CHAPITRE XV
De la secte italique ou pythagoriqne.
p ihi*?rf.* **' Pythagore est le chef de la secte nommée d'abord italique , de l'Italie où il enseigna , et ensuite pythagorique. On ne sait exactement ni le lieu ni le temps de sa naissance. L'opinion la plus vraisemblable est qu'il est né à Samos, entre laqua-
rante-troisième et la cinquante-deuxième olympiade, c'est-à-dire entre 608 et 572 ans avant Jésus-Christ.
Il alla en Egypte , où Amasis , qui accueillait les Grecs , le fit initier aux mystères : et parceque ses partisans ont voulu qu'il eût voyagé dans tous les lieux où les sciences passaient pour être cultivées, on a dit, contre toute vraisemblance , qu'il a été à Babylone , et qu'il a pé^tré jusque dans les Indes.
Quoi qu'il en soit , la considération qu'il crut avoir acquise par ses voyages ne lui prociu'a pas les succès qu'il s'était promis, et l'école qu'il ouvrit à Samos fut peu fréquentée. Force donc à voyager encore , il parcourut la Grèce , s'arrêtant surtout dans les lieux où il y avait des oracles, et se faisant initier partout. C'est alors qu'au lieu de se dire sage , il se dit seulement philosophe , c'est-à-dire amoureux de la sagesse. On prétend que s'étant montré aux jeux olympiques , il fut admiré de toute la Grèce, et qu'on le regarda même comme un homme divin , parce qu'il avait une cuisse d'or.
Précédé par sa réputation , il revint à Samos ; ,^"^^""^[j* et, pour s'assurer de plus grands succès , il entre- ^""^* ^"*''' prit de faire.croire qu'il conversait avec les dieux. Dans cette vue, il se retirait souvent dans un antre. Il faut cependant que cette fraude lui ait peu réussi , puisqu'il transporta son école dans la grande Grèce. C'est là qu'il eut des succès qu'on
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a sans doute fort exagérés. Il rétablit la liberté dans les villes; il détruisit le luxe; il réforma les mœurs ; et les tyrans , qui l'écoutaient , renonçaient d'eux-mêmes à la tyrannie.
Sa vie a iu Nous avous deux vies de Py thaffore : Tune écrite
deT^nie.i p^^ Porphyrc , dans le troisième siècle de notre ère ; et Tautre par Jambliqoe , dans le quatrième. On ne voit pas où ils ont puisé ; on voit seulement qu'ils veulent opgp^er ce philosophe à Jésus-Christ. C'est pourquoi ils lui atttribuent une grande sagesse, des lumières extraordinaires et dés miracles. Il est évident que ces deux écrivains sont deux imposteurs. C'eût été aux pythagoriciens à nous conserver l'histoire de leur chef; mais ils ne l'ont pas &it , parœ que, tant que cette secte a subsisté , elle n'a rien écrit.
Pjrihagofe a Phérécide de Scyros , qui a écrit le premier eii
7i6éAtScyro»' prose, et dont l'exemple a été suivi lentement, a été le premier maître de Pythagore. Il n'a cependant point fait de secte, et le peu qui reste de ses écrits est tout-à-fait énigmatique.
aoabieïiîruTe* Quaut à Pythagorc , il avait, à l'exemple des Égyptiens , une doctrine publique et une doctrine secrète. La première avait pour objet la morale. Il l'enseignait dans les temples , ou dans des ^oles ouvertes à tout le monde. Il réservait la seconde pour des disciples dont il avait étudié l'esprit, et le caractère. Ce n'était qu'après les avoir éprouvés pendant deux, trois, quatre , cinq ans de silence,
qu'il levait enfin un voile qui vraisemblablement ne leiu* avait pas jusque-là caché des choses bien importantes.
Les pythagoriciens vivaient tous dans une même Manière d^ maison , avec leurs femmes et leurs enfans. Les «»'•««»*• biens étaient en commun ; et si quelqu'un d'eux voulait se retirer, on hii rendait ce qu'il avait apporté, ou même au delà; mais on le reganlait comme mort.
Chaque heure de la journée avait ses occupations marquées. Il fallait sortir du lit assez tôt pour adorer le soleil levant, après s'être rappelé ce qu'on avait dit, entendu, vu et fait la veille. Chacun ensuite se promenait séparément dans des lieux retirés. Après cet exercice , qu'on croyait nécessaire pour recueillir les esprits , on se réunissait dans les écoles, et le temps de l'étude étant fini, on s'exerçait à la lutte , à la course , à la danse , etc. Tout cela conduisait jusqu'au diner, qui était très-fi*ugal et sans vin.
