‹ Œuvres complètesChapitre 151 sur 416 · THÉAGÈNE · texte numérisé non relu

THÉAGÈNE

Tu?

ACHILLE

Si. Ne giainmai Sappilo ; io parlo iiivano.

THÉACÈIME.

Odi : ma dimmi.

Almen perche....

ACHILLE

Dissi abastanza

THÉA«i:lME.

E credi.

Che di te sola io tema ?

Credi hastar lu sola ?

ACHILLE

Io basio. E (renia.

(28) On peut, à l'appui de l'avis de d'Alembert, citer celui de Jean-Jacques ; « Les pièces Irafiiques , en général , sont peu touchantes; il y a beaucoup de di.icours et peu d'action sur la scène française ; peut-être est-ce qu'un Français parle encore plus qu'il n'agit. Tout se passe coinniiinéinenten beaux dialoguesbien a(;encés, ronflans, où l'on voit d'abord que le soin de chaque interlocuteur est de briller , quelque agile qu'il puisse Nre ; ils songent toujours plus au public qu'à eux-mêmes. Cependant chez Racine tout est sentiment ; il a su faire parler chacun pour soi. »

(29) Jean-Baptiste Rousseau a fait aussi un portrait de l'Amour, qu'on peut comparer à celui du Tasse:

D'un faible enfant il a le front timide, Dans ses yeux brille une douceur perfide : Nouveau Proihée, à toute heure, en tous lieux, Sous un faux masque il abuse nos yeux. D'abord , voilé d'une crainte ingénue , Humble captif, il rampe, il s'insinue; l'uis tout à coup, impérieux vainqueur.

Porte le trouble et l'effroi dans le cœur.

(30) Faut-il s'étonner de l'empire de la mode sur un sexe nourri de vanité, lor.sque l'on a vu les Romains admettre l'inOuence de la mode jusque dans la manière de se donner la mort? A Rome, il était honorable de se tuer d'un coup d'épée, de s'ouvrir les veines, de s'empoisonner, de se faire mourir de faim; mais il était déshonorant de s'élrangler, ou de se précipiter.

(31) Cette beauté était une jeune princesse de Bade. D'autres personnes content différcnnnent celle histoire, et rapportent que ce fut en conduisant à Erfort les cendres d'une fennne adorée, que Bannicr vit cette princesse pour la première fois. Sa passion fut si violente, si effrénée, que dès cet instant la guerre, la gloire, la pairie, tout lui devint indifférent. De retour ù son armée , il ne fit que tenir table pour boire à la santé de sa divinité. Le jour qu'il reçut le consentement du marquis de Bade pour épouser sa fille, il donna une fête magnifique, fit tirer deux cents coups de canon. Après son mariage, il fut tout à l'amour. Son bonheur fut de courte durée ; il mourut, comme Vert-Vert, accablé de sa félicité, âgé seulement de quarante ans.

(32) M. de Laborde , dans son Foyage en Suisse , raconte qu'il allait, en 1781, au château de Ferney, pour honorer les mânes de ce grand homme. Voici sa narra-

tion. « En apercevant le château, je tressaillis, et m'écriai : ■ Hélas! il n'est plus! et peuî-étre, sans son voyagea Paris, il y serait encore. » Aussitôt je descends de voiture. Je m'approche, impatient d'exister au même lieu où ce grand hounne avait vécu. On vient, on ouvre, je me précipite, on me repousse , on me refuse l'entrée , et l'on me dit que le maître a donné des ordres pour ne laisser entrer personne. « Que voulez-vous dire ? in'écriai-je avec vivacité. Quel est ce maitre qui renonce à voir des Français ? est-ce que ce château n'appartient plus à M. de Villelle? — Monsieui-, il l'a loué. — Est-il possible qu'il ait loué ce qui restait de Voltaire ? — Ce n'est que pour un an.— Et quel est le successeur du premier génie de la nation ? — C'est un Anglais, — Robertson , sans doute? — Non, c'est un marchand de Londres, qui n'a qu'un bras, qu'une jambe et qu'un œil, — O ciel ! n'importe, je veux lui parler, — Il n'y est pas, — Reviendra-t-il bientôt ? — Je l'ignore. — Et le coeur de Voltaire, où est-il? — Dans l'office, sur une planche. Est-il possible ! Mais puisqu'il est ici, laissez-moi le voir un seul instant, je vous donnerai ce que vous voudrez,— Monsieur, je serais chas,sé. — Maudit valet! que le ciel te confonde, ton maître et toi, •

(33) Dès que la cour de Londres eut appris la mort de Newton , elle ordonna que son corps , après avoir été exposé sur un lit de parade, comme les personnes du plus haut rang, fût ensuite transporté dans l'abbaye de Westminster. Le poêle du cercueil fut soutenu par le grandchancelier et par Irois pairs d'Angleterre, On lui éleva un loinbeau magnifique.

La dépouille de Voltaire est aujourd'hui au Panthéon, mais elle est ignorée, et cachée dans l'obscurité. A Balstat, village suisse, au pied des montagnes du Jura, on voit un cimetière qui offre l'image des Champs-Elysées :

Forlunatorum ncmorum , sedesque bealas.

Les tombeaux y sont ornés de croix dorées; les monticules qui les cachent sont couverts de fleurs odorantes, d'œillels et de violettes, L'enceinle est enlourée de rochers garnis d'arbustes et collines champêtres exhalant le parfum des fleurs. Ce cimetière rappelle le souhait d'O.ssian, « Vous, dit-il, pour qui la lumière brille encore, déposez-moi au-près des rochers , de nos collines ; que l'épais coudrier soit autour; que le chêne mugissant .soit auprès, qu'il se montre verdoyant sur le lieu de mon repos , et que le murmure du torrent lointain s'y fasse entendre. »

(34) Combien Fontenelle était plus sage que lui! Un jour il rencontra La Place , très jeune encore , singulièrement agité, et qui lui avoua que la cause de son agitation était un pamphlet lancé contre lui. « Venez chez moi , lui dit le tranquille philosophe ; ils vont , arrivent. Vous voyez ce grand coffre , lui dit Fontenelle ; il est plein de critiques, de satires, d'injures contre moi et mes ouvrages : eh bien ! je n'ai jamais rien lu de tout cela, »

(35) Cette réflexion de Blanche est pleine de justesse. Il est des vertus qui ne sympathisent pas ; Blanche n'aimait ni Timoléon , ni les deux Brutus , ni Calon d'Utique ; elle prétendait que leur vertu était fille de l'orgueil et de la politique, et non de la nature. En lisant Corneille, elle s'indignait contre le jeune Horace lorsqu'il dit à Curiace :

Rome vous a nommé , je ne vous connais plus.

La réponse de Curiace l'attendrissait jusqu'aux larmes;

Je vous connais encore, et c'est ce qui inc lue.

NOTES DES VOYAGEl RS E!N SlISSE.

(36) Cérès avait fait desrendre la famine dans ses entrailles, pendant qu'il dormait, pour avoir eu la témérité de couper des arbres dans une forêt qui lui élait consacrée. Melhra, fille d'Éresictlion, ponrsubienir à sa voracité, pria les dieux de lui accorder la faculté de se chanfjer en tout ce qu'elle voudrait: les dieux lui accordèrent sa deniaude. Elle se vendit sous diverses figures d'animaux ; mais le produit de ses ventes ne pouvant assouvir la faim de son père, il se tua de désespoir.

(37 i En jjénéral , les montagnards suisses se nourrissent de lait ou de ses décompositions. Le fromaf;e ou le seret sont leurs seuls aliniens solides, l^e petit-lait est leur boisson. Ee Seret est le précipité de la parlie séreuse du lait, qui est très abondant et compacte ; il .sert de pain. Les pommes de terre sont aussi un de leurs alimens habituels. Pendant la plus j;rande partie de l'année , les habilans des Alpes servent à leurs repas du lait froid ou chaud, des pommes de terre Iwuillies et du seiet, ensuite du fromage de l'année -, et dans les jours de réi;als et de fêles , on sert du fromage 1res vieux ; en le maiiiieant on s'abreuve d'un [letit-lail prewjueclaritié, pour tempérer son âcrelc. Le pain est une chose très rare dans une parlie de.s Alpes. Ce n'est que dans le cceur de l'hiver , ou dans les festins , qu'ils se régalent de ce mets : ce pain n'est cependant qu'une galette très sèche et 1res dure. Qui croirait qu'il e\i8le auprès de nous de» habilalions où il n'entre ni pain , ni vin , ni écus. Ce qui peut étonner davantage, c'e.'»t que le café y a pénétré, et qu'on l'y boit même avec excès.

(38) Dans le pays de (Juoja en Afrique , on ne prend les femmes qu'à l'épreuve. Le galant mvite sa maîtresse à faire col lai ion avec lui : quelquefoi.s la fille, par pruderie ou bienséance ,, se fait prier deux ou trois fois; enfin elle se rend et passe dix à douze jours avec son amant. Si c'est un garçon qui naît de ce connnerce , on le fait dire au père qui le prend avec lui. Si c'est une fille, sa mère la garde. Lorsque l'amant veut épouser sa mailre,s.se dont il a fait l'essai , il la prie d'aller demander le consentement de son père et de sa mère, auxquels il envoie des présens. On les reçoit quand on veut accorder la fille; autrement on les renvoie. Les pères, en les mariant , font souvent des présens à leurs filles; mais il est dangereux pour le mari de les accepter, parce que, si une femme riche conçoit une autre inclination , le pauvre mari n'ose se plaindre, ni la maltraiter.

(39) On distingue Irois espèces d'ours terrestres; les bruns, les noirs et les blancs. Ceux-ci se Irouveiitdans la Grande-Tartarie, en Moscovie. et les aulres provinces du nord ; ce n'est point la rigueur du climat qui les blanchit dans l'hiver, comme les hermines et les lièvres; ces ours nais.sent blancs , et re-sle:it tels. L'ours noirïest rare dans les Alpes , et commun , au contraire , dans les pays septentrionaux de l'Europe et de l'Amérique. Le brun est féroce el carnassier ; le noir n'est que farouche, mais 11 est frugivore : il n'habile guère que les pays froids. Ou trouve les ours roux ou bruns dans les climats fioids et tempérés, et même dans les régions du midi. L'oiir.5 n'est point engourdi, ni privé de seul imenl dans l'hiver, comme le loir, ou la marmotte; maûs comme il e.st nalurellenient gras, et d'une graisse excessive sur la fin de l'anlomne, il supporte facilement l'abslineuce : il ne sort de sa bauge que lorsqu'il se sent affamé , an bout d'eu\ iron qnaranle jours. lj>s ours se lecherchcnt en automne; la femelle est , dit on, plus ardcnlc que le niàlc. Le in;Uc cl la fe-

melle n'habitent point ensemble; ils ont chacun leur retraite séparée, et même fort éloignée. Un ours donne une quantité considérable de graisse et d'huile.

