‹ Œuvres complètesChapitre 123 sur 416 · CHAPITRE CXIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE CXIll

BcaMlé de la Diarric, Ktjntir d'Anlénor à Orope, De la féic d'Hyacinthe, Nouveau Irait do folie d'Arehias, Anecdotes snr l'iiidare. lléparl pour .Sardes avec Phaiior. Mariage du ee tlcrnicr Leur retour à Thebes avec .\rislide et sa famille. Mort du jeune Cyrus el d'.Arislidc.

Je partis pour Orope. où le sage el honnête Dioelès m'avail jadis si bien accueilli. Je me faisais un vrai plaisir de revoir celle inléressanie famille. Je Iraver.^aila Diacrie: daus mon premier voyage, les beaulés de celle contrée m'a\ aient échappé; il élail ntiit. et l'excès de la douleur interceplait mes facultés morales.

On Irouve dans la Diacrie la plus belle roule de la Grèce; c'est une promenade conliuue à travers des bosquets de lauriers-roses.

En arrivant chez Uioclès, le premier objet que je vis dans la mai on , à l'ombre d'un figuier, fut l'aimable thrysilla : elle épluchait des herbes, el deux jeunes enfans jouaieid à ses pieds. Elle jela a ma vue un cri de .surprise et de joie, et vint à moi précipitammenl. Après nous être embrassés , je lui demandai des nouvelles de son père el de son mari. ■ Philolas travaille dans la campagne. !\lon peie, helas ! n'est plus parmi nous! il habile les Champs-Elysées. 11 a fini sa course dans nos bras, eu di.sant : «Je vais rejoiiidre ma (hère tuphemie, dont je .suis sé.iaré depuis douze ans. » Nous l'avons bien pleuré, nous le pleurons encore tous les jours. » Je vis alors ses yeux bai'iués de larmes. Pour la di;straire, je lui pa lai de ses eufans;je les cares.sai, je louai leur joiie figure; ensuite nous allâmes cheicher .son mari , qui creusait dans le roc, pour sa che.e Chry.'ida, unegrolle déjà commencée par la nature, au pied de laquelle ,serpenlai; un petit ruis,sean, 11 lui préparait cet asile pour l'abriii r (onire les feux de Sirius, (les aimables époux m'accueillirent comme leur frère. Je trouvai dans Philolas un homme instruit en morale, en poliiiqiie et dans l'économe rurale. Ils me vaiitercul la douceur, la lianquillilé de leur \ie; ils s'a niaient tomme au preniier jour de leur hymen; ils avaieni deux jolis enfans, des amis qui venaient :ouvent égajcr leur siiliinde; el des travaux modérés appelaient chez eux l'abondance.

Le lendemain nous alUlmes, au lever de l'aurore, loule la famille el moi, au louibeau du sa.;e liiorles; ses cendres éi aient renfermfes dans l'urne de .sa chère Euphémie. Le père , la mère, les en ans et moi, nous évo.iuâmes .son ombre, nous limes les libaiions d'usage, el nous jetâmes des fleurs sur >a loinbe.

Je me proposais de partir pour Thèbes après celte cénniouie, de quiilcr ces bons et heuieux agriculteurs, qui joùis.saient du repos sans oisiveté, de l'abondance .«ans superflu, el d'une vie exemple de remords el d'inquiéiude; mais le cil se char.ieant de nuages, Chrysilla nie pre,s,sa avec lant d'inlîrèt el de grâce de différer mou dépari pour le lendemain , que , malgré le vif dé.sir qui m'enlrainail à Thebcs, je cédai sans peine à se.s dou(es instances. Ce fui hemeiisemenl pour moi, car l'alù.osphere se noircit de plus en plus; les nuages s'amomelèienl, bientol s'ouvrirent, et versèrent des lorrcns deau dans la campagne. Nous nous assîmes en cercle aulour du braier sur lequel .s'apprêtait le souper. Chrysilla enireienail le feu, le soulHail. Philolas causait avec moi en amenuisant le bout des échalas qui devaient élayer ses vignes. Il me dii que l'année précédente, voya

VOYAGES D'ANTEINOR.

géant en Laronie, et se trouvant à Amyolée, il avait assisté à la ffte d'Hyai inihe. ".le mis cuiienx, lui dis-je, d'en coiinailre les détails, d'aulanl plus que je complais la \oir pendant mon séjour à Sparte , mai-; une avenlure de mon ami Plianor précipita noire dépari et me priva de ce plai.'ir. — Je salis'^crai fidelemeni voire curiosité, car j'ai été témoin 0"ulaiie lies allenlif.

