‹ Œuvres complètesChapitre 107 sur 416 · CHAPITRE XCVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVl

Suite des aventures d'Ar stide. Description du palais de Cyrus. Son entretien avec ce priuee.

Lorsque nous eilmes atteint la petite colline de la veille, Aristide nous dit :«Je me rappelle qu'hier nous sommes arrivés à .Sardes en bonne santé, quoique un peu las du voyage. Je descendis à l'auberge la plus obsiure. Des le lendemain je demandai à l'hole à quelle heure je pourrais voir Cyrus. Il fut étonné de la question , et après m'avoir mesuré de la tète aux pieds, il me rèp<nidlt avec un rire sardoulque que sans donte il serait visible pour moi eu tout temps. » Venez-vous solliciter des secours , ((uelque petite place? — Non , répondis-je, indigné de ce ton insolent ; je ne viens demander à tes concitoyens que du l'on sens, et à ton maître des égards pour moi.» Ce ton ferme liù imposa , et il me dit l'heure où l'on ouvrait les portes du palais. Je traversai la ville, vêtu comme à pré.sen , nu-pieds, tête nue, le visaiye ombragé d'une barbe épaisse. Les passans s'amusaient à me considérer; ils m'examinaieul comme un animal curieux, ,1e trouvai dans la première couenne garde nombreuse qui me lal.ssa passer ; on m'arrêta dans la .seconde, .le demandai à l'un desescla es si quelqu'un d'eux entendait le dialecte ionien. «Moi, me répond le plus appareiù de la troupe. — Eh bien ! va-t'en dire à Cyrus qu'un Grec veut le voir et lui parler. » Cet homme, au lieu d'y aller, me toisait et me regardait fièrement. "Obéissez, lui dis-je en jetant sur lui un regard d'indignation el de fierté, et apportez-moi la répoiLse. » Ce ton le décida et il partit. Je m'assis, en attendint, sur une pierre, exposé à l'ardeur du soleil ; ce qui étonnait beaucoup les soldats de la garde, qui, la tête couverte de leur cittaris ' , se blotissalent dans l'ombre. Ma figure hétéroclite les amusait ; on me regardait , ou riait, on parlait tout bas; mais aucun ne fut a.ssf z hardi pour me railler en face. Dans cette situation , je songeais à ma gloire passée. « Voilà doni- cet Aristide qui dans sa jeunesse a partagé à Marathon les lauriers de Miltiade; quia triomphé avec Thénùstocle à îSalamine; qui remporta la victoire de Platée, à la tête des Athé-

' C'est le nom du bonnet des Perses ; il est pointu. CcUil du roi était oriiê d'un ruban bleu et blanc.

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VOYAGES IVA.N'TEiVUR.

