CHAPITRE Cil
ADténor va chez Lasthénie. Salle du déjeuner. Divers traits d'Aleibiade. Histoire du peintre Agalharquc.
En approchant de la demeure de La.sthénie, mon âme s'inondait de joie. Je la demande. «Elle est dans son cabinet, répond im esclave. —Va lui dire qu'un étranger vient des rives du Pont-F.u\in pour la voir et l'admirer. » Lasthénie accourt, jette un cri perçant à ma vue , et crain' quelque erreur de ses sens ,Ie me précipite dans ses bras ; «La,sthénie! adorable l.asihénie! m'écriai-je ; quelle félicité! quel jour heureux! ■ Lasthénie, revenue de sa surprise, me dit ; «fSorlons d'ici, mon âme est suiToquée; allons respirer un air moins brillant. » Kous traversâmes son jardin dans le silence; mais c'était le recueillement du bonheur, .l'observais cependant les asiles charinans, jadis témoins mystérieux de nos amours, lin soupi.', un mot, un regard, annonçaient à Lasthénie mes sou ve- MTS et mes regrets. Elle m'entendait, bai.ssail les yeux, et son front se colorait d'un doux incarnat Apres cent ((uestions sur ma santé , sur mes voyages, nous rencontrâmes nn vieillard qui se promenait. Lasthénie court à lui , l'embrasse et me le présente en me disant ; « Voilà mon père, et voici ma jeune sœur Telésille qui a."rourt, légère comme une biche. » Je les saluai l'un et l'autre. Lasthénie ajouta ; «Télé.sille parait ma fille, et non ma soeur : elle n'a que treize ans , mais elle est d'un second lit. « Le père nous proposa à déjeuner, en demandant à sa lîUe où l'on ferait servir. ■■ Dans la salle de Mincr\e. » ^o^s nous y rendîmes les premiers avec Lasthénie. « Ah ! m'ccriai-je en entrant, c'est la chapelle de Floie! — Oui, mais elle a changé de dénomination; voilà la statue de la Sagesse substituée à celle du Silence, et les bustes des sages et des savans aux volages Amours et aux vases de Heurs...! Vous ne dites mot! vous avez l'air préoccupé! — .le crains que ce ne soit pas ici la chapelle de Mnémosyne ; ou y boit peut-êlre des eaux du Lélhé? — Non , tout ce qui tient au cœur ne doit jamais s'ef acer : mais il est un âge on il faut briser les hochets de la jeunesse. Regardez tous ces grands hommes, lem- physionomie noble et grave élève l'âme, l'échauffé de l'amour de la gloire et de la vertu. — La gravité, dit un philosophe indien, n'est que récorce de la sagesse. — Soi! , mais elle la conserve, .l'ai fait graver au bas de chaque busie une de leurs maximes , on quekpie trait qui puis.sc les caractériser. « En effet , rien n'était plus important que cet assemblage ; les bustes, d'un beau marbre blanc, occupaient le pourtour de la [ salle; ils étaient posés sur des piédestaux de porphyre, ' oii était écrite une de leurs sentences :
Sous le buste d'Aristippe :
.le possède Laïs sans qu'elle me possède.
Sous celui de Solon :
.)e deviens vieux on apprenant toujours.
Sons celui d'.iristotc :
L'csprrancc est le songe d'un homme réveillé.
Sous celui de Chilou ;
Ce qu'il y a de plus diffii-ile, c'est de garder mi secret , de savoir employer son len'ps, et de souffrir les injures sans murmurer.
Sons celui de Bias ;
Puisque tout le inonde est plein de méchanceté, il faut aimer les hounnes counnc si l'on devait les haïr un jour.
Sous celui de Cléobule :
Examinez , avant de sortir de votre maison , ce que vous allez faire , el à votre retour, ce que vous avez fait.
Sons celui d'Éplcure :
Le bonheur est dms la volupté.
Sous celui d'Anaxagore :
.l'ai employé à former mon esprit le temps que j'aurais employé à cultiver mes lerres.
Sous celui de Pittacus ;
Si l'on savait qu'un ennemi vint s'asseoir sur l'herbe qui cacherait un aspic, on agirait en nialhonnêle homme si on ne
laverlissail pas.
