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CHAPITRE XVL

De la secte ëléatique.

Xénophane est le chef de la secte éléatique. Il ^jj^J^^'f'"'» naquit à ^olophon , 55o années avant J. C. , peu ^'^••'^•• après la mort de Solon , et lorsque Pisistrate usurpait la tyrannie pour la seconde fois. C'est le temps où florissait Anaximandre , successeur de Thaïes. Il vécut près de cent ans.

Il fut banni pour avoir dit , dans un poème , qu'il est absurde de penser , avec les poètes Homère et ^ésiode , que les dieux naissent , comme de penser qu'ils meurent ; parce que , dans l'un et l'autre cas , il est également vrai qu'ils n'existe-

raient pas toujours. Il se refiraen Sicile y où, man^

quant de tout , il fut réduit à réciter ses vers au

peuple. Il ne nous reste que quelques fragmens

de ses poèmes.

c«ue JïîïTëri Sa secte fut nommée éléatique , parce qu'elle

mommée ëiea- j^^ surtout sa Célébrité à Parménide, à Zenon

et à Leucippe , tous trois d'Élée , ville fondée en

Italie par les Phocéens , lorsqu'ils abandonnèrent

leur patrie pour se soustraire à la domination de

Cyrus. *

rt«l*dîx/ail Ces philosophes s*exprimaient d'une manière

«/iridêetiTzi- obscure et symbolique , et toute leur doctrine

noBu'cftqa'ane

q?a?«'î?'îî«- ïi'^st qu'une métaphysique très^ubtile , qu ils n'entendaient pas eux-mêmes.

Jusqu'à Xénophane, tout ce qu'on avait imaginé sur la cosmogonie pouvait se réduire à trois systèmes. Dans l'un , la matière se meut et s'arrange d'elle-même : dans l'autre, il n'y a qu'im premier principe , d'où tout émane : dans le troisième , il y a deux principes , \^, matière , qui est par ellemême sans action , et une âme universelle , qui lui donne le mouvement.

Xénophane , voyant qu'aucun de ces systèmes n'expliquait la génération des choses , imagina de dire qu'il n'y a point de génération.

Rien ne se fait de rien , dit-il avec tous les philosophes. Donc rien ne commence , rien ne i^it , rien ne change. Donc il n'y a proprement ni naissance , ni altération , ni mort. Il n'y a donc point

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de mouvanent. Le monde est donc nécessaire^ ment immuable; Par conséquent les sens , qui le présentent changeant, ne nous offrent que des phénomènes , des apparences : ils ne sauraient pénétrer dans la réalité des choses , ils ne sont propres qu'à nous jeter dans Terreur. Tel est le système de Xénophane. Cherchons commeat il Ta pu concevoir.

Quel(][ue changement qu'on fasse d'un jour à l'autre à Pordre de vos livres , je pui§ dire que vôtre bibliothèque est la même , tant qu'on n'a* joute et qu'on ne retranche rien. Mais alors j'entende seulement par bibliothèque , la collection d'un certain nombre de livrés , et je fais abstrac* tion de tout arrangement. Je dirai également qUe le monde est immuable ^ si, faisant abstraction de ce qui arrive à chaque être en particulier, je n'entends par ce mot monde que la collection de tout ce qui existe. Mais cette collection n'est pas un être : ce n'est qu'une notion abstraite , une simple dénomination qui comprend la totalité des êtres.

Or cette notion abstraite , Xénophane, et après lui Parménide et Zenon , la réalisèrent. En conséquence ils dirent que le monde est un, éternel, infini , toujours semblable à lui-même, immuable; que c'est là Dieu , l'être proprement dit , le seul être , et que , dans le vrai , les choses particulières ne sont pas des êtres. C'est ainsi que ces mauvais

vil, a8

métaphysiciens ôtèrent la réalité aux seules choses qui en ont, c'est-à-dire aux choses particulières , pour la transporter toute à usXe notion abstraite , qui n'en peut avoir, Cest à peu près comme si je disais que votre bibliothèque est quelque chose, et que vos livres ne sont rien. Telle a été leur manière de raisonner.

Comme ils n'admettaient que l'être universel, ils ne connaissaient aussi que des vérités universelles. Ils diraient , comme les pythagoriciens y que puisque les choses particulières changent continuellement , nous n'en saurions avoir aucune connaissance ; mais ils abusaient du mot connaissance , ou plutôt ils n'y attachaient point d'idées.

^ Certainement rien n'a été plus changeant que les

philosophes : nous les connaissons cependant , au moins par les absurdités qu'ils ont dites. Je n'en dirai pas davantage : il y a des opinions , Monseigneur, qui ne méritent pas unccritique sérieuse.

9^^o\y, Tous les philosophes croyaient à la divination , là dinmation. g^^ ^^ principc que la divinité est répandue dans toutes les parties du monde. Xénophane la rejeta le premiw, parce que, selon lui. Dieu n'est pas dans les parties , mais dans l'être unique et universel.

commjnizë- Ou'est-cc douc oue cet être? Zenon, encore

non ezpiiqaait ^ m,

i« iiaiqn«. ^j^^ subtil quc Xénophane , répond qu'il n'est ni fini, ni infini, ni mobile, ni immobile, ni être , ni non-être. On ne sait ce qu'il veut dire.