nicns ; qiie les Grecs réunis uoninièrent pour présider h la levée des taxes et revélirent d'une aiilnrité illimitée! — Ajoutez, dit A thénaïs, (|»e le temps de voire commandement fut nomme le réf',iie de Saturne cl l'Iieureux sort de la Grèce. — Il est vrai , ma fille. « l>e voilJi , disais-je. cet Aristide , sur une plei re , à la porte du palais d'un satrape de Perse, sans îjloire, ionoré, confondu, proscrit, pauvre , abandonné, dédaigné même par une tonrhe de vils esclaves ! 0 fortune ! re sont l.'i de les jcu\ ! » Je nie rappelai dans ce n:oment le trop fameux Oe.sus, ce roi de Lydie, (|ui , dans celle même ville qu'il éblouissait de son fasle, de l'éclat de ses ricbesses, tomba du haul de son Irène dans les fers de Cyrus. Mes rétlexinns furent inierrompues par le relour du me.ssap,er, <pii ni'aimonra que .son maiire ne serait visible que dans deux lieures. » Reîourne , et di.s-lui que je n'ai pas le loisir d'allendre ; qu'un jeune homme doil de* é;;ards à la vieille.<i,se , et un satrape persan à un Grec libre. » L'e-'clave ouvrit de grands yeux, re.sia lojl éb^hi, et .se délermina, non sans peine , à porlcr ma réponse. Cyrus consenlit enfin à me rerevoir. Je lra\ersai plu>ieurs salles (|ue décora enl l'or, la soie, l'ar^enl , les slatues les plus belles, les vases les plus élé-;ans; je marchai sur de riches lapis : mais la salle où élail Cvrus, cniouré de la foule des rourlisans, surpas ail les autres en i^oill et eu mafinifireme ; le parquet élail une mo'ai-|uedei plu^ beaux marbres; lesnairs étaieni revélns d'un a.bAlrc edalanl ; hull co!onncs de porphyre sou'enaicnl un dôme ou le pm eau de plusicTS grands maîtres avaii peint à resque Vénus .soranl du sein des eaux, environufe des jeunes néréides ei de- Amours qui \olli,,caenl autour d'elle. Le jeui;e prime éiaii sou.< ( e donie, couché sur un lil d'ar ;ein , que rouvrait un rihe la ,ii. J'avoue que je ;us iu pris du luxe, de la ri besse, du goAl cl de la raii heur de ce salon ; mou inia ;ina ion r.e .s'eiail liin fi:;ucé d'à issi rianl ; mai. je me ressoutins du m >t de Diojcue chez, l'ialon, el je dis connne lui -.Je fende aux i>i il\- Ir luxcil l'oiniicil de Cyrni Le's liabin des rourli-ans, rhamairés d'or el de lier eiies, ajouraient à rcnrhanleuicnl el .^ la splendeur du sreclai le. On raon:e (|ue Solon , Iraier aut le palais de Cr'sus, prenait iha |iie lourlisan pour le roi. J'auraU pu loniber dan<la même erreu ■. (Juandje pa u., la ouïe ui'oniril un pas:a;e; je la t.aversai d'un pas fei'u;e el la léle levée. Les plu ; sens?s me reiardaieni avec sur, ri.se; la jeunesse , qui orniaii le plus grand nombre, liait de la bizarrire de mon lo lunie cl de ma figure. Je m'a;'rélai devant Csrus, qui, sans Imu jer de sa place, sans compromelire sa di.jnilé , me demanda, dans le dialecle ionien, n;on nom, mou é:al , ma pairie, ei ce que je d sii-ais de lui. • Fais retire , lui dis-je, celle lolle jeunesse, que l'asiecl d'un boiinne libre éionne, et je me nommerai.» Cyrus fit un si,;ne, et lout s'éclipsa, lime considéia alors allenlivemenl, el je m'apcr. us qu'il prenait de moi une idée avaiila.jeuse. « ^ous voili seuls, n:e dil-il , parle , qui es-lu ?— Un Alhr nieu qui a lail b( aucoup de mal aux i'erjes, et qui pense a.s,se2 bien de toi et de la génera.ilé pour venir, dans;es malheurs, le confier sa deslinceet te demander l'hospilalilé. — Ton nom? — Al isiide , d'Alheues ; le connais-tu ! — Aristide ! oui ; tes venus et ta gloire ont tiaver.sé nos climats. » En prononçant ces mots. Il se levé et me tend la main ; ensuite il me fit asseoir aup;-cs de lui, et uou-eiluies une conversation très longue sur les affaires de la Grèce et d'Ai hcnes. Ce prince, âgé seulement de ving-lrois ans, avait l'esprit