Sous celui d'Antisthène ;
Le seul bien qui ne puisse nousélre enlevé, est le plaisir d'avoir fait une bonne ai'lion.
Sous celui de Théophraste :
La plus forte épeiise qu'on puisse faire, est celle l'u temps. Sous celui de Zenon ;
Avec la vertu on peut élre heureux , au mili u même des tourmens les plus affr^Mix.
Souscelui de ïhalès :
Ne vous hais.sez point parce que vous pensez différemment le* uns des au.res.
Sous celui de Socrate :
Je le frapperais , si je n'é ais en colère.
J'achevais cette lecture, lorsque Telésille et son pèn; entrèrent. On apporta du miel du mont liymelte, des fruits et des ligues sèches, que je trouvai délicieuses. « Les li.jues d'Attique, me dit le vieillard, sont les meilleures du monde connu : les rois de Per.se en font le plus grand cas; et Xer.ves altaipia la Grèce pour être proprirtairede nos figuiers :125:. Les Athéniens, qui aimeni ce fruit pasiionuémcnt.ont fait une loi rigoureuse pour en défendre l'exportation. • Pendant ce d jeûner, la jeune Telésille entrait, sortait, allait cueillir des (lems; elle me pr.sentann bouquet de injrle et de ja-niiu avec toute la grâce et l'in ,énuité de son âge. f.lle clait régulièrement plus belle que sa sœur, cep.'iidant elle lui ressemblait. Lasthénie la surpassait en blancheur, mêlait à la douceur de sa physionomie plus de gravité; l'tx.jre.ssion duvi.sage de Telésille éiail l'enjouement et la vivacité; ses yeux noirs scintillaient de feu; son front, ses pieds, ses mains, toute .sa figure était brillante et voluptueuse. Lasthénie, qui .s'aperçut que sa sœur fixait mon attention, me dit en souriant ; «Je vais élre jalou.se, je vois (pie vos regards s'arrêtent souvent sur Telésille. — Je
VOYAGES D'ANTÉNOR
^ous admire tour à tour: l'une est la rose naissante , l'aulre est la rose dans tout son éclat. «Nous filmes inlerloiipus par un jeune lionime d'un aspect superbe , il salua d'un air aisé el noble; et Laslhénie le reçut comme une connaissance familière. Un sentiment de curiosité , peul-étre de jalousie, me le fil considérer d'un ail très allentif. 11 s'énonçait avec beaucoup d'esprit cl l'allicisme le plus élégant. Son rejiard était fier, ses yeux noirs et supe;bes, sa taille celle des béios ; son corps paraissait sortir des mains de Phidias ; ses beaux cheveu x noirs étaient parfumés d'essences el entremêlés de cigales d'or 126). il avait des fleurs aux oreilles, des mouches .sur le visage; sa tunique, du colon le plus fin el d'une blancheur fbloui.siante. flottait au gré des vents. Au lieu de palliura, il porlail un vaste manteau traînant, ce <iui ainioucait nn goût de luxe et de mollesse. 11 avait une canne à la main, et sa chaussure élait d'une forme bizarre. Cet appareil fastueux nie prévint contre lui , je lui supposai des mœurs efféminées, et le crus incapable de jouer aucun rôle dans la république. Cependant il parla avec beaucoup de force et d'éloquence des ressources d'.\lhenes, de divers plans pour abattre l'orgueil el la jalou.îie de Sparte : il nous conta ensuite une anecdote assez plaisante.
