CHAPITRE CXIV ET DERNIER
De Télésille , de sa b aulé. Sort mariage avec Aniénor. Viéincnse de Las.héuie. Sa mort.
Pendant mon absence, la beauté de Télésille s'était développée, sa physionomie élait plus animée, ses yeux parlaient un langage plus exprcssi. ; les nouvelles facultés de sou âme venaient s'y renéchir eu traits de feu; la timidité, une modestie aimable, tempeiaient sa vivacité; son esprit s'était eoiichi d'une érudilion agréable et solide; sou accent élait aussi pur que relui du preirier orateur d'Athènes ; sa voix iOrmée donnait des sous doux et mélodieux. Je l'épousai huitjours après mou arrivée, et je bus à longs traits dans la coupe de la élicite. Je semis a'ors plus que jamais que, malgré le sysKme des faux épicuriens, le bonheur consiste plus dan» les a fections de l'âme et les travaux de l'espril que dans la jouissance des sens. Les plaisirs sensuels, vu la faiblesse de nos organes, ne peuvent durer que des momens; s'ils ne sont pas niesurésà notre aiblesse, ils fali;;uenl et détruisent la constilution la plus ferme, amènent les maladies et la mort. Les plaisirs de l'esprit el du cueur sont de lous les temps, de lonles les h(ures; ils nous suivent parlout, aux champs, à la ville , dans le inonde, dans la solitude, et ils enibelli;sent tons les âges.
La.sihénie eut une vieillesse exempte d'infirmités : à l'âge de soixante ans, elle continuait ses mêmes promenades, ses nicnies excifices, lra\ail!ai( avec la mtme ardeur dans son cabinet. Lorsqu'on lui représentai! que celle assiduité à l'étude pourrait nuire à sa sanlé, elle répondait : «J'aime mieux m'u.ser que me rouiller.» Ses Irails éiaient si peu altérés, que les jeunes gens recherchaient sa sociélc avec aulaiil d'ardeur et d'intérêt qu'en inspirent la jeunesse et la beanlé. Un jeune homme des meilleures familles d'Athènes, foil épris d'elle, sollicita vivement sa main. Laslhénie demanda jn.squ'au lendemain pouT' faire sa ré| oiise. Ce jour elle changea ses vê- Icmens el sa parure, qu'elle .soignait loujours avec goiM. et proprelé, disant qu'il lallail desenlaidir la vieillcse. Klle prit le costume d'une femme de son âge. .Sa tunique élait d'une couleni' terne 1 9), son manteau d'un drap grossier et soud);e; le b rd de sa rohe, au lien d'être garni avec des Irauges d'or et d'argent, n'en avait que de laine. Elle cacl.ja .ses cheveux , 1res beaux encore, se comba sur un bâion, et allendit ainsi s(m jeune anianl- Des qu'il la vil , il recula el resta muet. Je tais tén;oin de celte scène. Laslhénie s'avance vers lui, et lui demande s il veut la conduire an temple, ajonlant qu'elle élait revêtue de .ses habits de noces , et con;orménient à son âge. Celui-ci comprit la plai.sanlerie, et renonça, quoique avec peine, à ses amoureux projets.
A soixanle-dix ans, elle voulut apprendre les mathématiques, et y fil des progrès. Un jour on lui vantait la tranquill té, leboidieur de sa vieillesse, dont l'af proche et la perspective inspirent laiil d'horreur â la plupart des hommes. « C'est , dit-elle, que j'ai employé la première partie de ma vie à rendre l'autre plus heureuse. ■ Enfin , jusqu'à
VOYAGES D'ANTÉINOR.
«a qiiaire-vinfît-cinquiènie année, époque de sa mori, elle sui.il à peu près le inéiiie kyslfuietle vie qu'elle avait adoplé à l'âge de i renie ans. elle pouiail dire qu'elle a\aii véeu loul enlière jii.sqii'j son dernier jour, ayant parrouru relie lonjjue période sans avoir essuyé aucune maladie un peu grave.
