé la philosophie avant eux. Cependant ils auraient bien voulu ne leur rien devoir; et c'est cette façon de penser qui leur a fait dire que leurs philosophes avaient donné des leçons à ceux-mêmes dont ils avaient été les disciples. Ce qu'il y a de vrai, c'est que Thaïes est le premier qui ait enseigné la géométrie aux Grecs , et il se peut encore qu'il soit devenu plus grand géomètre que les prêtres de Memphis. Il cultiva aussi l'astronomie avecsuccès. Il traça quelques-uns des cercles de la sphère : il observa le premier la petite ourse : et c'est de lui que la Grèce apprit qu'on pouvait prédire les éclipses.

n".'«"*u Thaïes plaçait la terre au centre du monde. Il **"* la croyait sphérique. Il a pensé que les étoiles ne

sont pas d'une autre substance. Il a su que la lune n'éclaire que parce qu'elle réfléchit les rayons du soleil ; et il a représenté les mouvemens célestes dans une sphère dont il fiit l'inventeur. suHb' SlirXn Sclou lui, l'cau est le premier principe de tout. Susceptible d'une infinité de formes, elle devient la matière des corps les plus opposés. Peut-être la nommait-il âme du monde, ou dieu. Il parait,

des choie» sont peu coanus.

ANCIENNE. 4ï7

au moins, qu'il ne reconnaissait pas d'autre cause première. Quelques philosophes indiens avaient déjà eu la même pensée*

Il est difficile de s'assurer des opinions de Thaïes, parce qu'il n'a point écrit. Aucun de ses ouvrages, au moins, n'est venu jusqu'à nous. D'ailleurs on peut conjecturer qu'à l'exemple des barbares, il a fait usage d'une doctrine secrète , craignant de répandre trop ouvertement des opinions dont les Grtcs auraient été choqués , parce qu'ils n'y auraient pas retrouvé leurs fables. Il mourut aux jeux olympiques , la cinquante-huitième olympiade , accablé par la chaleur et par la vieillesse.

Anaximandre, son disciple , était aussi de Milet. ^^""^îxh»! Il enseigna sans voile , et il exposa sa doctrine '"* dans des ouvrages qu'il publia*lui-même.

Selon lui , l'infini est le principe et la fin de tout. Tout en vient, tout y retourne. Des mondes naissent sans nombre , pour se détruire et pour se reproduire. Ainsi tout change dans l'infini; mais l'infini lui-même ne change point : il est immuable.

Ce philosophe est le premier des Grecs qui ait tracé des cartes' géographiques et des cadrans solaires. On a même dit qu'il est le premier qui ait connu l'obliquité de l'écliptique ; ce qui ne peut être , puisque Thaïes avait prédit des éclipses. L'opinion la plus singulière d' Anaximandre est d'avoir pensé qu'originairement les hommes ont été poissons.

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aisii7e'ÏAM' Anaximène, son concitoyen, son ami et son

ilmêtkÀrt,

disciple , paraît n'avoir été que l'interprète de sas opinions. Il a dit que par l'infini, qui est le principe de tout, il faut entendre l'air; et que l'air est Dieu, ou plutôt plusieurs dieux. Lorsqu'il devient fort rare , il s'élève à la plus haute région , et produit le feu : moins rare, il se tient plus bas, et forme les nuages : moins rare encore , c'est l'eau, et enfin c'est la terre.

Je n'oserais néanmoins assurer que ce s#ient là ses opinions. Ce qu'on lui fait dire sur la physique est d'autant plus suspect , qu'on lui attribue sur l'astronomie des absurdités qu'il ne peut pas avoir dites. Il a pensé , dit-on , que la terre est une surface plane , soutenue par l'air ; que le ciel est une voûte de cristal , où les étoiles sont clouées; que le soleil est ime grande roue , pleine de feu; que c'est par une ouverture que la lumière s'échappe ; que si elle se* bouche, il y a éclipse; que la lune est de même une roue ; que l'ouverture , qui augmente et diminue , en explique les différentes phases ; et que le soleil , la lune et les astres , tournent autour de la terre , sans passer par-dessous. Il n'est pas possible qu'un philosophe d'une secte qui prédisait les éclipses ait dit ces absurdités. Mais les opinions de cette secte ont été défigurées par les sectes qui- sont venues après elle.

An«.gore. Anaxagorc , de Clasomène , ville d'Ionie , trans-

AjrciEKirE. 4^9

porta Técole d'Anaximène à Athènes. Il y enseignait depuis trente ans> lorsque ayant été accusé d'impiété, il se retira à Lampsaque, où il mourut. Il semble que l'amitié de Péridès , qui avait été son disciple , aurait dû le protéger. Elle fut néanmoins la cause de la persécution qui s'éleva contre lui : car on ne l'acsusa que pour rendre suspecte la façon de penser de Périclès.

Son impiété fat d'avoir sur la divinité des opinions plus saines qu'aucun de ceux qui l'avaient précédé. Persuadé que la matière ne saurait se mouvoir ni s'an^anger d'elle-même , il reconnut pour premier principe un esprit intelligent et absolument immatériel. Il ne lui manquait que de découvrir la création.

Il pensait , au contraire , que la matière existe de toute éternité ; et on lui.attribue même d'avoir dit qu'elle renferme des parties élémentaires de toute espèce : des particules d'or, d'argent, d'os, de chair , etc. ; que tout cela existait confusément, sans mouvement et sans vie ; que Dieu ayant mu ce cahos,les élémens s'étaient combinés avec ordre; que les parties similaires s'étaient rapprochées ; et qu'il s'était formé des corps de différens genres , parce qu'il y avait différentes espèces d'élémens.

Ilapenséque la lune est habitée, que les comètes «ont des planètes, et que l'arc-en-ciel est produit par la réfraction des rayons du soleil. Cependant ces deux dernières opinions ne pouvaient

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être de son temps que les conjectures d'un homme d'esprit : il ne paraît pas qu'on eût assez d'observations pour le prouver.

Il jugeait le soleil plus grand que le Péloponèse. Mais on ne peut pas croire qu'il ait dît que les étoiles sont des pierres que le mouvement rapide de l'éther a enlevées de dessus la terre, et a portées dans la région de feu. Peut-être a-t-il pensé qu'elles sont des corps pesans, retenus dans leurs orbites par la force qui les leur fait décrire; et les sophistes auront jeté du ridicule sur une opinion qu'ils ne comprenaient pas.

jJjJ^V. '**"'* Il eut deux successeurs dans son école , et tous deux ses disciples; Diogène d'Apollonie, et Archélaûs de Milet. Celui-ci fut le dernier : car Socrate , qu'il eut l'honneur d'instruire , fit une révolution dans la philosophie.

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