• Me promenant, dit-il, avec Thrasybule, mon ami, une discu.ssion s'éleva entre nous au sujet de deux vers que j'affirmais être dans l'Hiade, ce qu'il niait. iNous étions alors vis-à-vis dune école ; :e proposai à mon ami d'y monter. INous y trouverons, lui dis-je, un Homère qui terminera noire différend. Nous entrons ; nous vonods un grand nombre d'élèves el deux maîtres. Je m'adi esse à l'un d'eux , ei le prie de me prêter cet auteur. « Fils de Clinias, répondit-il, j'en suis fâché, mais je n'ai point d'Uomere. — Tu plaisantes sansdouie? — Non, par l'ollux! je dis la vérité. — Point dHonière! et tu le dis grammairien? — Grammaii ien et poêle, je m'en vanle. » X ces mois, je lui applique un sou flcl en lui di.sanl : « .N'oublie pas d'en acheter un aujourd'hui. » Ensuile ni'adressanl aux élèves : «.Apprenez, mes amis, que vot:e maître est un sot.» Je sortais après cette correclion fralcrnelle, lorsque l'autre maître m'arréle el s'écrie ;• ,)eune hon.me, modère les reproches el la vivacité : voici un Homère. « Jt le prtnds, et le lis ; ■ (^)uels sont, lui dis-je, ces ^ers effacés et ces lignes écrites à la marge? — Ce sont des passa.jes que j'ai changés, et des corrections que je fais, car je lis Homère et le corrige. — L'Élat te paie-t-il pour cela? — Hélas! non. — Tiens, voilù la récompense. • El un autre sourflet tomba sur la joue du prétendu .Ari.starque. ÎSons sorlimes avec Thrasybule en riant, laissant les deux pédagogues con uset outrés décolère. » La conver.ialion tourna ensuite sur le In.ve. Le jeune honune dit qu'il éiail la source d'où coulaient les riche.s.ses; qu'il adoucissait les nmurs, embellissait la société comme la verdure et les tlturs einbel- Us,senl la campagne. • Mais ces joui.<.«auces, ajouiail-il, ne doivent pas devenir des be.'oins ; il faut qu'un homme sache dormir sur la lerie connue sur un lit de pourpre, et boire de l'eau saumâlre connue du vin de Lesbos. \ Sparte, je donnerais l'exemple de la frugaliîé; à .Athenas et à Peisépolis, je \oudrais savourer ù la fois sur des touffes de ro es tous les parfums de la voUiplé. »
Plus cet honune enrlianlinr parlait et développait son i-aracleie, plu.^ il é\eilli;il ma jalousie; je soupçonnai fn lui un rival dangereux. Ileureu.>ieu'.enl il devait se rendre j ras.sembléc du peuple, on on allait élire les généraux
pour une expédition contre les Perses. Lasthénie l'assura que toute la république avail les yeux sur lui. Je lui demandai comment se faisait cette nomination. -De deux manières, dit-il, l'une par scrutin, l'autre par l'élévation des mains. Celle du scrutin se fait dans le temple de Thésée, el l'élu est celui à qui le sort donne le plus grand nombre de fèves blanches. Quant à l'élection par acclamalion, elle a lieu auprès de la citadelle. Les thesmothètes ' pré.senlent le candidat au peuple, qui marque son suffrage en levant les mains. «Après ce récit, cet homme prit congé de Laslhénie, et remonta dans son char pompeux, tiré par des mules blanches de Sicyone. Je demandai son nom. • Eh quoi ! me dit Lasthénie, vous n'avez pas reconnu, même sans l'avoir jamais vu, le célèbre Alcibiade, le plus bel homme de la Grèce? l'assemblage étonnant de tous les contraires!" On croirait que son corps renferme plusieurs âmes ; sobre et intempérant , simple et fastueux, laborieux et dissipé, vrai Protée, on dirait qu'il est né pour la silualion où il se trouve : paré de ses vices, des grâces de sa figure, de tous les agréraens de l'esprit, il n'a qu'à se montrer pour plaire, pour enchanter : d'ailleurs brillant de courage et grand capitaine [ 127).
— Cet homme est dangereux en guerre connue en paix , dis-je en lui adressant un regard expre,ssif. — Oui, pour la république, car il mène et agite le peuple à son gré. 11 en est aujourd'hui l'idole; demain ce même peuple leprécipileradutrOneoùil le place; je le lui aiprédit;qui ne connaît son inconstance el sa mobilité * ? Le .sage Anacharsis appelait la place publique d'Athènes le théâtre de l'injustice. Mais Alcibiade, enivré de ses succès, confiant par amour -propre, ne croit pas à mes prophéties. Un jour il sortait de l'assemblée générale, très satisfait et glorieux de se voir entouré d'une foule nombreuse : l'atrabilaire Timon, loin de l'éviter comme il évite tout le monde, allaau-devant de lui en criant; «Courage, mon fils, tu feias fort bien de l'agrandir et de l'élever, car c'est pour la ruine du peuple. — Ce peuple, dis-je alors, est donc bien prévenu en sa faveur? — Aujourd'hui. Il est vrai cpie ce rusé polilique le manie avec beaucoup de dextérité ; jugez-en par un fait des plus bizarres. 11 avait un chien d'une tai le extraordinaire et d'une grande beauté, qu'il a\ ail acheté soivante-dix mines 3,500 liv. . Un jour il nie l'amena ; j'avais un cercle assez nombreux; quelle fui notre surprise lorsque nous vîmes cet animal dépouillé de sa queue, son plus bel ornement ! Nous nous récriâmes tous à l'envi , el lui demandâmes ce qu'elle élail devenue «Je lai fait (ouperce malin. — Par Jupiter! quelle démence! dit l'un de nous; tout Athènes vous blâmera.