(40; La marmotte , prise jeune , s'apprivoise aisément ; elle apprend à gesticuler, à danser : elle est , comme le chat, antipathique avec le chien; mais elle ne fait aucun mal , à moins qu'on ne l'irrite. Elle ronge les meubles, cl perce même le bois, lorsqu'elle est renfermée ; elle court assez vile en montant , mais lentement dans la plaine; elle grimpe sur les arbres, monte entre deux parois de rochers, comme enire deux murailles voisines; et c'est des marmotles que les Savoyards ont appris à grimper les cheminées. Elles mangent de tout, mais elles sont friandes de beurre et de lait; elles boivent rarement de l'eau, et repoussent le vin.

(^et animal tient un peu de l'onrs et du rat pour la forme du corps ; il a la voix et le murmure d'un petit chien quand il jonc ou qu'on le caresse; mais dans la colère ou la peur, il fait entendre un sifflet très perçant et très aigu. Il aime la propreté, el se met à l'écart, comme les chats , pour .ses besoins ; mais il a , ainsi que le rat , une odeur très forte. La marmotte, qui se plait dans la région des neiges , est cependant sujette à s'engourdir par le fioid : c'est ordinairement à la fin de septembre qu'elle se lecèle dans une tanière, pour n'en sortir qu'aux premiers jours d'avril. Sa retraite est meublée avec art; elle est spacieuse, plus longue que large, et construite en forme d'Y ; elle peut contenir plusieurs marmottes sans que l'air se corrompe. Elles creusent la terreavec célérité: c'est dans le fond de leur domicile qu'elles font leurs éxcrémens. (> séjour est jonché et tapissé de foin et d'une mousse fort épaisse dont , pendant l'été , elles font ample provision. On prétend que les nues coupent les herbes les plus fines, que les autres les ramassent ; qu'ensuite, pour les transporter, l'une d'elles se couche sur le dos, se laisse charger de foin, étend ses pattes en l'air pour servir de ridelles, el qu'eo.tuile ses compagnes la traînent par la queue; et c'est, ajoute-t-on, ce frottement réitéré qui leur ronge le poil du dos; mais divers auleurs nient ce fait. Elles passent les trois ctuarts de leur vie dans leur habitation; elles s'y réfugient pendant le.s neiges et en las de danger; elles n'en sortent même que dans les pins beaux jours, et s'en éloignent peu. L'une fait alors le guet, assise sur une tour élevée, tandis que les autres jouent sur le jjazon , et s'occupeut à couper du foin. Lorsque la sentinelle aperçoit un homme , un aigle , un chien , elc, elle avertit iiar un coup de sifflet ; soudain loni revient au gile, oii elle ne rentre que la dernière. Elles ne font pas des provisions pour l'hiver; il semble qu'elles devinent leur inulililé ; mais ù l'approche de la saison qui doit les engourdir, elles travaillent à fermer les deux porles de leur domicile, ce qu'elles font avec tant de solidité, qu'il esl plus aisé d'ouvrir la terre partout ailleurs. Elles sont alors très graisses, et pèsent jusqu'à ving: livres ; elles le sont encore trois mois après; mais peu à peu leur embonpoint dimiuue, et elles niaigi i.ssent sur la fin de l'hiver. On les trouve dans leurs letraites , resserrées en boules el fourrées dans le foin. Elles ne .sont pas consiammem engourdies pendant sept à huit mois; les chas.seurs les laissent Irois semaines ou un mois dans leurs caveaux avant de les aller troubler, el ils ne les cherchent jamais par un temps doux , de peur de les éveiller, mais par un Ires grand froid. Os animaux ne prodniscnl qu'une fois l'an ; leur portée ordinaire est de

■ Il

NOTES DES VOYAGEURS EN SUISSE

bn

trois ou quatre petits, et la durée de leur vie, de neuf à dix ans. l/'espece n'est ni nomljreuse, ni iJien répandue : elle hal)ile toujours la liauleur des Alpes; ou en irouve cependant dans les Apennins, dans les Pyrénées, et sur les plus hautes inonlagnes d'Allemagne. La cause de leur engourdissement, de celui du loir, des hérissons et des chauve-souris , est une torpeur produite par le refroidissement du sang : ces animaux ont ni peu de chaleur inlérieure, qu'elle n'excède guère la tempéralure de l'air lorsqu'elle est à dix degrés. I,a chaleur de l'homme et de tous les animaux surpasse en tout lemps trente degrés ; il n'est pas étonnant que ces petits animaux tombent dans l'engourdissement dés que cette petite chaleur intérieure H'est plus aidée par celle extérieure, ce qui arrive lorsque le thermomètre n'est plus qu'à dix ou orne degrés ; quelque chaleur au-dessus suffit pour les ranimer; et si ou les tient pendant l'hiver dans un lieu bien chaud , ils ne s'engourdissent point du tout : ce[iendanl, quoiqu'ils paraissent privés de l'usage de leurs .sens lorsqu'ils sont engourdis, ils .sont sensibles à la douleur , et l'on entend im petit cri sourd lorsqu'on les pique vivement. Dans cet état , leiu'S sécrétions sont ires peu abondantes et la transpiration presque nulle; puisqu'ils pas,sent plusieurs mois sans manger , ils perdent peu à peu de leur substance , et dans les hivers trop longs ils meurent dans lein- trou ; c'est peut-être la ri.i}ueur du froid qui les lue.

(41) Que les détracteurs de Voltaire lisent la lettre adressée à l'abbé Moiissinet : « Volez , mon cher ami , chez M. l'itot, mathématicien distingué, puisque je Irouve l'occasiou de l'obliger. Je ne sais ce dont il peut avoir besoin ; mais je ne puis guère lui prêter que huit cents livres, i cause des dépenses que je fais; car il faut encore que vous donniez promptement cent pistoles à M. Cousin. Prêtez donc huit cents livres à M. et madame l'itot; ils me les rendront dans l'espace de cinq années ; i ieu la première, deux cents livres la seconde, autant la troisième, ainsi du reste; leur billet sul^fira sans contrat. Il ne faut point , me semble , de notaire avec un philosophe. Si dans la suite il ne peut remplir les conditions du pi 1 1 , je n'exigerai pas le paiement ; au contraire , ma bourse lui sera encore ouverte. »

[il] Il se plaisait tellement aux souffrances des hommes, à leur voir donner la question, qu'il aurait voulu que le peuple romain n'ei'it (prune tète, pour pouvoir l'abaltre d'un seul coup. Il ordonna qu'on nourrit d'hommes vivans les bêtes sauvage-s destinées aux spectacles. Une famine , uue peste , un incendie étaient l'objet de .ses vœux.

(43) La Potherie, dans son histoire de l'Amérique septentrionale , décrit un affreux supplice que les Hurons , sous les yeux du commandant français, et encouragés par lui et sa troupe, firent subir à un pauvre Iroquois, enlevé par trahison. On attacha ce malheureux sauvage à un poteau autour duquel il pouvait tourner. Tous les spectateurs avaient le droit d'ét e bourreaux. Un Français s'approche, donne le signal et lui brille, avec un canon de fusil rougi au feu , la chair , depuis les doigts des pieds jusqu'aux genoux Cet exemple de cruauté anime un Utwava , qui vient lui en disputer le prix ; il arrache au patient un lambeau de chair depuis l'épaule jusqu'au jarret. remplit la plaie de poudre à canon , et y met le feu. Le malheureux pousse un cri terrible ; on insulte à sa douleur par un rire immodéré. Comme une soif ardente étouffait sa voix , ou lui fit avaler de l'eau pour jouir de

ses iimlemens. Un antre sauvage lui enlève le péricrâne, et lui couvre la tête de charbons ardens: on le délie, on lui ordonne déri.soirement de se .sauver ; il veut coiu'ir , il brcnche à chaque pas. Dans cette horrible situation il lui reste assez de vii;iieur pour lancer des pierres contre ses bourreaux. Enfin ces monstres l'assommèrent pour terminer la fête; les sauvages dépècent son cadavre et le mangent.

(44) Voici un trait qui honore aussi la mémoire de ce sage pontife. Il avait chargé l'ablié Gagliani, célèbre littérateur, d'aller recueillir diverses matières du Vésuve; l'abbé , en lui envoyant une caisse de curiosités nalnielles, y joignit ce billet ; Die ut lapides isli panes fiant. Benoit XIV lui répondit, en lui envoyant le brevet d'une pension considérable : « Vous ne devez pas douter de l'infaillibilité du souverain pontife; je vous en donne une nouvelle preuve ; c'est à moi qu'il appartient d'expliquer les textes de l'Écrilure sainte. Je dois toujours en saisir l'esprit, et je ne l'ai jamais saisi avec plus de plaisir qu'en celte occasion. »

(45) La lecture de ce roman exaltait la tête des femmes. Voici une anecdote citée par Rousseau lui-même. « Lue dame de la cour reçut ce livre après souper , jour de bal de l'Opéra: elle ,se lit habiller pour y aller, et en attendant l'heure, elle se mit à le lire. A minuit, elle ordonna qu'on mit ses chevaux , et continua de lire. On vint lui dire que ses chevaux étaient mis ; elle ne ré|)ondit rien ; ses gens, voyant qu'elle s'oubliait , vinrent l'avertir qu'il était deux heures. Kieii ne presse encore, dit elle en lisant toujours. (Juelque temps aprè.s, sa montre s'élant arrêtée , ellcMinna pour savoir l'iieure; on lui dit qu'il était quatre heures. «Cela étant, dit-elle, il est trop tard pour aller au bal , qu'on oie mes chevaux. • Klle se fit déshabiller, et passa le reste de la nuit à lire ce roman.