orné de rares connaissances, un caractère heureux, une généio.silé brillante; les qualités les plus aimables le rendaient cher à toute la Perse; mais je m'aperçus que, dévoré d'ambilion , il formait de vastes projeus de conquêtes. «Savez-vous, lui dis-je, quel gouffre est la guerre, que de sommes d'argent il engloutit ? — J'ai tout prévu ; déji j'ai amassé des trésors considérables. — Écoutez ce petit apolo;;ue : la Lune pria un jour sa mère de lui faire un manleau juste à sa taille. «Ma fille, répliqua lanière, comment cela .se peut-il ? tu n'es pas un seul jour dans la même forme; tu crois el décrois sans cesse; ce manteau ne l'irail plus des qu'il seiait fait. » Il en est de même des dépenses de la guerre ; on ne saurait fixer les fonds que ce monstre peut ab orber. Dans un de nos leniples d'Athènes on \o'n la statue de la Paix qui tient entre ses bras Plulus sous la forme d'un jeune enfant : à Thibes , par une idée aussi philo ophique, il est dans ceux de la Fortune. Oui, la paix , fille du ciel, est la source du bonheur et lies richesses. La guerre allinnée par des vues d'ambilion est une injusiice < riante. • Ce jeune salrape, embarrasse par mes raisouuemens, mai. nullement persuadé , changea de piopos : il me dit qu'il plai,;nait la de.slinêc d'un homme lel que moi, pjosiril. pauvre, fugitif. «Je vous suis obligé; mais je vous dirai comme Ari.ilippe que la pauvreté vaut mieux que l'igtiorance, puisque celle-là n'est qu'ime privation de riclieses, au lieu que celle-ci esl un dèfau! din.truclion. » [Sous parlâmes des inauis de la l'er.sc. Cyru; convint que, jadis mâles et sévères, elles avaient rapidement décliné vers la coiiuptinn. "Notre éducation, si sai'e, si admirée, tombe aujourd'hui en desu Inde. Pepuis le g.aud Cyrus, les Perses .sont ciivi.é.s en qua're classes : celle des en ans, celle des jeimes ;;cn ; , des hommes faits, et des vieillards. Les cn'ans, des l'âge de liuq ans, app ennent à mouler à cheval; avant celle époque, ils rest ni entre les mains des euinies, a.ju que, s'ils uicureul dansée premier âge, leur per e eau e moin- de regrets a leurs pères.

" IVous avons une plae publique s'^paree en quatre pariies pour les quai e diJérenles classes : chacune d'elles a douze gouverneur.-. Ceux des cnfans .sont pris parmi les vieillards, ceux des jeunes geu s chez les hommes laiis: Oii enstijiie Ires peu de grammaire, mais les rè,;!es les plus exactes de la jusiiceet de la morale. On leur ptint l'iug ati.ude couune le vice le plus odieux; on .s'altafheà les rendre mode -le s, I inpérans ; du pai:i, du cresson, de l'eau , sont leur nour.iiure et leur biison ordinaires. Les principaux e\erei;:es cou.i-lenl à tirer de.- Ileches et à lancer des dards : telle e.-l leur vie jusqu'à râ;ie de dix- .sept ans. Alors ils pa;s,sent pour dix ans dans la classe des jeunes hommes, ou ils sont occupés à suivre et à servir le loi, à exécuter les ord.es des magiitrats, à arrêter les voleurs; la nuit , ils couchent aut ur du palais , dans les places publiques, et fon! la garde dans la ville. La nioilié d'eux suit le roi à la cha.sse une fois le mois ; ils vivent durement, et s'arcoutmnenl aux fatigues de la guerre. Les dix ans expirés, ils entrent dans la classe des hommes, 011 ils continuent à servir les inagi trais, et deviennent magistrats eux -inêmas. L'âge de cinquante ans les place au rang des vieillards ; alors ils ne sortent plus de leur pays, et finissent leur vie dans un repos honorable. Ils insi misent les jeunes gens , sont juges dans les cau,ses civiles et criminelles, et noimnent les magistrats. J'ajouterai à ce récit qu'un offiier est préposé pour dire tous les jours au roi, lorsqu'il s'éveille: «Souvenez-vous, sei-

VOYAGES D'ANÏENOR.

gneur , d'accomplir les ordonnances d'Oroniase. » Cyrus , après ce récit, me demanda quelriiies détails relatifs à moi dans les principales atlaires où je m'étais trouvé. «A Marathon, lui dis-je, nous étions dix généraux qui commandions alternativement ; lnr»que mou tour fut venu , je cédai le commandement à Milliade , pour enseigner aux autres généraux ù préférer la pairie à leur amour-propre. Mon exemple fut imité ; rependant !\1iltiade eut la d?licatesse de ne livrer la bataille que le jour où leioinniandeinent lui appartenait.