— C'est ce que je désire ; je veux que les Athéniens s'occupent du traitement fait à mon chien, et non de moi et de mes projets. » Ce Irait vous peint son ambition et sa polilicjue ; celui que je vais vous conter vous fera connaître .son andare.
• .Agaiharque , peintre fameux , avait fait pour ce fils de Clinias le portrait d'une matrone. Alcibiade loua la fraîcheur du coloris, la vérité de l'expres-sion; mais il critiqua le sein, dont les contours volununeux ne pouvaient, disail-il, convenir qu'à la féconde Céres. L'amour-propre irascible d'i peintre s'irrita de celle raillerie, et il en garda le souvenir.
'Quelques temps après, Alcibiade, voulant décorer un
' iMugisIrals (|ni prcsiilaicnt à la conservation des lois. ' Belliiu muKoium capiluin.
VOYAGES D'AN TÉNOR
salon de diverses peintures, s'adressa enrore à Inl ; mais il fnl refusé ; solli' ilalloiis, promesses; rien ne put séduire ce peintre trop méuioiailf. Aliii)la(ie, inllexihle dans ses volontés, résolut d'emporter par adre,sse ce que les prières ne pouvaient obtenir.
• Ce peintre passait un soir dans la rue d'^Meibiade, qui le faisait suivre depuis lnnf;-tenips : il le fit enlever; et, malgré ses cris, sa résistance, il fut enfermé dans une chambre écartée. Aj;atbarqiie, étonné, confondu de la singularité de cette aventure, inquiet sur le dénouement, s'agitait, se promenait ù grands pas, lorsque Alcibiade, d'un air aisé et riant, entra par une porte dérobée , et lui demanda pardon de cette manière si bizarre de l'attirer chez lui. Agatharque exhale sa colère, s'emporlecn plaintes, en reproches. «Oui, dit-il, je le vois, je pèche par les formes, mais je fais le plus grand cas de tes talens, j'en ai besoin, et tu ne sortiras d'ici qu'après avoir peint mon salon. — Par Alhéna '! je brillerai plutôt tous mes pinceaux! Je suis Athénien, né libre comme toi, rends-moi la liberté, ou crains la vengeance des lois. — Ecoute d'un esprit plus tranquille : si tu consens à m'obliger, pendant le cours de ton travail, tu partageras avec moi tous les plaisirs, tous les agrémeus de ma maison; mu.sique, bonne chère, bains délicieux ; le soir, pour égayer la solitude et le refaire des peines du jour, deux esclaves charmantes, l'une d'ionie, l'autre de Milet, viendront reposer à tes cotés; et lorsque ton ouvrage sera fini, quatre talens attiques seront ta récompense. Mais si ton entêtement continne , permets que je m'enléte aussi. » Après ces paroles , il le salua et disparut.
• Agatharque, resté seul, cria, jura, implora la vengeance des honniies et des dienx ; mais ni les honnnes ni les dieux ne vinrent à son seiours.
« A l'heure du repas , un esclave lui apporta en silence un souper délicieux. Agatharque repoussa l'esclave et les mets, et voulut sortir avec lui; mais d'autres es( laves aposlés s'opposèrent à sa fuite. Ilésespéré, il se jeta sur son lit, et, appelant le sommeil, tâcha d'oublier son jeûne et sa prison.
