‹ Œuvres completesChapitre 57 sur 72 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

De Platon.

Merveiiiei,. Ffatou desccudait , par son père , de Codrus , ef

qu'uni répandu , ^ i « . > 9

j^l^'Waacedt dc Solou , par sa mère; mais, parce qu on n a pas trouvé cette origine assez belle , on l*a fait fils d'Apollon. Il naquit dans l'intervalle de ki^ à

AJrCIENNE. 467

43o avant J. C. Peu de temp après , un essaim d'ab^ilIés vint voltiger autour de ce divin enfant, et déposa du miel sur ses lèvres ; ce qui fut un présage de l'éloqUence dont il serait doué. On dit encore que Soerate racontait avoir vu en songe un cygne qui était venu se reposer sur son sein , et que , Platon lui ayant été présenté dans le momeiit qu'il en parlait, il dit : Foilà le cjrgne que foi vu. Les Grecs , qui voyaient fsK^ilexnent des prodiges , Voulaient que tout fdt extraordinaire dans un honune doiat ils admiraient l'éloquence.

On croyait alors que le cygne avait k voix fort mélodieuse*

Platon avait cultivé la peinture , et surtout la /upnr.°"'* poésie , lorsqu'à l'âge de vingt an» il entendit So^ crate pour la première fois. Dès et moment , il résolut de se livrer tout entier à la philosophie, brûlant plusieurs pièces de théâtre, et des poèmes épiques, qu'il jugeait trop au-(tessou» de; ceux d'Homère : modestie d'un bon augure dans un fils d'ApoUon,

Son dassein néatwoins n& firt pas de se borner j^fb^rTn.!^ ititf étudia de Socrate* Plus avide d'opinions que Egy'^e/* de connaissances , il avait déjà étudié la philosophie d'HéfacUte, sous Cratile, et celle de Pairménide , sous Hermogène. Après la mort de Socrafe, il étudia sous Ëuchde l'art de disputer, qu'on nommait aloi^ dialectique, et il entreprit phisieurs voyages.

Son premier voyage fiit dans la grande Grèce , où la secte italique florissait encore. Il eut quelque accès auprès des pythagoriciens. De là il se rendit à Cyrène^où il apprit la géométrie sous Théodore. Il parcourut ensuite l'Egypte , et , la guerre ne lui ayant pas permis de voir la Perse ni les Indes, il revint en Italie , où les pytagoriciens parurent s'ouvrir à lui plus qu'ils n'avaient fait la pre* mière fois. Quelques années après, il acheta leurs écrits. C'est là qu'il put puiser des opinions. Quant à son voyage en Egypte , il lui fut vraisemblablement inutile , parce qu'il ne fiit initié nulle part. ^oïe^^dini *ûn ^^ rctour à Athènes, Platon trouva les circons- STÎT^mi?' tances les plus favorables. De toutes les écoles ouvertes par les disciples de Socrate , la seule consid^able était celle d'Âristippe , qui avait contre lui sa qualité d'étrangar : car les Athéniens , qui lui auraient pardonné d'être savant en Afrique , ne paroissaient pas lui pardonner de l'être en Grèce.

Il y avait, hors des murs d'Athènes , un Gymnase , nommé académie , d' Académus , ou d'Écadémus, à qui ce lieu avait appartenu. Il était planté d'arbres , et orné d'autels consacrés à l'Amour, aux Muses, à Minerve, etc., et de plusieurs monumens élevés en l'honneur des Athéniens les plus illustres. Ce fiit là , au milieu des dieux et des mânes des grands hommes , que Platon établit son école , dans une maison qu'il

AHGIENNE. 4^

tenait de ses pères : et c'est de ce lieu que ses sectateurs ont été nommés académiciens

Il interrompit le cours de ses leçons pour faire ^^ |"i,e7^**" trois .voyages en Sicile , Dans le premier , qu'il entreprit pour observer les feux du Mont Etna , il fut introduit à la cour de Denis l'ancien'^, roi de Syracuse. Dion , son disciple , le préselita : persuadé que tout était possible à une éloquence qui le remuait et le subjuguait , il ne douta point qu'elle ne dût changer le caractère du tyran. Platon parla donc , ou plutôt il déclama contre la tyrannie, et dit fort inconsidérément de grandes vérités.