(4G) Leibiiitz prétend que l'homme doit être satisfait de son parla;ie; que Uieii avait nécessairement choisi entre tous les meilleurs partis possibles.

Koliugbi-oke assure que tout est bien.

Shattcsbiiry soutient que la beauté résulte des contrariétés, et la concorde universelle nait d'un combat perpétuel. Il faut que chaque être soit immolé à d'autres; les végétaux aux animaux , les animaux à la terre. D'après ces systèmes , l'on peut dire que tout est pour le mieux , lorsqu'au sortir d'un excellent diiier , on digère devant un bon feu , et que votre carrosse vous attend pour aller finir votre digestion à l'Opéra, ou chez votre maîtresse.

'47 Selon M. Muret, pasteur d'une paroisse de Vevay. et savant économiste, les habitans du pays de Vaud ont une durée de vie plus longue que celle des habitans des autres pays, ce qu'il attribue à la salubrité du cJimat. Selon lui , le terme moyen de la vie des hommes pour le pays de Vaud est de quarante -un ans et deux mois, et de quarante-cinq pour la ville de Vevav. Il appelle terme moyen de la vie le nombre d'années, au Iwut duquel la moitié de mille enfans, nés dans le même temps, ont cessé de vivre. Le résultat d'un autre calcul fait sur dix personnes, ne donne , selon lui, que trente-sept quatre dixièmes, les femmes, en général, vivant plus long-temps que les hommes. Le terme moyen pour les deux sexe-s , relevé sur les registres de trente-neuf paroisses , donne quarante-cinq ans huit mois pour les femmes, et trenteneuf ans et neuf mois pour les hommes. Voici un antre calcul sur la vie de l'homme.

Sur sept cents enfans uoureau-nés, il en reste environ;

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Au bout d'un an 560

Au bout de dix 44,5

Au bout de vingt 405

Au bout de quarante 300

Au bout de soixante 190

Au bout de quatre-vingts 50

Au bout de quaire-vingt-dix 5

Au bout de cent 0

(48^ Montaigne nous dit, au sujet de sa bibliothèque : ■ Chez moi , je me détourne un peu plus souvent à ma librairie ; d'un mot, d'une main je commande à mon ménage ; je suis sur l'entrée et vois sur moi , mon jardin , ma basse-cour , et dans la plupart des membres de ma maison. Là, je feuilleté à celte heure un livre, ensuite un autre, sans ordre et sans dessein, à pièces décousues. Tantôt je rêve; tantôt j'enregistre et dicte , en me promenant, mes songes que voici ; elle est au lioisiènie étage d'une tour; le premier, c'est ma chapelle; le second, une chambre et sa suile, où je me couche pour élre seul. Je passe là la pluparl des jours de ma vie , et la plupart des heures du jour , et si je ne craignais non plus le soin que la dépense , le soin qui me chasse de toute besogne ,j'v pourrais facilement coudre à côté de ma bibliothèque une galerie de cent pas de long : tout lieu retiré requiert un promenoir; mes pensées donnent si je les assis; mon esprit ne va pas seul, comme si les jambes l'agitent : ceux qui étudient .sans livre en sont tous là. La figure en est ronde, et n'a de plus que ce qu'il faut à ma table et à mon siège : elle a trois vues de riche et libre prospect Kn hiver j'y suis moins coi-imodénient , car ma maison est juchée sur un tertre , comme dit son nom , et n'a pas de pièce plus éventée que celle-ci, qui me plaît d'être un peu pénible à l'écart , tant pour le fruit de l'exercice , que pour reculer de moi la pres,se. C'est là mon siège; j'essaie à m'en rendre la domination pure et à soustraire ce seul coin à la communauté, et conjugale, et filiale, et civile.- Il ajoute plus bas, en parlant des livres: «Une humeur vaine et dépensière que j'avais après cette .sorte de meuble, non pour en pourvoir seulement au besoin ; mais de trois pas au-delà, pour m'en lapi.sser et parer, je l'ai piéçà abandonnée. J'étudiai jeime par ostentation, depuis, un peu pour m'as,sagir, à cette heure pour m'èballre, et jamais pour le quest ; le prolit . »

(49) Voici ce que dit Cicéron de Zopire : • Cùin multa in comentu vitia collcgisset in eum Zoprnis , qui se naturamciijtisiiiie ex forma penpicereprofitebatur, dcri.ma est àcivleris, qui il /a in Sacrale vitia non agnoscerent : ab ipso autem Socrate sublaaiuSjCùm illa sihi sig'ia , scd ratione , à se {[éjecta (liceret. »

On dit que Socrate ressemblait au vieux Silène: son front était chauve: il avait les yeux saillans, le nez camus, les lèvres épaisses et la bouche large.

(50) On assure que ces remarques sont d'une justesse et d'une sagacité remarquables. L'ensemble du profil de Diderot se distinguait par un caractère de beauté mâle et sublime; le contour de sa paupière supérieure était dessiné avec délicatesse , l'expression habituelle de .ses yeux .sensible et douce ; mais lorsque sa tèle commençait à s'échauffer, on les trouvait étincelans de feu; sa bouche respirait un mélange intéressant de finesse, de gr.lce et de bonhomie. Son maintien était nonchalant ; mais quand il parlait avec action , il avait de la noblesse et de l'énergie; il semble que l'enthousiasme fût devenu sa manière

d'être la plus naturelle. De sang-froid , il était gauche , timide; mais il était vraiment Diderot, lorsque sa pensée l'avait transporté hors de lui.

(51) Ces méprises sont fréquentes ; à la lecture d'un ouvrage agréable et intéressant , l'imagination s'échauffe et pare l'auteur des qualités les plus aimables et les plus brillantes ; mais, à la première vue,

Le masque tombe et l'homme reste.

Ce n'est pas que cet écrivain n'ait fout l'esprit et le talent qu'il a mis dans son livre ; mais que de raisons physiques et morales l'empêchent de se dévoiler tout entier ! l'ennui, l'humeur, l'insouciance de la société où il est, la contrainte : une seule de ces causes suffit pour comprimer l'essor de son esprit. 11 y a des occa-sions où il pourrait se développer, mais elles sont rares ; et dans le monde, cnmme dans le cabinet, il faut attendre l'inspiration. Dans la tournure et la physionomie de Rou.sseau, on ne devinait pas le style de cet éloquent et chaud écrivain.

(52; Il faudrait passer sous silence la mort de cet homme célèbre , assasiné par un soldat français au siège de Zurich , comme Archiinède le fut à la prise de Syracn.se ; mais la publication du crime en est le châtiment, et tout châtiment public est une leçon.

Après l'attaque de Zurich par l'armée françai.se, Lavaler , rentrant chez lui , voit sur un banc de pierre un volontaire blessé au bras , qui perdait beaucoup de sang ; à cet aspect, ému de la plus tendre compassion , sans s'informer des opinions et du pays de ce guerrier, il l'aborde : «Vous êtes blessé, lui dit-il, permettez que je vous soulage; la manche de votre habit vous gêne, je vais vous aider à l'ôter. » Il court chercher de l'eau fraîche, lave la plaie, l'étuve, déchire un coin de son mouchoir, en fait de la charpie , et bande la plaie. Dans ce moment passe un groupe de forcenés de la lie du peuple, qui , sans respect pour ce vénérable pasteur , sans être touchés de l'acte de bienfaisance qu'il exerçait, se mettent à crier: • C'est ce scélérat de Lavater , ce gueux d'aristocrate, » et en même temps fondent sur lui , écumant de rage. A ces cris infernaux, le soldat français oublie sa douleur, sa ble.s.sure; son œil étincelle de fureur; il se lève, s'arme de son fusil contre son bienfaiteur . et le blesse dangereusement. Lavater court tout sanglant, se barricader dans sa mai.son.

Voici l'extrait d'une lettre écrite de Zurich, quelques mois avant sa mort , en date du 21 vendémiaire an xi. « Dimanche dernier, écrit un de ses amis, j'ai été témoin d'une .scène religieuse et toni hante. Notre bon Lavater, depuis un an, n'a pu passer un jour, une heure, un instant sans douleur ; et les derniers mois , ses souffrances ont redoublé , car la malheureuse blessure qu'il reçut à l'attaque de Zurich, est toujours ouverte. Au milieu de ce long supplice, il a conservé toute .sa présence d'esprit , toute son activité, toute la sérénité habituelle de .son caractère. C'est dans cet état qu'il a eu la force et le courage de se faire conduire à l'église, où, d'une voix plusloudiaule que forte, il a prononcé un discours. Si vous l'aviez entendu, vous auriez cru voir saint Jean luimême, tel que l'aurait peint Raphaël, prêchant encore du bord de sa tombe. Celte charité sainte dont son âme était profondément embrasée, ces longs regards, pleins de feu , de confiance et d'amour, perçant à travers la pâleur mortelle répandue sur .ses traits, semblaient pénétrer déjà les cicux ouv erls pour le recevoir. Ce n'é-

NOTES DÉS VOYAGEURS EN SUISSE

tait plus un mortel succombant sous le poids de ses longues douleurs, c'était un aiifje descendu des demeures célestes, et près d'y remonter ; aussi jamais bénédiction pontificale n'a-l-elle fait verser tant de larmes pieuses que la bénédiction donnée par celle main desséchée, étendue sur la foule qui l'écoulail avccawtanl d'admiration que de recueillement et de reoretji. Voici le commencement de son discours :

• Mes frères , je ne pourrai vous dire que peu de mots ; c'est d'une voix mourante que je vais occuper votre attention : mes maux aufimenlent de jour en jour; la mort pèse sur ma poitrine brisée ; ces paroles, je le sens, seront les dernières que je vous adresserai. Écoulez-les, comme si elles sortaient de mon tombeau , elc. »

(53) Le lecteur ne sera pas fâché de trouver ici un parallèle de Lavater avec Diderot, qui a paru dans le Journal de Paris.

« Il y eut entre ces deux hommes célèbres plus d'un rapport remarquable ; le plus sensible, c'est le caractère d'enthousiasme et de bonté qui dislinjiuail également leur âme et leur génie. Tous deux ont beaucoup écrit , et tous deux eurent des talens très supérieurs à leurs ouvrages ; tous deux eurent , dans leur genre, une éloquence entraînante, originale; tous deux furent dominés parleur imagination; tous deux, sans peut-èlre s'en douter, eurent le besoin de faire secte, et les qualités les plus propres à y réussir : tous deux , avaient un extérieur plein de noblesse et d'intérêt. Si l'un avait la plus belle télé de philosophe, celle de l'antre aurait pu servir de modèle à la ligure d'un apôtre ; Raphaël eùi choisi la première pour Vieindre Platon, et l'autre, pour celle du disciple favori de Jésus.

