CONCLUSION
Le lecteur sera peul-être curieux de savoir quelle a été la destinée et la fin de cette aimable comtesse de
Lisieux. Voici ce que j en ai appris de M. du F Elle a
oui, pendant nombre d'anuées, avec beaucoup de sa-
CORRESPONDANCE DE SUZETTE D'ARLY
gesse et de modération, de la foriune de son mari. Sa félicité ne fut allércc qiie par la mort de sa mère, qu'elle pleura long-lemps; mais les soins et les caresses de son époux parvinrent à calmer sa douleur. Cependant un orage se formait , la révolution arriva ; le comte , le chevalier et sa femme s'exilèrent de leur patrie : le comte mourut à Coblentz , de chagrin et de colère , et le chevalier fut tué daus l'armée de Coudé L'inie forte de Césariue ne succomba point sous le poids de ses malheurs; il y avait long-temps qu'elle avait médité sur les maux attachés à la vie, sur cette maiu de fer qui semble opprimer la vertu, encore plus que le crime. Elle répétait souvent ce vers de Voltaire:
Noas marchuns tout courbés sous le poids de nos manv.
Cependant la mélancolie s'empara de son cœur. L'évê-
que d'A , émigré français, prélat savant et d'une
grande piété , devenu son ami , s'efforça de la consoler au nom de la religion, et de faire de celte belle àine, une âme toute à Dieu. « Monseigneur, lui disait-elle, je respecte la religion , j'aime sa morale, j'en suis les préceptes; mais la grâce me manque . je vous avoue que madame de Maintenon et mademoiselle de La Valliere m'ont dégoiïfé dé lâ dévotion , l'une par son pédantisme, ses petitesses et ses intrigues, et l'autre par les excès de sa péuitence et .son fanatisme. ■ Elle suivit ré\éque, son ami, à Londres, où elle subsista de ses talens, et se
chargea de l'instruction de six jeunes Anglaises, qu'elle prit en pension. Sa réputation eu aurait accru considérablement le nombre, mais elle voulut se borner à six élèves : elle refusa un mariage très avantageux avec un gentilhomme anglais, qui en était fort amoureux. • Mon époux, hii disait-elle, est toujours vivant dans mon citur. » Elle revint en France dès que le calme y fut rélabli , et se retira à Die auprès d'une tante de son mari, qui lui laissa un héritage très modique, mais qui lui suffît. Elle disait ; «Je suis entrée pauvre dans la vie, pauvre j'en sortirai ; j'ai goûté de la richesse sans en être enivrée, et je retombe dans la pauvreté sans regrets, comme après s'être promené dans le palais des rois on rentre saus peine dans sa petite maison. »
Elle recevait la meilleure compagnie de Die. Elle lisait peu, sa vue s'était affaiblie; et puis, disait-elle, j'en sais assez pour le voyage qui me reste à faire; mais elle ne négligeait pas ses bons amis, c'est ainsi qu'elle appelait le Tasse, La Fontaine, Molière, Montaigne et Massillon. Elle se promenait beaucoup, l'exercice lui était nécessaire ; et le soir elle jouait anx échecs , le seul jeu qu'elle aimait. Son habillement fut toujours le demi-deuil; c'était, disait-elle, la parure d'une veuve. Elle est morte, en 1802, de la mort la plus douce. A son agonie, son curé vint lui parler de Dieu : sans lui répoudre, elle leva les yeux et les mains au ciel, et expira une heure après.
FIM DE Là CORRESPONDANCE DE StZETTE-CÉSARÏNE D'ARIY.
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