La seconde partie de la journée -commençait parles affaires domestiques ou étrangères. Ensuite c'étaient successivement une promenade, deux à deux , ou trois à trois , des bains , des sacrifices , un souper qui finissait avant le coucher du soleil , ime lecture commune,une exhortation faite par un ancien. Enfin chacun repassait toute sa journée, et on allait au lit.
Les pythagoriciens croyant la musique propre à ^ *^s' q • '^
faisaient At U ransiqne.
nairc ni viand* ni poisson
corriger les passions, en faisaient un grand usage. Ils en avaient de deux espèces : Tune pour le matin, afin de réveiller l'esprit; l'autre pour le soir, afin de le relâcher des spéculations de la journée. «eai«t"dw31I Le préjugé de la métempsycose leur faisait une loi de s'abstenir de viande et de poisson. Cependant ils mangeaient des victimes, persuadés qu'aucune âme humaine ne se trouve dans les animaux qu'on immole.
Ruina d« len, Ccttc scctc puissante,par l'unioude sesjnembres, l'était encore par le a*édit qu'elle avait dans les républiques. Elle ne pouvait donc manquer de soulever tôt ou tard contre elle des peuples libres, k qui elle se rendait suspecte par le mystère de sa doctrine, et par son ambition à se mêler sans détour dans les affaires du gouvernement. Elle les souleva donc. Cette révolution arriva vers les temps de Philippe et d'Alexandre : et , ce qui prouve combien les pythagoriciens étaient dangereux , c*est qu'après avoir occasioné de grands troubles , leur ruine entraijia la ruine de plusieurs villes. Epoqne oà ils Disocrsés , sans asiles , forcés même à se cacher jusque dans les déserts de l'Egypte, les pythagoriciens jugèrent jjue leur doctrine se perdrait infailliblement , s'ils s'opiniâtraient dans l'usage de ne point écrire. Ils commencèrent donc à écrire : mais ce fut d'une manière fort énîgmatique , afin que leurs dogmes ne se répandissent pas hors de leur secte.
rommcnccnt fcrire.
11 y a eu cïuelques hommes célèbres dans cette HommesUbs.
secte , entre autres Empedocle , poète , orateur ^^^* et médecin y qui florissait 444 ^^^ avant J.-C. Il fit une étude partioilière des lois ; et , ayant contribué k rétablir l'égalité et la liberté dans Agrigente, sa patrie, il refusa la coiu*onne qui lui fiit offerte. En reconnaissance , les Agrigentîns lui élevèrent une statue. Ils firent aussi le même honneur au pythagoricien Épicharme , poëte célèbre , qui introduisit le premier la comédie en Sicile , et qui composa plusieurs pièces d'où Plante a beaucoup emprunté.
Un autre philosophe de cette secte est Timée , de Locres , ville d'Italie. Il passa pour très-savant : il eut part au gouvernement dans sa patrie , et il fit des ouvrages qui vinrent à la connaissance de Platon , son contemporain,
Architas , de Tarente \ est encore mis au nombre des plus illustres. On le représente comme un grand magistrat , comme un grand général , et on loue beaucoup sa science et ses moeurs. Il a aussi écrit. €'est de lui qu'Aristote a tiré ses Catégories.
Architas eut pour disciple Philolaûs, qui laissa plusieurs puvrages , et qui vendit à Platon les livres des pythagoriciens. Platon y puisa tout ce qu'il crut deviner. Aristote , Speusipe et Xénocrate y fouillèrent aussi : et on n'a laissé à Pythagore que ce qu'on a pu tourner en ridicule.
Enfin Eudoxe, de Cnide, autre disciple d'Ar-
'oriciens.
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chitas , donna des lois aux villes de Cnide et de Milet 9 et se fit un grand nom dans la Grèce. Il pourrait cependant passer pour disciple de Platon, dont il fi^'équenta l'école.
opîBiopsdtf Les pytha£X>riciens ont cru le mouvenaent de
ea »troaom.e^ j^ tcrire , Ics antipodcs , les révolutions périodiques des comètes , les plai»ètes habitées , et les étoiles autant de soleils, autour desquels roulent d'autres planètes. On est d'abord étonné de trouver , dans l'enfonce de la philosophie , des vérités qui depuis ont été ignorées ou combattues. Mais , si la philosophie commençait parmi les Grecs, l'observation était ancienne en Egypte, où ils avaient voyagé ; et il est vraisemblable que ces vérités , qu'ils en avaient rapportées, n'étaient pour eux que des opinions qu'ils ne savaient pas prouver, parce qu'ils ne les devaient pas à leurs propres observations. S'ils avaient été capables de s'en assurer en observant eux-mêmes , ils ne les auraient jamais oubliées.
