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CHAPITRE XXV

D'Épicure.

Épicure naquit à Gargétium en Attique , 34^2 ans i^ienreinei le avant J.-C. Il se fixa à Athènes dans la trente- afwSlM^w Sixième année de son âge; et parce que tous les lieux publics étaient occupés par les autres philosophes, il acheta une maison où il fit un jardin , et il y vécut avec ses disciples.

Toutes les sectes qui tenaient école dans cette ville déclamaient contre la volupté ; et le public applaudissait. Ce n*est pas qu'il aimât, ou que même il comprît cette doctrine : mais il applaudissait , parce qu'il était étonné. L'ostentation de ces prétendus sages lui en imposait, et d'ailleurs il s'amusait de leurs disputes.

Épicure plaça le bonheur dans la volupté : c'était tout à la fois paraître s'accommoder aux mœurs du temps , et combattre les philosophes qu'on admirait. A ces deux titres , il devait attirer l'attention , et il l'attira.

Dans sa bouche néanmoins ce mot n'était^u'un piège : car , d'après ses principes , la volupté ne

cUrt^.

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pouvait se trouver que dans l'exercice des vertus* On accourut cependant : on écouta. On fut sensible aux charmes de- son éloquence. La vertu , qu'elle faisait connaître, parut avec les mêmes charmes : le caractère qu'elle prenait, dans le caractère même d'Épiciure , acheva de persuader; et l'école de ce philosophe fut bientôt une des plus célèbres.

Il »im»it u £nnemi de la doctrine secrète, il aimait la clarté, il la recommandait : il voulait ne parler que pour être entendu ; et il aurait toujours été clair , s'il n'avait pas entrepris d'expliquer la génération des choses.

Gommeniiire- H avait réfléchi sur les abus de la dialectique,

eevait le témoi- . , ,

«»•«« ^» »«»'• et il a senti , mieux qu aucun des anciens , comment nos connaissances viennent des àens. Il a su démêler deux choses dans nos sensations : la perception , qui est toujours vraie, parce qu'elle n'assure que ce que nous sentons ; le jugement , qui peut être faux , lorsque , d'après nos perceptions, nous jugeons de ce que les choses sont en ellesmêmes. C'est pourquoi il reçoit le témoignage des sens , quand il s'agit uniquement des apparences ; et c'est ainsi qu'il faut l'entendre , toutes les fois qu'il pacraît dire que les objets ont la figure et la grandeur que nous leur voyons. Mais considérons-le d'abord dans là morale , parce que c'est la science où il a le mieux raisonné.

Lepuuir<gia]t, Lc pUisir est le motif ou le but de toutes nos

-AWciEWînE. 537

actions. Malheuràcelui qui ne le goûterait pas dans f*oa»T*°****" la vertu. Quel est en effet le caractère de l'homme vertueux, sinon de trouver son plaisir ijbns ses devoirs , et de ne le trouver que là ? C'est donc pour le plaisir que nous cherchons la vertu : c'est parce qu'elle nous plaît , et qu'elle nous plaît plus que d'autres plaisirs, que nous lui sacrifions.

Cette vérité est bien simple. Cependant on n'en voit aucune trace dans les philosophes qui ont précédé Épicure ; et depuis elle a été fort combattue. D'un côté , les stoïciens voulaient qu'on aimât la vertu, pour elle-même; et le plaisir, ainsi que la douleur , n'était rien , selon eux. D'un liutre, la volupté, à laquelle les cyrénaïques rapportaient tout, n'était qu'un plaisir de sensation; et, pour en jouir, ils se livraient indifféremment à tout ce qui peut faire une impression vive et agréable. Cette doctrine serait une source de désordres dans la société, et de remords dans l'homme , assez stupide pour la suivre.

La vérité est entre ces deux opinions ; Épicure iidutingoaii la montra , et il distingua deux choses dans la »» ^»«p*<volupté : l'exemption d'inquiétude , de trouble , dé peine , de douleur ; et les sentimens qui , au moment de la jouissance , nous remuent agréablement , avec plus ou moins de vivacité. En " effet , il est certain que ce sont là les seuls motifs qui nous déterminent.

