‹ Œuvres complètesChapitre 109 sur 416 · CHAPITRE XCVm · texte numérisé non relu

CHAPITRE XCVm

Suite des aventures d'Aristide. Générosité de Cyrus. rrait d'Arisiide. Récil de la prise de Babjionc.

• Nous .sommes restés, dit-il, à l'auberge, vis-à-vis d'un souper 1res frugal cl très sain. Onelques jours après notre première enirev ne, Cyrus me fil prier de me rendre chez lui. Pour celle fois, les courtisans parurent accoutumés à mon allure grotesque. Je lisais dans leurs yeux l'alleu-

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tion , les éfiards m/'lés à la curiosité. Je trouvai ce jeune salrape dans son jaidiu, ou la btaulé des arbres, leur syiiiéirie, les odeurs suaves, euclianlaienl les sens. « Comment trouvez-vous mou paradis? — Très beau, et dessiné avec beaucoup de ijoiit et d'inlelli,;ence. — C'est moi qui en suis l'ordonnaleui'; j'ai planté plusieurs de ces arbics — Vous ! avec ces babils .somptueux , ces bajues, ce riche collier, ces parfums f|u'e\balcnt vos vêlemens, vous avez de vos ma us travaillé, planté, embelli ce jardin ?— Oui ; tant que je suis en santé, je ne me inetsù lalile qu'api es m'élre couvert de sueur par quelques travaux militaires ou champêtres. ^Cyrus, vous uieiilez votre bonheur, puisque vous cultivez la venu an milieu de l'opulence.» Dans ce ni.>ment j'apenus un vieillard respectable qui se promenait à l'ondtre des platanes, appuyé sur le bras d'une fille jeune el charmante. Je demandai i Cyrus le nom de ces deux peisimnes. «C'est, me dit-il, la comti- »ane Millo avec .«on père. Elle est née au ^cin de l'iudi- (;ence, mais ornée de tous le.s chariues de la beauté. Dans son adolescence, attaquée d'une maladie ijrave, elle languissait sans .secouis, abandonnée des médecins, qu'elle ne pouvait payer. Un rêve vint (aimer .ses inquiétudes et ranimei' .ses espé.ances. Vénus lui apparut sur un chac traîné par des loloudies, et, lui iudi(|nant des roses desséchées au pied de son aulel, lui en lévélala pi-opiiéié. Wilto, à son réveil, alla les cueillir, et les appliqua sur une tumeur qui la faisait soufl ir, et la tumeur dispa ut. Sa mode.5tie et sou desintéressemeul égalent .-a beauté. Un de mes satrapes la fit enlever et conduire à Sardes, dans mou palais. Les eunuques rinlroduisiient dans l'appartement des fenunes, où elle trouva des Grecques destinées à mes plai.^irs. A leur aspect, Millo, prévovaut toute l'horreur de sa situation, rcpandii un lorrcnl de larmes eu invo|uam les dieux , .sou père et la ven;;ean( e. Il fallut la maltraiter et la tra'ner de l'ovce dans la salle du festin. Ses compa,",nes me | rodij uerent d'humbles adula'ions, et me fati.vuereni de leurs oicsses. Milto, immobile, bai.s'a les veux et rounit. Ce silence, celte pudeur nte piqucreul. Je m'approche d'elle, je veux lui ravir des faveurs, elle m'arrcle et menace de se donner la niorl. Frappéd'admiralion.jedis auxsalrapes;« Reire ezloifes ces fenimes. » Kt me retournant v ers Millo, j Voûtai : • Voici mon amaule.» Alors les éi;ard< et le respect .'uccédcrcut à mes emportemens. Millo, touchée de mou procédé, accorda à l'amour ce qu'elle avait relusé à mou ranj;. Dans ma cour, comblée de mes bien'^aits, sou cara'Ure ne s'est jamais démenli. Elle a appelé auprès d'elle son père, qui gémissait sous le poids des ans et de la misère; elle reud à .sa vieille.sse tous les soins qu'elle eu a reçus dans son enfance Voyez avec quel air de .satisfaction elle le promené , soutient sa faiblesse. Un jour je lui (is poiter un mafvnfi ue pré eut ; elle me le renvova en me 'aisanl dire qu'elle ne voulait que mon amoiu'. ,1e reijarde sa po.sscssiou connue le plus îjiand bien ait des dieux. Sa reconnaissance a élevé nue statue d'or .1 la divinité <iui préside à sa destinée , et tous les jours elle va la parer de fleurs nouvelles. Après ce récit, il m'annouça qu'il m'avait trouvé un asile tel que je le desnais. Nous nous piomcnions à la vue des courtisans, que le respect cloiiinait. « Vous voyez , me dit-il , dans celte foule qui m'environne et m'obiéde souvent, ce personna,",e sei- et pAle ? Ile bien! cet homme, mol présent, m'accable de flatteries, et se permet, loin de moi, des propos injurieux. Quel chiitiluem puis-je lui iulli;;er;'» Voici ma réponse : « Uu jour,

