CHAPITRE PREMIER
Pays d'Anlénor. Sa naissance miraculeuse. Son édiicaliou. .Sou départ piiur Alhèucs.
Je suis né à Éphèse , ville d'ionie , où existait le superbe temple de Diane. Ma mère, consacrée au culte de cette déesse, était , à quatorze ans, par sa haute dévotion et la pureté de ses mœurs, l'exemple des jeunes prétresses et l'admiraticm des anciennes ; sa beauté , sa jeunesse relevaient l'éclat de ses vertus : elle joui,s.sait d'un bonheur sans mélange; mais im événement inipré\u , miraculeux , vint contristcr les jours de celle qui possédait la faveur du ciel et des houmics.
Cette aimable el vertueuse Euphrosine ( ainsi se nommait ma mère) depuis quelque temps languissait, ,se décolorait comme une fleur d'automne; bientôt on ci ut ajicrcevoir des symptômes de grossesse. A cette nouvelle , que la médisance fît voler de bouche en bouche , quels furent rél(nMieinent et les alarmes de la comuuuianlé! Les prêtresses crurent voir Diane venger la profanation de son temple, soit par l'apparition de queUpie monsirc, soit par le désordre des clémens; mais le ciel resta calme
et serein, el nul monstre n'épouvanta la terre; ce qui fil taire la calomnie, et ramena les prêtresses à l'indulgence pour ma mère, qui affirmait avec toute la candeur de l'innocenc e que sa pensée était aussi vierge que le regard de la pudeur.
Elle se rappelait seulement qu'un jour, s'élant endormie dans la dernière enceinte du temple, Apollon lui était apparu sous la forme d'un beau jeune homme , les cheveux flottants et couronnés de lauriers; que ce dieu lui avait parlé d'hyménée, de la volupté pure et intime des unions célestes; que le trouble, le délire de ses sens l'avaient éveillée ; mais le dieu avait disparu. Soit fraude de quelque jeune préire, soit en effet qu'Apollon eiU voulu honorer de ses faveurs la belle Euphrosine, sa vertu n'en resta pas moins aussi blanche, aussi pure que le lis qui vient d'éclore.
Elle me donna le jour sous un toit champêtre : on accourut de toutes parts pour me voir dans mon berceau ; car on savait que j'étais le fils d'un dieu.
Ma mère, si jeune encore, se flatta de me voir un jour l'appui et la consolation de sa vieillesse; mais une maladie aiguë el rapide abrégea sa roucse. J'avais al rs dix ans, et mon esprit et mon corps étaient au-dessciis de mou âge. Si, comme des philosophes l'affîrmeut, la durée de la vie des individus est en raison du temps qu'ils mettent pour parvenir à rentier développement de leurs facultés, eu multipliant le nombre des ans par le nombre sept, je dois peu m'étonner de ma longévité, car ma puberté fut tics tardive.
La malheureuse Euphrosine, en mourant, me confia ft un vieux prêtre, .son ami el son conseil. 11 m'emmena à Ephèse, 011 il commença mou éducation. Ses principes, .sa morale, .se renfermaient dans le respect dû aux ministres des dieux, et dans la vertu .snprêîne dite l'écononiie, ou plutôt l'avarice; carc'élait bien le mortel le plus avare qui eill rampé sur la terre. Il me recommanda très expresséuienl , a sa mort , de bien me garder de m tire plus d'une oliDle ,sous sa langue pour |)aycr à Caron son pa.ssage, disant que, s'il ne voulait pas le passer â ce prix, il attendrait sans peine sur le rivage pendant cent ans.
.l'étais dans mon printemps lorsque cevieux sycophanle quitta ses trésors et la vie.
Agité de nouveaux besoins, animé d'une nouvelle existence, libre, sans étal, sans parens, sans jiatrie, je ré- .solns de devenir cosmopolite. Je partis pour Athine;, enflammé du désir de suivre les philosophes, cl dem'exercer dans l'éloquence et la gymnastique.