‹ Œuvres completesChapitre 60 sur 72 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Des pyrrhoniens ou «cepflqaes. iTXt'SrT j * * *

sc^i^hmt' Il Pendant qu'Aristote jetait les fondememens du

priliCriil péripatétisme , Pyrrhon d'Élide s'élevait contre

toutes les sectes , croyant trouver la tranquilUtë

, de l'âme dans l'indifférence que le septicisme , ou

un doute universel , paraît devoir produire.

Si nous considérons cette multitude de sectes qui se combattaient sans rien établir , nous comprendrons que le septicisme ne pouvait manquer de s'introduire. En effet , dans un temps où l'on connaissait si peu l'art de raisonner, il était naturel de remarquer d'abord la faiblesse de l'esprit humain , de l'exagérer ensuite , et de finir par dire qu'on ne peut rien savoir. Pour éviter cet excès , il eût fallu avoir beaucoup médité sur les facultés de l'entendement, et sur les choses à notre portée; ce qu'on n'avait pas fait encore.

PyrAo«.ciief Pyrrhou , daus sa jeunesse , ayant eu occasion

4ef sceptiques. *f ' •' .

de lire les ouvrages de Démocrite , goûta si fort ce philosophe , que depuis il en parla toujours avec de grands éloges. Il crut apprendre de lui que nous ne saurions connaître les vraies qualités des choses ; que ce que nous prenons pour réel , n'est

qu'apparence j et qu'il n'y a de réalité que dans notre manière de sentir. Ce fut vraisemblablement , d'après ces principes , qu'il forma le projet d'attaquer tous les dogmatistes , et d'établir qu'on ne peut s'assurer d'aucune vérité.

Disciple ensuite de Drison , fils de Stilpon, et instruit par ce maître dans l'art éristique , que professait la secte de Mégare , il se confirma dans son premier dessein, parce qu'il se sentit plus capable de l'exécuter.

Enfin il puisa dans la soiurce de l'art éristique : car Anaxarque , qui fiit aussi son maître , lui enseigna les opinions de Xénophàne, de Parménide et de Zenon d'Élée. Or la doctrine de ces philosophes était une des plus favorables au septicisme, puisqu'ils rejetaient le témoignage des sens, et qu'ils étaient de tous les sophistes les plus propres à prouver également le pour et le contre.

Pyrrhon suivit Anaxarque dans les Indes ; et on peut conjecturer que les conversations qu'il eut avec les gymnosophistes contribuèrent à l'entretenir dans son doute. Pluà il voyait de sectes différentes, moins il lui était possible d'en choisir . une. D'ailleurs il est vraisemblable qu'il ne voyageait . que pour se confirmer dans le parti qu'il avait déjà pris. . •

Il avait naturellement l'esprit juste , assez du^ au'.Ta1r*"pJ"

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moins pour discerner le taux des opinions des au- «.tifie». très , et il les combattait avec beaucoup de clarté.

5lO HISTOIRE

Il paraissait d'autant plus clair, que les dogmatistes Tétaient moins; et pour être entendu, il n'avait qu'à faire voir qu'ils ne s'entendaient pas eux-mêmes. N'ayant point d'opinions , il n'avait rien à prouver; et les opinions de toutes les sectes semblaient ramener à son doute. Il faut convenir qu'il était moins déraisonnable de douter de tout avec lui , que de croire quelque chose avec les autres philosophes de son siècle.

u$ p ^Xl\ ^^^ pyrrhoniens ne rejetaient absolument ni î^îS*** le témoignage des sens , ni celui de la raison , quoique les dogmatistes le leur aient reproché : ils les regardaient comme des guides que nous devons suivre provisionnellement , en attendant la certitude à laquelle ils ne nous conduiront jamais. Ils disaient donc qu'avec leur secours , il n'est pas possible d'arriver à des vérités certaines. Ils rapportaient les différentes opinions qu'on enseignait dans les écoles. Ils opposaient secte à secte , raisonnement à raisonnement : et ils inferaient qu'on ne sait rien. Leur conclusion ordinaire était : l'un n'est pas plus vrai que l'autre.

Les moyens qu'on avait imaginés jusqu'alors pour se conduire dans la recherche de la vérité , les règles qu'on avait données sur la logique, les détails*où l'on était entré sur les syllogismes etc. , foiu^nissaient aux sceptiques des avantages dont ils surent profiter. Rien n'était en eflfet plus firivole que toutes ces méthodes. Aucune n'allait au

ANCIENNE. 5ll

vrai , parce qu'aucune ne remontait à Torigine e^ à la génération des idées.