Cette aiinai)le philosoplie eut le pressentiment singulier de sa deslniction proi haine. L'iniredulilé .^e moque de ces averlissemens; le sage s'en étonne, et doule ; il pénètre si peu dans le mystère des causes, qu'il esi ol)li,;e de souniellrc .sa raison. Trois jours avant sa nior;, elle me fil appeler. Sa sanlè n'avait reçu aucune .secousse violenle; elle déclinait (omme un beau soleil de.scend du mpridieii. Elle me dit d'un air calme et serein : • J'a tra\ aille louie la niatinéeà débrouiller ce falras d'érrilures innlllesà la postérité, mais qui, en m'occu|iant et ni'inslrjisanl, ont éinoussé les épines de ma vie. Voiii .seulement troi^ manuscrits que je vous confie, auxquels vous donnerez le jour, s'ils méritent de le voir. L'un est une tragédie; l'autre, un liailedu bonheur; le troisième, un sujet poliliqne que j'ai médité pendant quaranle ans, savoir, quel est le gouvernement le plus cm enable à l'espèce humaine. L'art de procurer aux .sociéles la plus grande somme de bonheur possible est une des branches les plus intéressantes de la philosophie. \ ous ver. ez que je ne penche pas pour l'ochlocratie, (|ui n'est qu'une anarchie décorée du l)eau nom de liberté. Ces sortes de républiques vont se perdre bientôt dans les vastes empires du despoli.snie. J'ai oui dire, il y a bien des années, an sage Anacharsis, qu'à ^thânci, lc< siigcs con^iilitutnl, et les fous dclibélaieiit. Le peuple a une léle trop vide, im estomac trop débile pour digérer un aliment tel que la liberté. .Mais je >oiis renvoie à ce mémoiie. Tout le reste de mes papiers est condamn:' au téu et va périr aujourd'hui. — Pourquoi
vous presser de leur laiie subir cel arrêt ? attendez —
Mon ami, ma dernid'e heure approihe, la mort est derrière moi ; dans irois jouis votre amie aura rejoint .ses aïeux. Soil pressenlinidil , loil que noire âme retienne de la Divinité doni elle est émanée quelque iiolioii de l'avenir, je crois ma mon certaine ; c'est un secret que je ne confie qu'à vous; écoulez: Celle niiiije li-ais, je inedilais; tout àioup mo.i génie m'est apparu, tiisie, sans couronne de Heiirs, la iélecouverle d'un voile. Je l'ai vu; j'ai frissonne; je me suis levée, et il a di.parn.
«Depuis, ui.e »oi\ iiiecrie inlérieuieinent : «Dans trois jours tu ne seras plus. «Cachez cel événement i lousceux qui m'enlouieni ; ils m'aimcMi, je ne veux pas les aflli er d'avance: leur douleur, leurs larmes rbranleiaienl ma fermeté et (ontri.steraienl mon Ame. • J'éioiiiaisce discours avec un rionnement mêlé de terreur. Je savais que, par une faibles.se et une conliadiiiion de l'esprit humain , elle avait toujours cru ii l'exisience des génies : je combattis celte apparition, et lui discpierevistencedes génies était une chimcre, une créai ion de nos préjugés. ..Souvent, répondit ePe, pour vouloir s'élever au-dessus des préjugés, on finit par en ado, lier un qui les embrasse tous , c'est de ne rien croire au-delà de ce qui 1 rappe nos scn.s, et de leque nous voyons avec les yeux de l'habitude. Mais, en reapchi.ssant un peu, nous devons .senlir que nos lumières sont courtes, et que la naliire a une infiiiilé de .secrels qui .sont encore à deviner. A l'égard de l'exislence des .génies ou démons , l'aiialo,',ie est pour moi. Toutes les prodiiclions de la Diviniiése liennenl, ou paraissent se tenir par une chaîne imperceptible et con-
tinue. Le premier anneau de celte chaîne est la matière inerle, passive et sans organes : tels sont les minéraux. L'anneau suivant est formé par le règne végétal ; les plaines ont du mouvement, une étincelle de vie, peutéire des sensations sourdes, hur les bords de la mer, je trouve les c.)quilla,;es doués de plus de vie , espèces d'animaux qui licuiient encore an règne végétal.
