‹ Œuvres complètesChapitre 11 sur 416 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Ses études it Athènes. Ses remarques. Sa présenlaliun à Arislippc. Sou porirail.

.le m'appliquai d'abord au dialecte du pays. J'étudiai celte harmonie de langage, celte noblesse d'expression qui distinguent les Athéniens du reste de la Grèce. Je m'attachai surtout à la prononciation. Les Athéniens sont si jaloux de la pureté de leur accent, qu'ils portent l'alteution jusqu'à l'exiger des nourrices de leurs enranl.s.

Il n'y a\ait p,is alors de séjour plus délicieux que celui d'Athènes; ses habilauts étaient aimables et doux; les fêles et les jeux s'y succédaient sans cesse : on aimait les plaisirs, la gloire, la liberté. Cependant Isocrale comparait celle ville â ces femmes à la mode à qui l'on adresse des vœux passagers, mais qu'on ne voudrait uas épouser.

VOYAGES n'AMÉINOR.

La souveraineté r?sidail dans le peuple ; ce n'élail point du nombre des cilo>ens, coinpo.é d'ariii-ans, de mauouvriers, tels qu'on en voit dans les mona cliies; mais chaque Athénien était un homme dislin^ué, qui avait luimême des esclaves, à moins dune grande indif;euce. Ce peuple s'assemblait de firaud malin dans la plaie publique, ou au ihéàlre de Bacchus. Chaque ciioyen, a;.rès l'âge de piibert», a voix délibéra;ive dans celte assemblée, el doit y assislersous peine d'amende. Je vis un jour plusieurs ma^istrais, nonnnés lixiniques , qui marchaient dans les rues, tenant une corde leime d'ecarlae, tendue d'une maison à l'auire. Ils poussaient le peuple devant eux, pour l'obliger de se rendre à l'assemblée. Si la corde marquait de rouge quelque Iraineur, il élait rondamné j l'amende. Les citoyens exempts de celle mar- (lue recevaient trois oboles pour leur droit de pré.sence.

Je suivis les lexia ques. On ouvrit la séance pai- un )-acri5ce à Gères ; les prèlres inunolèrenl un jeune cochon , tt de son sang purifierenl l'enceinle. Ensuite un magistrat pronon<a celte imprécation: Pcrissc maudit ihs dieux , avtc sa race, qidcoiique pensera , parlera, agira contre ta république!

Cette assemblée, pour faire une loi, doit être au moins de six mille hommes. Des sénateurs proposèrent le sujet du décret; des orateurs, debout, déployèrent leur éloquence pour l'appuyer ou le combattre : mais ils étaient soumis à la loi des clepsydres, c'est-à-dire qu'ils devaient terminer leurs harangues au temps fixé par des horloges d'eau. Après de grands d.'bats, de bruyantes clameurs, le décret passa à la majorité des su frages, qui se donnent par Texlension des mains. J'avoue que ces cris tumultueux, les Ilots de cette tourbe, émus et agités comme ceux de l'Euripe, mont laissé (jour toujours une impression dé avorai)le contre les élats déiuorraliques.

Ce qui me donna une idée plus avantageuse des Alhéi.iens, c'est l'établi-ssemeiil de leurs féies. On jour un chef de famille m'i:ii ilait i dincr pom- célébrer la naissance de .son fils ou de son ami, ou bien j'étais prié parle fils pour l'anuiver.saire de la naissance de son père ou de sa femme: ces jours étaient sacrés.

Les philo.sophes célébraient les jours de la naissance de Socrateet de Platon. Épicure avait ordonné dans son testament que l'on célébrât celles de son père, de sa mère, lie ses frères et la sienne.

Le cinquième jour de la naissance d'un enfant, on vous invile pour aller sacrifier aux dieux. Ou suspend aux portes des couronnes ; pour un garçon , c'est une branche d'oliiier; pour une fille, c'est une bandelette de laine, svmbole de ses travaux. Ce jour-là, la famille et les amis sont convoqués, et les pères mani estent leur joie par un banquet solennel , où , couronné de roses , on fait des libations au génie qui préside à la naissance, on verse le vin à pleines coupes, el l'on sert à table le fromage de Chersouèse , le chou cuit dans l'huile, l'agneau engraissé pour la fête, les oiseaux et les poissons les plus délicats.