AîTCÏENNl-. 435

Dans le poiot de ^\e ou les ancienâ ont con- p«riâ«.*niire

'' dont les aocieiK

sidéré la physique, il ne leur a pas été jîossible îïiiXSÏ"/Hl de faire un pas en avant. Vous en comprendrez p^ wrl^îeS",

• » obscrrations.

la raison , si vous observez commçnt^ ont commencé.

Vp^ilant expliquer comment tout se feit, ils ont établi pour principe que rien ne se fait de rien. Dès lors il a fallu conclure que tout est fait de toute éternité , ou qtie toutes les choses étaient dans une chose d'où elles sont émanées , ou qu'elles étaient toutes confondues dans un chaos qui s'est développé, soit par lui-même, soit par l'action d'une âme universelle , ou qu'enfin rien ne se fait. C'est à quoi se réduisent les opinions des philosophes anciens. Vous voyez qu'ils ont commencé par former un nœud , qu'il ne leur était pas possible de dénouer.

Si au lieu de vouloir expliquer la génération des choses , ils s'étaient bornés à observer ce qu'elles sont , ils auraient pu faire des découvertes. Mais ils n'ont pas été capables d'une conduite aussi sage. Il semble même que la secte éléatique ait fMris des précautions pour s'en écarter. En effet il ne peut pas venir à l'esprit de faire des observations , quand on établit que les sens ne sont propres qu'à jeter dans l'erreur , et que les choses particulières ne sauraient être l'objet de nos connaissances. Des principes si absurdes ne pouvaient se défendre que par d'autres absurdités.

iitômiî*d?Lfa! On se dégoûta donc de ^ette philosophie , et

moï^ife.?* ^^' Leucippe , disciple de Zenon , en introduisit une

toute différente. 11 fut suivi de Démocrite d'Ab-

dère, qui^^ut pour disciples Protagoras, aussi

d'Abdère , et Diagoras de Mélos.

Au lieu d'un seul être , ces philosophes en admettaient une. infinité , qu'ils regardaient comme les élémens des choses, et qu'ils nommaient alotnes.

De toute éternité ces atomes, sont mus dans un espace immense , où ils laissent entre eux des vides. Ils se heurtent, se, réfléchissent', $'âccro*chent et se combinent d'une infinité de manières. ^ De là des mondes en nombre infini. I:à ils commencent ; ici ils se détruisent : les uns (à*oissent , les autres décroissent ; il y en a de semblables , il y en a dé différens; et les choses varient sui- ' vaut l'ordre , la disposition et la figure dés atomes. ••Vt^"û'if'«'^'r Or, disait Démocrite ^ il n*y a proprement de P^ar*Bou»'/"'^ réalité que dans les atomes et dans le vide ; et les choses sensibles ne sont pas des êtres , ce ne sont que des collections^ Cependant nous n'apercevons que les choses sensibles ; nous n'apercevons pas les atomes : nous n'apercevons donc pas la réalité (les choses. Il n'y a donc point de vérité pour nous : ce qu'il exprimait en disant que la vérité est au fond du puits. Ce philosophe aurait été bien embarrassé , si on lui eût fait remarquer que ses atomes , tout indivisibles qu'il les supposait ,

ANCIENNE. . /\Zn

n'étaient eux-mêmes, que de§ collections. Car alors où aurait-il mis la réalité des choses.

Protagoràs , son disciple , raisonnait differem- EtProugo^s

o * X * au contraire, qur

ment. La raison , disait-il , de l'impression que. les rtïu*dêT"4J! choses font sur nous , est dans la matière même. Donc les choses sont ce qu'elles nous paraissent. Ce que chacun de nous aperçoit est réel ; ce que personne n'aperçoit n'est rien. Ainsi nos sens sont la règle de la vérité. Nous sommes même tous également fondés à soutenir des opinions contraires , et à juger que les choses changent toutes les fois que nous sommes affectés différemment; car , ajoutait-il , la matière est dans un mouven^nt continuel , et la disposition des atomes n'est pas deux instans la même. Il n'y a donc de Yéalité et de vérité que dans nos sensations.

Il est démontré, Monseigneur, que nous ne connaissons pas la nature des êtres ; mais il l'est aussi que nous connaissons plusieurs des rapports qir^ils ont à nous. Si les anciens avaient sn faire cette distinction , ils se seraient épargné beaucoup de mauvais raisonnemens : ils auraient du moins su quel devait être l'objet de leurs recherches.

Le système des atomes est plus ancien qu'il ne Touti«.iyitèparait ; car , dans le vrai , tous les autres s y ré- îii^f.f^^^' duisent. Dans tous on retrouve des atomes , qui sont principes ou élémens de tout ce qui existe.

En effet tous ces philosophes ont été forcés d'imaginer une matière préexistante, puisqu'ils

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établissent tous que rien ne se fait de rien. Les uns conçoivent cette matière comme un seul principe; d'autres veulent qu'elle en renferme deux ou (^avantage , ou même tine infinité.