"Je parcours la terre , et j'y trouve le principe de vie dans lou!e .son inlensilé. Les animaux ont comme nous des sensations disli-'cle.s, des idées, des senlimens d'amour, et 11 éme d'amiiié Comme nous, ils se reproduisent, se loni la guerre , .s'aiment ou .'.e délestent. Chaque espèce a .son caractère et sa mesure d'inlelligence plus ou moins étendue. Kn^ii je vois l'homme, le Iront levé vers les cieux , former le dernier anneau de celte longue chaîne. De ce dernier terme justpi'j la Divinité, quel désert ! quel vide immense! Ici donc la liaison .serait inlerrompue, et la nature en délaul ? je n'en crois rien : l'analogie prouve (|ue cet espjce est rempli par des génies , des intelligences qui continuent la gradation de l'honime à la Divinité, comme l'animal remplit l'inleivalle du végétal à l'homme. — Mais en admettant votre système , je ne dois pas ajouter foi à la prédiction de votre génie; votre santé le dément, et vous promet encore nombie d'années. — Mon ami, ne vous fiez pas à l'éclat d'une lampe qui s'éteint. » Après ces mots, elle conlinua de bjiller ses papiers. Frappé malgré moi de celte pré\ision, jiendant le reste du jour j'ob.vervai ses démarches , son visage , ses paroles , les mo'ivemens de son âme : le calme y régnait , son visage était serein, .le m'aperçus seuleinenl que, sans rien affecter, elle réglait ses affaires, fuyait la solitude qu'elle avait laiil aimée, nous recherchail , sa sa-ur et moi, avec plus d'empressement , el redoublait ses caresses.
Le lendemain elle nous échappa. Je la cherchai : je la ;rouvai dans le bois de cyprès, as ise au pied de l'urne qui devait ren ermer sa cendre. Elle avait un livre à la main , et rêvait prorondéinenl. «Que faites-vous ici , lui di.s-je, rêveuse et solitaire? — Je lisais l'immortel dialogue de l'Ialon, ce l'hédon si fameu.v qui conlieni le récit des derniers enireliens de Sociale et sa moi t. Cetie lecture m'atferinil dans l'idée de rimmortalile de l'âme (138); .sa mon sublime me familiarise avec ce terrible passage. Je suis avec lui dans la pri.-on .j'observe tousses niouvemens, je l'écoule : je vois aniver sesenfans, il les embrasse, et les renvoie avec les femmes: .ses amis s'aperçoivent avec effroi que le soleil est desce du de riere la montagne. On apporle la coupe fatale: Socrale adresse sa prière au ciel , recoil la coupe et boit la ciguë. J'enlends les (ris, les pleurs de .ses amis; d'un visage tranquille il leuj- reproche celte faiblesse. Il se promené,. se couche sur .son lil des qu'il seul ses jambes s'appesanlir; la mort s'élend , le glace par de;',rés ■ un esclave lui louche les pieds, il ne les sent plus; il dit enfin .son dernier adieu à ses amis, qu'il laisse seuls sur la Une : alors je ferme le livre el je pleure. J'espère mourir aussi paisiblement. » Elle ajouta : «Je inc suis amusée à composer mon épilaphc ; bientôt \ ous la graverez sur cette urne ; c'est vous que je charge de ce soin. La voici :
Ici gil LiisMiênie , ou plulùt ci-gll rien ;
O ricii a ma l'homiête, et lit un peu de bien (39.)
• (^)iioi, lui dis-je, toujours des idées lugubres! comment, avec tant de foice d'esprit, tant de cr.Mulité! — Mon ami, la nature ine redemande ce qu'elle m'a
Muujmtu
VOYAGES DANTENOR.
prélé:je ne crains poinl la inorl; depuis long-temps je m'y pré|iai e :elle est dcvanl mes yenx, dans ma pensée; elle ni'ejneloppe de ses ombres; cepeudaiil je l'eiivisaye sans pâlir. Au resie, vous saurez bientôt si ce pressentiment est un avis des dieux , ou un mouvement de faiblesse etd'eireur. • Elle passa le resledela journée avec nous et quelques amis, sans la moiiid.e empreinte de ti-islesse. mais ramenant souvent la conversalion sur l'essence de l'âme, son immatérialité, sur les senliinens des philosophes relaiivcment à son existence future. «Où était celte âme, disait-elle, avant sa réunion à la maliere? quefailelle pendant notie sommeil, ou quand le corps est frappé de léthargie? pourquoi si debilt , si nulle dans l'enfaMce, si affaiblie dans la vieillesse?" On voiait qu'elle désirait survivre à sa dépouille mortelle, et (|u'elle cherchait à s'éclairer des lumières des grands philosophes, et à s'appuyer de leur opinion.