Il faillit bientôt quitter la Sicile, qu'il ne croyait plus un lieu sûr pour lui. Mais la vengeance du tyran le poursuivit : il fut vendu dans l'île d'Égine^ AnAicéris , disciple d'Aristippe , se hâta de le racheter, et refusa d'être remboursé par ses parens, disant qu'ils n'étaient pas les seuls à qui ce philosophe appartenait. Rendu à son école , Platon reçut des lettres de Denis. Ce prince voulut se justifier d'une trahison qui le déshonorait ; mais ce philosophe lui répondit que ses occupations ne lui permettaient pas ^ de se souvenir d'un roi de Sjrracuse.

Denis mourut. Denis le jeune , son fils et son successeur , échauffé par les discours de Dion , invita Platon à le venir voir , et offrit de lui donner une ville pour exécuter un nouveau plan de ré*

publique. Le philosophe, qui ne put se refuser à de pareilles offres, partit, et £ut reçu magnifiquement : on fit même- des sacrifices pour rendre gi^âoes aux dieux de son arrivée. Mais bientôt tout changea. Dion fut banni , et Platon se vit entouré de gens qui, sous prétexte de rendre hommage à s(fc mérite , observaient sa conduite et ses discours. Après avoir néanmoins été livré quelque temps à cette situation», il obtint la permission de se retirer : on lui laissa même concevoir l'espérance de ramener un jour Dion à Syracuse.

Comme cette retraite pouvait faire tort à la ré-^ putation de Denis , ce prince se hâta d'appeler à sa cour les philosophes les plus célèbres, .ÂRÎstippe, Diogène, etc. Ils vinrent. Mais enfin, jugeant que Platon lui manquait encore , il lui écrivit : il lui fit écrire par la femme et par la sœur -de Dion, par d«ft pythagoriciens qui étaient à Syracuse. Tous le pressèrent, tous se rendirent caution pour le tyran; et Platon revint en Sicile pour la troisième fois, Aristippe jugea qu'il en serait de ce voyage comme des deux autres : il ne se trompa pas.

Platon et Denis se recherchaient,'8e craignaiept, et dissimulaient également. Le tyran, pour écarter tout soupçon , affectait de combler d'honneurs le philosophe , et le philosophe , pour cacher son inquiétude , affectait de se livrer avec confiance au tyran. Il ne fallait plus qn'one circonstance

pour les faire sortir Tun et l'autre d'une situation où ils étaient si mal à leur aîse. £Ue se présenta , ou plutôt Platon eut l'imprudence de la faire naître : il parla en faveur d'un homme accusé d'être l'auteur d'une sédition. Denis alors ne dissimula plus; et Platon, chassé de la cour, fut abandonné aux insultes de ses ennemis. • --^^ .n^-. .

Cependant les pythagoriciens, ayant représenté qu'il était venu sur leur parole , le réclamèrent , et obtinrent la permission de remmener. Denis même, forcé a respecter la réputation d'un homme qu'il haïssait, ne crut pas devoir s'en séparer, sans lui avoir donné de grands témoignages d'estime et d'amitié. Il lui fit présent de quatre-vingts talens.

Platon consacra le reste de ses jours à la philosophie et à son école. Après sa mort on lui éleva un tombeau dans l'académie , une statue , mi autel ; il fut gravé sur les monnaies , et ses sectateurs , pendant long-tems, célébrèrent le jour de sa naissance. Il mourut, dit-on, âgé de 81 ans, le même jour qu'il était né. Ce n'est pas qu'on puisse assurer le jour de sa naissance ; mais on regardait comme un prodige qu'un homme eut prépisément vécu neuf fois neuf ans. ^K Jf|i*pA*- ryvVr.-^-^ -«1 fi

Les principales circonstances de la vie de Pla- ap^JIX* ^^ '* ton , nous font connaître son caractère , et nous montrent que les sources où il a puisé sont Heraclite, Parménide, Socrate, Euclide, Théodore et Pythagore. Il donna la préférence à ce dernier,

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parce qu'il était moins connu : mais il emprunta . quelque chose des autres; et de plusieurs systèmes il en fit un , qui prit le coloris de son style. Il avait le talentr de donner des couleurs aux objets, sans répandre sur eux aucune lumière : deux choses paraissent se contredire, et qui s'allient néanmoins , quand on a beaucoup d'imagination , et qu'on est mauvais métaphysicien.