à Athènes, je présidais au jugement de la cau.se de deux paj ticulie: s ; l'un cununeui a sou plaidoyer par me dire que son adver aire cherchait à me nuire en toute occasion, et parlait de moi tics peu favoiablemenl. « Eh! mon ami, lui lépondis-je vivement, dis seulement les maux qu'il t'a :ails,caril s'a;jit de acau.se.ei non de la inieuue. « Un grand prince a fait publier une loi sévère par laquelle il défend aux juges de punir les paroles qui n'attaqueut que lui. «Si l'accusé, dit-il, a parlé par légèreté, il faut le mépriser; si c'est par folie, il faut le plaindre; si c'est pour vous outrager, il faut lui pardonner. » Ces exemples firent iinpiessionsurce jeune héros, et il me promit dedédaigner tome vengeance. En me quittant, il voulut me faire accepter une bou se d'or. • Elle servira, disait-il, ;1 monter votie ménage; c'est une chose inouïe, indécente, qu'un homme tel que vous vive dans la peine et si près de l'indigence.— Me crovez-vous, lui dis-je, moins raisonnable que ce gar.ou jardinier que voilù , et qui, en travaillant, freilonnesi gaimeni une triste chanson? — Qui o-erait-on vous conipaer pour la .sagesse ? — Hé bien ! cet homme vit de beaucoup moins que moi, et il est content. A quoi me servirait votre or, si je n'en fais poiut u.sage? Ou n'est heureux que par la possession des choses nécessaiies ; le désir du superflu altère le bonheur et le détruit. » Ce prince me fit conduire à la chaumière qu'il m'avait louée: je la trouvai si ajréable, que j'y transportai aussitôt ma 'amille rt mes dieux lares.

«,1e (ontinuai à voir Cyrus de temps en temps; ses aimables qualités m'attachaient à lui. Il me consultait avec plaisir, et je r.°poudais à sa confiance par tout ce que mes laibles lumières et mou expérience pouvaient nie snggerir. Il trouva le moyen de in'obli ;er, à mou insu , d'une manière très in ;énicu.se. Ce cab'net où nous sonnncs n'existait pas. Un jour, ce prince me demanda comment je me trouvais dans mon ermitage. « A merveille, lui dis-je, il n'y manque qu'un petit cabinet au u.ilicu de mou bois de lauriers, mais j'attends d'avoir (onqn s l'Asie à la tète des Grecs pour le lare bàlir. — Pour exécuter ce vaste | rojet , vous atlendrez sans doute que je sois mort. » Celle plaisanicrie finit là , el je la crus oubliée. Iliiil jours api es, Il me fil prier de me rendre à ton palais de grand malin, on, .sons divers prétextes, il me reiint toule la journée; il me iiionlrait sa correspoiidaiice deSparle avec le gênerai Evsander; il m'arrêta à dîner; il eut la de icalesse de n'admettre à ce repas que deux de ses lousiillers intimes, per onna.;es insiruits et d'un tige inùr. iNotre converialion lut grave el intéressan;e, or l'esprit de ce prince, vasie el llexible , se prétait à lous les tinis. N,)ns parlâmes de la vieillesse ; j'e.ssayai de lui pr.)uver qu'elle avait ses douceurs. » Un jeune lomine, sans doute, se croit plus heureux qu'un v eillard, parce qu'il est entouré des plaisirs; mais si le vieillard ue regrelte par (es plaisirs, si d'aniresgoilts lui eu cr.^ent de nouveaux, qu'a- l-il perdu? L'a;;ilité et la force sont les ailrihnls de la jcniicsse ; mais ce sont aussi, dans uu degré bien supérieur, les qualités du cer el du taureau. Sommes-nous pour cela plus mallieureux que les animaux ? Ce qui tue les vieillards, c'est la .solitude qui les environne, c'est l'eiiuni qui appesantit le fardeau de la vie; mais celui qui depuis ,sa jeune.s.se a cultivé des talens, a conlraitc l'habitude du travail et de la vertu, recueille au déclin de sa vie le fruit de ces heureuses semences; il s'occupe, il jouit encore. Platon est mort à qualre-vingt-uu ans, le stylet à la luain, toujours philo-

