CHAPITRE XXIV
Conaidérfttions fur le bonheur et sur les opimont des philosq^es a ce sujet.
Avant de passer à Épicure , dont il me reste ';j„^";;ji^i;" à parler , je crois à propos de considérer d'un Ïî*'dt7%^rl coup d'oeil les différentes opinions des pbilo- p*scstcte. sophes sur le bonheur ^ et les idées que nous devons nous en Êiire nous-mêmes.
On distingue deux sortes de plaisirs , ceux de l'âme et ceux du corps. Mais , quoiqu'au fu^enûer toup d'oeil, cette distinction paraisse naturelle, elle n*o£^ certainement pas des idées bien pré^ cises.
Les plaisirs n'appartiençent qu'à ce qui sent. Il n'y en a donc point pour le corps.
Tous sont l'effet de quelque mouvement dans les organes , et ce mouvement se passe dans les oi|;aiie$ extérieurs ou dans les iHiganes intérieurs.
Lorsque le mouyement se £ût dans les organes extérieurs, on a dit : le plaisir appartient au corps; lorsqu'il se fait dans les organes intérieurs , on a dit : le plaisir appartient à l'âme. Il est évident que , si dans ru(||de ces cas , il appartenait au corps j il lui appartiendrait dans les deux. Une distinction aussi mal faite a occasioné beaucoup de mauvais raisonnemens. Essayons de nous en faire des idées plus exactes.
sautd^MM^u» '^^^^ ^^ ^^ ^^^ pouvons riemarquer en nous •«dtr^fie»». ^9^^ ^ j^^^ 1^ principe , que différentes manières
de sentir; et vous connaissez toutes les formes que prend la sensation. C'est d'elle que naissent toutes nos idées, tous nos plaisirs, toutes nos facultés. A mesure qu'elle se développe, notre moi se développe avec elle; il s'étend, pour ainsi dire, et les sentimens agréables se multiplient.
Les uns se bornent à ce qui se passe en nous , quand la sensation est uniquement déterminée par l'action des objets sur les sens : je les nommerais plai^TS de»sensation. Les autres s'étendent à toute la faculté de sentir : ils l'occupent tout entière ; ils sont dans l'exercice de toiles les facultés. Je les nommerais plaisirs de réflexion. * Tous les sentimens agréables peuvent se rapporter à ces deux classes.
.Lorsque Thémistocle arrive aux jeux, le spectacle qui s'offre à lui n'est d'abord qu'un plaisir de sensation. Mais lorsqu'il remarque tous les
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regards qui se tournent sur lui , Salamine alors se retrace à sa mémoire : il voit l'amour des Grecs, la considération de l'étranger, son nom porté aux deux bouts de la terre, et transmis à la postérité la plus reculée. Il semble que les sentimens de toute cette multitude qui l'environne viennent se réunir en lui avec la promptitude du coup d'œil qui les exprime. Ce plaisir de réflexion est sans doute le plus délicieux : et c'est uniquement parce qu'il remue l'âme tout entière , au lieu que l'autre n'a fait que l'effleurer*
Après avoir fait cette distinction, voyons comment nous sommes déterminés à rechercher toujours quelque plaisir.
Le besoin n'est que la privation d'ime chose ^^^f "d^Moque nous jugeons ou que nous sentons au moins C?o>s 1 r!' confusément nous être nécessaire. 11 est accon^ pagné d'un malaise ou d'une inquiétude, qui détermine les facultés de l'âme ou du corps vers un objet ; et c'est par ce moyen que les désirs et les passions naissent. Je ne Ésiis que vous rappeler ce que vous savez déjà:
On peut également distinguer des besoins de sensation et des besoins de réflexion. Le malaise que ceux-là nous font éprouver paraît se renfermer dans un organe : tel est le sentiment de la faim. Au contraire l'inquiétude , qui accompagne les autres, semble remuer toutes les facultés, se répandre partout avec l'âme , et remplir toute