Les Grecs étant remplis de respect pour h| mémoire de Socrate , et en même temps avides de nouveautés , il y avait deux moyens de se rendre célèbre : l'iui de se donner pour disciple de ce philosophe , et l'autre d'introduire une. nouvelle philosophie. Platon réunit ces deux moyens ,-en faisant parler Socrate comme Pythagore; et il se fit un nom , parce qu'il donnait à l'un ce qu'il dérobait à l'autre. Du vivant même de Socrate , îl osa faire usage d'un pareil artifice. Combien de mensonges , disait ce sage philosophe , ce Jeune homme débite sous mon nom !

Pourqaoi^us Scs opiuions ne paraissent qu'tm délire , qui ytadléil!"'*''* mériterait peu de nous occuper ; mais comme ce délire a duré, il est nécessaire de le feure connaître. Il ne serait pas possible de suivre l'esprit philosophique dans les siècles postérieurs, si on n'observait pas d'abord Platon comme un philosophe dont l'imagination devait être contagieuse. C'est sous ce point de vue que je vais le considérer. L'histoire s'occupe de ceux qui ont retardé les

ÀNCTEWNE. 47^

progrès de la raison , comme de ceux qui les ont avancés.

Toute sa philosophie est répandue dans des .ejpiïi'dJrs dialogues. Cette forme eût été très-propre à faire " ""*"**' connaître les scntimens de Socrate , ainsi que la r

force et l'adresse avec laquelle il combattait les * 'J

sophistes. Il ne fallait que transcrire les conver- %

sations de ce philosophe , pour en faire un por- !

trait fidèle et intéressant. Mais Platon trouvait 1

d'autres avantages dans cette forme : c'était de '

pouvoir parler de tout sans rien approfondir, de >

pouvoir passer sans ordre de question en ques- i tion, et de pouvoir enfin cacher ses opinions, ,

en sorte qu'on eût de la peine à deviner si c'était >\

les siennes qu'il exposait ou celles de ses interlocuteurs. Il y a des choses , disait-il , sur lesquelles il n'est ni possible ni permis de dire tout ce qu'on pense. Cela est vrai , mais il faut être clair, quand il est permis de l'être ; et cela est toujours possible , quand on s'entend soi-même.

Une inscription qu'il avait mise sur la porte u.i/""-;'*^!*,^ de son école , en défendait l'entrée à tout homme son é* JJ!"' qui ignorait la géométrie. C'est des pythagoriciens qu'il avait appris à faire cas de cette science. Mais , ainsi qu'eux , il l'estimait sans en connaître le prix. Aucun de ces philosophes ne savait l'appliquer à la physique , ils ne s'en doutaient seulement pas. Ce n'était guère pour eux qu'une science abstraite , qui préparait l'esprit a d'autres

abstractions. Ils se croyaient physiciens, quand ils avaient imaginé des rapports et des proportions qui ne sont point dans là nature; et de médiocres géomètres, ils devenaient mauvais métaphysiciens. Cependant la géométrie , étant alors peu connue dans la Grèce , donnait du savoir de Platon une idée d'autant plus grande, qu'elle ferm'ait l'entrée de son, école au grand nombre.

troUp>rt1iid»i Platon distingue trois parties dans la philosou philosophie, pjjjç^ j^ physique , la dialectique et l'éthique- Jt ne vous exposerai pas ce qu'il dit sur chacune : il serait difficile d'y trouver des vérités bien développées. La manière dont il raisonne est l'unique chose qui puisse intéresser votre curiosité et vous instruire.

Sa physique traite proprement de l'origine et de la génération de toutes choses , en supposant que rien ne se fait de rien ; et les notions qu'il se fait à ce sujet , sont les fondemens de sa dialectique et de son éthique. N'étes-vous pas étonné de cette manie qui fixe si long-temps l'esprit humain sur des recherches où les découvertes sont impossibles? Cette manie viendra cependant jusqu'à nous.

