‹ Œuvres complètesChapitre 128 sur 416 · VOYAGE EN · texte numérisé non relu

VOYAGE EN

son arche, n'était pas en meilleurecompagnie. At'c, Maria , dit don manuel en entrant ■. père , nous avons fann , qu'avez-vous à nous donner?— iVarfrt ( rien }. » J'aperçus un (;l;;ot de mouton appendu à son crochet ; je lui demandai à qui il le destinait. ~ Oh! je le f;arde pour deiis (P"ands cordeliers qui doivent passer dimanche; d'ailleurs c'e^t aujourd'hui vendredi, je ne veu\ pas (griller en enfer pour vous autres.— Tiens , mon ami , dit le poète du Toboso , voilà un peso dura ( cinq fiancs ) pour ton gifjot; demain tu iras te confesser, tu auras l'absolution, ton péché sera effacé, et l'argent te restera. » Kntre deux intérêts pressans, ordinairement celui du uioment l'emporte sur celui de l'avenir, et notre hôtelier nous livra le mouton ; mais , en le décrochant, il fit le signe de la croix, en priant la Madone de fermer les yeux, et de lui pardonner.

L'après-dînée nous continuâmes notre route à travers des montagnes encore plus hautes, plus escarpées que celles du matin. Le porte de la Manihe me laissa seul dans la voiture. Il ne voulait pas, disait-il, donner .sa chair délicate à dévorer aux vautours. Chemin faisant, dans un enthousiasme poétique et amoureux, il composa et chanta ces vers :

Écho , de celle que j'adore, De Clara redis-moi le nom , Redis-le au lever de l'aurore , El quand le soir sur l'horizon Phœbé reparaît encore ; Fille des bois , Dis-nous cent fois Le nom de celle q<ie j'adore.

Que dans le fond de ces diîseris Le nom de Clara retentisse , Et qu'en chorus tout l'univers Et le répète et l'applaudisse.

« Je doute, lui dis-je, que tout l'univers entende la voix de l'écho , et répète en chorus le nom de Clara.— Si ce n'est l'ccho qui opérera ce prodige , ce sera une muse qui portera ce nom d'un p6Ie à l'autre ;ie veux l'immortaliser, comme Ovide a immortalisé Corinne, et Pétrarque la belle Laure. ■

Pv'ous marchions à pas lents, la nuit approchait, l'ombre descendait sur les montagnes, lorsque nous arrivâmes auprès d'un ermitage. Le lalcssero nous dit que sa pauvre bête ne pouvait aller plus loin ; qu'il y avait encore trois heures de chemin ju.squ'â Carthagène ; qu'il fallait prier le saint ermite de nous recevoir. Cet asile nous convenait très peu; mais il fallut fléchir sous la loi de la nécessité. Nous frappâmes à la porte de l'ermitage, où nous apercevions de la lumière. Un gros chien nous répondit par ses aboiemeus. L'ermite paxut à une lucarne, et nous cria; « Que désirez-vous?» Je lui répondis que nous étions des voyageurs fatigués et surpris par la nuit, qui lui demandions l'hospitalité. Après quelques autres questions, il vint nous ou\rir la porle. Le Cerbère de celte caverne gronda à notre aspect, nous présentant une file de dents qui effrayaient l'amant de^ nmses , qui n'avait pas de gâteau à lui offrir ; mais l'ermite fit taire ce dogue :

Semblable à l'Océan qui s'apaise et qui gronde, il s'étendit aux pieds de son maître en murmurant ;

Page 1