Quoique ceux qui n'admettent qu'un principe ^l'appellent Dieu, ce dieu cependant n'est qu'une matière très-subtile , un feu très-pur. Or les parties de ce feu sont certainement de petits corps ou des atomes ; et par conséquent le feu est ttioins un principe qu'un élément dont les parties^ semblables par leur nature, produisent toutes choses, en se transformant et en se combinant d'une infinité de manières.

Il y avait un système qui s'accommodait mieux à l'imagination du grand nombre, et qui, par cette raison , a été plus général : c'est celui d'ime matière informe, mue par im feu qui se répand dans toutes ses parties. Dans ce système il y a en appar rence deux principes, le chaos et Dieu , et cependant il n'y en a véritablement qu'un, qui est la matière. Si la matière est grossière , elle ne saurait se mouvoir d'elle-même ; si elle est subtile , elle se meut par sa natmre , elle communique le mouvement ; et ses parties, qui sont des élémena de tout, sont proprement des atomes.

Au feu, l'eau a été siAstituée par Thaïes ; l'air par ses disciples. Jl y en aura qui supposeront quatre élémens, le feu, l'air, l'eau et la terre; et nous avons vu qu'Anaxagore en reconnaissait

d'autant d'espèces qu'il remai-quait de corps d'espèces différentes. .u'àA.jt^ »i

On retrouve donc les atomes dans tous les systèmes, puisque dans tous on retrouve des cor- » puscules élémentaires. Mais avant Leucippe on avait donné aux atomes des qualités analogues à celles des choses^ au lieu que ce philosophe ne leur donna que du moirvement et différentes figures. Son système différait encore des autres, en ce qu'il admettait le vide , qui , depwis Thaïes , paraissait banni de la philosophie.

Vous voyez, Monseigneur, que tous ces phi- ■ . losophes n'ont fiiit que combiner une matièi'e préexistante , à laquelle ils ont donné différens noms ; que chacun d'eux a en raison d'être mécontent de ce qui avait été dit , et qu'aucim cependant n'a eu rien de mieux à substituer : c'est le fruit de leur obstination à vouloir développer les premiers principes des choses.

Comme aucune de ces opinions ne portait la iiy;.a.sj.iiî lumière avec elle , il n'était pas possible de s'atta- ;,;';,;',;•', f^i cher toujours scrupuleusement a la secte quon cdHêradân embrassait. On était tenté d'innover, et on croyait trouver la vérité toutes les fois qu'on changeait quelque chose aux systèmes déjà faits, Cest pom^* . quoi il y a des philosophes qui paraissent n^ap-' partenir à aucune secte. Tel est entre autres Hé-' raclite, qu'on dit s'être instruit par sa seule mé-' ditalion, et qui cependant a fréquente les éc«lc*i

44o HISTOIRE

de Xénophane et d'Hypase, pythagoricien. Il paraît avoir préféré les opinions de Pythagore ; il a affecté la même obscmnté , et il a regardé le feu comme principe de tout. Il a écrit en prose : je le remarque , parce que l'usage n'en était pas encore général. Il florissait 5oo ans avant JésusrChrist.

.Heraclite était d'Éphèse. Il eût, pu jouer un rôle dans sa patrie ; mais il refusa la magistrature; et un jour que les Éphésiens le surprirent jouant aux osselets , il leur dit qu'il aimait mieux jouer avec des enfsins , que de gouverner des citoyens corrompus. Il se distinguait surtout par le mépris et la haine qu'il conçut contre le gem^e humain, et il se retira dans les montagnes , pour vivre loin de toute société. On a dit qu'il pleurait toujours , comme on a dit que Démocrite ne cessait de rire ; et ce qui a pu donner lieu à ce conte , c'est que , méprisant également les hommes , l'un faisait des sujets de plaisanterie des mêmes choses dont l'autre se courrouçait.

Après avoir eu part au gouvernement , Démocrite s'éloi^a de bonne heure des affaires. Il voyagea dans tous les lieux où l'on allait chercher des connaissances , et ensuite il vécut dans la retraite, afin de vaquer tout entier à la philosophie. On a même dit qu'il s'aveugla pour éviter toute distraction : ce qui ne peut être vrai , puisque l'anatomie fut une de ses principales étudc^s. Il a été contemporain d'Anaxagore , d'Archélaus,

ASGIENNE. 44'

de Socrate , de Parménidfe , de Zenon et de Pro-

tagoras. On croit qu il a vécu plus de cent ans.

Protagoras, disciple de Démocrite , s'est plus ProtagoM^. livré à l'éloquence qu'à la philosophie. Quoique i

fort subtil et peu solide, il a eu la gloire de donner des lois aux Thuriens. C'est le premier ^à

philosophe qui a enseigné pour de l'argent. î:

Enfin Anaxarque , qu'on met parmi les philo- . * ^ sophes de la secte éléatique , n'est guère connu \fl

que parce qu'il a suivi Alexandre. C'est cet homme \Ji^

qui eut l'impudence de dire à ce conquérant : -i')

Ne sachez -vous pas que les actions des rois sont I

toujours justes ? ^ *. #^- - ...

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