Ce philosophe mit, avec raison, de la diffé-

rence entre ces deux choses. II se représenta bi première comme ime volupté douce , qui répand le calme daus Tâme ; et la seconde , comme une volupté vive , qui cause toujours quelque émotion , et qui tend à produire le trouble.

Celle-là doit toujours être le principal objet de nos désirs , et nous sommes heureux tant que nous en jouissons. Celle-ci ne fait pas le bonheur: elle y peut seulement conduire , toutes les fois ' qu'elle est nécessaire pour amener le calme dans l'âme : il ne la faut donc pas rechercher pour ellemême. Si vous remarquez bien cette distinction , vous ne confondrez pas les épicuriens avec les cyrénaïques. En effet Épicure tirait de ces principes les conséquences suivantes :

moraie'f Y-e"" ^ ^ ^'^^ P^ ^^^ ^^ ^^^^ T^^^ ^^^^ cherchcr et le bonheur : peu de choses sufiQsent aux besoins « de la nature. Le sage trouve ses commodités tt dans un bâtiment simple : une étoffe oommune <c le garantit des injures de l'air ; les mets les moins « rares apaisent également sa faim.

<c Le grand , qui se fait un besoin de tout son « attirail , n>n impose qu'aux yeux du vulgaire. a L'apparence du bonheur est au dehors , l'ennui « le dévore au dedans. Il succombe sous le faix , « il souffre , et n'ose se plaindre.

a Parmi ceux qui soupirent après la grandeur, a il en est donc bien peu qui sachent ce qu'ils « désirent. Ils s'agitent, ils ste tourmentent pour

cure.

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« des siiperfluités qu'ils n'obtiendront pas , ou « qui ne les rendront pas heureux.

« Ce n'est pas qu'il faille toujours se garantir <c de l'ambition. Il est beau d'occuper les pre- <r mières places avec des lumières , du courage et <c des vertus. Le calme qu'un souverain répand c< dans l'âme de ses sujets passe bientôt dans la « sienne. Il est heureux du bonheur des autres.

« Consultez-vous donc. Si vous avez tout ce « qu'il faut pour conduire la république , soyez « ambitieux : autrement , vivez éloigné des affaires.

ce Cependant ne vous flattez pas que votre choix, a quel qu'il soit , puisse jamais vous mettre à <c l'abri de toute peine. Enveloppé dans le tource billon des choses , en vain vous voudriez que a rien ne vous remuât. Tout vous entraîne, parce er que vous tenez à tout.

tf Dans un vaisseau que les flots agitent , est-il « une place où les secousses puissent ne se pas fc faire sentir ? Ne cherchons donc point à nous « rendre insensibles. Attendons-nous à des maux, (c puisqu'à chaque instant les chagrins , les infir- « mités , les maladies nous menacent.

u Le* sage combine. Il se résout à soufifirir un « mal , pour se procurer un plus grand bien ; et ce à se priver d'un bien pour éviter un plus grand « mal. S'il cherche le plaisir , c'est un plaisir « éclairé ; et il le trouve dans la modération. c< Sobre , il entretient la santé de son corps , ou

54o HISTOIBS

a du moins il se garantit de bien des douleurs. « Citoyen vertueux , il est cher à sa patrie , à ses « amis , à l'étranger même. Ainsi , quelle que soit « sa position , toujours des compensations s'of- « frent à lui de quelque part* Il est malheureux « dans les tourmens, sansMoute; il Test moins <c cependant qu'un autre. Il sait la considération « et l'amour qu'il inspire ; il voit l'intérêt que a les citoyens prennent à ses maux ; il jouit des a soins d'une mijiltituae d'amis, et ces idées y toua jours présentes à son esprit, le pénètrent d'un a sentiment vif et déUcieux qui paraît, par intera valles au moins , le dérober à la douleur.

