CHAPITRE XCYIL
Agitation. Amour de Phanor.
Phannr fut agité toute la nuit du souvenir de son ai-
mable Aihénaïs. Il fit quatre vers, qu'il grava de grand matin sur un arbre au pied duquel était un banc où souvent celte beauté venait se reposer. Les voici :
Arbre heureux , qui souvent prêles ton doux ombrage A l'aimable biaulé qui nie fait tant souffrir; Si quelquefois son co'ur s'est montré sans nuage, Heureux témoin ! dis-moi , do:s-je vivre ou mourir ?
Ce matin-là il fui mécontent d'elle; il la trouva plus n gligée qu'à l'ordinaire. « Hier, me disait- il, elle avait (les Heurs sur la tête, ses cheveux étaient arrangés; aujourd'hui ils flottent au hasard; je lui en ai parlé, elle m'a répondu que la simplii ité était une parure : d'ailleurs elle me semble plus réservée, plus froide que les jours précédens. — Cette négligence dans ses vêtemens, relie circonspection, sont d'un heureux présage; elle ne se pare point, parce qu'elle craint de déceler le goilt naissant fpi'elle a pour vous ; elle est froide et réservée, parce que l'amour étonne un jeune coeur et arcroitsa timidité. Ainsi, loin de vous affliger, livrez-vous aux douces illusions de l'espérance. • Pendant la journée il visita plusieurs (ois l'arbre où étaient gravés ces vers; il vil enfin qu'on avait effaré le mot mourir. Il i ourui aussitôt me lannonrer; l'amour et la crainte l'offusquaient tellement qu'il ne savait comment inle prêter la radiation de ce mot. «ÎVe comprenez vous pas, lui di.s-je , que l'on veut nue vous viviez? Au reste, je vois que vous avez trop bu de l'eau de la fontaine Salmacis. »
Il me quitta soudain pour aller occuper sa muse de .sa chère Alhenais. Il fit d'autres vers qu'il lui présenta comme une production du poète Moschus, auteur de la pièce charmante de l'Àinoiir fugitif. Athénais ne s'y trompa point ; mais elle eut le plaisir de les lire et de les louer, en feignant de les croire de cet aimable poète. Voici ces vers :
Heureux cent fois le jour, la saison et l'année, El l'heure et le inonienl, et les prés et les boi.<, Oii , coiiiltiil p;ir l'amour ou par ma deslinée , ,1e vis tes yeux cluirmans pour la première fois !
Soient bénis mille fois et ma fl.imme timide, El le nœnndoni .^nioiir a tissu mon Ixinhcur, El ma blessure hiuniise. cl Ki tlfche rapide Oui tiinjours plus avant pt^nMrc dans mon c(eur!
One Iw^nis soien' encor 1rs lis de ton visage, H la touche vermeille on respire l'amour. Et la voix si louchante, et ta brûlante image Oui fixa dans mon sein son éternel séjour !
Ce soir-l'i, un vent frais empêcha noire promenade ; mais, après le souper, Ari.stide nous mena dans le cabinet de la méditation pour achever le récil de ses aventures.