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soplie et heureux. Isorrale, aqiialre-vinsl-quatorzeans, coiniiienra un éloijc iiomnié !c Paiia'liée, el le fiuil à qualre-vin;;! -dix -sept ans : son niailre Gorjjias n'a cessé d'éludier et d'écrire pendant la révolution de cent sept ans qu'il a véiu. Quelqu'un lui ayant demandé s'il ne s'ennu).ait jias de relie longue exislence , il répondit :« Je n'ai auruii sujet de me plaindre de ma vieillesse. — Vous me donneriez , dit Cvrus en riant , l'envie de vieillir liien vite. — Je vous .souhaile la longévité d'un certain .\n;antlianiu.s, roi des Tai lésiens : il réj;na quatre-vinyls ans aux environs de Cadix, et en vécut cent vingt 123 . Au reste, à l'heure de la mort, le pa.s.sé n'est qu'un son^e, et tout ce qui finit est courl.

. L'après-dînée, ce jeune prinre me raconta la prise de Bahylane par le ijrand Cyrus :

« Lorsque ce héios vit l'épaisseur et la liauleur de ses murs, et la laryeur du lleuve qui eU , dans la ville, de deux slades, il ut très inquiel de latéméiilé de son entreprise, d'aulant que les Babyloniens avaient amassé po;:r Irenle ans de \ ivres; mais sou espril , éjal à son courajje, luisujjjéra un heureux slrala^eme : il invesiit la ville , et fit ouvrir auiour des murs une pro onde irancbée, dont ou jeiail la 1er. e du tôle des remparts; sur celle terre on éleva des lours. Les assièges se nioquaieul de ces lravaux;Cyru<>ouf. rail leur raille. ie,elallendaiilejour de la ven,;eanie. Il apprit qu'ils devaient cclebrtr une léle solennelle, et p.asser la nuil dans les plaisirs ; il saisit l'oicasiou. Au soleil couche, il Ht iiu\ri. des lOiisés depuis la tranchte jusqu'au tienne; souda ii l'eau s'y precipila, el le fleuve, eu peu de temps, devint 1res jjueahie. C.rusle fait souder, et eut. e dan,^la ville à la léle de ses troupe» : le biuit, le vaiaruie de la léle eiupéclient d'eiilendre ta marche. Il va dioii au lOi Ballhazar, qui l'alienuait le cicnetcrre en main à la ute de ses jjaides ; il lut lue. Cyrus, niailiedu | aiais, fait pub.itr une de.en.e aux habilansde.soriir de eu/s mai ons, sojs peine d'etie passes au til de 1 épee. Hahiloiic est si vase, que ceux qui lo geaieut aux exlreuiiies c. aient dCja ,ri, ouniers, pendant que i eux du cemreiyuo aient leur destinée. Le jour venu, ils se rendirinl à discre.ion.

<Jai visite le lombeau de ce héros; j'y ai ver.ié des larmes de sensihiiilc et de depil : les trophées de votre Milliade Ironblaieut le repos de Théinislole; el moi, la gloire dn ijraiid Cyrus a^ile mes espiiiset me lait loujir de mou i.b.scuriié. — Ah 1 jeune homme, m'ecriai-je, quel lanlome que la gloire I 11 eu est d'elle coumie de la lumière, qui est un plus grand bien pour ceux qui voient que pour ceux qui sont vus. Érouuz ce qui m'est arrivé. J'avais élé < hoisi par lous les Grecs pour la laxe générale des impositions, mission irts llalleu.'e dont je ni'acquillai assez bien; je revenais à Athènes, ci ovant celte ville ort occupée de moi el de ma renommée; je trouvai à Alyine, bourg de l'Allique, des Athéniens d'un certain rang, retirés depuis quelques joursà la campagne. L'un d'eux me demanda des nouvelles d'Athènes : je us elonne, et lui répohdis que j'en ciais absent depuis long-temps, et que je venais de remplir une mission imporlanle. « .Ah ! oui, s'écria-l-il, vous revenez de Lacédémone;' — Eh! non , répond un aulre brusquement ; ne sais-tu pas qu'il vient de la cour de Fersc, où il était en qualité d'ambas.sadeur.' • J'avoue que mon amour-propre fut d'abord blessé de l'ignorance de ces gens-là. Cependant je finis par en rire el me désabuser des illusions de la gloire...

