CHAPITRE XC
Occupation du vieillard. Entretien inléressant. 11 se fait connaître.
ÎSoire sommeil fut inlerroinpu , à la pointe du jour, par le chant d'un coq ; Phanor le maudissait. ' Le chant du coq, lui dis-je, est agréable cl utile pendant la nuit; il éveille celui qui dort, avertit le voyageur qui doit .se lever matin , el con-^ole par l'espérance du jour celui à qui la nuit parait longue; il est l'ennemi des paresseux. Allons, debout. » Notre toilette finie, nous descendîmes au jardin pour saluer notre hole : nous n'y trouvâmes personne. C'était le moment où les gouttes de rosée brillaient sur l'herbe rajeunie, oit l'air raréfié apporte à l'odorat le parfum des végélaux el des fleurs. Le soleil ne blanchissait encore que le .sommet des montagnes; nous entendions autour de nous le chant harmonieux des oiseaux qui saluaient en choeur l'aurore naissanle. Nous attendions l'iionuéle vieillard en respirant la fraîcheur vivifiante du matin. 11 parut bientôt , quitta .son manteau el son bâton, alla chercher une bêche et un arrosoir, planta cpielques herbes potagères, ensuite vint au puits, lira de l'eau et arrosa sa nouvelle plantation. A le voir ainsi travailler, aller, venir, personne n'aurait soupçonné
sa cécité. Nous n'osions le distraire; nous le contemplions avec ce silence religieux que l'on observe par instinct dans un temple, devant la statue du maître des dieux. En arrosant des fleurs, il semblait les caresser; l'on voyait son visage s'épanouir au toucher et à la suavité de leurs odeurs. Il planta des échalas à la manière des Grecs pour soutenir ses vignes ; il les élevait , les arrangeait , de sorte que leurs pampres fournissaient des ombrages sous lesquels ou pouvait se promener. Cependant nous l'abordâmes. « Vous voyez , nous dit-il , que la paresse n'est pas notre divinité; le travail, selon Hésiode, est la sentinelle de la vertu. — On voit que vous aimez la campagne et ses travaux. — Le séjour de la campagne, ses soins, ses plaisirs, sont faits pour la vieillesse. Où peut-on trouver, pour se réchauffer, un soleil plus pur, plus ardent, un feu d'hiver mieux nourri par l'abondance du bois? L'été, où rencoiUrerons-nous des asiles plus Irais, plus agréables que ceux que nous o:frent les bords des ruis.seaux el des fontaines ombragés par des arbres toufius'.' — Mais, à coup sur, vous n'avez pas cultivé, toute votre vie, des jardins; vous avez eu des occupations et des places plus importantes? — Je vois que vous désirez me connaître; cela viendra. Vous avez l'air honnêtes et discrets; d'ailleurs , au bord de ma carrière , je n'ai plus les mêmes raisons de me rouvrir des voiles du mystère.... Mais voici mes en ans : nous allons commencer la journée par rendre honimajie aux dieux : nous suivons les usages d'Athènes'. l\ous entrâmes avec lui dans une chapelle placée dans nn coin du jardin. Le vieillard ofiril des fruits en sacrifice. Ensuite, avec ses filles, il adressa cette prière à Jupiter: « Roi du ciel , accordez-nous ce qui nous est nécessaire ; re usez-nous ce qui nous serait nuisible, quand même nous vous le demanderions.» Après celte cérémonie, il nous invita à revenii- déjeuner dans une heure. A notre reloiir, il nous dit : «Allons rejoindre mes filles qui sont dans leur gynésée, ou autrement, dans le cabinet de la méditation, occupées à lire ou â écrire; je les ai accouluinées à l'étude. L'esprit , leur ai-je dit souvent, est l'attribut de riionime qui l'approche le plus de la divinité; en négliger la culture, c'est s'assimiler aux animaux: d'ailleurs les jouissances les plus douces , les plus pures , sont attachées à la pensée, aux productions de l'esprit; c'est ce (pie ne peuvent concevoir les ignorans ; ce sont des aveugles-nés qui n'ont pas l'idée de la lumière. »
Le cabinet de la méditation était au fond du jardin, au milieu d'un petit bois de lauriers. Une Minerve de bois de citronnier en gardait l'entrée. Ce petii édifice , quoique d'un goill simple, répondait peu à la modestie du maître de la maison; il était élégant et très agréable; l'intérieur avait pour tapisserie des tablettes de bois d'ébène garnies de livres, et deux grands talileaux de prix.