■ Vous savez qu'Amyclée est peu éloi,",née de Sparic. — Oui, j'y ai passé en allant à Gvlliium. — C'est dans cette ville, au moii d'h-calombéon (millet', que celle fêle est célébrée. Le tomliea'i d'HyaLinihe est dans le lemple d'Apollon, sous la slalne de ce dieu, dont la base est construite en forme d'aulel : .'ur celle base sont représentés en relief Céiés, Proserpine, Plnlon; à leur suile, les Parques et les Elcures. Après elles, on voit Vémis, Minerve, Diane, qui enlèvent au ciel llvaiinlhe avec sa soeur Polyboé, morle vierjje. Le jour de la solennité, les prêtres, avant de tacrifier à Apollon , ouvrent une pelile porte d'airain , qui est du côté );au( he de cet aulel. Tous les Larédénionieiis accourent à celle fêle; fiparle est déserte. On fait dessacr ifii es pendant Iroisjours à Hyacinlbe. Le premier e'^t un jour de deuil et de Iristesse ; on pleure la mon de ce btl enfant de f.lio ; on bannit les couronnes des repas; on man^e des j;âteaiix au lieu de pain: point de chants, point d'hymnes en l'honneur d'Apollon ; on supprime toutes les cér monies d'usage, loiil ce qui peui rappeler l'allégresse des beaux jours; les repas sont modestes et silencieux ; après quoi, dans le même silence, chacun rentre chez soi.

« I^e second jour , la joie et les plaisirs renaissent avec la lumière. On représente divers spectacles, on aisistent les per.<onnap,es les plus di-tiiifjués. ,1e vis paraiire des enfans dune ligure a.réable, velus de blanc, cou onnés de ro-'es et de myrle. qui ihanlaieiil en accoinpa",nant leur voix de la Mille ou delà cithare. Knsiiite de< jeunes gens ai;ilps cl bien faits, montés sur des chevaux superbes et ri<hemenl harnachés, cara'olèrent, se promenèrent sur le théâtre. Après eux vinrent deschnurs d'aulies jeunes gens qui chantaient, taiitdl à l'unisson, tantôt alleniali\ement, des vers analogues ;> la .soleniiilé dujour. Des danseuri se mêlèrent avec eux, et exêcutpreni des danses anciennes au ton de la Hille. Au milieu de ces jeux, on vit arriver des jeunes tilles, semblables aux nymphes de Diane, le sou.ire sur les lèvres, la gailê dans le cienr. Les unes étaient sur de< chars magnif)(;ues; dauties, armées en guerrières, parurent sur les chais destinés aux combaLs. Ces .spectacles finis, on (ommen a les .sacrifices. On immola quantité de victimes. Toute la ville respirait la joie et les plaisirs. On donna des fesli/is où les esclaves fuient admis, Le^in, la bonne chère, le rire, les bons mois, les chants, animaient et enivraient tons les (on\ives. Ces re|)as terminèrent la lêie In-nvanie du jour. Le lendemain, la vide piit une iace noinelle. La tristesse, le silence, succédèrent aux clameurs de la joie, et l'on pleura de nouveau la mort du bel et malheureux Hya cinthe. »

Ce récit nous condni.'il jusqu'à l'heure du souper, je vis, en nous mettant à table, qu'o • laissait une place vacante; je (ompiis que c'était celle de Diodes. J'en | arlai à ses en'ans. «Oui, me dit Philotas, cette place ne .sera jamais occupée, c'est un hommaije fjue nous lui rendons; et de plus nous \onlons entretenir une illusion (|ui nous trompe si agréablenienl. Nous croyons ce bon père avec nous ; quelquefois nous lui adressons la parole , et nous

pensons qu'il nous entend et qu'il jouit de notre conversation." Le repas commença par des libations. Philotas versa du lait sur le feu en l'honneur des dieux Lares de la maison. A la fin du repas, il br.'.la la moilied'nn pi]',con qu'il avait réservée en l'honneur du bon génie de f)io lés et des dieux Mânes. Je demandai des nouvelles d'Archias, de cet aimable fou dont l'amour a. ait dérangé la cervelle- Philotas sourit S ma question, et médit ; • Vous me rappelez mes anciennes loties; car quel homme n'en a son petit grain ? Mais la mienne n'est plus , et celle d'Archias empire tous les jours.