" A l'épo |ue de celle de Salauiine , j'étais banni d'Athènes depuis trois ans; j'appris que Thémistocle, général de la Hotte a;hénieune, et Eurybiade, de celle de Sparte, étaient divises; qu'Kurybiade voulait quitter Salaïuiiie, effrayé de la multitude de vaisseaux ennemis qui fermaient l'entrée du p,olfe. Tout exilé que j'étais, je partis d'Épine; je traversai avec mille dan.TiCrs la Hôte per.-ane, et j'arrivai de nuit à la lenle de Thémi.^locle : je le fis prier, .«ans nie nommer, de venir seul me parler; mon aspect l'étonna sin,;uliéremenl. «Tliéini.sto le. lui dis-je, renonçons A toute discussion ; qu'une plus noble éinulation s'élève dans nos àiiies : dispu;ons à qui de nous deux servira mieux la république; je v eus me ran ;er sous tes ordres, et t'aider de ma persoime et de mes eon.seils. — J'admi.e, répond Th 'mi^tocle, votre jjé.iéroiité, voire zèle pour la patrie; je ne puis que vous iuii.er, j'en aur.ii le coura ;e. » Il me confia ensuite la ru.se par laquelle il voulait Iromper l'ennemi; et ma vo'V dans le conseil lui utile à la cho^e publique et i Tlicmisln -le , puisqu'elle fit ad.);)!erson piojet,— l'eut-élre .\ristideesl le .seul homme capable d'ane si hau:e vertu. — Dites un ré jublicain. .le me ra.).'elle un tait assez siii, pilier de ce i;i and ( apiuiiiie. Il inar.hail àPeiineiui, et ne trouvait pas dans se. sol.lats cette a. deuc qui promet la victoire ; il leu.- ht reniar pier l'a ha nenieni ave • lequel deux coqsse baitaieni :■ Voyez, leur dii-il , le (oura je indoin itable de ces animaux : cependant ils n'ont d autie mOiir que le dé. i, de vaincre; et vous qui (omba:;ez pour \os fover-, pour les tombeaux de vos pères, pour votre librrié!.... - Ces mois raniinireni le coura;;e de lar.iee, et lui assu crent la victoiie. l.n mémoiie de cet événement, les Athéniens in.tiiuereni une espèce de lè.e qu'on celeb e par des eonibats de coi(S.

— Je croi,s qu'd Vii.ee vous comniandiez les A heniens?

— (lui , j'avais rei ho.ineur; et j'avoue que je lu* .saisi d'adnii.atioiià la vue de ro.-doniiance et de linlrépidiie de l'armée des S,ia.-iiaies. Avant la bataille, ils se pei;;nirent, acranjereut leurs cheveux, couv.iienl leur léledc chapeaux de Heurs, se fiotièrent d'huile et d'es.sences. Lor que l'armée lut ran ;ee, les joueurs de flùle jouèrent l'air de la eha.i on de Cast r; Pausanias, leur roi , l'entonna, et marcha le premier; les combalta s siiivirenl, répétant la même chanson , tous l'air joyeux , maiehant d'un pas .ernieeten bju ord^e. Ce que j'ajouterai d'intéressant sur cette balaille, c'est que, les vainqueurs ayant é'.esé un trophée à la Victoire, nous envoyâmes coiisullcr l'oracle sur le sacrifice que nous devions faite. Il nous ordonna de dresser un autel à Jupiter, mais de n'offrir aucun sacrifice qu'après avoir éteint tous les feux du pays, profanés par les ennemis, et avoir apporté de Delphes un feu pur et sacré. i\oiis obéimes. Euchidas de Plalée court deyrand matin à Delphes, se puiifie, s'asperge d'eau sacrée, se couronne de laurier, prend un tison allumé sur l'aulel, revient à toutes jambes, et rentre dans l'iatée au coucher du soleil ; il salue .ses concitovens. leur remet le

ti.son , tombe et expire .'i leurs pieds. Il avait fait dans un jour mille stades. Les Platéens l'enterrèrent dans le temple de Diane, avec celle épitaphe: Ci - glt Enchidat pour être allé à Dclpliea et en être retenu le même jour.