Nous trouvâmes les deux jeunes personnes le stylet â la main, écrivant d'un air attentif. .\ la vue du bon vieillard, elles se levèretit, l'embra.ssèrent et s'empressèrent de l'essuyer. « Qu'écriviez -vous ? leur demanda-t-il. — Nous extrayons des fragmensde vos mémoires sur les révolutions et le gouvernement d'.Aihènes. — Où en étesvous? - .\ux prytanes. — Vous devez savoir cela par coeur. Voyons, Athénaïs, parlez-nous-en ; ces étrangers
' A Athènes, chaque particulier offrait des sacrifices sur ua autel placé ù la porte de sa maison, ou dans une chapelle domestique.
VOYAGES D'ANTÉNOR
VousécoiUerootvûIonliei'S. » Athénaïs rougit, liésita, nous regarda, baissa les ytiix, et puis parla aiusi :
« Les prytaiies fonnciituri tribunal de cinq ( euts niagistrals tirés des dix tribus, au nombre de cinquante par tribu. Pour y élre admis, il faut avoir une conduite exemple de tout reproche, soit dans les mœurs, soit dans l'économie de ses biens; ne rien de\oir à la république, avoir fourni son continuent dans les besoins de l'état, et n'avoir point manqué de respect à ses parens. Les prytanes ont l'administration de la justice, la distribution des vivres, la police ([énérale de la république, et de ce qui regarde la paix et la guerre ; ils s'assemblent au Prylanée ; on leur sert un repas frugal aux dépens du trésor public. — Ajoutez, dit le vieillard, que dans les temps difficiles les prytanes assemblent le peuple, et exiiorlent cljaque citoyen à coniribuer, suivant ses facultés, aux besoins de l'état. Dans celle a.ssemblée, diamn , à sou loue, déclare à haute voix la somme à laquelle il se taxe, et on l'écrit sur un registre avec son nom. Un prytane, et non les prêtres, offre des sacrifices. Farlez-noiis du Prylanée. — C'est une salle consacrée à Vesta, où l'on voit loules les divinités de la république, Ve.sta, la Paix, .lupiler, Minerve, et les statues des grands hommes d'.Ailiénes. Ou y garde les lois de Solon , écrites sur un tableau. On y reçoit les ambassadeurs étrangers, et ceux de la republique, ■qui viennent rendre coinpie de leurs missions. C'est dans le Prylanée cju'on nourrit aux dépens du public ceux qui ont rendu des .services iinporlans à l'élat, et les orphelins ilont les pères sont morts dans les combats. — Élre a;>pelé, ilit noire hole, au repas des prytanes, est une distinction dont les .4lliénieus sont fort avares. — Vous y avez élé invilé souvent ? s'écria vivement Phaloé. » Elle rougit ù ces mots échappés à sa vivacité. ■• ,1e n'en ai pas moins été frappé de l'ostracisme. — Oui, mais bien injustement. — Aimeriez-vous mieux que ce iùl avec justice ? Mais, Athéuais, achevez ce que vous avez à dire sur le Prylanée. — C'est dans ce lieu , oii brûle conlinuellement le feu sacré, entretenu par des veuves ', que sont les magasins des comestibles pour la subsistance des familles indigentes et vertueuses. — Après ma mori, dont le terme esl bien prés, mes enfans, vous irez à Athènes, vous me nommerez, vous direz: Il était bon citoyen, il aima sa patrie; il fut juste. 6 Athéniens! vous le savez. Il a adminislré long-temps les revenus de la république, a vécu dans la pauvreté, et ne nous a rien laissé ! .le ne doute pas , mes chers enfans, qu'à ce souvenir, Athènes ne vous prenne sous sa proleciion, ne vous nourrisse dans le Prylanée ; et peut-être rendront-ils quelque honneur à ma cendre! Ce ))Ouple, quoique léger,est généreux et plein d'humanité. » A ce discours, des larmes coulèrent des yeux de ces jeunes personnes, et l'honuéle vieillard en répandit aussi en les embrassant. . Oui , ajoula-l-il d'une voix plus terme, les Athéniens soni bons et compatissans : on ne trouve pas chez eux un seul pauvre demandant l'aumône et déshonorant la ville par sa mendicité ; car les mendians sont un affront public fait au gouvernement et aux citoyens... Mais nos aimables hôies doivent avoir appétit; il est temps de leur donner à déjeuner. > Plus ce vieillard parlait, plus l'inléiét et la curiosité m'atlachaietil à lui.