■ Si Diderot n'avait pas eu le malheur d'être athée la sensibilité de son âme eût été plus douce et plus vraieles c<mceptions de son génie auraient été moins sombres, moins irrégulières. Si Lavater avait été moins dévot, moins théologien, son imagination eût élé plus variée et plus brillante; la suite de ses idées plus ferme, plus liée, plus étendue; il eût moins écrit sans doute, mais ses productions auraient atteint plus de grandeur et de maturité; il eût mérité plus d'admiration, mais peut-être moins de reconnaissance ; le cours de sa vie eût été moins célèbre et moins utile.

«Le théologien, comme le philosophe, pensait que l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme ne pouvaient être établies par les méthodes ordinaires du raisonnement; mais Lavater, grâce au secours du sentiment, d'une raison supérieure à toutes les abstractions systématiques, n'en avait pas moins la convictiim intime de ces vérités si consolantes , où le philosophe s'obstinait à voir uniquement l'abus sacrilège qu'en tirent l'hypocrisie et l'ignorance, la tyrannie et l'esclavage, le fanatisme et la superstition.

«L'un et l'autre aimèrent passionnément les beaux-aris, et plusieurs de leurs écrits prouvent avec quelle sagacité ils en avaient médité les principes ; mais tous deux ng cessèrent de porter, dans leurs jugemens sur les productions de l'art, un esprit de système et de prévention. L'un jugeait de tous les tableaux en poète dramatique, et l'autre en observateur physionomiste. Le philosophe et le théologien furent tourmentés du désir de propager les opinions qu'ils croyaient utiles aux hommes, mais plus encore au besoin de secourir l'indigence et de consoler le malheur. Lorsqu'il s'agis.sait d'arriver â ce dernier but.

il n'en coûtai! pas plusà l'athée de recourir aux plus dévols, qu'au pasteur de s'adresser aux plus mondains, aux plus incrédules.

• Si Diderot fut doué par la nature d'une plus grande force de tête et de talent, je crois que Lavater le fut d'une plus grande puissance d'action et de volonté, d'une âme plus douceet plus ardente, plus énergique et plus expansive Mais , chez l'un et l'autre , il y eut peut-être une si grande abondance de ressources et de moyens, que cet excès même de richesses dut nuire à leur sage distribulion, et les empêcha souvent d'en faire le choix le plus convenable, l'emploi le plus heureux.»

(54; On cite dans la ville de Munster le chanoine Hélac de Louffen , qui, à l'âge de quatre-vingts ans, commença à faire imprimer des livres; et un autre chanoine, Jean de Baldeck , qui mourut en 1348, âgé, selon la tradition, de cent quatre-vingt-six ans. On prétend que, parvenu à un âge extrêmement avancé, les dents lui tombèrent, et il lui en vint de nouvelles, et ses cheveux qui étaient gris redevinrent noirs. Son tombeau porte l'épitaphe suivante :

De Kilchtierg canns, edenlatusquc decanus, Rursum dcnicscil, nigrcscit, hic rcquiescil.

(55j Elle était de six mille six cents hommes, tous chrétiens. L'empereur Maxiniien lui ayant ordonné de délruii'e les chrétiens dans les Gaules, elle refusa, et ren)pereur la fit décimer : celte punition n'ayant point ébranlé leur foi, ils subirent une seconde décimalion, et finirent par êlre tous mas.sacrés dans celle gorge de Sailli-Maurice, par la troupe qui ics environnait. Ce massacre arriva, dii-on, le 22 septembre '286. Les hommes ont élé long-temps gouvernés par des fables : si on les détrompait, seraient-ils plus heureux et mieux gouvernés ? Je n'en crois rien.

(56; Il a fallu, à Constantinople , toute la force du despotisme pour la faire adopter; le despote l'ordonna : l'espèce n'était rien pour lui. L'expérience fut faite : on s'y prit mal ; mais la cruauté la fit enfin recevoir. Cette adoption , qui honore la médecine, ne se répandit qu'avec peine et pas à pas. Les bourgmestres de Hollande, les landermans d'Hclvétie n'osèrent rien ordonner; l'Amérique la reçut avidement : c'étaient des maîtres intéressés qui y soumirent leurs esclaves.

(57) Voici quelques-unes des lois du pays, que sans doute l'on sera bien aise de connaiire.

Les journées et les écoLs des artisans sont taxés, ainsi que le prix du pain, sauf quelque variation sur le dernier article, assez rare, parce que le gouvernement fait des approvisionnemens de grains qu'il vend aux habitans.

Le marché s'ouvre, pour le bourgeois, une heure avant celle accordée aux étrangers et aux marchands. Les servantes sont obligées de servir le temps promis, et si les maiires les congédient, ils sont obligés de leur payer le salaire de toute l'année La servante ne peut servir, pendant un an, dans la paroisse du maître qu'elle a quitté. Les larrons domestiques sont pins par la privation de leurs f;ages . la loi n'a prononcé contre eux aucune peine afllictive; mais le juge, suivant le délit, peut ordonner du châtiment. Les amendes prononcées par les baillis ne peuvent excéder cinq florins.

Celui qui refusera de montrer le chemin aux passans, sera condamné à une amende de cinq florins : aussi femmes, hommes, enfans, chacun s'empresse de montrer la route aux voyageurs

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Les bâtards n'hëritent point : cette proscription esl iiiiiverselle.

La poursuite de l'adultère est réservée au mari, à inoins qu'une veuve, dans l'année de son deuil, n'ait eu une conduite dissolue.

Les prud'lioninies des communes soni obligés d'avertir les baillis de ceux qui font mauvais ménage et dépensent au-delà de leur revenu; c'est une inquisition patriarcale qui arrête le désordre dans sa naissance , et qui maintient les niueurs : les Romains ont donné l'exemple de celte censure ; le magistrat qui y présidait était souverain absolu. Un des censeurs pri\a un sénateur de son état, muvil à senalit , parce qu'il avait donné un baiser à sa femme devant sa fille déjà adolescente.

A quatorze ans le citoyen peut lester : le teslaiiienl verbal est reçu; le malade déclare formellement que son iatenlion est de donner son bien à son ami ; après sa mort, les témoins jurent devant le magistrat que telle a clé la volonlé du défunt. Ce témoignage suffit, c'est ce qu'un appelle un testament verbal, yuelle preuve de bonne foi! Il est vrai que la loi exige que les témoins soient de mœurs irréprochables. Kiille part riionnéte homme ne jouit d'une lonsidéralion aussi utile : lorsqu'il se plaint ou accuse quelqu'un, on croit à son serinent; s'il est accusé, il peut dormir en paix, on ne troublera point .son repos ; la procédure s'instruira sans qu'on attente i sa liberté; et sa main .seule, élevée au ciel, aura un contre -poids terrible dans la balance de la justic*.

Les botes et les taveruiers ne peuvent faire crédit aux voyageurs et autres personnes, à moins qu'ils ne soient retenus pour causes et procès imporlans.

Un peut déshériler sou enfant pour manque de respect, ou s'il est marié sans permission avant le temps fixé par la loi. Dans le partage des successions, les armes et les habits appartiennent de droit aux mâles ; ce droit annonce un peuple gueriier. Les bijoux sont parlagés cgalemeni avec les filles. Le jjIus jeune des cnfans a le privilège de choisir le lit qui lui convient.

Les créanciers obliendront leur reniboursemeni en jurant que la somme leur est duc ; mais il faul que leur réputation soit intacte, ou aulrcnient on exige des preuves. La demande doil élre formée dans l'année, ou bien il y a prescription. Le bien des femmes ne peut élre .saisi pour les dettes du mari.

La femme ne paie que la moitié de l'amende imposée aux mâles.

Dans toute la Suisse, les jeux sont défendus, ou du moins la perte est taxée ; mais dans les cantons populaires, on permet de tirer au blanc et de parier ; la polilique autorise ces exercices, qui forment des tireursadroits.

Les juges pour le criminel sont choisis parmi les premiers sénateurs. On nomme ceux qui joignent à beaucoup de probité, une prudence con.sommée. Sa conscience est le premier avocat de l'accusé ; voici son serinent :

• Je jure de rendre justice, et de porter jugement en affaires criminelles , également pour le riche et pour le pauvre; de suivre fidèlement et sans fraude l'oidonnance de Charles V et du Saint-Empire ; ainsi Dieu me soit en aide et sou saint Évangile. »

Dans les affaires criminelles il faut deux témoins pour opérer une preuve; un seul lénioin suffit quelquefois quand il jouit d'une bonne renommée; il ne peut élre

admis qu'à l'âge de quatorze ans, et douze si c'est Ul)e fille. Le témoignage de deux femmes est insuffisant ; mais lout sert à la décharge de l'accusé , femmes , pareus : grand exemple d'humanité !

On adjuge au bailli un florin (2 liv. 5 sous) pour la nourriture d'un prisonnier; en France, à peine donnct-on dix sous. Les supplices sont cruels ; on coupe les oreilles, la langue, les doigts, et l'on bannit ensuite.

Le suicide est puni par la lonfiscaiioii des biens. Ce crime est commun dans le canton de Glacis. Il n'est point de .semaine, dit un auleur, où l'on n'entende parler de suicides ; les Romains excusaient ce meurtre sur soi-même. Je ne vois pas pourquoi les lois le punissent , tandis que soiiveni elles font mourir des hommes de faim.

Ouand deux hommes se ballent , si l'un d'eux crie paix, l'autre est obligé de cesser le combat; sinon la rixe devient un délit public, qui est poursuivi au criminel.

(.58) Le premier jour de l'an , les Romains célébraient la fêle de Janus el honora eut Junon ; ils IravaUlaient ce jour-là pour annoncer qu'ils voulaient éviter la paresse le reste de l'année. Us se faisaient réciproquement des présens : celaient des figues, des dalles, du raid, pour témoigner à leurs amis qu'ils leur souhaitaient une vie douce et agréable. Les clicns portaient ces sortes d'étreones à leurs patrons , et y joignaient une ))elile pièce d'argent. Sons l'empire d'Auguste, le sénat, les chevaliers, le peuple lui présentaient de» étrennes, et en son al)sence les déposaient au Capiiole. Cet usage des étrennes s'est perpétué jusqu'à nous.