• Voici les honneurs funèbres qu'on rend tous les ans aux Grecs morts à la bataille de Plalée.

• Le 10 de maiinact rion ;décembrel, on fait J la pointe <'u jour une procession précédée par un Irompeite qui sonne la <har,';e; après lui marchent plusieurs chariots remplis de couronnes et de branches de myrte; les chariots .sont suivis d'un laureau noir ; eiisnile viennent des jeunes gens qui portent des cruches pleines de vin, de lait, et des fioles d'huile et d'essences; auiun esclave ne peut se mêler dans celte cérémonie ; la pompe est fermée par l'archonte, ou premier maf;islral des Plat cens, revêtu d'une robe de pourpre, ceint d'une épée et tenant une urne dans sa main. Dans lout autre temps , il lui est d fendu de loucher le fer et de porter d'autre vêtement qu'un habit blanc. Dès que celte procession est arrivée aux tombeaux , l'ardiome puise d.' l'eau dans la fontaine avec .son urne, laie les petites colonnes, les frotte d'essences, '■î;ori;e ensuite le tauieau sur un bvtcher. Après avoir adressé des prières à Plulon et à .\îercure, il invite les hé. os morts à ce ftstin, à ces efiii.sions uiièbres, et verse une coupe de vin en criant à haute voix : « Je présente celle coupe à ces siieriier» valeureux, morts pour la liberté. •

• La conversation tourna sur la polilique, Cvrus me demanda sous quel p.onvrrnemfiit je vendrais ivre. " Sous relui on personne n'est sujél que de I ' loi , et où la loi est plus pui.ssanle que les hommes. — Où e\i.ste-t-il? — Je ne sais. La snrielé la plus hein-en.se et la plus affermie est celle ou il y a le plrsd'(';al'té. — D'accord; mais cille éiali.é ne peut exister que dans une Iros petite a';iV(;alion d'iionmies pauvres et relé;;ues sur des rochers. Une trop vaste déniorr lie est une cbimcre ; parce qu'un tel état est nécessairement riche et puissant, et que la cu;)idité, l'avariée, l'ambition, le liberlinaie, Vanjilent en t )us sens, et y allument des vol-ans dont les fréquentes éruptions le renversent bientôt. J'ai lu dans un de vos poètes qii'Fole tient les vents emhainés dans des cavernes pro ondes, san. quoi leur fureur, leur sou fie impé. lieux , devasieraieni la terre. Un jour, à la prière deJunon. Loie les dérhaine : aussitôt les Icnipêles, la nuit, les orales bouleversent, couvrent les mers de naufrages, offrent la terreur et la mort. Ceile image est celle de la turbulence dénio;ratique. On ronibnd souvent la liberté politique avec la liberté civile. Celle-ci influe sur toute la société; chaque individu jouit de ses bienfa ts ; tlle fait aimer le régime .sous lequel on vit. La libirté politique ne répand ses avantages que .suc une très petite partie du peuple : .souvent les seuls ambitieux , les intrigans ai profitent. Pour être parfaitement libre, il faudrait vivre comme les Scythes, errer de déserts en déserts, emportant sur des chariots ses richesses, sa famille et ses dieux. La liberté civile peut exister dans lout gouvernement tempéré, sous la monarchie même. La meilleure constitution , selon moi , est celle où toutes les passions sont comprimées, et dont les ressorts sont les plus simples. Un de vos philosophes prétend que l'état monarchique est le pins solide. Le bonheur du peuple, dans cette constitution , dit-il , est attaché i la vertu d'un s;ul. Sous l'aristocratie, il dépend de la vertu de plu-