• Dernièrement il vit entrer dans le temple de Junon une jeune personne qui allait se marier ; elle était enlourée de sa famille, de son époux, et de tome la ponqie de celtecérémonie.Ce malhemeux.àson aspect, se passionne, s'entlamme; il s'approche, se place auprès d'elle; et lor.sque le prêtre prit la main du mari pour la inctl re dans celle de la lennne, Archias pré.senla la sienne, et on eut de la peine à l'empêcher de saisir celle de la fiancée. Cependant sa tête fermente, il se croit le mari de la belle Myrtho, c'est le nom de l'épouse. Au .sortir du temple, 'I suit la uiice en dansant et chanlanl un épilhalaine. Vous savez la vénération que les tirées ont pour les insensés, qu'ils croient inspires par la Di\inité' .On n'osa point le contrarier :on le laissa asseoiraufeslin. Il trépignait, pétillait de joie de se voir au nioineut de posséder une si Ijelle per.onne. Ses transp ris, ses yeux enllaminés, .ses propos, ses gestes, ses grimaces, tout annonçait le délire de son cd'iir et de sa raison. Il excitai: tour à tour le rire, la pilié. la colère et l'indulgenie. Vers la fin du repas, la chose devint plus sérieuse : il voulut emmener sa femme prélendue, il jurait qu'elle elait ù lui, qu'il l'avait épousée, et qu'il passerait la nuit a\ecelle. On eut bien de la peine i le letenir, et à a: ra(her Myrtho de .ses mains- Li)rsf|u'il vil qu'il ne pouvait l'enlever, il alla s'établir dans la chambie oii brûlait le flambeau nn|)tial 13') . Il avait déjà (piitlé son manteau, sa tunique'-, lorsque les époux arrivèrent. On ne put jamais lui faire entendre raison ; il criait qu'il avait épmi.sê .Myribo, et qu'il prétendait coucher avec sa femme. Comme on ne voulait pas employer la force, on eut recours à la ruse. On tit disparaître Mvriho, et on lui dit qu'elle s'était rendue chez lui. où elle ratiendait, et qu'on allait y porter le tlandieau nuptial : eu e^fel , <m remporta. Alors il sortit , et on en fut délivré. » Je ris de l'aicntnre, quoique je plaignisse le sorldeTinlb tune Archias.

Le jour uivanl , toute la maison s'éveilla avec l'aurore, et nous nous séparJnies âpre, les plui tendres adieux- J'arrivai à Ihebes avant la nuit. Phanor aci usait déjà ma lenteur. Notre départ lut fixé au surlendemain. Je profilai de ce peu de temps pour visiter la ville el quelques temples. Je vis celui d'Hercule, dont la statue est de ma bre blanc, sur la voûte duquel Praxitèle a gravé les douze travaux de ce demi-dieu. Vers la porte Ilomoloide, sur une colline, est le temple d'Apollon Isménien , ainsi nommé à cause du lleuve l.^mene qui coule lout auprès. Les Thcbains choisissent tous les ans un en ant de bonne maison, de figure a,;rcable el d'une taille avanla;,euse, pour le revêtir du sacerdoce de ce dieu. On donne à cet enfant le nom de porte -laurier, parce {(n'en effet il a

• Les Turcs ont les mêmes préjugés et la même opinion ■ ils rcspcclcnl les fous.

- Les Grecs couchaient tout nus.