« Un bonheur permanent n'est pas fait pour « l'homme. Supposons que la nature se changeât « au gré des vœux inconsidérés de ceux qui pence sent qu'une exemption de tous soins nous ren- « drait heureux, et réaUsons toutes les fictions « de l'âge d'or : un printemps éternel , un ciel « toujours pur et serein, des fruits qui naîtraient <c sous nos pas , des champs qui préviendraient « nos désirs , etc. Alors , sans art , sans sciences , <c sans études, sans travail, en un mot, sans aucun « besoin des choses qui nous occupent aujoura d'hui , vous n'auriez point de leçons à prendre , « je n'en aiirais point à vous donner : mais bientôt, « dégoûtés d'un état qui n'aurait du bonheur que « le nom , nous redemanderions , et notre terre , « et nos charrues , et nos leçons ».

akcienné. 541

Tel est , Monseigneur , l'esprit de la morale d'Épicure. La oonclusion qu'on en peut .tirer , c'est que nous n'avons qu'à remplir nos devoirs , et nous nous trouverons bien comme nous sommes. Vous voyez que ce philosophe s'est également écarté des stoïciens et des cyrénaïques.

Un mot peut faire la fortîitie d'un système. Au iTpf"^^*] ^"J cri de volupté , on accourut au jardin d'Épicure. û iranVmiîîiî Un autre cependant était encore favorable à son dessein , c'est celui de tranquillité dont retentissaient les écoles des stoïciens et des sceptiques. Ce philosophe dit donc avec eux , que le bonheur est. dans la tranquillité de l'âme : mais il le dit dans un sens bien différent.

Convaincu que nous sommes nés pour agir et par conséquent pour sentir et pour croire , il ne songea qu'à régler notre sensibilité et nos opinions. Or )e calme auquel il invitait n'est , comme nous venons de le voir, qu'un état moins agité , où le sage , . compensant les biens et les maux, cherche ce qui peut être utile, et se refuse à ce qui peut nuire. Les mots de repos ^ tranquillité , devenus fort à la mode , étaient propres à son objet; et il les adopta.

Se proposant d'écarter toutes les craintes capa- j, " aûîiF!!r u blés de nous troubler , il s'appliqua surtout à 2wu* dissiper celle de la mort. Si vous êtes malheureux, disait-il, que. regrettez-vous ? La mort finira vos maux. Pouveï-vous compter que l'avenir fasse

pour vous ce que le passé n'a pas £siit? Ne prévoyez-vous pas que vos pertes s'accumuleront avec vos années , et que le temps ne les réparera pas ? Si au contraire vous êtes heureux , si vous avez vécu dans Taffluence des biens, s'il en est peu qui -vous aient échappé , qu'attendez- vous encore ? Sortez de la vie cottfne on sort d'un festin. Tout s'use insensiblement pour vous : ce qui vous à plu cesse de vous plaire , et cependant la nature n'a plus de nouveaux plaisirs à vous donner. Vous verriez donc avec dégoût toujours les mêmes choses , si vous viviez plusieurs siècles , et avec plus de dégoût encore , si vous ne moiuiez pas. Cependant un autre doit venir , pour qui tout sera nouveau. Cédez une place qu'on vous a cédée: cédez -la lui , elle n'est plus 4 vous : vous devez mourir pour qu'il vive. C'est ainsi que la nature se répare.

poDrqtioi Leucippe et Démocrîte ne demandaient , pour ^y.tè«e a» p|»o(Juîre \^ monde , que de U matière et du mouvement. Épicure adopta leur système , et il en tira deux conséquences : la première, qu'aucune intelligence n'a présidé à la formation de l'univers; et la seconde, que, n'étant nous*mémes que le résultat d'un certain nombre d'atomes combinés d'une certaine manière , nous cessons d'être , lorsque cette combinaison cesse. Tout meurt donc en nous : la mort, par conséquent, n'est rien ; et, après cette vie, nous n'avons rien à craindre.

le s; alomo,

Absurdité de $ti principe*.

comme nous n'avons rien à espérer. Voilà le motif qu'avait Épicure lorsqu'il a choisi ce système.

S'il eût été plus éclairé , il eût offert im dieu juste à l'homme qui remplit ses devoirs , et il n'eût laissé les frayeurs qu'aux coupables. Mais , pour les enlever également à tous les hommes , il fait présider à la iformation de l'univers , le hasard , c'est-à-dire un mot vide de sens. Avec ce mot il veut , sans une cause intelligente , former un ouvrage où tout annonce une intelligence infinie. Les atomes sont, chacun séparément, incapables de sentiment, et il croit produire le sentimeiit, après les avoir combinés d'une certaine manière: comme si cette combinaison , qui n'est que le résultat des différentes positions où ces atomes sont les uns par rapport aux autres, pouvait être le sujet de la pensée. Les études que vous avez faites vous font voir , Monseigneur , l'absurdité de ces principes. Je ne m'arrêterai donc pas davantage à les réfuter ; et j^e vais vous exposer le système d'Épicure , puisqu'il faut vous le faire connaître pour achever l'histoire des opinions des philosophes de la Grèce.