Leonopiniaii Sur Dicu ct sur le monde , ils n'ont dit que des
inr Dieu el sur ' m.
le monde. absurdités , pareilles à celles que j'ai déjà exposées. Quoiqu'ils parlent de Dieu comme d'un esprit , ils n'ont point d'idée d'une substance spirituelle. Ce n'est qu'une matière plus subtile, un étber, un feu répandu partout , qui meut tout, et qu'ils appellent par cette raison l'âme du monde. De là tout émane plus ou moins immédiatement , et , en conséquence, il y a des êtres plus parfaits les uns
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que les autres. L'air est rempli d'esprits de différens ordres. Les astres sont autant de divinités. Le dieu suprême habite le firmament, la circonférence du monde et tout l'espace au delà de la lune. Là il agit seul , et par cette raison tout y est bien réglé, et l'est d'une manière stable. Mais au-dessous régnent les vicissitudes et le désordre, parce que tout s'y fait par des esprits qui participent plus de la matière , par des honunes qui participent peu de la divinité , et par la fortune , c'est-à-dire par Faction aveugle des corps.
Il serait difficile de comprendre comment les pythagoriciens, ayant les connaissances astronomiques que je viens de rapporter , ont pu mettre une si grande différence entre ce qui se passe audessus de la lune , et ce qui se passe au-dessous. C'est ce qui me fait penser que ces connaissances n'étaient pour eux que des opinions dont ils ne savaient pas donner la preuve. Les Égyptiens avaient entretenu Pythagore de leur système sur le monde , et vraisemblablement ils ne lui avaient pas communiqué les observations sur lesquelles ils le fondaient.
Si on demande aux pythagoriciens ce qu'ils en- .y"^^^"îî! tendent par sagesse ; c'est , répondent-ils , la gïïS*/'****' science des êtres, c'est-à-dire la science de ce qui est immuable , la science des idées universelles. Car ils croient qu'il n'y a point de connaissance de ce qui change ; que les corps considérés
en particulier ne sont pas des êtres ; et que le corps en général doit être seul l'objet de Tétude du sage.
Pour l'élever à cette sagesse sublime , il faut que l'âme se dégage de la matière , qu'elle devienne insensible aux impressions de toute espèce , qu'elle se soustraie à l'empire des passions , qu'elle rentre eu elle-même , qu'elle y vive uniquement , et qu'elle se dérobe à tout ce qui l'environne. Par-là elle s'élèvera aux choses immuables , éternelles , divines : elle remontera à son principe , deviaadra semblable aux dieux , deviendra Dieu. ci«l'*ï5Sêïr Vous voyez, Monseigneur, que les pythago- 5«ie*'*" *"' riciens n'étaient que des enthousiastes ; et cela devait être. Leur chef, dont l'imagination était Contagieuse , n'avait rien oublié pour échauffer des esprits qu'il savait sans doute bien choisir. Habitation en commun , renoncement à toute propriété , exercices superstitieux , silence , mystère , flétrissures répandues sur ceux qui se dégoûtaient de leurs engagemens , voilà les moyens qu'il avait emplojfés. Après avoir écouté, pendant des années, un homme annoncé comme un dieu, était-il possible de soupçonner qu'on n'avait rien appris ? C'était assez , sans doute , qu'un seul devînt enthousiaste , pour que tous les autres le devinssent bientôt. Aussi , parmi les pythagori- . ciens , il a dit était la grande raison de croire. Mais ce mot suffirait seul pour prouver que ni le
chef ni les discî^res ne savaient raisonner. Je vois, d'un côté , un imposteur ambitieux de se faire un nom , et de l'autre , des enthousiastes imbéciles.
Il est vrai qu'il est sorti de cette école des hommes très-propres au gouvernement de leur république : ce qui peut faire juger qu'à cet égard Pythagore avait réellement des connaissances ; mais elles ne faisaient pas partie de sa doctrine secrète, qui est seule l'objet de ma critique. D'ailleurs il faut reconnaître que l'enthousiasme auquel on se formait dans cette secte , pouvait produire de grands hommes, quand il se tournait vers des objets utiles.
Ce que ce philosophe fit.de mieux, fut de con- ^^IJ^/j;; tribuer , comme Thaïes , à répandre le goût des «^*"'*~mathématiques. Mais il abusa de cette science , lorsqu'il voulut expliquer par la génération des nombres la génération de tout ce qui existe. ' L%me fut lui nombre qui se meut de lui-même. Dieu fut la monade première , ou l'unité d'où tout émane. En un mot , les propriétés des nombres expliquèrent les propriétés des choses. Toute cette doctrine est fort obscure , et il y a apparence que, quand on l'entendrait , on ne saurait rien.
Pythagore fit une heureuse application des Heureuse «p.