(51); Cet homme abandonné était Écossais, el non Anglais : il se nommait Seikilk. Ce fui un capilaine Radling qui le jeta dans l'ile Fcrnandez ; on ne dit pas la cau.se d'un tel abandon. Il avait été laissé avec ses babils , son lil, un fusil, une livre de poudre, des balles, du tabac, une hache , un couleau , quelques livres de piété el de na- V igaiion , el des instrumens de marine. Pendant huit mois ce solitaire traîna ses jours, plongé dans une mélancolie des plus sombres, regardant sa vie comme une mort anticipée, cl cette ile comme son tombeau. Il n'avait ni paiu, ni sel ; son estomac rebulait tous leji aliniens qu'il essayait , et il ne mangeait que tourmenté et déchiré par la faim. Enlouré de bêles farouches , il luttait seul contre la naliire. Il repoussait le sommeil lanl qu'il pouvait, pour échapper aux daniiers qui l'environnaient : la crise fut longue et violente. Son teinpeFament , sa jeunesse le soutinrent ; il n'avait que trenle ans. Enfin la raison , le goût de la vie lléchirent son humeur et plièrent sou âme à de nouvelles habitudes Sa nourriture, ses l)es«ins usuels, la lecture, la prière, le chant, la danse même remplirent ses journées. Deux cabanes construites avec du bois de piment, doublées de peaux de chèvres, à quelque distance l'une de l'aulre, étaient .son asile et ses maisons de plaisance. Diiiis la plus peliie il enfermait ses provisions et préparait ses alimens, et dans la plus grande il travaillait, .se rciw.sail el dorniail ; le passage de l'une à l'autre lui servait de promenade el de disiraclion. C est de ce palais qu'il régnait sur la nature, eu s'appropriant les fruits de la terre, en conquérant les animaux parla force ou par l'adresse, en levanl des tributs sur tousse* sujets. Exempt de passious , louinani sans cesse dans le cercle étroit de ses besoins, il perfeclioiina par un exercice continuel ses facullés physiques. Lorstiu'il n'eut plus de poudre, il poursuivit les chèvres à la course, el il parvint à les suivre

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sur les rochers avec une a ilesse incroyable. Dénué bientôt d'habits et de souliers , sou pied s'endurcit , et fonla les épines, Il façonna des morceaux de toile en foruiç de chemise; l'élame de ses bas lui servit de til. Des peaux de ibèvres cousues avec un clou qui lui servait d'aiguille, furent ses vétemeus. Il faisait du feu en frollanl sur son (jenou deux morceaux de bois de pimeni l'un contre l'autre i l'odciu' aromatique de ce bois ré( réait ses esprits. Quaid son couteau lut usé, il en forgea d'autres avec des perdes de fer qu'il avait trouvés sur le rivaiîc, qu'il aijjoisa sur des pieires. Ces débris d'inslruniens d'un peuple civilisé étaient encore supérieurs à tous les oulils d'un sauvage ; mais Serkilk , seul dans l'univers , après ses travaux et ses repas, se repliant sur lui-nu nie, Irouvait dans son âme une solitude profonde, qui pouvait le jeter dans l'abatlemeiU et l'ennui de la vie. Four s'arracher à celle siluatioH , il se fit une société et se forma un empire ; i' eut des sujcis parmi les animaux ; il s'entoura de chats et de chevreuils qui devinrent ses hôtes, ses conipauuons, ses défeuseurs, et même ses amis. Assadli par de nombreuses familles de rats qui venaient ronger ses pieds pendant son sommeil, ses chats le délivrèrent de ces enueniis. Le jour, il éiail en souiéié avec eux ; la nuit , ils enlouraient en foule sa rabane : d'autres animaux servaieni eiicor« à ses amusemens. Il avait dressé des chevreuils et des chats à danser avec lui , c'élaienl là .ses plaisirs ; ils n'étaient pas piqgaiis, mais ils suffisaient à un eriuile qui avait oublié les plaisirs, les jeux el lous les Ijesoins factices de la société. 11 ne fut pas oblijjé de enliiver la lerre ; la ferlilité de l'île et de ses eaux lui prodiguait les légumes , les fruits , le poisson ; les bétes abondaient aiitour de lui : lâchasse, la pèche et la course variaient ses occupai ions. La chair des chèvres , lesécrevisses d'eau douce, les choux , production de certains arbres, d'excellenles prunes noires, formaient sa principale nourriture. Il avait piis tant de goût à ces aliinens, quoiqu'il les inanjeât sans pam el sans sel, qu'.i sou départ de l'de il fut plusieurs semaines à pouvoir s'accoutumer à lacuisiite européenne. Il disait qu'il n'avait jamais été aussi fervent, aussi pieux que dans celte solitude. La magnificence du cjel, les faveurs de la terre, tout lui rappelai! une Providence qui veillait sur lui ; la lecture des livres de piété l'enlrelenait dans ces sentimeus reli- }(ieux; mais, privé de la société pendant plus de quaire ans, il perdit l'habilude de la parole ; ses organes se raidirent, el on avait lieaucnup de peine à l'entendre. Cependant il avait vu plusieurs fois floller des pavillons; mais deux seuls navires avaient abordé : il s'élail approché avec méfiance pour les reconnaître ; ces barbares l'aperçurent, lircrent sur lui, et le poursuivirent dans le |)ois. Grimpé sur un arbre et caché dans le feuillage , il vil plusieurs Espagnols rôder aux environs , et tuer quantité de chèvres. Enfin il crut reconnaître des vaisseaux anglais; alors il alluma du feu sur le rivage : c'était le capitaine Roger qui eommandait ces vaisseaux. Ce capitaine , ayani débarqué , vit venir à lui une figure hideuse, une espèce d'animal revêtu de peaux de chèires : cette figure élail Scrtilk, qui implorait leur humanilé. Le capitaine le reçut t>ur son bord. .Serkilk, en quitlant Pile, laissa son nom et les emblèmes de son séjour , gravés sur une infinilç d'arbres. L'équipage l'appelait le prince île l'Uç fernanilei. Cette Ile a environ douze lieues de tour ; elle esl dans la nier du .Sud : sa latitude méridionale esl de quaranic-irois dep,rés Irenle-cinq niinules.

CO, 'Je suis étonné qu'avec ce préjugé féroce, que nous avons reçu des Celles nos aïeux, nous n'ayons pas con.ser\ é , coiiune eux , l'usage de boire dans des crâne» humains revélus d'or ou d'argent.

Les crânes des enneinis qu'un Celte avait tués, élaient iwur lui et sa famille des titres de i.oblesse ; on réservait eus crânes pour les grands Icslins et il fallait que lous les convives y biissenl ; cependant il n'y avail que ceux qui avaient tué des ennemis qui fussent dignes de cet honneur. Long-lenips après, Albitiu, roi des Lombards, but dans un festin et fit boire sa femme Rosemoode dans le crâne de son beau- père.

Glj Zulica fut rejouée au bout de huit jours avec de nombreuses correciions : elle eut huit représentations; mais renouveau météore a disparu pour jaiiais. Dorai, malgré une affectation de li anquillilé et de philosophie , fut 1res sensible à ce revers. 11 adressa, â ce sujet, une jolie épitre à son ami Pezai , où se trouvent ces vers.

Ami, lu me vois consterné D'avoir, au granil jour de la scène.

Risqué mon drame mfurluné.

Oui , ma douleur isl sans «ccoude, El cependant, on le sait bien , La chule d'un drame u'fst rien Auprès de la chute dg Riondc.

La jïloirc est une eochanlercssc Qui ne remplit jamais un cœur ; I. 'amour n'est qu'un inslaul d'Ivresse, L'amilé seule est un bonheur.

Zulica fut jouée en 1760; Dprat avait alors vipgt-cinq ans.

,62; Dorât , très fidèle â son système, a abrégé ses jours : il est mort à l'âge de quaranle-siï ans , en 1780. Il était né en 1734. Il avail la manie de vouloir passer pour un homme du monde, plutôt que pour homme de lettres, quoiqu'il ambilionnât vivement le laurier poéùque. Ou peut , sous ce rapixirt, le comparer â Congrève, aiilpur anglais , jaloux d'être considéré eoimne un genlilhonunc menaiil une vie .simple et aisée. C'est ce qu'il dit à \'oltaire, qui était allé luj faire une visile; Vollaire en fui si élonné , qu'il lui répondit : « Si je n'avais considéré en vous que le gentilhomine , je me serais dispensé de venir vous voir. »

;63 Les lois de la bienséance obligeaient les Celles de paraiire en public avec leurs armes, que l'on enterrait avec eux. Celle coutume existait chez tous les peuples .scylhes.

Les premiers habilans de la Grèce, qui descendaient des Scylhes , et les Perses avaient aussi cet usage.

Thucydide dit que l'on porait aulrefois des armes dans la Grèce en temps de paix, et que les Alhéniens furent les premiers qui renoncèrent â cette coutume barbare.

Dans les Capitulaircs de Charlemagne et de Louis-le- Débonnaiie, il est défendu d'entrer â l'église avec ses armes ; mais cet usage ne put être aboli.

La loi de l'houncur chez les Celles, supérieure à toutes les autres, obligeait tout citoyen à accepter uu défi ; de là l'origine de nos duels.