L'univers est tout ce qui est. Il a toujours été J^'ITil^T,^' et il sera toujours. 11 est même immuable en -ce sens qu'il ne peut rien acquérir, car rien ne se fait de rien ; et qu'il ne peut rien perdre, car rien ne p^ut êti^e anéanti.

On n'y peut distinguer que deux choses : les

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corps , dont les sens déposent l'existence et l*espace dans lequel ils se meuvent. La partie de Tespace que chacun d'eux occupe , se nomme lieu ; et les intervalles qu'ils laissent entre eux se nomment vide.

Si les corps*,* finis en nombre, nageaient dans un espace immense , ils ne se réuniraient jamais. Si les corps étaient infinis et l'espace borné , il n'y afurait pas assez de lieux poiu* les recevoir. L'espace et les corps sont donc également infinb.

Mais les choses qui tombent sous les sens naissent , croissent et^neurent. Il y a donc des élémens dont la réunion les forme , et dont la dissolution les détruit.

Or si ces élémens , tant qu'on les conçoit étendus , pouvaient eux-mêmes se résoudre , ils se diviseraient , jusqu'à ce qu'ils cessassent d'être étendus. Il n'y aurait donc plus de corps : les corps tomberaient donc dans le néant. G>ncluons ' que les premiers élémens sont indivisibles. Nous les nommerons atomes.

Les atomes étant indissolubles , ils sont tous d'une égale solidité; et ils ne diffèrent que par la grandeur , la figure et le poids. Quant aux autres qualités , telles que le chaud et le fix)id , elles n'appartiennent qu'aux choses sensibles , elles sont uniquement l'effet de la combinaison des premiers élémens.

Les atomes se meuvent en vertu d'une Corée

AVCIENHS. S45

intérieure que nous nous* représentons. ()ans ht pesanteur.

Le vide ne saurait leur opposer de résistance. Ils parcourent donc en un instant le plus grand espace possible. On ne peut dpnc pas dire que les uns aient plus de vélocité que les autres.

Ils tombeiït d'abord* perpendiculairement et parallèlement. Or, s'ils continuaient à se mouvoir de la sorte, ils ne se rencontreraient jamais. Il est donc nécessaire de supposer encore qu'ils ont le pouvoir de décliner un peu de la ligne droite. Alors ils se choqueront , se réfléchiront , et ils seront mus dans toutes sortes de directions* * Dans ces différens chocs , ils ne se réfléchiront pas toujours. Comme il y en a de toutes les figures imaginables , et que chaque figure est commune à une infinité , ils s'embarrasseront les uns les autres , et plusieurs s'accrocheront. Il se formera donc déjà de petits composés, qui seront moins mobiles que les élémens simples , et plus irré^ guhers. Par conséquent ils seront £sdts pour s'accrocher encore davantage, et il se formera quelque part une masse informe, où tout sera péle-méle et sans ordre.

Cependant le mouvement ne cessera pas dans cette masse. Par conséquent ses parties se combineront de toutes les manières, et enfin elles s'arrangeront avec ordre; car l'ordre est au nombre des combinabons possibles.

Tii. 35

546 HISTOIEE

Aloro \| y aur9. des corps de différentes espèces. Les uns seront plus denses et lesrautres plus rares^ suivant les interstices que les parties l&isseront entre elles. Les uns auront pliia de mouvement intérieur, les autres moins , suivant la figure des atomes dont ils seront composés , et de ces différences nsdtront toutes ks qualités des choses sensibles.

Puisque le mouveçient ne cesse jamais , il n'y a poipt de combinaison qui puisse se conserver toujours la même. Les composés qui se sont £siits se défont ; et de leurs élémens de nouveaux composés se font encore. Tout naît , tout meurt : la naissance d'une chose ^t la mort d'une auùre. C'est une suite de révolutions , qui n*a point eu de commencement , et qui n'aura point de fin.

