‹ Œuvres complètesChapitre 117 sur 416 · CHAPITRE CVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE CVl

De l'origine des complimens que l'on fait A ceux qui dlcrnuenl.

• La coiiUmie de saluer les gens qui l'iernuent est très ancienne et 1res i épandue. La fable nous dit que Pi oinélhée, ayant formé le premier homme, déroba le feu du fiel, l'emporta dans im pelil flaron qu'il mil sous le nez de sa slalue pour le lui Taire aspirer. I.e phlo^istique divin pénétra bientôt dans la tête, s'insinua dans les fibres du cerveau, .se répandit dans loules les veines; et le premier Siyiie de vie que donn.i ce nouvel être fut d'étcrnucr. Promélhre, ravi de ce mouvement, lui ci ia aussitôt; Bien le fasse ! Ce sonliait fii sur riiomnie une telle impression, qu'il s'en servit toujours dans la même occasion , et le fit passer à sa postérité.

« Aristote et d'autres ont cru »oir r(H'i,f;ine de ce romplimenl dans le respect leli ,ieux qu'on avait anciennement poiirla tête, comme la partie la plus dislinfïuée du corps, le domicile et le laboratoire de l'Ame. Les Éiïvpliens et les Grecs pen.>eiit que l'clcrnuinent est un averiissement divin pour nous conduire de telle ou lelle manière dans différenles circonstances, ou bien le prcsa^e de que'.ipie événement heureux ou malheureux. Xénjphon haranguait ses .soldats, lorsqu un d'entre eux élernua; louie l'armée crut que c'était un si;)ne favorabie des dieux , et le général oTrit un sacrifice en actions de jji'âces. l'n jour que la fidèle Pénélope priait jiour le retour d'Ulysse, le jeune 'J'élemaque élernua si Ion. que tout le palais en fut ébranlé; et cette icndiT épouse ne douta plus de l'accompli.s.sement de ses vœux.

« Vous savez que nos po tes croient enchanter les belles quand ils leur annonceni que les Amours ont éternué à leur nais.sance. Je connais une jeune personne qui éternua en écrivant à son amant; cet incident lui parut si favorable, qu'elle ne douta plus de son amour. \ous autres Grecs, nous disons viicz aux personnes qui élernuent; mais beaucoup di^ gens en pareil cas, s'adressent ce \u'ii à eux-mêmes.

"Il faut considérer le temps et l'heure S laquelle on éternue. Si un convive éternue pendant le repas, et cesse de inan;;er, c'est un pronostic de inallieur; celui qui éternue en se levant le malin , doit bien prendre garde i'i soi lonle la journée. Le temps le plus propice et du meilleur augure pour l'élernument est depuis midi jusqu'A minuit, et lorsque la lune est dans les signes du taureau, du lion, delà balan.e, du capricorne on des poissons ; dans les autres conslellations, il est d'un mauvais présage.

« Enfin l'élernument est une preuve du bon état de la santé, de la chaleur et de la force du cerveau ; sous ce rapport, Il mérite donc un compliment. D'autres médecins, au contraire, prétendent que c'est une opération violente et dan;;ereuse ; en admettant cette opinion, quoi de plus honnête que de faire un souhait à celui qui éternue 'U9 .'

« Voilà tout ce que j'ai pu savoir Sur tet antique usage. On lie peut aujourd'hui éleruuer sans cérémonie ; iîi la mode en passe, je m'y .soumeltrai de bon cœur. Je vais mainlenaiil vous lire quelques fragmcns sur les mœurs de celte \ illc ; je choisirai au hasard. » Il déroula alors ses lableiies, et lut.

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