Mais veuillez m'apprendre où est le tombeau de Cyrus. — A l'asagarde ; ses restes touv crts de richesses sont dans un cercueil d'or massi . Cambyse, son fils, en confia la garde à des mages, qui la conservèrent sous ses successeurs. Tous les mois ils .sacrifient un cheval à la mémoire de ce grand roi. Voici f.on ép'ilapbe : Je mis Cx' us, fils de Caiiihysc, fondateur de l'empire des Perses, le maître de l' Asie : ne m'eniie point ce monument où mes ossemeiis reposent. — Si ce inomnnent était de pier/e, le repos de Cyrus serait plus assuré. «

• Ce jeune prince m'apprit la cau,e de la mollesse et de la licence des mœurs des Lydiens. • Lorsque Cyrus eut renicr.sé le troue de Crésus, il laissa une garnison à Sardes. Pendaut son absence les Lydiens se révoltèrent. Ce héros irrité jura de les exterminer. • Punissez, lui dit Cré.suî, les che s de la révolte. (Juant aux Lydiens, conlenlez-vous de les melire dans l'impuissance de se soulever; dé endrz-leur d'avoir des c-ines; ordonnezleur de porlcr des habits inaguifiques el sans ceinture, de ch. u.sser des brodequins ; de faire apprendre ;'i leurs enfans à jouer des in Iruincns; secondez leur penchani aux plais r.5, à la mollesse ; vous verrez bientôt des hommes métamorphosés en emnes, et vous, ni vos successeurs , n'aurez plus d'insurrections à craindre. «C) rus adopta (et avi.s, el, de; uis, les Lydiens sont devenu plus cckb:c3 par leur vie erfcniinée et voluplucui^e qu'ils ne l'avaient jamais éié i ar leur, exploits et leur.s vi.loires. — Le conseil de Crésus, lii dis je, c.l plus spécieux que bon el solide. Oans une o^iasioni peu près semb able, j'in donnai un bien di fereni aux Alheniens. l;n jour Thémisloile leui' a ant dit qu'il avait (on.u un projet de 1res grande ulilil.-, mais d'une lelle ini; or.ancc, qu'il o.ige.it le plus profond serrel, le peuple lui ordonna de me lecon.muniquer. Thcini lo le obeil. Ce projet élait de surprendre et de bri'iler lous les vaisseaux des (.rocs avec qui nous eiions en paix , el par ce cou.) hardi nous restions ma 1res de la Gr.ce. Jene répondis rien à Tlu'niislocle ; mais, rentré dans rassemblée, je dis ; «0 Aihéuicns! le dessein que m'a confie Tliémi,^io,"le est le plus avantageux qu'on pui.sse jamais vous propo-er; mais il csl en niéine temps le plu? injuste.» Les Alheniens y renoncèrent. Cvrus aurait élé plus grand, s'il eut imi:é la modération et la justice d'A- Ihrncs. Corrompre les peuples pour Us asservir, c'est vouloir régner sur un troupeau d'esclaves qui, loin d'être les soutiens du trône, ont besoin eux mêmes d'en être protégés et défendus. Les remparis, les ba^es les plus solides des étals, sont leji vertus et les mœurs.

• Cvrus me retint ainsi jusqu'à la nuit. .Mes filles ne me parlèrent que de la longueur de mou absence. Le lendemain, plus matineux , pour réparer loule l'inaction de la veille, je cou us à mon jardin. ,lu ;ez de ma surprise! je vois un édifice où rien n'existait auparavant. J'ouvre de grands yeux , j'approche, je le louche, je n'Csais me fier à mes sens. J'entre, je me trouve dans nu pavillon arrangé , décoré , sorti de terre dans un jour. J'a|)ercois deux tableaux, le porlrait de Thémi-storle et le mien. • (Juel enchantement! m'écriai-je; ce pavillon est-il tombé des nues?' iMes filles me suivaient, el, quoique bien jeune'! encore, elles jouissaient de mon élonnrment. Enfin j'interrogeai Aihénais, qui riait de tout son cœur; elle me dévoila l'énigme, et m'appril (p;e, tandis que Cyrus me retenait dans sou palais, cent ouvriers avaient élevé ce

petit bâtiment. Il n'y avait pas moyen de le refuser et de le lui renvoyer. Ce jeune satrape , quelque temps après,

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me fit un présent plus cher, et bien digne de la firandeur de son Ame.