Prineip«t Pour VOUS ikite connaître la philosophie de

«t raiftonneiKOf

ïîîîip;&' Platon, il faut remettre sous vos yeux ce qui a

**'''"• été dit avant lui, et surtout vous développa

des cho^s sur lesquelles j'ai passé légèrement,

AKGIEKirE. 47 S

afia d'éviter des répétitions où Platon m'aurait entraîné*

Un Qeuve n'est jamais deux instans le même ; c'est ainsi que toute la matière coule en quelque sorte j et change d'un instant à l'autre. L'eau que je vois n'est plus celle que j'ai vue , elle passe au moment même que je parle, et j'en vois une autre, qui est déjà passée. Voilà l'image de l'univers sensible ; il est comme le temps , il n'est rien. Qu'est-ce en effet que le temps, ce fleuve ira^ mense qui entraine et précipite tout avec lui? Le passé n*est plus , l'avenir n'est point encore , et le pré^nt nous échappe.

Cette idée a paru si lumineuse aux anciens . que presque tous ont dit \ Il n'y a point de science de ce qui change^ et par conséquent ce qui change n'est rien* Où est donc la réalité? C'est ici qu'ils ont fait un usage singulier de la géométrie.

Les objets de cette science sont permanens et immuables , parce que ce sont des notions générales et abstraites. En vain tout change, les idées de proportion demeurent et ne varient jamais. Voilà, a-^t-on dit, voilà les êtres. Les corps proprement n'ont point de réalité. Ils n'en ont qu'une d'emprunt ; ils n'en ont qu'autant qu'ils participent à ce qui ne change point. Il y a donc des «ssences qui sont toujours et toujours les mêmes , et qui , pat celte raison , sont seules l'objet de la philosophie.

Py thagore , raisonnant d'après ces idées , eut sans doute de la peine à trouver un premier principe permanent. Que fit-il ? Il subtilisa la i§atière , il imagina un feu qui ne tombe pas sous les sens ; et parce qu'on ne peut pas observer les changemens d'un feu de cette espèce , il crut tenir un être immuable.

Ce feu fut Dieu. De lui émanent les essences immuables comme lui ; et de ces essences émanent les choses qui changent, c'est-à-dire les corps.

Ce feu est un esprit. Il est invisible, intelligent, tout différent de la piatière. Il donne le mouvement à tout'; il se répand dans toutes les parties de l'univers ; de lui naissent nos âmes , et des esprits de toute espèce.

Dans ce système , Heraclite ne vit avec raison que de la matière. Il admit, avec Py thagore, que le feu est le principe de tout ; mais il conclut qu'il n'y a rien d'immuable. Tout change continuellement , selon lui , et les corps et les esprits , et Dieu même. Ce n'est qu'une révolution continuelle, où tout naît pour périr , et périt pour renaître. Cette manière de raisonner est au moins plus conséquente. Ce philosophe croyait pourtant qu'il n'y a point de science de ce qui change. Quelle règle avaiMl donc pour s'assurer de quelque chose ? Il n'est pas possible de le deviner ; on entrevoit seulement de grandes absurdités , où il n'est pas nécessaire de le suivre.

Les éléatiques, comme vous l'avez vu, ont chçrché^la réalité, les uns dans im seul être général et abstrait , les autres dans les atomes , et .. quelques-uns dans nos sensations mêmes.

Socrate vit toutes ces opinions comme des délire3 de gens dont la folie est de se croire s^ges. Il dit ou du moins il put dire : il y a un dieu. Tout en parle dans la nature , tout prononce son nom. Il est éternel, immense, infini, tout intelligent, tout-puissant ; il est tout différent de la matière. Je n'en sais pas davantage ; je crois même qu'il serait ràbonnable de se borner à n'en sa^ir pas plus que moi , et d'observer les rapports que les choses ont à nous, plutôt que de chercher ce qu'elles sont , et Comment elles sont.