Athénaïs et Phaloé amenèrent une chèvre ; leurs mains (Jélicates et blanches en pressèrent les mamelles, et nous
'Ce feu sacré n'était qu'iuie lampe qui brûlait conlinuclle- HMiU ; on avait grand soiu de l'cutreteuir.
présentèrent dans un vase d'argile un lait chaud et pur ; Aihénais offrit de l'eau à son aïeul pour se laver les mains. « Il est vrai, dit-il en riant, que je n'ai pas les mains aussi pures en travaillant à la terre que je les avais en administrant les finances de ma patrie. • Avec le lait, on uous servit des fruits, des figues sèches et du miel. Cependant j'examinais les deux tableaux qui décoraient celte agréable cellule. • Ils sont en cire, me dit le vieillard • pour leur exécutiou, ou prépare des cires de différentes couleurs; et par le moyen du feu on les applique sur le bois ou sur l'ivoire. Ceux-là sont en ivoire '. ^ C'est donc là le portrait de Thémistode (car son nom est au bas ;, un des grands hommes d'Alhèues? — Oui, il avait des làlens supérieurs, mais une ambilion excessive, une jalousie secrète de tout mérite ; son amour pour l'argent et l'emploi continuel de la fourberie leriiireut un peu ses grandes qualités. Dans sa ji unesse, son libertinage fut si immodéré, que son père le déshérita. Cette Hétrissure, au lieu d'aballre son courage, ne servit qu'à l'enflammer. Des ce jour il , se consacra enlieremeiil à la chose publique, à laquelle il a rendu des services signalés. — Quel est le sujet du lableau? — Il est dans la salle du conseil, vis-à-vis d'Eiirybiade, général des Lacédemoniens, qui a le bàlou levé sur lui; ïiiémislocle, sans s'cmouvoir, lui présente le dos. — Ah ! j'entends, le peintre a saisi l'inslant où, dans un mouvement sublime, il dit à ce Spartiale : frappe, mais c coule. •
L'aulre tableau rejjréseutail un homme d'une physionomie grave et iiiiposanle; il écrivait en souriant sur une coquille; un paysan était près de lui. Ce tableau, contre l'usage, était saus nom. « Quelle est l'action de ce tableau, demandai-je au vieillard, et le nom du personnage qui écrit ? — C'est Aristide. — Ah ! m'écriai-je avec euthousiasme, Aristide le juste, le premier des houimes, l'honneur cl la gloire d'Alhèues et de la Grèce entière! — .Modérez cet éloge, s'il vous eulendait, vous le teriez rougir. Ce tableau repre.sente un paysan qui, ne sachant pas écrire, s'adres.se à Aristide qu'il ne conuail pas, et le prie de mettre sur son tel le nom du citoyen qu'il veut faire bannir d'Athènes. Vous savez le reste, .\ristide lui demanda pourquoi il voulait le proscrire: « Parce que je suis ennuyé de l'eiilendre appelé le juste. » Arislide, .sans répli(|iier, écrivit son nom sur la coquille. • Cependant mes yi;ux s'ailachaieul sur le portrait de ce grand homme; je le regardais avec vénération, je demandai s'il était ressemblant. .\ celle question, je vis sourire le v ieillard, et plus malignement etcore les deux jeunes personnes. « H l'élait autrefois, me dit-il, mais aujourd'hui il doit être changé. Ce portrait a trenle-cinq ans de date; le temps est un grand desirucleur. Le vieux Saluriie dévore ses enfans et les pierres même. » Surpris du sourire qu'avait excité ma question, je reportai les yeux sur le tableau, et je m'aper.us qu'il avait des traits de ressemblance avec notre hole. Je lui en parlai, il me répondit : • On me l'a dil souvent. • Comme je m'aperçus qu'Athénais et Phaloé faisaient Ions leurs efforts pour empêcher leur rire d'éclaler, je ne doutai plus que ce vieillard respectable ne fût l'original du portrait. • Ah ! m'écriai-je, je ne m'abuse |H)int, vous êtes Arislide ! ce sage, ce jusie, ce vaillant citoyen, banni avec tant d'indignité de .sa pairie! — Oui, j'en conviens; c'est un secret que j'ai gardé quinze ans: mais aujourd'hui le sort de mes petites-filles, que je crains
• Cette manière de peindre s'appelle à l'encaustique.