« Je lui avais conté mes aventures de Smyrne , riuunanilé, la bienfai.'ance du pécheur et de son ami qui m'apportaient des vivres à la caverne : j'ajoulai que le mon'.enl où je me séparai de ces honnéles (;cns l'ut le premier <lc ma vie oii j'avais désiré des richesses, et que j'aurais donné tout au monde ponr paver et reconnaiire leurs bienfaits. Ce jjénéreux prince se ((induisit ici de la même manière que dans l'affaire ihi pavillon ; il fil compler secrètement à Suiyrue, en mon nom, une somme d'arjjent à mon h()le et à son ami. Je l'ignorais parfaitcmenl. L'n beau jour, je vois entrer ici ces Irois personna;;es, le pécheur, sa femme et leur ami. Ils fe répandent en remerdmens, me parlent de bienfails el de reconnaissance. « F.h ! mes amis, leur dis-je, c'est moi (|ui \ous sui.î redevable , el qui sui.s assez malheureux pour ne pouvoir encore m'acquiller! ■ Ils me répondent: La somme est considérable ; vous nous avez enri his. — Mais quelle somme? quel arjjenl? — Celui que vous nous avez envoyé. » Je m'elonnais de plus en plus. Enfin, à force de les faire parler, de nous expliquer, je commen(ai ii sou.KOnner que c'élait un tour de Crus. Je lui c(rivis sur-le-champ qu'il m'avait imposé UJi fardeau qui m'ac< ablail ; (|ue trois citoyens de Smyrne venaient de londier chez moi pour dévorer mes piovi.sions, sous prele\te de r(;c(Hinai.ssance d'un .^erviie que je ne leur avais pa( rendu; que je n'avais ni bon vin ni i;rauds mets à leur donner, et que, pul^ju'il élail la cau.sedu vo>aj;e, il e;ailju<le qu'il en |;a>ât les Irais; que je le priais de m'en\o-er quelques llaeons de vin pour réjjalirces bonnes (jens. li me répondit qu'il supporlerait vo'.onliers la la>e que je lui imposais, et qu'il voudrai! en paver .iou\enl de pareilles. Je liardai ces honnnes de bien pendant hnil jours; je les fêlai le mieux po.ssiblc. C\rns les vit, et leur pava ma;;nifiquement les frais du voya,^,e. J'avoue que (e bien'ail de Cyrus, la vue et la salisfarlion de mes ehers el anciens hôles, font un des événeniens de ma vie les plus chers à ma sen.Hhilité.

■ llélas ! je n'ai joui que trois ans du bonheur de vivre auprès de cet aimable saliape, qui m'appelait son père, et me Irailaitavec une vénéralion el une lendre.sse filiales. Darius, .son père, élant tombé malade, l'ari-alis, mère de Cyrus, qui le préférait à son fils aine Arlaxerxes, le rappela à la cour, dans l'espérance de le faire nommer par son père héritier de la couronne; mais son projet échoua. Son départ me causa un vérilable chai;rin. Il est di ficile de rencoulrer dans m\ prince, ou dans un particulier, des qualités plus brillantes et plus aimables ; généreux sans profusion et avec discernement; bienfaisant par humanilé, el non par oslenlalion; plein de feu , de génie; actif, appliqué; d'une facilité rare dans les affaires, d'une valeur à toute épreuve ; fidèle à sa parole, au secret confié ; relevant tani de vertus par le charme d'une conversation enjouée, briUanle el insiruclive. Il n'a manqué à la perfection de ce beau moral qu'une ambilion plus modérée, une ûme moins ardente et moins passionnée jiiiur la gloire. Sa fij^jure, sa taille, annoni aient le héros; la douceur et l'enjouement de sa physionomie en lempéraienl la fierté ei la noblesse. Je le regrette encore tous les jours. A son départ, avec mon aveu, il confia mon secret , et me reionnnanda très particulièrement à Pharnabaze, qui a protégé matranciuillité, et qui a eu pour moi lesatlenlions les plus dislinguées. Ma vie est aujourd'hui

obscure, paisible, pour ainsi dire sans mouvement, ainsi qu'elle convient à mon âge, et je vais à la mort d'un cours in.sensible, comme un fleuve leut et doux qui va se perdre dans l'abime des mers. »

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