sieurs; et dans la démocratie, il est lié à la vertu de tous Or il est plus aisr de trouver un homme vertueux que cent, que vin ;t mille réunis. Ce n'est pas le mode du ijouvcrnement qui fait le bonheur de la société, ce sont les venus des chefs et des ma^islrals. — Si vous n'.Hiez pas Cvrus, si vous n'eliez qu'un citoyen obscur, voudriez -vous être Athénien ou Persan? -Athénien, mais par amour-propre. Pour qu'uue constitution soit ferme et inébranlable, il faut que le chef suprême, ou les premiers magistrats, si c'est une oli ;archie, insp rent au peuple, par leur faste et leur naissance, ce respect d'opinion , ce sentiment de leur supériorité qui , frappant rima jination , contiennent plus que la morale et les lois. Vos .Athéniens mêmes conviennent qu'ils étaient heureux sous Pisistrale , et que le réi;ne de sou fils Uipparchus était celui de râ^e d'or. Si le peuple est gouverné par ses égaux , il les méprise, et les ambitieux, les démago.iues profitent de ce mépris pour troubler l'ordre, renverser les autorités et se mettre à leur place. — Je suis de votre avis; voilà pourquoi je préfère l'arislo -rai ie tempérée à la démocratie. Un jour un La édémouien cou eillait à l.ycurjjue d'établir le gouvernement populaire, dans lequel le moindre ( itoyen aurait autant d'autorité que le plus grand. — Commence, lui dit-il, par l'établir toimême dans ta maison »

"Cyrus voulut me loïer dans son palais; il m'offrit de rar;;enl et des meubles, .le refu.sai tout. « Faites- moi louer, lui dis-je. sur les bords du Pactole une rabane avec im petit jardin, je le cultiverai; du produit je paierai mun lover et nourrirai ma petite famille. Au reste, je vous demande le secret sur mon nom; j'.ii ])ris celui d'A j'sias. J'espère trouver près de vous ma siirité et mon repos. ■ Il me le promit, et m'assura qu'il veillerait à ma tranquillité comme à celle de la ville. Il me pria de venir le voir de temps en temps ; j'y consentis, à condition que ses gardes ne m'arrêteraient plus à la porte de son palais, et qu'il ne me ferait pas attendre. [Notre entrelien avait duré près de deux heures, au grand éloniieineni des courtisans, qui s'épuisaient en conjeitures .sur moi, sur mon nom, sur cette visite. Mais leur surprise fut encore plus grande lorsqu'ils virent Cvrus ni'accompagner en causant avec moi d'un air familier et affectueux.

• De retour à mon auberge, mon hôte me demanda si j'avais vu lepriu'e.et si j'en étais content. «Oui, mon ami , il m'a traité selon mon goiM ; .sers-moi de même un bon plat de légumes. ■

• L'heure du souper arrivée, cet homme vint m'annoncer que j'étais servi. Il me faisait de grandes salutations, me tiailait avec cérémonie et respect, me priait d'agréer ses excuses s'il n'avait pas eu pour moi tous les égards que je méritais. Je lui répondis tpie j'étais fort coulent de lui, cl que je le dispensais de tout compliment et de ses révérences. J'allai me mettre à table, et je trouvai un repas délicat et .somptueux. . Mon ami, lui dis-je, qui t'a commandé ce festin? as-tu oublié que je ne t'ai demandé qu'un plat de légumes?» 11 nie repondit (in'uu oficicr de Cvrus était venu de sa part lui ordonner de me bicu traiter. • Emporte Ion souper, laissemoi senlcnuMit ces légumes; et si cet o''ficier revient, dis-lui que je conseille à ce prince de garder ses vivres, qu'il a plus de monde à nourrir que moi. • Mais la fin de mon hisloiie nous mènerait trop loin; Morpliée nous attend , allons jouir de ses bienfait*.

VOYAGES D'ANTEINOR.

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