En suivant ce conseil , on se fut trouvé dans le Jtl*?d* dî!^. chemin des découvertes. Mais on continua d» marcher sur les anciennes traces , et d'après les mêmes principes , on répéta les mêmes absurdités , parce qu'il n'y en avait pas d'autres à dire. Platon en est un exemple. Tout le fond de son système est renfermé dans les systèmes que je viens d'exposer. Il ne fait qu'emprunter des uns et des autres. Si ce sont des idées contradictoires , ou il ne s'en aperçoit pas , ou il entreprend de les conciUer •

Il pense , d'après Socrate , que *Dieu est ime cause première et unique de l'univers ; qu'il est souverainement bon, souverainement puissant, souverainement intelligent. Il en parle magnifi-

quement ;. il en reconnaitvla liberté , riiumutabilité , la providence. Il le dit même incorporel , et tout différent deJa nature. »

Cependant il rêve , d'après Pythagore et d'après Heraclite, que ce dieu même n'est qu'un feu; et, comme le premier , il ne voit plu» de matière dans la matière rendue subtile.

Le système le plus généralement reçu avant lui supposait deux principes également éternels , également nécessaires , et d'une nature tout-à*&it opposée; mêlés cependatit, et confondus en* semble, pour ne former qu^un tout, dont Tua était l'âme et l'autre le corps. L'univers devenais l'effet nécessaire de cette union. Dieu ne pouvait pas ne pas agir , et il ne pouvait agir que sur la matière dans laquelle il existait , et qui par-là •'arrangeait nécessairement.

Anaxagore changea le premier ce système , ou plutôt il le corrigea. Il ne considéra pas ces deux principes comme ne formant qu'iui tout : il les sépara , il leur donna des attributs différens. La matière ne fot qu'un chaos , une masse informe , sans mourement et sans vie. Dieu n'eut rien de commun avec elle ; il n'en fut pas l'âme : il fot l'artisan qui la mit en œuvre. Elle se meut , parce qu'il la veut mouvoir; l'ordre s'établit, parce qu'il le règle ; et l'univers sort du chaos. Cette idée est belle , elle nous retrace au moins un être intelligent , puissant et libre.

Platon voulut l'adopter en partie, et quoique J^^*?,'?*'''*'*^ son dieu ne fut qu'un. feu , et fût par conséquent *'*"* bien différent du dieu d'Anaxagore, il le sépara de la lifatière, ,et le représenta avec tous les attributs de la divinité.' Mais il rejeta ce chaos, où tout est supposé dans un repos parfait ; et il en substitua un autreoùlemouvement^ne cessant point, entretient toujours le désoirdre. Il imagina donc la matière mue de toute éternité sans règle, se divisant, se subdivisant à l'infini ; n'ayant aucune consistance , aucmxe Ibrme , aucune qualité , aucune [M*opriété. Il l'imaginait ainsi, afin de pouvoir dire : elle dliange toujours : donc , on ne la p^ut pas comèt naître; car ii n^ & point de science de ce qui change.

Cette matière, dépouillée àe toutes ses modi- commcntdan

'■ Mt principes st

fications, n'est qu'une notion abstraite. Or ce lê^ibil'"' serait un grand travevs que de faire naître les d>jeta sensibles d'une idée qui n'existe que dans notre manière de concevoir. Voilà pourtant d'où ik naissent. Selon Platon , Dieu ne crée rien ; il ne u^ut rîeo ; il règle seulement , autant qu'il peut, le mouvement que la matière a déjà par elle-même. 3e dis autant qu'il peut : car la matière , nécessairement mue de toute éteraité, résista plus ou moins à Faction de Dieu ; et c'est là la cause des imperfections qu'on remarque dans, l'uaivers»

L'ordre s'établit donc^ et quoique imparfait, il

runivers

4Bo HISTOIRE

4onne naissance aux formes, aux figures, aux qualités : et l'univers sensible sort de cette ma* tière qui ne tombe pas sous les sens.

Vous commencez à voir comment Platon , Voulant passer pour l'auteur d'un nouveau système , prend dans tous j sans en adopter aucun. Semblable au dieu qu'il imagine , il agit sur une matière préexistante , et il l'arrange autant qu'il peut.

dtpîii^'*""' La matière change, dit ce philosophe, en raisonnant comme Pythagore. Elle ne saurait donc être l'objet de la science. Les choses sensibles ne méritent donc pas le nom d'êtres. La réaUté de tout ce qui. existe, est donc dans les essences éternelles , immuables , nécessaires.