« Le lendemain le même esclave reparut avec des mets aussi cxcellens, ayant de plus des pinceaux , une palette et tout l'atlirail des peintres. Agatharque, pressé par la faim, garda les vivres, et brisa le reste sous ses pieds. Ce même jeu fut répété les trois jouis suivans ; le quatrième, on ne lui servit que des mets à la Spartiate; il fallut s'en contenter, car il ne voulait pas mourir d'inanition. Le septième jour il prit les pinceaux , et connnenc a à barbouiller le mur : alors la lionne chère revint , on le traita en voluptueux .athénien. Cependant son pinceau, conduit par le dépit et l'humeur, ne traça que des essais indignes de lui.
«Sur la fin du jour il vit entrer dans sa chambre une jeune esclave, qu'il prit pour Aphrodite même -. « Je suis, dit-elle, l'Ionienne Aspathine ' dont t'a parlé Alcibiade, mon maître ;je viens danser et chanter avec toi. • Aussitôt elle chante et danse avec tant de grâce, qu'Agalharque, ravi, courut â elle les bras ouverts pour l'embrasser; mais, aussi légère que Zéphire, elle s'échappe, et lui crie de la porte : « Voilà tout ce qu'il m'est permis de faire aujourd hui pour loi ; mais si tu veux me revoir, passe
' Minerve.
• Vénus.
' Aspathinc signifie blanc de neige.
l'éponge sur tes tahleauv , et compose d'une nianière plus digne de ton génie. Adieu. » Ia' peintre demeure quelque tcinps fro'd cl innnoliile; mais bientôt sa colère s'éveillant, il vomit des injures, des imprécations contre son ravi-seur. Le lendemain, levé avec 1 aurore, il se met à l'ouirage, en disant : ■ Voyons si Aspathine me tiendra sa parole, si elle reviendra; travailhnis ; j'en serai quitte pour tout e' lacer lorsque je le voudi-ai. « Cependant le souvenir de l'aimable Ionienne et l'aiguillon de l'espérance échauffe son ",énie; il déploie toutes lesressouices de son ar!. Il peignait depuis une heure, lorsque tout à coup une musique délicieuse fiappe ses oreilles : il entend des chansons qui célébraient l'art sublime de la peinture; son imagination s'cntlannne, son génie l'enlraine, le pinceau vole sur la toile, et peint rapidement des chefs-d'œuvre qui l'etonneni lui-même. Dans son enthousiasme, il oublie sa déleniion, les procédés d'Ali ibiade; et, emporté par son génie et le charme du travail , il peignit tout le jour. A l'approche du soir, il se rappela qu'Aspathine avait promis de reparaître. « INous verrons, disait-il, si elle sera fidèle à sa promesse. > Tout à coup elle entra dans .sa chambre, plus belle que l'étoile de Venus qui brille à travers les nuages; elle paya son ouvrage d'un baiser, elle chanta . dansa ; et l'aurore naissante la retrouva encore auprès de lui. Kn le (piittant , elle lui demanda s'il consentait au même prixâ garder sa captivité et à finir ses tableaux. L'heureux artiste promit tout ce qu'on voulut, et la belle Aspathine .sortit pour en rendre compte â son maître.
« Le fils de Clinias se présenta bientôt à son prisonnier, et lui dit en entrant ; • l'ardonne si j'ai long-temps différé ma visite; mais j'étais instruit de ta mauvaise humeur, et je ne voulais point l'augmenter : à présent que la colère tombe, semblable au veut qui s'apai.se par degrés, je viens te demander si tu veux être mon ami et mon convive. Tu connais déjà l'Ionienue Aspathine: je te destine encore, car la variété est l'âme du plaisir, la .Milésienne IMilto', fraîche comme la tleiir du matin ; promets seulement d'achever ton ouvrage." Agatharque, pénétré de joie et de reconnaissance, donna sa parole , et sur-le-chauip alla occuper la première place au festin de son hôte, qui le récompensa, l'ouvrajve fini, de quatre talens altiques. Depuis, Agatharque demeura toujours le convive d'.Vlcibiade
et l'amant de la belle .\spathine Mais la beauté du jour
nous invile à la promenade. Je suis toujours de l'école d'AiLstote, j'aime à promener mes disciples. Je veux vous conduire sur le mont Ilymette; le trajet est de vingt-quatre stades (une lieue), mais le terme est agréable. •