VOYAGES D'ANTÉNOR
de laisser isol&s, abandonnées sur la lerre, me fail désirer de reloiirner dans l'Allique pour les meure sons la sauvegarde des Athéniens, el les intéresser en leur faveur au nom de l".iu]nanité et de mes services. Je suis provrrit depuis quinze ans. Je partis d'Alhènescliarjjé de soixantesept ans, et de res deux jeunes filles, l'une âgée de cinq ans, l'autre de trois. J'ai erré inconnti, fu,r;ilif, sous un nom suppn.sé, souvent pressé par l'indigence, en bulle a l'adversité; enfin un sort pins doux m'a conduit dans cet asile agréable par sa situation et .sa douce lenipérature, où la bonté des dieux verse sur nous les vrais biens, la santé, l'obscurité et le nécessaire. J'ai porté dans mon exil la douce consolation de quelques vertus ; el l'injusliee et la rigueur des Athéniens ne peuvent me faire oublier ce beau jour où, dans une pièce d'Eschyle, l'acteur débitant ce vers à la louange d'Ampbiarails,
Il ne veut pas paraître homme de bien , m;iis il veut l'être,
tous les spectateurs jetèrent les yeux sur moi pour m'appliquer ces paroles : j'avoue que c'est IJ la plus douce récompense de mon attachement à la vertu et à ma pairie. Thémistode, après le combat de Salamine, applaudi aux jeux olympiques, pendant toule une journée l'objet des regards de tous les Grecs, avoua que ce jour était le plus beau de sa vie ; celui où l'on me fil l'application de ce vers fut aussi le plus beau des miens. — On m'a conté que ce rival jaloux fut la cause de votre bannissement. — Il est vrai ; il sema le bruit que je formais insensiblement une espèce de monarchie sans pompe et sans gardes, que je m'étais rendu l'arbitre de tous les différends, de toutes les a;faires; et le peuple, naturellement fier et enorgueilli de ses victoires, couvrant de la haine de la tyrannie l'envie qu'il portail à quelque peu de gloire que j'avais acquise, s'assend)la de tous les bourgs de l'Attique, el me frappa du ban de l'ostracisme. Mais, loin d'être irrité de l'injustice de cet arrêt et d'en vouloir à mes concitoyens, je prononçai cette prière à la porte de la ville; «Fassent les dieux que jamais il n'arrive aux Athéniens aucun malheur qui les oblige à se souvenir d'Aristide et à leur rendre ses services nécessaires !» Je le priai de m'apprendre les formalités de ce fameux ostracisme.
« Pour le prononcer, lepeuples'assemble dans le temple d'Hercule, ou dans le Cvnosarge, quelquefois dans la place pidilique. Là, aiUonr d'un vase entouré de neuf archontes et du sénat, les citoyens écrivent sur des coquilles ou des tessons le noni de ceux qu'ils veulent bannir, et le déposent dans le vase; ensuite les magistrats comptent les coquilles, et s'ils en trouvent moins de six mille, l'ostracisme est nul. Quand le nombre est complet, on cojuple tons les noms écrits, et celui qui a le plus de voix est condamné. Cet exil dure dix ans, à moins qu'on ne soit rappelé; mais on laisse aux exilés la jouissance de leurs biens. En effet, le ban de l'ostracisme n'est pas la punition d'un crime, mais le crime de l'envie qui veut éloigner de ses yeux le mérite qui la blesse :
Triste amautc des morts , clic hait les vi\ans.
— Tl^émistocle, tourmenté par votre gloire et vos vertus, a toujours cherché à vous nuire. — Hélas ! j'oublie le passé. Ce héros n'est plus; il ne reste que son nom, sa gloire el ses .seivic es. 11 ne s'est iidinl empoisonné, comme le brun eu a couru, avec du sang de laureau; ce sang n'est point un poison, j'en ai tail l'expérience; mais le poison qui l'a tué, t'est le remords et le chagrin. Jeunes
gens, voulez-vous être heureux dans la vieillesse, et supporter avec courage et tranquillité les peines de l'existence? failes-vous une bonne réputation; que la vertu, la probité soient les asires qui règlent constamment votre course. Ménagez-vous fiour l'avenir des souvenirs agréables; c'est un par um qui embaume le reste de la vie. J'ai pardonné depuis long-temps à ce grand homme; malgré ses torl-s, je ne me joignis pas à Cimon et à Alcméon qui l'accusaient d'un crime capital. Je gardai le silence, affligé de son malheur, sans l'avoir jamais été de sa prospérité ni de sa gloire. ISotre rivalité et nos divisions datent de notre enfauce : élevés ensemble, nous étions toujours opposés dans nos jeux et dans nos plaisirs; mais ce que tout le monde ignore, c'est que l'amour développa ces semences de