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CHAPITRE LXXXIX

Mœurs des Sardiens. Divinités du p.iys. Entretien des douï amis sur leurs liùles.

Dans ce moment nous entendîmes les accords harmonieux de plusieurs inslrumens, eniremélés de chanls et de cris de joie. "Cesconcerls, nous dit notre hole, sont lesefets de la dissolution des mo?urs de celle ancienne capitale de l'empire de Crésus. Tous les soirs, quand la nuit est belle, la jeunesse des deu\ sexes s'assemble sur les pi airies : U , protégés des ombres mystérieu.ses de la nuit, ils passent les heures du repos dans les jeux, la danse , les plaisirs de l'amour ; et le jour , au lieu de .s'occuper des Iravauv commandés à l'hoimne, ils s'abandonnent au sommeil et à l'oisivelé. Ils oui baimi de leur ville lous les ans qui pourraient troubler leur repos : le gouvernement donne des prix à ceux qui inventent des voluptés nouvelles. On abuse de l'exlréme ferlililé du lerroir pour s'exempler du iravail el se livrer à la mollesse. Les hommes niellent laiil d'an à se fri, eret à compo.ser leur leinl, ils sont si efféminés , qu'il semble qu'il n'y ail qu'un sexe dans la ville. \u moins, si leslemmes empruntaient le voile de la modesiie, celle belle image de la venu ! mais elles n'ont rien de chaste, ni les yeux ni les oreilles. On voit chez ce peuple des sociélés composées des plus belles femmes : ce sont des philosophes d'un genre nouveau; elles se réunissent pour combiner, imaginer des voluptés nouvelles, on donner plus d'allrait et de vivadié aux plaisirs; ces sociétés se nomment les fleurs. Cependant la joie des Sardiens est purement extérieure; ils quittent un plaisir qui leur déplail jiour un aulre qui leur déplaira bienlol; leurs âmes fléiries seinblenl na>oir de sensibilité que pour les peines. Une femme ne put dormir de loule la nuit parce qu'elle avait vu une souris dans sa chambre. Un homme fut incommodé pour avoir été é\ cillé en .sursaut par le chant du coq. Leur mollesse les a tellement énervés, qu'ils ne sauraient remuer le moindre fardeau; ils passent leur vie sur des sièges, cl reposent tout le jour sans avoir fait aucun exercice. — Ce tableau des mœurs des Sardiens rappelle celui des Sybarites. -^ Oui , ces deux peuples ont une parfaile analogie. Les Sybariles sont plonges dans un tel luxe, sonl si amollis, qu'ils se glorifient de n'avoir jamais vu le lever du soleil : ils onl pro';cril , comme les Sardiens, lous les coqs et tous les aris bruyans qui pourraient inlerrouipre leur sommeil. Lorsqu'ils iuvilent des femmes aux sacrifices des leslins, c'esi un an à l'avance, pour qu'elles aient le temps de préparer leur parure. Les magislrals proposent des prix aux cuisiniers qui invenlerjnl les meilleurs ragoilts: el lorsqu'un deux en a Irouvéun excellent, ilesldé endu de l'imiler pendant la première anme, afin que l'invenleur ait le temps de s'enrichir. Ces peuples, qui peuvent se disputer la palme de la lâcheté et de la licence, sont préis à recevoir les fers du premier maiire. »

Ce vieillard parlail avec beaucoup de lacilité et de feu; je croyais voir le .sage Nestor haranguani les Grecs assemblés. Je le priai de me faire conuailie lesdivinilés principale) et les plus honorées des Sardiens. • Cybele , Diane ,

tOYAGKS D'ANTÉNOR.

et surloiil Pi'oserpiue , sont leurs déesses tiilélaires ; on célèbre des jeux en l'honneur de celle dernière; on lui sacrifie des vaches noires; on la ronronne de pavots. Mais, par-dessus ces divinités, c'est la belle Vénus qu'on adore : elle a des temples où les jeunes filles se prostilnent comme à Babylone el à f;ypre ; mais elles se font payer, et avec cet argent elles se choisissent des maris. Bacchus est encore un des dieux lulélaires du pays, dans lequel ou prétend qu'il est né. Hercule y reçoit aussi un culte particulier; il était venu dans cette eouirée pour lueriui affreux .serpent qui la désolait : il vit Omphale , la fille du roi , bn'ila d'amour pour elle, et. déposant .sa peau de lion, sa massue et sa férocité, il prit une quenouille el fila à ses

ijenoux Mais voici l'heure de la retraite; le jour .s'est

éteint ; heureux ceux qui en auront fait un bon usage! Regagnons noire gile , el allons chercher un repos préparé par l'exercice el le travail. »

Après qu'il nous eut quilles, nous nous demandâmes, Phanoret moi , quel pouvait être ce (Irec , dont le front serein et majestueux, rentrelien a'yréable et insiriiclif, annonçaient un homme bien au-dessus du vulgaire. « Qu'il est grand el sublime dans sa simplicité I in'écriai-je. - Oui, dit Phanor. je n'ai cessé de l'admirer, sans négliger cependant ses aimables filles : je les trouve charmantes; je ne saurais à laquelle donner la pré.érence. Lainée a une beauté plus loiKhante, est douée de plus de grâces ; son caractère parait plus réfléchi. — l.a cadet le annonce plus de vivacité et d'enjoueinenl. — Ajoutez qu'aux charmes de la fi;;ure ces jeunes beautés joignent une éducation très cultivée; leur esprit est orné par la lecture ; (m le voit aisément par des Irails hasardés à propos, el par leur manière pure et élégante de s'énoncer; c'est le véritable atticisme d'Athènes joiiU îi la modestie et ù la .sages.se des femmes de Sparte. Il y a long-tein|)s que nous n'avons vu de ces physionomies qui font naitre l'admiration el le respect à côté du dé.sir. — Mais n'oubliez pas que Socrale appelait la beaiilé nue courte tyrannie.— Et Platon , le privilège de la nature. Je sais déj;> leur nom : l'ainée s'appelle Athénaïs; la cadette, Phaloé. »

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