JHows reniarquons ces révolutions dans les objets qui nous environnent. Le monde n'y est pas moins sujet : le mouvement qui l'a produit le détruira , et il s'çn formera un nouveau.

L'espace est? immense. Ce que le concours des atomes fait dans un endroit , il le fait donc daiis d'autres. Il y a donc une infinité de mondes. Les uns commencent , les autres finissent : les uns sont semblables , les autres différens.

La masse de la terre pèse , et sop poids est le poids total des atomes dont elle est formée. £lle a donc d'abord tombé : mais elle a cessé de tomber, lorsqu'elle a eu assez de si|r£su:e pour se soutenir

sur Vsàv inférieur, et que cet air, contenu pav les mondes environnans^ n'a plus cédé. C'eftt atiisi qu'elle se soutient au milieu de notre monde. £Ue a par con$éqiient la forme d'un dUqoe , et il n'y a point d'antipodes.

Tous les cotps continuant de peser pQrpencjii* culair^inent ^ers le lieu ou la terre ^'est arrêtée* Or c'est une suite de l'inégalité de leur poidsi que les moins pesans soient cha3séa par ceux qui le sont dayantage^ et qu'ils s'élèvent à proportion que leur ligure e^t moins régulière, et que le mou.v^ement primitif de leurs atomes est moins altéré* C'est 4e ce^ corps qui remontent , que se forment l'air , la matière éthérée et les astres.

Tout étant ainsi arrangé , la teire produisit d'abord des plantes, et ensuite d es animaux; de timte espèce. £|fets du concours javeuf^e des atomes, ces premières productions furent informes sans doute , et ne se conservèrent pas. Mais ^ paroe que dans un nombre infini de combîxiaisoos il faut q\m toutes les combinaisons se rencontrent, il naquit enfin des plantes bien conformées et des animaux bien organisés. Alors la terre, ccmime fatiguée , sis reposa , laissant à ees premiers indîr vidus le soin de se perpétuer.

Dès que la nature n'est que le concours a^ef i^

^ des atome) , elle agit sans dessein. Ce n'est piis

avec dessein qu'elle nous a donné , par exemple,

lès organes des sens. Nous nous sommes îsfomvé

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des yeux, nous nous en sommes servis pour voir : nous nous sommes trouvé des oreilles, nous nous en sommes servis pour entendre , etc.

Nous nommons âme ce qui est en nous le principe de la vie et du sentiment. Or nous ne sentons que parce que quelque chose nous touche ; et rien autre que le corps ne peut toucher ni être touché. L'âme est donc un corps, un corps subtil , à la vérité, un corps composé de parties d'air, de feu , des atomes les plus ronds et les plus mobiles.

Notre âme, notre moi n'est donc que le résultat de plusieurs atomes combinés. Or la mort détroit cttte combinaison. Le moi cesse donc , et nous ne sommes plus.

Par un hasard , les mêmes atomes, dont je suis formé, pourraient être une seconde fois combinés de la même manière. Cependant ce ne serait plus la même personne , parce que cette combinaison ne se souviendrait plus d'avoir existé.

:t*45^^ Quelques questions suffisent. Monseigneur ^ pour réfuter ce système. Gomment les atomes, slls sont de dilSérenles figures , de différentes grandeurs , de différens poids , sont-ils indivisibles ? •comment peut-on assurer que rien ne rentre dans le néant , si c'est assez de diviser les atomes pour les anéantir? qu'est-ce que cette force intérieure , qi4 est en eux le principe du mouvement ? commeat parcourent-ils en un instant le plus grand espace possible? que signifient ces mots un instani

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et le plus grand espace possible ? que veut dire Épicure, lorsqu'il dit que les atomes tombent? y a-t-il j dans un espace immense , un haut et im bas absolus ? sur quoi , dans cet espace immense, leur chute est-elle perpendiculaire? comment ontils le pouvoir de décliner? qu'est-ce que Tair infé^ rieur 9 qui est contenu par les mondes environnans? pourquoi , conune Tair supérieur, ne cède-t-il pas au poids de la terre? comment le concours fortuit des atcmies a-t-il produit sur ce disque des plantes et des animaux? pourquoi cesse-t-il d'en produire? que veulent dire ces mots la terre étant comme fatiguée ? enfin comment Tâme est-elle un composé d'atomes ? parce que ces petits corps / qui sont chacun privés de sentiment , sont forts ronds et forts mobiles, est-ce une conséquence que leur combinaison devienne elle-même le sujet du sentiment et de la pensée ?