,tj>l) Celte vallée, ainsi que celle des bains, n'était anciennement qu'un désert affreux, qui .serait resté loiiglemps le repaire des bêles féroces, si les Huns et les Alains

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n'y eussent établi des colonies. Des nations nomades et terribles, sortent, dans le cinquième siècle, des frontières de la Chine , conduites par des chefs auibitieux, foulent les nations devant elles, pénètrent en Germanie , dans les Gaules, enfin en Italie. Après la mort d'Attila , on les repousse, leurs forces s'affaiblissent, on les poursuit, on les massacre : quelques débris repassent en Asie, d'autres Tartares se réfugient sur les Hautes-Alpes et dans les montagnes du Valais les plus sauvages : là, barricadés contre leurs ennemis, resserrés dans un espace très étroit, ils furent forcés de cultiver la terre, et d'élever des troupeaux : telle fut la première origine des Anniviers. Des évêques du Valais envoyèrent de temps en temps des missionnaires pour leur donner uu culte, et adoucir leurs mœurs, mais ces sauvages rejetèrent long -temps toute instruction : leur simplicité on leur rusticité était celle des premiers âges du monde. Une seule pièce au rez-dechaussée contenait toute une famille, une table de bois épais, creusée par intervalle, leur servait de bassin à soupe, et ils ne connaissaient d'autres mets que les herbes et les racines. Mais quand les troupeaux furent multipliés , ils prirent du goiU pour la propreté , et réformèrent insensiblement leurs usages et leurs mœurs, s'élevant de plus en plus sur les montagnes pour trouver des l)âturages. La vivacité et la pureté de l'air influèrent beaucoup sur leur physique et leur moral. Les mâles acquirent delà beauté, et les femmes eureut plus d'intérêt et de charme dans la physionomie.

(6.5) Voici comme il fait parler Saint-Preux : « Je suis parti triste de mes peines , et consolé de votre joie: ce qui me tenait dans un état de langueur qni n'est pas sans charmes pour un cœur sensible. Je gravissais lentement à pied des sentiers assez rudes, conduit par un homme qui me servait de guide, et dans lequel j'ai trouvé un ami, plutôt qu'un mercenaire. Je voulais rêver, et j'en étais toujours détourné par quelque .spectacle inattendu: j'attribuai , durant la première journée , aux agrémens do la variété des objets , le calme que je sentais renaître dans mon âme. J'admirais l'empire qu'ont sur nos passions les plus vives les êtres les plus insensibles. Je méprisais la philosophie de ne pouvoir même autant sur l'âme qu'une .suite d'objets animés ; mais cet état paisible ayant duré la nuit, et augmenté le lendemain, je ne tardai pas déjuger qu'il y avait encore quelque autre cause qui ne m'était pas connue. J'arrivai ce jour-là sur les montagnes les moins élevées ; et , parcourant ensuite leurs inégalités, je m'élevai sur les plus hautes qui étaient à ma portée. Après m'être promené dans les nuages, j'atteignis un séjour plus serein, d'où l'on voit le tonnerre et l'orage se former au-dessous de soi ; image trop vaine de l'âme du sage, dont '.'exemple n'exista jamais, ou n'existe qu'aux mêmes lieux d'où se tire l'emblème. Ce fut là où je démêlai sensiblement dans la pureté de l'air, la véritable cause du changement de mon humeur, et du retour de cette paix intérieure quej'asais perduedepuis long-temps. En effet, c'est une impression générale qu'éprouvent tous les hommes , quoiqu'ils ne l'observent pas tous , que sur les ha,ites montagnes où l'air est pur et subtil , on se sent plus de facilité dans la re.spiratio:i , plus de légèreté dans le corps, plus de sérénité dans l'esprit. Les plaisirs y sont moins ardens, les passions pins modérées, les méditai ions y prennent je ne sais quel caractère grand et sublime , proportionné aux objets qui les frappent, je ne sais quelle volupté tranquille qui n'a rien d'acre et de sensuel : il

semble qu'en s'élevant au-dessus du séjour des bomiUeS , on y lai.ssse tous les sentimens bas et terrestres ; et qu'à mesure qu'on approche des régions éthérées , l'âme contracte quelque chose de leur inaltérable pureté: on y est grave sans mélancolie , paisible sans indolence , content d'être et de penser. Tous les désirs trop vifs .s'émoussenl; ils perdent cette pointe aiguë qui les rend douloureux: ils ne lais.sent au fond du cœur qu'une émotion légère et douce. C'est ainsi qu'un heureux climat fait servir à la félicité de l'homme les passions qui font ailleurs son tourment. Je doute qu'aucune agitation violente, aucune maladie de vapeurs pussent tenir contre un pareil séjour prolongé: et je suis surpris que des bains de l'air salutaire et bienfaisant des montagnes ne soient pas un des grands remèdes de la médecine et de la morale.

« Supposez les impressions réunies de ce que je viens de vous écrire, et vous aurez quelque idée de la situation délicieuse on je me trouvai. Imaginez la variété, la grandeur, la beauté de mille étonnans spectacles; le plaisir de ne voir autour de soi que des objets tout nouveaux , de» oiseaux étrangers , des plantes bizarres et inconnues , d'observer en quelque sorte une autre nature , et de se trouver dans un nouveau monde : tout cela fait aux yeux un mélange inexprimable, rend les couleurs plus vives, les traits plus marqués, rapproche tous les points de vue. Les distances paraissent moindres que dans les plaines, où l'épaisseur de l'air couvre la terre d'un voile.L'horizon présente aux veux plus d'objets qu'il semble n'en pouvoir contenir. Enfin le spectacle a je ne sais quoi de magique , de surnaturel , qui ravit l'esprit et les sens; on oublie tout : on s'oublie .soi-même , on ne sait plus où l'on est.

«J'aurais passé tout le temps de mon voyage dans le seul enchantement du paysage , si je n'en eusse éprouvé un encore dans le commerce des habitans. Vous trouverez dans ma description un léger crayon de leurs mœurs , de leur simplicité , de leur égalité d'âme , et de cette paisible tranquillité, qui les rend heureux par l'exemption des peines, plutôt que par le goût des plaisirs. Mais ce que je n'ai pu lous peindre, et ce que l'on ne peut guère imaginer .c'est leur humanité désintéressée, et leur zèle hospitalier pour tous les étrangers : j'en fis une épreuve bien surprenante , moi qui n'étais connu de personne , et qui ne marchais qu'à l'aide d'un conducteur. Quand j'arrivais le soir dans un hameau , chacun menait avec tant d'empressement m'offrirsa maison, que j'étais embarrassé du choix; et celui qui obtenait la préférence, en paraissait si content, que, la première fois, je prenais cette ardeur pour de l'avidité; mais je fus bien étonné quand , après eu avoir usé chez mon hôte â peu près connue au cabaret , il refusa le lendemain mon argent, s'offensant de ma proposition ; et il en est partout de même : ainsi c'était le pur amour de l'hospitalité, communément assez tiède, qu'à sa vivacité j'avais pris pour l'avidité du gain. Leur désintéressement fut si complet, que, dans tout le voyage , je n'ai pas trouvé à placer uu patagon. En effet , à quoi dépenser de l'argent dans un pays où les maîtres ne reçoivent point le prix de leurs soins , et où l'on ne trouve aucuns mendians. Cependant, l'argent est fort rare dans le Haul-Valais, mais c'est pour cela que les habitans sont à leur aise ; car les denrées y sont abondantes, .sans aucun débouché au-dehors, sans consommation de luxe au-dedans, et sans que le cultiva-

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leur montagnard , dont les travaux sont les plaisirs, devienne moins laborieux. Si jamais ils ont plus d'argent, ils seront infailliblement plus pauvres; ils ont la sagesse de le sentir : il y a dans le pays des mines d'or qu'il n'est pas permis d'exploiter.

«J'étais d'abord surpris de l'opposition de ces usages avec ceux du Bas-Valais, où, sur la route d'Italie, on rançonne assez durement les passans ; j'avais peine à concilier, dans un même peuple, des manières si différentes; un Valaisan m'en expliqua la raison. « Dans la vallée, me dit-il, les étrangers qui passent sont des marchands, ou d'autres gens uniquement occupes de leur négoce et de leurs gains; il est juste qu'ils nous laissent une partie de leur profit, et nous les traitons, comme ils traitent les autres; mais ici, où nulle affaire n'appelle les étrangers, nous sommes silrs que leur voyage est désintéressé : l'accueil qu'on leur fait l'est aussi. Ce sont des hôtes qui nous viennent voir, parce qu'ils nous aiment, et nous les recevons avec amitié. Au reste, ajouta t-il en souriant, celle hospitalité n'est pas coi'iteuse , et peu de gens s'avisent d'en profiter. — Ah ! je le crois. Que ferait- on chez un peuple qui vit pour vivre, et non pour briller? Hommes heureux ou dignes de l'être, j'aime à croire qu'il faut vous ressembler, en quelque chose, pour se plaire au milieu de vous.

« Ce qui me paraissait le plus agiéable dans leur accueil, c'était de n'y pas trouver le moindre vestige de gène , ni pour eux , ni pour moi ; ils vivaient dans leur maison , comme si je n'y eusse pas été : et il ne tenait qu'à moi d'y être comme si j'y étais seul; ils ne connaissent point l'incommode vanité d'en faire les honneurs aux étrangers, comme pour les avertir de la présence d'un maître, dont on dépend au moins en cela. Si je ne disais rien , ils supposaient que je voulais du moins vivre à leur manière; je n'avais qu'à dire un seul mot pour vivre à la mienne, sans éprouver jamais de leur part la moindre marque de répugnance ou d'étonnement. Le seul compliment qu'ils me firent , après avoir su que j'étais Suisse , fut de me dire que nous étions frères, et que je n'avais qu'à me regarder chez eux comme étant chez moi ; puis ils ne s'embarrassèrent pas de ce que je faisais ; ils n'imaginaient pas même que je pusse avoir le moindre doute sur la sincérité de leurs offres , ni le moindre scrupule à m'en prévaloir : ils en eusent entre eux avec la même simplicité ; et les en fans en âge de raison sont les égaux de leurs pères. Les domestiques s'assoient à table avec leurs mai- Ires : la même liberté règne dans la maison et dans la république ; et la famille est l'image de l'État. »

(66) La secte des Moraviens a beaucoup de rapport avec celle des Dumplers. tlle habite le Moravian , pays très agréable , situé à cinquante milles de Salisbury , ville de la Nouvelle-Angleterre. Leur capitale est Berthiana, située sur une petite rivière. Celte secte ou fraternité possède un terrain immense. Leur police , leur régime intérieur tient de la vie monastique. Tout y est en commun : les jeunes personnes des deux sexes sont élevées séparément ; tout commerce , toute fréquentation leur sont interdits jusqu'au temps du mariage. L'état donne aux nouveaux époux une maison, une portion de terre, les iustrumens du labourage , les ustensiles du ménage ; et le produit de leur industrie se verse dans le magasin public. Dans l'enfance , on leur apprend à lire , à écrire , et la mécanique. L'uniformité et la singularité de leurs habillemens, la longue barbe des hommes, qui descend jus-

qu'à la ceinture, leur donnent un air sauvage et hideux. Dès l'âge le plus tendre, les enfans sontspparés de leurs parens , et mis dans les écoles publiques , qui sont des espèces de séminaires; dès ce moment, ils appartiennent à la société ; on leur inspire l'amour de la patrie, et on les accoutume à se regarder connue des frères, et à éteindre ce sentiment paternel et filial qui attache les enfans et les pères : on prétend même que les pères ne peuvent jamais distinguer leurs enfans , et que les membres de cette société, principalement les chefs, jouissent de leurs femmes en commun. Cependant ils n'eu conviennent pas. Ils ont de beaux établissemens dont ils tirent des farines, du beurre, et d'autres denrées qu'ils exportent; ils ont établi des manufactures très lucratives; la principale est la poterie de terre, ouvrage dans lequel ils excellent.