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VOYAGES DANTÉNOR.

sur la léle ilne couronne de laurier. I^es porlê-laariers qui sont ri hP) ne manquent pai d'offrir à Apollon un trépied de l)r,)n7.e. A rentrée du temple e-l une Minerve deS"opa, et un M rfuiedp Phidias. A quelques pas audes.soui roule une fon'alne consacrée à .Mars, qu'il taisait autrefois -jacdcr par un dra.'jon.

Le théâtre est près de la po te Prœlide : non loin de l.'i, on voit sur un petit tertre le tombeau d'Amphlon et de 2élhus, entouré de pierre- qui ne font ni taillées ni polie.-:. On piciend qje ee sont celles qu'.Amphionattiiait par la douceur de son chant.

Je priai l'hanor de me conduire au londjeaudePindarc. ce prin e des po les lyriques, qui, maljré la prévention des Grecs coiilre les Thebains ', marche l'é^ial d'Homère: il unit la véhémence des fifjui'es, l'auda'e des métaphores, la vivacité des expressions, le nombre et l'Iiar monie, à la douceur et à la beauté des ima;;e;. Phaiior! en allant, nie raconta (pielques anecdotes de la vie de ce favo.i des muses: il avait appris l'art des vers d'une femuie nounnée Myrthi.s. On ra"on'e que, voya jeant un jour d'é;é, dans sa première jcunesfe, il fut si accablé de lacha'cur, qu'il .se coucha .'i l'ojubre d'un grand arbre, et s'y endormit: pendant son sommeil, des abeilles vinrent se reposer sur .ses lèvres , heureuv pré.^a.ie de l'harnioiiieet de la doH:'eiir de ses chauts. Son nom, brillant de j';loi e, .se répandit bientôt dans toute la Grèce, ido!At;edes piofluclions du f,éiiie. Un oracle de la Pythie mille comble à cette .gloire, en ordonnant aux habitans de donner à Pindare la moitié de toutes les prémices qu'on offrirait à Apollon. Cependant ce grand po'-te fut vaincu cinq fo's aux jeux olympiques par la célèbre Corinne; mais cette muse, bien inférieure à sou antaflonisle , dut ses couronnes et ses triomphes bien plus à sa beauté qu'aux accords de sa lyre :

Clio fut écoiiduilc , et Véaus eut la pomme.

Pindare. irascible connne tout poi-te^, se ven-;ea par des ëpiijr.unmes et des railleries piquâmes. On dit que sur la fin de ses jours, il eut un son ;e, une vision. Proerpine lui apparut, et se plaignit d'être la .seule divinité qu'.l n'ci'it pas célébrée dans ses vers. Elle ajouta : « .Vlais j'aur; ,• mon tour lorsque je vous tiendrai. » On assure qu'il mourut, dix joues après ce son-;e. au théâtre, d'une mort subi:e. Il v avait J Thèbes une femme vénérable, sa parente, qui chantait ses odes avec beaucoup de îîo.II et d'expression. L'uenuii, pendant qu'elle dormait, elle vil en .son.'ie ce po;'te, qui lui ch3n:a un hvmne qu'il venait! dil-il, de compo.ser en l'honneur de Proserpine : cette femme à son réveil se le rappela , et la m't par écrit. Cependant Pindare, mal.jré la ,c,loirc (|u'll faisait jaillir sur sa pal: le, fui condamné i'i une auiende considérable, pour avoir dit qu'.Vthcnes était lesouiieu de la Grèce ^; mais les Alhénens lui donnèrent le double de la somme qu'il devait payer, et lui éri,';èrent depuis une statue devant le temple de Mars, auprès de celle d'Harmodins et d'Ail-togiton.

Pendant ce récit nous arrivâmes hors de la porte Prœlide, au pied du stade qui meneau tombeau de Pindare : ce stade est formé eu terra se; au boni, en tournant à droite, nous entrâmes dans la lice de la course aux che-

' Bœotum in crassojiimres aère imtuiii.

' Genus irritabile vatiim.