te troisième jour, terme fatal de sa carrière, selon fcin pres.senliment , des : on lever, je courus dans .sa chambre; j'aperiiis sur .son visa ;e nu peu moins de sérénilé qu'à l'ordinaire. Elle m'avoua qn'i son réveil elle avait eu le cœur oppressé en son ;i aut qu'elle s'éveillait pour la dernière fois, qu'elle n'avait pu jeter ses regards sur tout le qui l'environnait, et qu'il fallait quiller pour jamais, sans répandre des larmes. «Mais, ajonia-t-elle avec le calme du courage, pardonnez-moi cette faibleste; c'e<>t le dernier soupir que je pousse vers la vie. — Voil,^ la journée qui s'avance, et vous vous porte/, tout au si bien qu'hier. — Attendez, elle n'est pas encore écoulée. » Elle avait, ce jour-là, ras.semblé ses amis les plus iulimes, et commandé un grand repas. Elle en til les honneurs avec sa grâce et .sa facililé accouluniee. Son esprit s mbia biiller d une nouvelle clarté; elle fit le^ d lices du souper. Hélas ! c'était le dernier éclat d'un météore qui allait s'éteindre.
Apres le .souper, elle eut un concert. Lorsqu'il fut fini , qu'il ne resta plus que les gens de la maison, elle sentit quelques fiissons, et demanda du feu. Elle fit des réflexions sur la brièveté de la vie. ' Oui, dit elle, la vie est un éclair. Il y a pourtant quatre-vingt-cinq ans qu'après une éterniié de non-existence, un brin de matière fut animé, et ce fui moi. Que suis-je venue faire sm- ce globe? que sont devenus ces jours, ces mois, ces heures qui souvent me pesaient, dont j'ai si souvent désire la fuite? Tout s'est enfoncé dans l'abimc des temps; le temps lui-même périra. Je vais rendre compte de ma conduite à cet être qui crée et détruit par la seule pensée; je me repo e sur sa bonté. Je n'ai connu ni le vice ni la haine; j'ai fait le bien quand je l'ai pu .. Mais allez me chercher Théophraste (c'était son auteur favori ; ; vous m'en lirez quelques chapitres. » Quand j'eus apporte le livre, elle l'ouvrit et me dit ; • Lisez ce morceau, il e«t éciit de ma main. ■ Je lus :
• Théophrasie, dans une extrême vieillesse, se faisait porter eu liiirre dans la ville ; le peuple s'empressait autour de lui , et l'accueilla t avec des transports de joie et des marques de vénTalion. Il cessa tout à la fois de travailler et de vivre. La Grèce entière le pleura, et tout Athènes assistasses funérailles.— Hélas! dil-elleen m'interrompant, mes amis me pleureront a.sil Poursuivez. —A sa mort, ses disciples enton aient ■ on lil. Il leur tint ce discours : • La vie nous .séduit: elle est pourtant comme les champs incultes, qui poricnl plus de ron es et de lacines amères que de fruits agréables; mais l'espérance
marche à nos côtés pour nous adoucir les aspérités de la route. La gloire nous promet de grands plaisirs; c'est une lumière fugiiive qui nous trompe et nous é,;are. Cependant, mes diers disciples, suivez votre penchant ; si vous dédaignez la celfbiiié, vous vous épargnerez de grands travaux et de vives inquiétudes; si vous avez le courage de poursuivre ia gloire, elle .sera peul-éti'e votre récompense. Souvenez-vous seulement que la plupart des projets, des soins, des désirs qui a, litem noire vie n'en valent pas la peine; ce .sont de ces va|ieurs légères, condensées par la nuit, qui se di.ssiptnt au lever du soleil.» — lia raison, dit-elle : que d'iil),ets m'ont paru graves, inléressaiis, qui aujourd'hui nie semblent bien niéiirisables!
— «Omes amis! quel éiiv imoncevable que l'homme! quelle alliance bizarre de i assious folles et de réilexions si sages! une exis'c.ce si couile , et des projets si vastes! lani desavoir sur des choses presque inutiles, et une ignorance proionde sur ce qui riiitrresse le plus! ce principe qui pense, qui voit si loin de lui. et qui ne peut .se conna.tre lui-même! enfin ce désir insatiable du bonheur, avec si peu de moyens et de lumières pour nous rendre heuieux! ■ - Zenon, reprit Lasthénie, disait que le moment de la vie le plus heureux était celui ou on la quittait. ■ En finissant tes mois, elle jeia un proiond loupir. Jecontii.uai ma lecture : -Si les hoiiunes vivaient plus longtemps, ils perrectionnera'ent les arts et feraient de plus grandes découvertes. Je vais terminer ma vie au moment ou je coinmenre à m'iustrui. e et à former ma rai.son. »
— Je pense co le lui; hélas! je n'ai pas eu le temps d'apprendre! " A peine Lasthénie eut prononcé ces dernières paioles, quelle londje dans mes bras : je l'appelle; elle ouvre les yeux, me .serre la main , et expire.