jalousie. [Sons entrions dans l'adolescence, lorsque noire cœur s'enflamma pour la belle Agarisia, enfant de notre âge ; il n'y a que sji.xanle-dix ans de cette aventure. Animés par la rivalité peut-être lilus que par l'amour , chacun de nous déploya ses petits moyens, ses talens pour obtenir la préférence. J'attachais des Heurs à la porte de ma jeune di\ iuilé : un jour je les trouvai arrachées et foulées aux pieds. Devinant l'auteur de cet affront , j'en méditai la vengeance. Visà-vis de la maison d'Agarista, demeurait une bonne femme (pie je connaissais ; je la priai de me prêter sa chambre |)Our une malinée. A la pointe du jour, j'ornai de Heurs la porte d'Agarista , el m'établis ensuite dans celle chambre, muni d'un grand vase d'eau bourbeuse. Mon rival arriva bientôt, tout radieux, portant une guirlande de roses : il commençait à détacher les miennes, à les déchirer, quand lout à coup le vase versé l'inonde des pieds jusqu'à la télé, et change son allégresse eu iribulatiou. 11 m'aperçoit, et furieux, monte dans la maison. Je ne le craignais pas ; nous nous élançons l'un sur l'autre, prêts à nous étrangler. Vne lulte vigoureuse commence ; mais la bonne femu.e et deux de ses voisines parvii.rent, non sans peine, à nous séparer ; Achille et Hector n'étaient pas plus acharnés l'un contre l'autre. La mire d'Agarista, informée de ce combat, termina notre iliade eu nous privant de la vue de sa fille. Voilà peutêtre l'origine de notre animosilé el de nos dissensions, indépendamment de l'opposition de nos principes et de nos caractères. «0 mon cher Thémistode, s'écria-t-il en élevant la voix el s'adre,ssanl au tableau, lu n'es plus! La mort a détruit ce guerrier magnanime, avec qui j'ai triomphé à Marathon, à Salamine! Crjis-moi, je te regrette, je ne l'ai jamais hai; j'ai toujours honoré tes brillantes qualités, ton génie supérieur : plût au ciel que tu vécusses encore! l'amitié réunirait nos âmes épurées, et je finirais auprès de toi le peu qui me reste de vie ! •
Dans ce moment, la jeune Phaloé nous annonça un officier de Pharuabaze, satrape de Sardes : il entra suivi d'im esclave chargé d'une corbeille. L'officier dit à Aristide qu'il lui apporlail de la part de Pharuabaze un léger tribut de .son aunlié, qu'il le priait d'accepter. «Quel est ce tribut? lui demanda Aristide. — Deux pièces d'éloffes de soie brochée en or, pour faire des robes à vos petitesfilles. — Mon cher ami, remporlez vos étolfes; remerciez Pharnabaze de ma part ei de celle de mes iîlles, je craindrais que de si belles robes ne les rendissent plus laides. • L'officier voulut iusistei'; alors Aristide lui dit : «Un roi de Macédoine envoya ceni talens à Solon, qui demanda au messager pour quel motif et dans quelle vue le roi le
VOYAGES DANTENOR.
choisissait seul, parmi un si f;rand nombre d'Alliéniens, pour un si riclie présent. — C'est que ce monaniiie vous connaît pour un homme probe et V(rlueux. — Cela élaut , qu'il me laisse ma répiilaiion et ma vertu. » L'olficicr ne répliqua plus, et s'en retourna avec ses dons. Aristide nous dit alors : « Ces Persans n'ont point d'idées des mœurs ei de l'Orne d'un ciioyen a'Alhcnes! Ce présent est sans doute le fruil d'un bon conseil que je lui donnai dernièrement. J'élais chez lui icar nous nous voyons quelquefois ; ce satrape a d'heiirtuses qualilés; il est homme d'esprit, mais sa passion pour l'^irisent obscurcit son mérite; il ama.sse beaucoup et donne peu); il me mon rait un cabinctqu'il venait de faire bâlir. Connue j'en louais le dessin et le ffOilt , il me dit ; « Je voudrais y faire peindre une idée nouvelle, quelque sujei qui ne lïit point déjà dans mon pala s. — Faits-y peindre la libéralité. «C* trait d'un homme libre l't tonna. -Aiistide, dit-il, ne dément pas son caractère de franciiise il transporte en Asie un plante de son pays : m is l'avis esi bon, et j'en profiterai. — Je ne croyais pas, dis-je à Aiistide, . que vou< lussiez connu de ce salrape. — C'est une suite des événcmcnsde ma vie; elle a ete si a^i ée, si orajïense depuis mon oslraci.snie, qu'un récit pourra vous intéres.ser. Je le conmen -erai ce soir à la promenade : vous le ferez un jour aux Atlicniens, qui l'e oulcront peul-élre avec quelque émotion. Je re:oiniie i mes travaux chani] élres , et vous invile ù aller visiler la ville de Sardes ; elle mérite rat.ention des élran Cers. •