ADOLPHE A BERTAUT
Il l'informe de la situation de Blanche, cl le conjure de retirer sa malédiclion.
O vous que je n'ose nommer mon père ! daignez vous rappeler un instant que Blanche est voire fille : vous avez béni le ciel de sa naissance ; elle est ornée des plus aimables qualités , des vertus les plus pures , de la douceur d'un ange; malgré vos rigueurs, elle n'a pas cessé un seul instant de vous aimer, de former des vœux pour votre bonheur. Eh bien! monsieur, cette fille si intéressante est en proie à une maladie affreuse : la mort plane sur sa tête; et dans ce moment d'horreur, oubliant ses maux et son danger, elle ne songe qu'à son père; elle implore vos bontés, son pardon; elle vous conjure, vous supplie , par ce Dieu , qui peut-être va bientôt la juger , ce Dieu qui prêche le pardon des injures, de relirer votre malédiction. Lui refuserez-vous cette grâce aux portes delà mort, dans ce moment où tout .s'effare , où la pitié réconcilie les plus grands ennemis, où la haine la plus invétérée pardonne ? Au nom de ce Dieu que vous implorez pour vous, au nom de l'humanité, ouvrez votre âme au repentir de voire fille ; retirez le poids de cette malédiction qui la précipite vers la tombe; et s'il vous faut une victiine, je m'offre en sacrifice Songez que si la mort frappe votre enfant vous vous préparez des remords éternels, puisque l'excès de vos rigueurs eu sera la cause. Recevez, monsieur, avec indulgence, mes suppUcations, et l'assurance de mon respect.
ADOLPHE A MADAME DE SAINT-OMER
Suite de la maladie de Blanche.
La nuit a été terrible. Milord n'a pas voulu quitter le chevet de sou lit ; uousravons veillée tous les deux. Quelle nuit ! je croyais voir un gouffre ouvert à mes pieds , et le désespoir qui m'attendait pour m'y précipiter. Ce matin , elle va beaucoup mieux. Un nouveau fil me rattache à là vie ; je ne crois pas m'abuser. Milord me l'assure; de plus. Blanche a la tête absolument libre. Elle a remercié milord de son zèle , de .ses soins ; elle ma prié de prendre du repos : elle m'a parlé encore de celle épouiantable malédiction qui la tourmeme. . J'espère, a-t-elle ajouté, qu'il me pardonnera. . Je .suis sorti pour quelques minutes, et elle a dit à milord ; . Si je mourais , je vous recommande mon mari; il serait bien à plaindie. Pour moi, l'image de la mort m'effraie moins que je n'aurais cru; je dois mon courage à la religion, à la persuasion intime de l'immortalité de l'ànie.. Elle a demandé un confesseur, milord lui a promis de lui en chercher un, si la maladie devenait
plus dangereuse. Mais, m'a-t-il dit, si nous avions le malheur de la perdre , je dirais de cette aimable femme, ce que la garde de La Fonlaine disait de lui : « Dieu n'aura jamais le courage de damner une âme aussi pure, aussi candide. » Je salue ma chère tante ; je vais m'a.sseoir auprès du lit de Blanche, vivre de sa vie, ou mourir de sa mort.