' ficlie ode ne nous est pas païvcnue.

vaux. Le tombeau est au milieu de cette lice : it est d'un style simple, onibrajé par quatre cyprrs placés aux (|ualre au'^les. Deux eippes ornent les deux cotés : sur luu est sculptée en demi-relief une lyre surmontée d'une couronne de laurier; sur l'autre on voit Pindare, encore en ant , qui dort, et sur .'^es lèvres des abeilles qui .s'y repo:ent, d'autres qui volti;ent tout autour. Nous répandîmes des fleurs sur sa tombe, appelâmes trois fo:s sou ombre: nous récitâmes sa deuxième ode olympique, oi'i i( fait un tableau si î;racieux, si riant des Champs-Elysées; et, en parlant, nous le recommandâmes aux dieuc Mânes.

L'amoureux Phanor ne me permit pas de faire un Ion,-; séjour à Thèbes 13fi". Nous en partîmes le lendemain, des que l'oiseau de Mars ' annonça le jour. Nous marchâmes avec tome la dili.'jenre possible. Nous nous embarquâmes à Orope; les vents irritèrent souvent l'inipalienrede Phanor: Il promit à Neptune de lui .sacrifie/ une génisse avec les co-nes dorées, et un bœuf A Téthy:s, s'ils favorisaient .sa navigation. Il invoqua Nérée et les cinquante néréidesses filles; Castor et Pollux, dieux lutélairis des marins, (es Vît ux, ces prières ne parvinrent pas au\ oreilles de ces divinités; car, quoique rouî eussions d"c:.cellens rameurs et une bonne trirème, nous n'entrâmes h Smyrne qu'après le renouvellement d'une lune. Delà, sans nous arrêter, des che\ aux nous menèrent S l'heureuse contrée des Sardieus. Çiielle joie vive et pure! comme le ceeur palpitait au futur époux I surtout lorsque nous entrâmes dans l'asile fortuné de l'aimable Athénaïs. Nous pénétrons dans le jardin sans être vus; Aristide y était seul ; nous l'embrasons, nous l'accablons de nos caresses ; .sa joie égalait la notre. Apr,'s l'e fusion de ces premier:inomens, pour surprendre Athénaïs, il nous fit cacher derrière les arbres. X peine y fi1nies-nous , qu'elle parut fans être avertie ; elle assura ensnile qu'un mouveniciîf quelle ne put définir, une éino:ion inopiné, lui avaie;ii lait quii ter l'élude pour .se promener dans le jardin ; elle avait pressenti cpielque événement heureux. Sun aïeul l'aborda en hii disant : « ,Ie ne crois pas que notre ami Phanor arrive si loi. En tout ras, répondit - elle , ce ne sera pas sa faute, car je ne doute point de son empressement.— Et s'il larde beaucoup, lui pardonneras-tu ce délai? — Si c'était par sa négligence, non ; s'il avait des affaires, vous avez endurci mon âme à la patience et aux traverses de la vie, je ne me plaindrais pas. — Tu sais qu? nous sommes plus lourmenlés par l'opinion des choses que par les choses mêmes; que la plupa:! des maux cf des biens naissent de noire jugement. Ainsi, pour le rendre heureuse, imagine-toi qu'il est ici. — tjui? Phano:' ? — Oui ; s'il était là présent, que dirais-lu? — Mais je le gronderais de différer à se montrer. » Phanor, à ce.s mois, s'élance à ses pieds, ivre d'amour, de bonheur H de .«ensibililé.

Celte scène touchante finit par les larmes les plus douces. On appela Phalo-*, qui demanda si imus lui apportions aussi un mari. Phanor l'assura q l'il en avait un .'i Thebes, son parent, aimable, digne d'elle, et qui l'atteudait avec impatience.

Deux jours après, l'hymen fut célébré. Athénaïs, sélofi jC rit grec , porta une corbeille sacrée dans le temple dé

' Alce'rycn, soldai de Mars, faisant un .jour sentinelle lorsque ce dieu était avec Vénus , s'éndormil et les laissa surp"eDflrc par Vnlcain : Mirs irrité le mél.imorpho?a en coq

VOYAGES DANTENOR.

Diafte, potJr qiie cette dfesse lui pariionnât la perle de sa viiginile. L'expression me manque pour peindre le bonheur de CCS deux époux : celle iiil une jouissante de l'âme, celle des sens, celle assurance d'un avenir heureux, de vivre l'nn pour l'autre, nous jettent dans un enchantement, une ivresse, qui tont go.'iler sur la leri e les plaisirs purs et célestes dont ou prétend quejouisseni les dieux.