Il est évident qu'Épicure raisonne sur des mots auxquels il n'attache aucune idée. Voilà les élémens avec lesquels il s'imagine former une infinité de mondes. D'après ces vues générales on peut juger de la manière dont il expUque les difiérens phénomènes. J'apporterai pour exemple l'explication qu'il donne de la vision.

Il n'y a point, dit-il, de corps d'où il ne s'é- ^J^îl^^Jj^S^ chappe toujours des corpuscules. Souvent même ces exhalaisons sont assez grossières pour être aperçues. Il peut donc y en avoir de trèshsuJbtiles,

vUio».

55o HISTOIRE

Imaginons quece sont des atomes , qui con^rvent entre eux le même ordre qu'ils avaient dans les objets : imaginons-les comme vme multitude de légères suv£au:es, d'images, de simulacres, qui, se détachant continuellement les uns après les autres , se renouvellent sans interruption , se répandent de tous côtés, et remplissent l'air- Dans celte supposition nous comprendrons que nous voyons les objets , parce que ces simulacres subtils pénètrent de l'œil jusqu'à l'âme , contre laquelle ils viennent heurter, sitéfr.'^^\i C'est avec ces simulacres qu'Épicure explique les visions que nous avons en songe. Mais je me suis déjà trop étendu sur ce système. Au moins n'est-il pas nécessaire que j'entre dans de plus grands détails. Que penseriez-vous de voir des atomes former des dieux de figure humaine , parce que cette figure est la plus belle de toutes ? Des dieux qui sont nés, et qui ne mourront point, parce qu'ils sont composés d'un tissu si subtil , que rien ne les peut blesser : qui ne mourront jpoint, dis-je, quoique le mouvement tende toujours à détruire les premières combinaisons pour en f^ti^ de nouvelles t des dieux dont la substance n'est ni corporelle ni incorpcn^elle, mais seulement quelque chose qui approche du corps , quoique dans les principes d'Épicure ils ne Sioient qu'un assemblage d'atbmeis arrangés d'une certaine manière : des dieux qui exigent dans les

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espaces que les mondes laissent entre. eux, quoiqu'il ne puisse pas y avoir de pareils espaces, puisque Tair, qui soutient la terre, est contenu fgœ les mondes environnans. Tant de contradictions , tant d'absurdité» se réfutent d'ellcs-mênies, et ne méritent pas d'être combattues.,

Épicure mourut dans la soixante-douzième année Mortd'Epîcîiw. de son âge. Se voyant près de sa fin , il disposa de ses biens, afirancbit ses esclaves , assura l'état de plusieurs enfans qu'il avait pris sous sa tutelle , et légua ses jardins à ses disciples.

Il a toujours été fort adonné à l'étude , et il n'y oJÎÎJjT^"* a pas de philosophe qui ait autant écrit : mais de trois cents ouvrages qu'il a laissés , il ne reste que quelques fragmens.

Tant qu'U vécut il fut exposé à la haine de <ifïïXii!* toutes les sectes. On ne lui pardonnait pas d'avoir mis au jour les subtilités des académiciens, les puérilités des dialecticiens ,^la vanité du Portique. C'est pourquoi ses mœurs ont été calomniées. Cependant ^a réputation Ait toujours entière chez les Athéniens , si fecilesi surprendre. Ils le regrettèrent, ils lui élevèrent «m monument; ses disciples transmirent le respect et Famour qu'il leur avait inspirés ; ils consacrèrent des jours à sa mémoire ,€tils vécurent datis la plus grande union. Si qoekfiaes-uns abusèrent de la doctrine d'Épicure, ils fto^ent désavoués ; et nous ne les devons pas confondre avec les vrais sectateurs de ce philosophe.

55a HISTOTMS

SMMMtMMffs. Ceux qui se sont succédés dans cette école, soilt HermachuSy Polystrate, Dyonisius, etc. On en a compté dix jusqu'à Auguste ; mais il n'est pas possible de rien assure^ sur ce qui les concerne : on ne nous a pas même conservé les noms de tous.

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