(67; La coutume de boire à la sanlé est très ancienne Homère et d'autres auteurs de l'antiquité en font mention. Ils se servaient , pour s'exciter à boire, du terme de pliilotésie, qui signifie amitié et salut. Voici les cérémonies qu'on observait en buvant à la sanlé. Le maiire du feslin ver.sait du vin dans une coupe, et en répandait ensuite quelques gouttes en l'honneur des dieux qu'il invoquait, de même que lorsqu'il sacrifiait à l'amilié. 11 goûtait ensuite le vin , buvait à la santé de son ami , assis auprès de lui ou de son hôte, qui était venu lui rendre visite, lui souhaitant toutes sortes de prostérité. L'ami prenait la coupe, buvait, et la passait ensuite à son voisin. Homère nous apprend qu'à l'arrivée d'un ami , on répandait du vin en l'honneur des dieux, et qu'on lui présenlait à boiie avec une certaine formule de paroles , pour le féliciter de son heuieuse arrivée ; on le congédiait avec les mêmes cérémonies, afin que les immortels protégeassent son voyage.

Les Romains, en buvant à la sanlé, prononçaient ces paroles ; • Je souhaite que vous et nous , toi et moi , nous nous portions bien. > Au reste, il n'était pas permis de boire à la santé de tous ceux qui étaient à table. Il n'y avait que les étrangers et les hôtes qui pussent boire à la femme d'un autre, et cette permission ne s'étendait qu'aux seuls parens de cette femme. Si quelqu'un sortait d'un repas sans qu'on eût bu à sa santé , et sans avoir été provoqué à boire par le maître de la maison , il regardait cet oubli comme un affront, et se croyait dégradé du nom d'ami.

(68) Lorsque Franrkiin , en quittant Paris, où il avait joué un si beau rôle, arriva à Philadelphie le 15 septembre 1785, .son arrivée fut un jour de fête générale; les vaisseaux du port, même ceux des Anglais, déployèrent leurs pavillons ; on le nomma gouverneur. Il mourut âgé de quatre-vingt-quatre ans et trois mois, sans que sa présence d'esprit l'eût abandonné un seul moment. Il souffrit les plus cruelles douleurs de la pierre , avec un courage incroyable, lorsqu'un abcès, formé dans les poumons , termina sa glorieuse carrière. Il fut enterré avec pompe; un concours dépeuple immense accompagna son cercueil. Le convoi occupait un demi-mille. Le congrès ordonna un deuil de deux mois dans toutes les Pro* inces. Confédérées. L'Assemblée Constituante de France ordoima un deuil de trois jours.

S'J'j On peut comparer l'hiver du mont Saint-Bernard avec celui de Tornéo dans la Laponie , qui est au soixantesixième degré de latitude nord. On lit, dans les Mémoires des trois académiciens qui y passèrent l'hiver de 1737, que, le !"■ janvier, le thermomètre de vingt degrés des-

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cendil à vingt-deux an-dossniis de la conp.'^lation; le 2 au malin, il était à vinp,t-liuil ; le snir du mOme joui- à trenle-un el demi. Le 6 au malin , il était à trente-trois, et Icsoirdu même jour û trente-sept. L'air extérieur était tellement froid, que lorsqu'on ouvrait la porte d'une chambre eliaude, la vapeur qui y était répandue se convertissait en neige; et l'action du froid, si l'on sortait, semblait déchirer la poitrine. Ce terrible hiver commence ordinairement à l'équinoxe d'automne. Les hommes dispersés dans ces contrées sauvages et désertes , ne se nionirenl que sons la forme la pins grossière el la plus brute. Ils sont privés , pcndani la plus grande partie de l'année , de la lumière du soleil , et presque toujours de sa chaleur. Dans la ville de Tornéo même, l'hiver a quelque cho.sc d'effrayant : les maisons sont ordinairement enfoncées jusqu'au toit dans la neige; elles sont plongées dans les ténèbres : c'est surtout dans le mois de janvier que le froid atteint son dernier période d'inlensilé.

(70; On ne sei'a pas fâché de comparer Noire Damedes-Erniites A la Sanla Casadi Lorello, qui est la chambre qu'avait occupée la Vierge. La Santâ Casa fut transportée, par des anges , de INazarelU en Ilalmalie, puisa lieccaneti, el ensuite à Lorelle. Les différens endroits oi'i elle s'est reposée sont en vénéralicm :une lumière plus brillante que le jour l'accompagna pendant le voyage, et les arbres d'un bois sous lequel elle fut dé|)osée, inclinèrent leur tète pour lui lendre hommage : c'est ce qu'on lit dans un livre qu'on vous présente à Loretle. Le saint-siége fit environner celle chambre d'une grande égli.sc, et la chambre même fut enveloppée d'une couverture de marbre blanc. 11 y a une fenêtre qu'on fait voir, par où Ion a.ssure que l'ange entra lors de l'annonoiation : sa porte imérieure est revélue de lames d'anjcnt, el tapissée de richesses de ce mêlai. Le trésor esl immense : depuis quatre cents ans on y accumule des richesses. L? statue de la Vierge est fort laide, el de quatre pieds de hauteur; elle est revêtue d'une robe superbe, couvei-le de bijoux et de diamans: elle est debout dans nue niche d'argent; elle lient l'enfant Jé.sus dans ses bras ; elle a un globe dans sa main gauche, et de sa droite semble donner labénédiclion. L'image est de bois de cèdre du mont Liban ; elle a élé sculptée par saint Luc l'évangéliste, qui élait médecin , peintre et sculplenr. Ses habillemens sont riches , et on les change souvent : un des plus magnifiques est celui dont on la décore en mémoire de sa translation. Les lampes y sont innombrables; il y en a soixaule-deux d'or et d'argent , quelques-unes tl'un travail exquis, toutes placées autoiu' de la Vierge; il y a des anges d'or massif, et la figure d'un enfant, également d'or massif , représenlanl Louis XIV à sa naissance, présent qui fut envoyé par Louis Xlll ; un des anges tient dans sa ntain un cœur d'or couvert de diamans et enrichi d'une lame de rubis : c'est un présent, dit-on , d'une reine d'Angleterre, fennne de Jacques IL

Dans une armoire du .sanctuaire. Il y a des vases de lerre gro.ssiers, les mêmes dans lesquels la sainte fairiille prenait ses repas. Leur altoiKhement guérit les maladies ordinaires; un peu d'eau, bue dans ces vases, chasse les maladies les plusopiuiJlres; cependant il y a des médecins a Lorelle et qui sont très riches.

L'égli.se qui environne la sainte maison est un bâiiment 1res élégant , demarbre deCarrarc , et d'ordre corinthien. Le sommet est couronné par une balustrade; les colonnes sont placées de deux en deux ; il y a , dans les intervalles ,

des niches élevées les unes sur les anli'ès ; la railgéè sutlérieure est occupée par des sibylles; celles au-dessus , par autant de prophètes. Les intervalles plus larges sont enrichis de bas-reliefs dont le sujet est l'histoire delà Vierge. • Ils sont des meilleurs maîtres.

De chaque côté délia Santa Casa , il y a deux portes ; au-dessus de l'une est une inscription qui déclare excommuniés tous ceux qui oseraient entrer avec des armes.

Auprès est la chambre du tiésor , riche de tout ce qu'il y a de plus précieux ; les seuls vêteiiiefls de la Vierge sont d'un prix inestimable. 11 seutbie que l'on ait dépouillé lous les i-ois de la terre pour fournir tous ces diamans ; la salle où sont déposés ces trésors est vaste, ornée des tableaux des plus grands maîtres.

On y moiitre un bijou du plus grand pt-ix , donné par la femme du feld-maréchal Zumjunger, pour obtenir là conversion de son mari , qui cependant est mort hérétique. On y voit aussi un modèle du chûleau de Vincennes en argent, dont le prince de fondé fit présent lor,squ'il son il de celte prison.

Depuis la révolution française , toutes ces richesses ont disparu. La statue de la Vierge est venue à Paris, a séjourné long-temps dans la bibliothèque nationale, et enfin elle a élé rendue aux \œux de l'Église.

(7 1; M. Coxe conte celte anecdote d'une manière différente : « L'officier de lVeufch9lel, dit-il, s'était tellement dislingué dans celle bataille , que le roi de Prusse voulut leconnailre; il lui demanda son nom et son pays." Jesnis de Py'eufchàtel. — Vous êtes mon sujet , et vous portez les armes contre moi? — Sire, j'use du privilège de tout citoyen de Keufchâtel... » Le roi écrivit aussitôt à .son ré- .sident dans cette ville, et réclama contre ce droit ; la lettre fut présenlée au peuple ; trois conmiunautés refusèrent de renoncer à leur privilège ; mais celle de Valangin fit signifier à lous les officiers de son territoire, au service de France, l'ordre de le quilter incessamment, sous peine d'être privés de leur bourgeoisie. Un seul obéit , cependant les réfraclaires ne perdirent pas le droit de citoyen.

(72) Celle barbare superstition règne encore en Espagne.

Il y a à Madrid une église dans "laquelle est un caveau obscur, où se rassemblent quelques fanatiques; on leur distribue .1 la porte de longs fouets ; ils se dépouillent jusqu'aux hanches, el se flagellent si forlement que le sang ruisselle. Celle barbare cérémonie se fait dans un silence qui n'est interrompu que par les soupirs du repentir. Apres celle singulière expiation, ils reprennent leurs ma'urs et leur vie ordinaire.