Lorsqu'il fallut qu'Aristide abandonnât sa douce retraite qu'il appelait son paradis, des larmes humectèrent ses yeux ; plus d'une ;ois il se rclourna pour lui faire ses ad eux, pour revoir les arbres qu'il avait plantés. Dès que les Athéniens apprirent que cet homme ju-te el malheureux, qu'ils croyaient niori depuis long-iemps, était à Thcbes, ils tirent éclater leur joie et leur fjénérosiié. Il fut rappelé par un concours général ; l'amende lut abolie; le Prylauée donna à chacune des deux soeurs, pour dol, trois mille drachmes. Mais Arislide ne jouit pas lonj'.-tenips de ce reonr de lortnne; soit chanî;ement de climat, ou l'essor d'une joie trop vive, sa santé commença à s'af aiblir. Il rei ut alors la triste nouvelle de la mort du jeune ( yrus, qu'il aimait comme son fils. Ce fui surtout le ijenrede i-a mort qui lui porta le coup le plus .sensible. Ce jeune héro<, éperdu d'ambition, avait pris les armes conire Arlaxercè.s, son frère aine. Il s'avançait vers Babylone à la léle de cent mille Barbares, de vinjit chariots armés, et de treize mille Grecs, sur lesquels il appuyait toule l'espérance de sou succès. Son frère l'atlendil à Cunaxa, à vinijt lieues de Babylone, avec nue armée de douze cent mille lionunes, el décent cinquante chariots armés de faux. In peu avant le condjal, Cléar(|ue, général des Giecs, conseilla i Cyrus de ne point exposer sa personne, et de se lenir derrière les bataillons grecs. « Qu'oses-lu dire.' répliqua Cyrus. Quoi! lu veux que lorsque j'aspiie à me faire roi, je me rende iiidi.^,ue del'èlre!» Il choisit six ceuts cavaliers d'élile, combattit avec eux léte nue; car tel est l'usairC des Perses un jour de bataille. Dans la mêlée, il aperçoit une troupe de six mille chevaux que son frère commandait ; il I nnd sur eux avec six cents cavaliers, tue le commandant de sa main, et disperse le reste. Alors, découvrant .son frère. qui n'avait pas quille le champ de bataille, il se précipite sur lui les veux élincelans. en .s'écriant ; .!>• le vois. A ri axe ces l'atlendil de pied ferme : les deux frères, aussi acharnés l'un contre l'autre qn'Élcocle el Polynice devant Tliebes. combaltent avec rage. Le roi a sou cheval tué sous lui ; il se relève, en monte un autre, et court sur son rival, qui le reçoit avec la même intrépidité el leble-ise encore. Artaxercès, en lion furieux, s'élan e de nouveau sur lui le cimeterre levé, et le plonge tout entiei' dans son sein (yrus veut .se venger, mais il chancelle et tombe sans vie. La plupart de ses o'ficiers, dont il éiail adoré, se firent tuer sur son corps. Ainsi péril à la fleur de son âge ce jeune héros, qu ternit par une ambilion iumiodérée les qualités les plii.s heureuses.

Aristide le pleura comme son fils; el la douleur acheva d'user le fil (pii ralia''hail encore à la vie. Vn jour, au sorlir de table, dans le mois boédromion, septembre , Il tondja en faiblesse. .Sentant sa fin prochaine, il fit approcher ses eufans et leur dil ;. Laisse?, les larmes, les libations, les honneurs funèbres: c'est par des vertus qu'on honore la cendre de ses pères. "Bienlot après il expira en disant ; • Je vais faire un long sommeil. «

Alcibiade ordonna (pie son corps m transporté au port de Phalere, oii les Athéniens lui élevèrent un lombeatr Ils

étendirent leur générosité jusque sur les descendans de ce grand honnne.

Phaloé épousa un jeune Tbébain , parent de Phanor, dont elle fit le boi.heur. Je restai avec ces aimables amis jusqu'à l'expiration de l'année fixée par Laslhénie pour mes noces aves '1 élésille.

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