Ainsi finit celte iemnie adorable, dont la modestie et la philosophie même nuisirent à sa célebriié. Elle égalait Lfontium, Aspasie, par les lalens, l'esprit et la beauté; elle avait au-dessus d'elles la philosophie de l'ànie. Les premières étaient philosojjhes par système, peut-être un peu par vanité ; Lasthénie l'était par instinct , .sans laste, sans effort , et sans songer à rêlrc. Cependant ces deux femmes ont laissé une grande répulation, et Lasthénie n'a survécu que dans la mémoire de ses amis ; son nom a péri avec eux. Heureux si le tribut d'éloges et de reconnaissance que je lui paie aujourd'hui peut lui mériter de la pustéri.é l'admiration et l'estime qu'elle a obtenues de .ses contemporains !
Celte mort me jeta dans une triste.sse profonde , que le temps adoucii un peu , mais ne dissipera jamais. J'avais perçu l'hanor ei sa femme depuis nombre d'années; mon épouse ne survécut paslong-leiiips;i sa .sœur, deuxenfans que j'en avais eus étaient moiis avant l'âge de puberté. Ain i, comme Deucalion et l'yirha, je me trouve isolé su • la terie , entouré de débris et de i ïdavres , et fatigué d une lon.jevi.e qui me lait sinivre à tout ce qui me rendait la vie chère. Sans amis, sans ai lâchement, je crois errer parmi les ombres ; cl la terre est devenue |)our moi une so;ilude profonde
Lasthénie s'élait fait des principes dès sa jeune.sne. > L'homme, disait-elle souveni , enveloppé de ténèbres, a be oin du flambeau de la morale, comme, dans une nuit obscure, il lui faul une lumière pour éclairer .ses pas. »
Voici .ses maximes, lelles que je les ai trouvées dans ses pap ers :
De lie jioint chercher à augmenter sa foiluue; de l'écoDoraiser et d'en jouir ;
VOYAGES D'ANTÉNOR
De niellic les pl.nisirs de l'esprit el du cœur bien au-dessus des plaisirs des sens ;
D'être (rfs indu'Renl pour les hommes ; de les obliger sans niofif d'in'érél el de reeonnaissanee, par devoir el pour soi ; de respeetcr leurs prineipes, leurs opinions publiqu ment, e( de ne les adnietirc pour tons qu'aprôs un unir examen ;
De prendre sa eouseicuce pour arbiire entre elle et les hoinmes ;
De ne pass r aucun jour sans avoir donné quelque temps à l'élude; c.ir, disail-elle, qui n'avance pas, recule;
De préférer ses devoirs à ses plaisirs , ses plaisirs à la gloire ;
De ne jamais uieltre son amour-propre en opposition avec celui des autres ;
D'assaisonner le repos par la fatigue , les jouissances par les privaliODS ;
11.' vivre plus long-temps i la campagne qu'à la ville, dans la rilraile que dans le monde ;
Ile prnser peu à la morl , idée Irisie e( inulile, el qui n'apprrnd point à mourir ; ntais de songi r à vieillir de bonne heure, à se prépari r pour l'hiver de la vie des ressouiresel des jouissances , parce que la vieillesse est longue , et que la mon u'esl qu'un momeni ;
D'opposer la bonne conduite à la salire, la douceur à la méchancelé , el l'oubli des bienraits rendus à l'ingralilurie ;
De réduire quelquefois ses besoins pour soulager l'indigent ;
De préférer une bonne réputa'.ion à la célébrité, les verlus aux lalens.
Les lumières sans la verlu .'ont comme ces méléores.ce* feus follets de la nuit qui nous égarent et nous mènent souvent au précipice.
Trop de finesse nuit daps l'esprit des hommes ; ils vous savent gré d'un peu de facilité i vous laisser Irpmpcr.
FIN DES VOYAGES d'AMTÉIVOB.