Celle superslilion n'est pas renfermée dans la capitale; un homme digne de foi raconte que, dans une ville d'Esiramadure, il connaissait une femme d'un enjouement , d'une aménité très aimables; il va chez elle un vendredi saint ; il lu", trouve dans sa parure , dans sa physionomie un air de fêle et de triomphe; Il lui en demande la cause , dans un jour de deuil el de pénitence ; « Vous allez le savoir. » Dans ce moment les tlagellans devaient passer devant sa porte ; elle les attendait avec impatience. Ils arrivent ; elle s'approche de la fenêtre, de plein-pied avec la rue. garnie de barreaux; les tlagellans s'arrêtent et se frappent devant elle. Cette femme, dans im instant, e,st couverte de flots de sang qui rejaillissent de leurs épaules : elle se déleclail à recevoir cette sale rosée, sur une robe éblouissante de blancheur , qu'elle avait mise à des-

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sein. On croit que, dans celle liideuse cérémonie, l'amour se mêlait à la dévotion , cl que son aniant cl ait un des acteurs.

La secte des flagellans commença à Pérouse , vers l'au 1260: un nommé Rap,nier lut le premier auteur de cette démence , dans laquelle il entraîna une foule de personnes. Ils se mirent à marcher en procession, deux à deux, lé corps découvert et se fouettant jusqu'au sang. On les appelait les dciots , et leur supérieur, le jjénéralde la dévotion. Des prêtres portant la croix et des hommes de tout âge précédaient la procession. Dans les comniencemens, ces exemples de pénitence produisaient des réconciliations, des rest il niions , des œuvres de charité ; celle folie se répandit de l'Europe dans l'Orient, ynciqucs-uns des flagellans prêchaient qu'on ne pouvait obtenir la i émission des péchés qu'en se fouellant ainsi. Ils se confessaient les uus aux autres. Un imposteur publia qu'un ange avait apporté une lettre qui promettait le pardon de ses péchés .i quiconque se fouetterait pendant Irente-quatre jours; ces malheureux, égarés par le fanatisme, finirent par les plus grands excès ; Ils élevèrent des séditions, massacrèrent les Juifs, et pillèrent les bieus des laiqu(s.

(73) Voici ce que Philippe de C.ommines dit dans ses Mémoires, au sujet de celle jourTiée : «La douleur que Charles eut de la perte de celte bataille fut si grande , hij troubla tellement l'esprit, qu'il tomba en grande maladie, et fut telle que (là où sa colère et chaleur naturelles elaienl si grandes , qu'il ne buvait point de vin , mais, le matin, buvait ordinairement de la tisane, et mangeait de la conserve de roses pour se rafraîchir ; la dame trislesse mua tant sa complexion qu'il lui fallait boire le vin bien sans eau , et pour lui faire retirer le sang au cœur mettaient des étoupes ardentes dedans des ventouses , et les lui passaient en cette chaleur à l'endroit du cdi'ur ; à mon avis etu depuis cette maladie ne fut si sage qu'aupara\ ant ; mais beaucoup diminué de bon sens. »

(74; Philippe de Commines raconte qu'.Vugelo Caclho , d'abord donieslique du duc de Bourgogne . ensuite aumônier de Louis XI, et puis archevêque de Vienne en DaiJphiné, médecin et astrologue, se mêlant de prédiclîbns , disant la me.sse en prc.scnce de Louis XI, dans l%lise de Saint-Martin de Tours, le jour de la bataille de Nancy, pré,senta au roi la patène à baiser , en lui disant : conmmmatum est, lui annonçant par ces mots la m'ort de Charles son rival.

La chapelle du duc de Bourgogne était composée de quarante, tant moines que prêtres, chapelains et orga-

nistes; il y avait, outre cela, un aumônier et sous-aumiinlcr qui dirigeaient et dl.Mribitaient les charités du prince ; elles passièrent souvent vingt mille francs par an. Le clerc de la chapelle disait ses Heures avec lui.

Seize écuyers.qui couchaient auprès de son appartement, ne le quittaient jamais. Dans ses instaus de délassemens, les uus chaulaient, les autres lisaient des romaus, et s'appliquaient à le récréer.

Six docteurs en médecine veillaient a si saiiié; quand il était à table, ils examinaient la nature des mets qu'on lui servait.

Il avait quatre chirurgiens, tant pour lui que (tour sa maison ; ils traitaient gratuileineut les pauvres.

Il avait quarante valets de chambre de tous les états.

Deux épiciers et leurs aides lui donnaient, ainsi qu'aux gens de la maison , les épices , les dragées et l'hypocras. Sa musique consislait en douze trompettes, six ménétriers et les joueurs de bas in.strUmens. Les doiize trompettes sonnaient tous les matins iiour réveiller le prince ; elles annonçaient son départ et son reloue.

'7.5 Ce pajie, septuagénaire A sa mOrt, àfestegêalt la Hlirandole , le casque en têlc, la cllirasSe sur le dos; il visitait tous le.s travaux. Il avait cependant du goitt pour les arts et les letlres : » Celles-ci, disait-il, sont de l'argent pour les roturiers, de l'or pour les nobles, cl des diamaus pour les princes. « H conçut le premier le dessein de la basilique dé Saint-Pierre, un des plus beaux édifices que les hommes aient élevés ii la Divinité; lien posa la première pierre en ISOfi. .Iules fut le premier qui laissa croître sa barbe , pour inspirer plus de respect aux peuples ; Usage qui fut adopté par François l"', Charles- Quiiit et tous les antres rois , Weiitôt par les cotirlisans,

l'eiiple eamOléon, peuple singe du riiaitre;,

ensuite par le reste delà nation.

76; Léon X avait reçu l'éducation la plus brillante; il aimait les arts et surtout les iioi-tes; il embellit Rome, et acheva la basilique de Saint-Pierre. On l'accuse d'irréligion et d'athéisme : des ennemis de ce pontife ont avancé qu'il faisait venir devant lui deux bouffons pour se délasser, qui dispulaient J leur manière sur l'immortalité de l'âme; l'un soulenait l'affirmalivè , l'aulre la négative. Ce pape, J la fin de ces disputés, dit au défenseur de l'immortalité : "(Juoique tu aies d'excellentes raisons, j'àpjn-ouve les senlimens de m\\ adversaire, qui me pai'aissent plus solides et plus propres A réjouir. »

fllV DES NOTES DES VOV.^GEIRS EIV SUISSE.

TABLE ANALYTIQUE DES VOYAGEURS EN SUISSE

^nr (la rivière de 1'). Son berceau, 514.— Ses calaracles,

ibid.

Adolphe Delmont. Son départ pendant la nuit , 359. — Se rend à l'église avec Blanche, qu'il vient d'enlever, ibid.— Beau portrait qu'il fait de son amante, ibid.— Va visiter le lieu qu'on appelle la perle du Rhône. Fait la description de ce fleuve après sa renaissance, et depuis Genève, ità/.— Son arrivée à Genève, 360.— 11 visite la bibliothèque de celte ville, y voit des livres curieux, 362.— Son voyage à Thonou et 5 la iMeillerie, 365.— Son voyage au Mont-Blanc, 368.— Son costume et ses provisions pour ce voyage, ifcà/.— Raconte àson frère ce qu'il a vu et entendu chez les habitans des

Alpes , 376 Sa course , avec Blanche , à la montagne

de Voirons, 402.^ Sa comparaison entre la tragédie aciphigcnie et celle de Zaïre, 409.- Ses vers à Blanche, 411.— Son madrigal à la même, (6»/.— Consolations qu'il donne à Blanche, qui venait de perdre sa nièie 414.— Son duel avec le chevalier Bonnard , son rival ,' 416 —Sou voyage à Ferney , 4 17.— Ruse dont il se sert pour faire parvenir une lettre à Blanche , au couvent des Ursulines , 421. -Sa métamorphose en abbé pour parler à Blanche ; son entrelien avec elle, 422.— Proposition qu'il fait à madame deSaint-Omer d'enlever Blanche , 427. - Sa pai-aphrase en vers de deux vers philosophiques de ïibuUe . 443. — Fait part à son frère de son mariage avec Blanche , 445. — Son aiTivée à Lyon avec elle, incognito. Son mariage avec son amante, 446.— Leur départ pour Genève, 448.— Ils sont arrêtés par cinq voleurs, en sont quittes pour des pistolets , 449.— Ses plaintes singulières à madame de Saint-Oiner, au sujet de Blanche , ibid.— Raconte à madame de Saint-Omer , son voyage dans le Valais , 467.Son instruction pastorale à des bergers suisses, 470.— Son diner avec milord EUis, sur un monceau de glace, 471. —Ses vers à madame de Saint-Omer, pour le jour de l'an , 477.— Sa conversation avec Haller, ibid.

Vers qu'il envoie à Robert , 550.

Jdala. (le mont). Inaccessible, même au soleil. Donne

la naissance au Rhin. La vie de ses bergers, 517. Jigle des Alpes (1'). Ses forces, sa grandeur. 11 ressemble au condor d'Amérique. Dans quelle espèce il est placé par MM. Buffon et Bomare. Kom que lui donnent les habitans du pays. Sa férocité. Est presque toujours le seul de cette espèce qui habite les Alpes. Guerre cruelle qu'il fait aux chèvres , aux brebis , et surtout aux chamois. Ruse qu'il emploie pour dompter ces derniers. Sa description. Ses ennemis les plus dangereux par leur tactique, 433.

^ir. Influence de sa rareté sur nous. Effets qu'il produit. Les habitans des Alpes sont moins snjeLs à les éprouver. Accioens qu'il causa chez Adolphe et ses compagnons de voyage, 374.

Jlembert (d'}. Ce qu'il disait de notre théâtre, 411. y/lpes (les). Caractère des honnncs qui les habitent. Ce que rapporte M. Bourit d'un berger de ces montagnes,

375. — Division des Alpes fertiles. f.es trois jhabitaions dont souvent un berger y jouit, 431. — Différentes occupations de leurs bergers, 505.

Altorf. Situation de cette ville ; bassin qui se trouve devant ses murs, 519.

^/;na/</i(«e, jeune chèvre, compagne du voyage de Pierre,

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