Ces essences se nomment idées. Elles existent donc dans l'entendement divin , comme dans leur source. Elles en émanent pour exister chacune à part : ce sont autant d'êtres; ce sont même autant de dieux ; car tout ce qui est en Dieu', est dieu.

Elles prennent encore difFérens noms, suivant les rapports sous lesquels on les coimdère. Par rapport à Dieu, elles sont la raison même. -Par rapport à nous, elles sont tout ce qui est proprement intelligible , parce qu'il n'y a d'inteUigible que ce qui est immuable. Par rapport à la matière, ^ elles sont ce qui lui doqne différentes formes. Par rapport au monde sensible , elles sont l'exemplaire que Dieu a consulté , lorsqu'il l'a voidu produire :

A5CIEN1VE. 48 1

elles sont un monde intelligible. En elles-mêmes enfin elles sont des êtres , des dieux.

Tout ce qui émane de Dieu , est Dieu , selon .p qa'ii .f-

*■ ^ ' pfll» rame du

Platon. Quelle est donc cette suite d'émanations "**"'*'• par laquelle la divinité descendra jusque dans la ijaatière , sans que les parties de cette matière deviennent autant de dieux ? Voici ce que ce philosophe imagine.

Cette raison , cet exemplaire dont nous venons de parler est une substance qui vient immédiatement de Dieu. Elle doit donc lui être touf-à-fait semblable. Mais ce qui en vient par une secondé émanation en est plus éloigné , et doit par conséquent être moins parfait. Il n'y a donc qu'à supposer une âme qui naisse de cet exemplaire , de cette raison; elle participera de Dieu , parce qu'elle en émane ; et elle participera de la matière , parce qu'elle y sera unie.

Ainsi Platon se représente cette âme , comme un être mitoyen. C'est un troisième principe qu'il ajoute à Dieu et à la matière. C'est un moyen, un inhument avec lequel Dieu produit l'univers sensible. C'est une espèce de canal ^ par lequel la somrce divine répand ses eaux , et donne la vie à tout ce qu'elle arrose. C'est un exemplaire, qui est en même temps dans Dieu et hors de Dieu, en quelque sorte, comme le dessein d'un bâtiment est tout à la fois dans l'esprit de l'architecte, çt sur le papier où il est tracé.

yii. 3i

48a HISTOIRE

Vous voyez «q^ae plus ce philosophe emploie d'expressions pour se faire entendre, moins on l'entend. On entrevoit seulement qu'il veut expliquer le système des émanations. Continuons^ n»JiT\ûi*émll Cette âme n'a été produite que lorsque Dieu a neni e celle yQ^ij^- fQ^mer l'univcrs. C'est elle qui, réglant Le mouvement, a mis de l'ordre où il n'y avait que du désordre; et qui, s'insimiant dans toutes les parties de la matière, les a prépacées à recevoir les essences divines.

C'est de ces essences que l'univers reçoit toutes ses formes, toutes ses propriétés. Il est doncl'image de la divinité, il est le fils de Dieu^ et ses parties . principales , le soleil , la lune , l$i terra^ etc. y sont des dieux elles-mêmes. Mais ces dieux sont moins parfaits que le Dieu suprême, parce qu'au lieu d'émaner immédiatement 4e sa sdbstance , ik n'émanent que de cette âme, de cet être i^iitoyen, |)ar où la divinité se répand et se communique.

Cette âme est partout : il y a doi^c- des <iieux partout. Or ces dieux, qui se multipUent à l'infini, sont proprement ce ^'on nomme démonjr Voici comment le Dieu suprême leur parle :

aux^mon7un* ^ VOUS, qui êtcs mortcls^ puisque vous avez \tunoiL iêté pioduits, vous serez immortels : je le ve^x, ma volonté assure votre existence. Vivez pour m'imiter. Formez , multipliez les animaux. Il ne me convient plus /de rien pi^oduire : je ne ferais que des dieux. Mais voilà une semence divines

semence animer!

je VOUS la donne ; elle animera vos ouvrages. C'est par vous que doit naître tout ce qui dioit périr. AUe^ , jp vous laisse le soin de Tunivers.