Le dixième jour delà naissance d'un enfant, il reçoit un nom; on lui donne un parrain qui préside aux satrifices el au festin. La mère, après l'accouchement, reste (|uarante jours sans aller au temple : on célèbre aussi par im repas le jour du sevrage de l'enfant.

Lorsqu'on l'inscrit dans une des tribus, la solemiiié dure trois jours. Le premier est le jour du 'eslin; le second, du sacrifice; le troisième, celui de rinscription.au I .ing de citoyen. T^e repa< a lieu le ,<;oir parmi les citovcns

de la tribu, les parens et les amis ; on y admet d'autres con\ives. Ce jour est aussi marqué par une fête aux flambeaux en l'honneur du génie qui préside à la naissance. On se pare d'habits magnifiques, on chante des hymnes, ou a,^ile des brandons. Le troi ième jour, las parens se rendent devant l'assemblée, et jurent sur l'autel que l'en ant est légitime, né d'Athéniens et de citoyens: sur ce serment , on l'inscrit dans la tribu, on lui coupe sa chevelure, qui souvent est consacrée à Apollon. On présente à leur tribu les encans des deux sexes; les garçons à l'âge de trois ou quatre an;, les filles lorsqu'on les fiance.

Je fus témoin de la cérémonie d'un jeune homme qui avait atteint sa dix-septieme année, époque où l'adolescence finit. On suspendit à sa porte une couronne de laurier. Le père nous doiuia un le^tin où l'on vida une large coupe en l'honneur d'Hercule; et, après lui avoir lait une libation , la coupe circula de main en main , et le , nom du jeune adulte fut in.icrit sur un re.jisîre.

En.suite ces jeunes gens, devant l'autel d'Aglaure, se consairaieut à la patrie, et prêtaient ce serment :

« Je ne déshonorerai jamais la profession des armes; je ne sauverai jamais ma vie par une fuite honteuse ; je combattrai jusqu'à la mort pour ma patrie; je serai soumis aux magistrats, aux lois et à tout ce qui est décidé par le consenleitient du peuple. Si quelqu'un viole ou tente d'anéantir les lois, je le dénoncerai et m'y opposerai seul , on conjointement a>cc tous. »

Je me plaisais beaucoup aux exercices du gymnase; j'eus même des succès à la lutte, à la course, au disque; je me formai une constitution robuste. Que je me suis a))plaudi souvent de cette éducation physique! combien de fois elle m'a été utile ! combien elle a contribué à mon bonheur!

La fréquentation du gymnase me lia avec des jeunes gens dont l'un me présenta au célèbre Arislippe : ce philosophe, dont l'âme llexible se pliait à tontes les sitnalions, qui supportait la fortune et l'adversité avec le même calme et le même courage, élait alors dans son automne; mais sa modération dans les plaisirs, dans ses affections, son indifférence philosophique sur les événemens de la vie avaieni prolonge sa virilité.

C'était l'hoimne d'Athènes le pins aimable, le plus instruit; ses talcns s'étendaient jus(|ue sur l'art des repas. Les cuisiniers le lonsultaicnt sur la délicatesse el l'apprêt des mets : aussi. Ires friand de bonne chère, il disait que, si elle élait blâmable, on ne ferait pas de si grands festins à la fêle des dieux. Auprès des femmes, il cachait son érudition sous le voile de l'enjouement, ou n'en laissait échapper que les traits qui pou\aienl les amuser; il aimait à leur plaire, à jouir de leur embarras, de leur résistance. Coimneil se possédait par 'ailemcnl, il filait leur séduction, les enveloppait avec tant d'art, que peu d'elles évitaient ses pièges. Sa mais m était le rendez-vous de la meilleure compagnie : sa philosophie dou'e et fa.-ile, sa gailé, les grâ<'es de ssn esprit, mille traits ingénieux et llatteurs rendaient sasociélé délicieuse. Il était doué d'une telle sagatité, qu'il ne demandait, pour connaître un homme, que de l'entendre parler. . Qu'il parle comme il voudra, disait-il; pourvu qu'il parle, cela me suffit. •

Il élait profond dans les affaires, léger et amusant dans lesccr;leset les festins. 11 avait un heureux choix d'expressions; sa plaisanterie élait fine sans causticité; il parlait, avec la même aisance, de politique, d'amoiu-, de morale, de religion , des plaisirs e! de la mort.

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