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la capacité du corps. Tel est l'amour de la considération dans une âme forte et courageuse, puui!î"'tr2î ^^ malaise , cette inquiétude sont une peine , nnuni^tar. un commenccment de douleur. Que ces sentimens durent , ils deviennent des tourmens , des chagrins cruels , qui peuvent conduii'e au tombeau. '
C'est déjà un bien que de dissiper ce malaise. Mais la jouissance de l'objet qu'on a désiré y ajoute un nouveau bien, des sentimens agréables : sentimens qui ont plus de vivacité , à proportion qu'ils appartiennent plus à la réflexion qu'à la sensation. Régulus affronte une mort certaihe : il périt dans les tourmens. Cependant il a joui quelques jours de la*gloire ; et ces jours sont plus délicieux pour lui qu'une plus longue vie , où il ^t toujours senti le besoin de cette gloire , sans jamais le satisfaire. Voilà le bonheur. En efiet on est heureux toutes les fois qu'on chasse un besoin par des sentimens agréables ; et, quand ce besoin a été le plus grand , quand les sentimens ont été les plus vifs , que reste-t-il à* désirer ? On a suffisamment vécu.
Les positions comme celle de Régulus ne sont pas communes. Mais, quelles que soient les circonstances où nous nous trouvons , il est certain que nous sommes plus ou moins heureux , toutes les fois que nous avons des sentimens agréables. Le bonheur suppose donc des besoins et des
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moyens pour les satisfaire. Avec des besoins qu'on ne peut satisfaire , on est malheureux : on le serait encore dans une abondance qui , prévenant tous nos besoins, ne nous laisserait pas' le temps de les sentir : c'est donc dans le passage alternatif des besoins sentis à la jouissance , et de la jouissance à d'autres besoins sentis pour jouir encore, que consiste tout le bonheur auquel nous pouvons prétendre.
Un état n'est proprement riche que par les denrées qui se consomment pour se reproduire , et qui se reproduisent pour se consommer. Voilà l'image de notre bonheur : manquer et recouvrer; manquer encore et recouvrer encore, et ainsi tant que nous vivons.
Ce repos parfait, cette tranquillité inaltérable, qui faisait retentir les écoles de la Grèce , n'est donc qu'une illusion à laquelle se livraient des enthousiastes; et leurs déclamations prouvent seulement qu'ils n'étaient pas heiu*eux.
Tant que la Grèce fiit occupée du soin de se ^cî«o"?««"«» donner des lois, on ne disputa point sur le bon- "^ôî»'*ïiî; heur : mais on le chercha avec succès; et, si on eût demandé en quoi il consiste, je m'imagine entendre les plus sages répondre : â être bon citoyen dans une république bien gouvernée.
C'est au temps de Socrate que commencent les disputes sur le bonheur : dans ce siècle , où les Grecs, dégénérant de leurs premières vertiis,
oà le» dUpuicl leur
te sont tfIcTët* parait Iti Grèce.
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, cessaient d'être citoyens ; où les hommes de mé*-
rite , mis à Técart , ne pouvaient plus servir leur patrie; où des haines mutuelles divisaient des républiques mal gouvernées, et où Sparte ellemême était au moment de se corrompre.
De nouveaux désordres s'accumulèrent sur ces désordres , qui croissaient d'un jour à l'autre; et les Grecs , hors du chemin du bonheiu» , s'en éloignaient tous les jours davantage. Dans ces circonstances, il était naturel qu'ils le cherchassent avec plus de passion que jamais; et, puisqu'ils le cherchaient inutilement , il était encore naturel qu'il s'élevât beaucoup de disputes.
sîi^VbÔiheT Socrate , abandonnant aux dieux la contemplation de la nature, voulait que le citoyen se renfermât dans les connaissances d'usage , et dans cette vie active qui lui fait trouver son propre bien dans le bien général. Connaître ce qu'il est du devoir de connaître, aimer ce qu'il est du devoir d'aimer , était l'unique fin de toute sa morale. Un païen ne pouvait certainement rien enseigner de mieux pour le bonheur de l'humanité. Mais les Grecs n'étaient plus capables d'écouter de pareilles leçons.
Le plan de Socrate n^excluait pas l'étude des arts et des sciences utiles. Cependant il faut avouer que ce philosophe n'accordait point assez à la géométrie, à l'astronomie et à la physique. C'est peutêtre parce que, jugeant de ces sciences d'après la
mIoo Socntc.
manière dont on les traitait , il ne prévoyait pas
toute l'utilité qui en pouvait naître. v.
Il y avait deux objets dans sa doctrine : l'un , qneiJfM ïïïw. de nous faire chercher le bonheur dans une vie active, qui rapporte tout à la vertu ; l'autre , de nous dégoûter des spéculations par l'impossibilité où nous sommes de connaître la nature des choses.
Antisthène, plus rempli du premier objet , condamna tout ce qui lui parut superfluité ; et la plupart de nos besoins ne furent à ses yeux que des distractions qui nous écartent du chemin de la vertu.
Aristippe, au contraire, s'occupa plus particulièrement du second objet. Je ne sais point, disait-il, ce que les choses sont en elles-mêmes : je sais seulement que j'en reçois des sensations agréables ou désagréables. Voilà tout ce qu'il y a de réel pour moi. Je dois donc songer à me procurer des plaisirs, et je serai heureux si j'y réussis.
Ces philosophes s'occupaient uniquement de la morale : en conséquence ils n'imaginaient pas que le bonheur pût être séparé de la vie active. Les dialecticiens, accoutumés à des subtilités, ne pouvaient pas le voir de la même manière. C'est pourquoi ËucUde de Mégare le plaçait dans un état unique , uniforme et toujours le même.
Dans la vie active, l'âme ^ selon Platon, est assujettie à la matière : elle est toujours agitée, toujours troublée. Dans la contemplation, au con-
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traire , elle s'échappe de sa prison , jouit d'ellemême j se suffit , découvre renchainement de» causes et des effets , embrasse le système du monde, et c'est là le bonheur.
Ce philosophe ne mettait pas au nombre des biens les avantages de la figure et de la fortune. Il croyait seulement qu'ils pouvaient contribuer au bonheur par l'usage qu'en fait un homme vertueux. Mais quand on songe que toute cette vertu est renfermée dans des connaissances frivoles , et qu'elle exclut la vie active, on ne sait trop ce qu'il veut dire.
Aristote voulait que les avantages de l'esprit , de la figure et de la fortune, concourussent au bonheur. S'il en demandait trop, il exigeait au moins une vie active, et en cela, il se rapprochait de Socrate.
Cest après toutes ces tentatives que Pyrrhon imagina de mettre le bonheur dans une tranquillité parfaite, et que Zenon chercha cette tranquillité dans un état où le sage serait tout-à-foit impassible.
Enfin la question sur le bonheur a si fort divisé les philosophes , qu'on prétend avoir compté à ce sujet jusqu'à deux cent quatre-vingt-huit opinions ; c'est-à-dire qu'être heureux, c'était, selon les uns, être stoïcien; selon d'autres, être académicien : et les opinions se multipliaient comme les sectes. Vous aurez de meilleiu^ guides, si vous suivez les
Miltiade, les Thémistocle, les Aristide , les Épaminondas , les Aratus.