Il y a. donc deul sortes de dieux : les uifis étœr ^^*J^S^ nels , et ce sont 1^ idées çu les essences ; les n'iribotti^? autres produits, mais qui ne mourront point, et ce sont les démons. Ceux-ci , d'une nature moyenne , se distribuent en plusieurs classes ; ils sont des médiateqrs^qui portept les prières des hommes aux dieux , et les volontés des dieux aux hommes. . De là la divination , le culte idolâtre , et toutes les superstitions du paganisme.

Quant à cette semence, confiée aux démons, T<mi«*!«siiiif»

' sont renie rmëet

elle émane de l'âme du monde , et elle renferme ^'lît^SÔiK toutes les âmes destinées aux différentes espèces "* """" d'animaux , c'est-à-dire tous les êtres spirituels du dernier ordre , et les moins parfaits par conséquent. Platon néanmoins pense que les âmes des héros , supérieures à celles des autres hommes , sont des démons ; et c'est , selon lui, par cette raison q^'on kur élève des autels.

' Les âmes ne descendent pas dans les corps par cewntie.d^r

A ■ JT JT mont <nii les for»

choix. Elles y sont entraînées par les démons , à ?«. u,"«?,îî* qui le pieu suprême a donné le soin de former l'homme , et c'est malgré elles , parce que les corps sont des prisons, dans lesquelles les facultés de ce qu'elles ont de divin sont empêchées , ^ ne s'exercent qu'avec peine.

Nous pouvons donc considérer nos âaaes dans „J;Vtïî!ih5ïî

mîîiSnrt. '^ l'âme du monde où elles ont existé , et dans les corps où elles existent. Dans l'âme du monde, elles participaient aux perfections divines , et par conséquent elles voyaient les*essences. Dans les corps, elles participent aux imperfections de la matière , et par conséquent elles ne voient plus les essences : elles sont ignorantes, et leur igno- .. rance est la cause du mal moral.

Cependant elles ne sont pas nécessairement ignorantes. Elles peuvent se dégager peu à peu de la matière. Elles peuvent donc s'élever jusqu'aux essences ; et c'est alors qu'elles s'instruisent , ou plutôt c'est alors- qu'elles paraissent s'instruire. Car, dans le vrai , elles ne font*que rapprendre ce qu'elles ont su ; toute la science de l'homme n'est qu'une réminiscence.

*i.f**i«'Cnw" Renfermé dans une chambre obscure , vous ne

seloaPUtoa. . , . .

voyez que les images des objets ; et vous voyez les objets mêmes , si vous sortez de cette chambre. Ainsi l'âme renfermée dans le corps ne voit que les images des choses ; et ejle ne voit les choses mêmes que , lorsque sortie du corps , elle est retournée à son principe , à l'âme du monde. C'est alors que , dégagée tout-à-fait de la matière , elle connaît de nouveau toutes les essences. Or voilà le souverain bonheur.

p.??^?^y*' Mais pour s'élever à cet état heureux, il faut qu'elle se purifie, qu'elle consume, pour ainsi dire, tout ce qu'il y a de matériel en elle ; et que , s'ac-

▲NciEicirE. 4B5

coutumant à résister au mouvement désordonné de la matiçre , elle n'obéisse qu'au mouvement réglé que Dieu imprime.

Elle peut dans cette vie approcher , selon Platon , plus ou moins de ce bonheur : mais elle n'y arrive tout-à-£ait que lorsqu'après plusieurs révolutions elle a été tout-à-fait purifiée , et , en consé(quence,ce philosophe adopte la métempsycose. . Les âmes néanmoins, dans son système, ne remontent pas , comme dans celui de Pythagore , jusqu'à Dieu même : elles ne remontent que jusqu'à l'âme du monde. Encore cet avantage est réservé uniquement à la partie raisonnable ou divine; et les parties irrascibles et concupiscibles sont mortelles. Platon croit voir distinctement ces trois parties dans l'âme.

C'est sur ce bonheur qu'il fonde son éthique , c'est-à-dire sa morale et sa politique. Vous voyez que ses principes tendent à faire des contemplatifs, qui penseront s'unir à Dieu en s'abîmant dans des notions abstraites. C'est en effet ce qu'ils produiront. L'histoire en fournira plus d'un exemple.

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