Les sceptiques , qui en sentirent le faible, revenaient toujours à leur conclusion : on ne peut rien savoir. Il eût sans doute été plus sage de dire : on ne peut rien savoir avec les anciennes méthodes; mais ne serait-il pas possible de s'en faire une meilleure? et n'est-ce pas ce qu'il faudrait chercher?

Cependant lé dcTute universel conduisait à des aM^Sui!? *** absurdités , et les pyrrhoniens devaient être d'autant plus abstnxles , qu'ils, étaient plus conséquens. Ils dirent, par exemple, qu'ils ne savaient s'il y a du bien et s'il y a du mal ; parce qu'en effet on rie peut assurer ni l'un ni l'autre, quand on yeut absolument douter de tout. Or cette manière de penser est destructive de toute société : on ne sait plus s'il y a des vertus-, s'il y a des vices , et tout devient indifférent. Quelque absurde que soit cette conséquence, non-seulement les pyrrhoniens l'adoptèrent , ils voulurent encore qu'elle fut une preuve des avantages qu'ils croyaient voir dans le septicisme.

Ceux, disaient -ils, qui croient qu'il y a des ,„^-'f^od"*/'' choses , par leur nature , bonnes et mauvaises , sont tourmentés par le désir des unes et par la crainte des autres. S'ils sont heureux, ils appréhendent de cesser de l'être : s'ils sont malheureux , ils se croient souvent menacés de plus grands malheurs. Mais ^ous , ajoutaient-ils , qui

ils

ae savons pas s'il y a du bien, ou s'il y a du mal, nous ne connaissons ni la crainte, ni le$ désirs, et nous jouissons d'une tranquillité parfaite.

Il semble que ces philosophes aient imaginé qu'il suffit de dire qu'il n'y a pi bien ni mal , pour se rendre, insensible à l'un et à l'autre. En vain* cependant s'appliquaient-ils à prouver qu'on ne sait p;^ si les choses sont bonnes ou mauvaises en elles - mêmes ; ils ne pouvaient pas ignorer qu'elles étaient bonnes ou mauvaises par rapport 'à eux : c'est en confondant ces deux manières de les envisager, qu'ils ont avancé des paradoxes que le sentiment et la plus légère réflexion détruisent. aouîeMwtadV- N'étant arrêtés ni par l'absurdité , ni par le danger des conséquences , ils tentèrent de . répandre des doutes jusque sur l'existence de la divinité même, Ilsdisaient/à la vérité, que, comme citoyen , on doit reconnaître les dieux de sa patrie, et les adorer ; mais ils prétendaient que , comme philosophe, on ne pouvait assurer s'ils sont où s'ils ne sont pas ; et que c'était encore le cas de dire^je ne sais, ainsi que sur toute autre question* Ils se prévalaient des idées fausses que. la superstition avait répandue?, de l'ignorance des législateur$ qui avaient laissé subsister ces idées, et du peu d'accord des dogmatistes, qui faisaient Dieu chacun à leur manière. C'était douter d'une vérité, parce que des peuples , des législateurs et des philosophes avaient mal raisonné.

vÎDitë.

AirciEirHE. 5i3

On avait d'abord applaudi aux pyrrhoniens : on J^^^ 'J

se souleva contre eux, quand on vit les consé- ÏSJSJÎiîr'^*^ quences ïe leur doute ; et leur tranquillité j^arut se troubler. Alors ils cherchèrent à se faire un rempart des noms les plus illustres ; et eux qui n'assuraient rien , ils osèrent assurer que tous les grands hommes avaient été sceptiques : Homère , les sept sages, Ârchiloque, Euripide, Xénophane, Heraclite, Démocrite, 3ocrate, Zenon d'Élée, Platon même , et tous les dialecticiens. Mais si on trouve dans tous ces philosophes des maximes qui coQduisent au doute, il est certain qu'aucun d'eux n'a été véritablement sceptique.

L'académie, après les chansemens Êiits par miMiforci. Arcésilas et surtout par Carnéade, devint un asile SlîîSïïi.*"' pour les sceptiques. Forcés à déguiser leurs sentimens , ils se dirent académiciens , et ces deux sectes se confondirent. Pyrrhon est mort 287 ans avant î. C. pu environ. .

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