SUITE DC PETIT CANDIDE
Le chevalier de ***, en garnison à Ussel , dans le bas Liniosin , se lia d'amitié avec un des principaux habitans de celte ville , homme sensé , honnête , et qui donnait à diner. M. Antoine Bernard, le héros de celte histoire, venait de rédiger les premières aventures de sa vie à Paris , en style a.ssez négligé; il avait confié son manuscrit à cet homme de bien, son ami et son allié. Un jour, au .sortir de table, en prenant le café, moment delà confiaiice et de l'épanchement de l'âme, ce bon bourgeois parla à mon parent de ce manuscrit, et, après quelques instances, consentit à lui en faire la lecture. Voilà mon jeune militaire qu'échauffait l'amour du vrai et du beau , qui \cut absolument connaître le Petit Candide. On attelle un cheval au cabriolet, et dans une heure le chevalier se trouve au milieu de tous les Bernard, enchanté de leur bonhomie , de la noble et touchante simplicité de leur accueil. Il demanda à madame Bernard la permission , non de lui faire sa cour , mais de venir profiter des agrémens de sa société. "Monsieur, répondit iM. Bernard, on dinc ici dans tous les temps, vers le coucher du ,>:oleil, comme nos anciens patriarches , ou comme nos maîtres les Romains; faites-nous l'honneur d'arriver, une fois, ù cette heurelà, si le dîner et les botes vous conviennent, vous pourrez revenir quand bon vous .semblera.
Le chevalier profita si bien de l'invitation, et trouva l'hospice si agréable, qu'ayant pris son semestre, il s'y établit pendant tout le mois d'octobre; voici les détails qu'il a recueillis.
M. Bernard est aujourd'hui un homme de trente-cinq ans, d'une figure noble, ouverte, d'une constilutiou forte, éprouvée par la fatigue et l'habitude de l'air. Bravant l'inclémence de toutes les saisons, il est sans cesse occupé des travaux de l'agriculture. Madame Bernard ou Rosalie, car c'est ainsi que son mari la nomme toujours, est cette fleur du midi où l'on retrouve encore le charme et la fraîcheur de celle du malin. Sa figure séduit, sa décence arrête l'imagination ; son silence est plein d'expression , son langage est celui du coeur et de la raison. Madame Dumas, sa mère, brille encore du coloris de la santé ; le repos de son âme , la continuité du bouheur ont dissipé ces nuages de tristesse, cet air de langueur que l'infortune avaient jadis empreints sur sa physionomie. Le ménage s'est accru de deux petits Bernard et d'une Rosalie, doux fruit d'un si charmant hymen. La pieuse madame Bernard la mère n'existait plus; et voilà, me disait son fils, le seul chagrin qui ait troublé la sérénité de ma longue retraite.
Dn jour, me promenant avec lui, je hasardai quelques questions sur sa fortune, sa situation , son bonheur. « ,1e vois, dit-il , que vous avez lu l'histoire de mes premières années, et que vous désirez en apprendre la suite. Eh bien, demain nous déjeunerons dans la bibliothèque, d'autant que vous ne la connaissez pas encore ; nous recevrons en
tiers madame Bernard , si vous ne la trouvez pas de trop . — Au contraire, la scène n'en sera que plus intéressante. —Vous aurez l'un et l'autre du café à la crème, que vous aimez beaucoup, et moi je déjeunerai en vrai campagnard, ce que je ne bais pas.»
Je fus exact au rendez-vous , j'y trouvai mes aimables hôtes. Rien de si gracieux , de si riant que cette bibliothèque ; c'était une petite rotonde, décorée avec un goût simple, pur, parée de jolis tableaux de paysage et des portraits de la famille, faisant face au jardin, sous l'aspect du midi. Comme je ne me lassais pas d'admirer et de louer :« Je vois votre étonuement, me dit M. Bernard; mais il ces.sera, quand vous saurez que c'est l'ouvrage de Rosalie; elle est la bibliothécaire, et elle embellit tout ce qu'elle touche. Mais passons au sujet qui nous amène ici. Il m'a paru que vous désiriez savoir si j'étais heureux. Jetez les yeux sur ce jardin brillant de verdure , sur ces raisins qui descendent en festons , ces fruits qui tapissent ces espaliers; voyez ces trois enfans qui poursuivent des papillons, et qui cueillent des fleurs ; regardez à vos cotés l'image de la douceur, des grâces et de la modestie : eh bien, monsieur, tout cela est â imii; doutez encore de mon bonheur! Rosalie, à ces mots l'embrassa, et je vis une ou deux larmes qui humectaient .ses yeux. « A l'égard de ma fortune, vous connaissez le ton du ménage. Quel revenu me supposez-vous? — Environ dix à douze mille livres de rente. — Vous me faites trop d'honneur : j'en ai quatre mille tout au plus.— Comment! la propreté, l'aisance régnent dans la maison , l'aboudance dans vos repas; votre cave abreuverait un couTcnt de bernardins.. — Mais nous n'achetons presque ri«n ; j'ai une excellent» ménagère, en désignant Rosalie, qui fournit ma table ù très bon compte, et mon potager la couvre de fruits et de légumes; je suis comme le vieillard du (ialese. Diipibus mensas onerabat inemplis', yuand j'étais à Paris, je n'entendais parler, sous les lambris du luxe et de l'opulence, que d'économie, de dettes, de privations ; nous ne connaissons point cette indigence; l'économie n'est pas ici la piivation; c'est l'intelligence et l'ordre. Rien ne se perd, ne .se prodigue, rien n'est payé au larif de l'opinion. Nos désirs sont rarement contrariés; il est vrai que nos besoins et nos désirs diffèrent de ceux qui tourmentent les habitans des grandes villes, chez eux, ils tiennent à l'opinion, au dérèglement de l'imagination; chez nous, ils émanent de la nature.
« Il vous souvient avec quelle modique fortune je vins ici chercher uu asile. J'achetai d'abord cette maison de campagne très délabrée; je l'ai fait valoir. Comme les Cincinnatus, les Fabricius, j'ai labouré mon champ; et j'espère que, plus heureux que l'un d'eux , je pourrai marier ma fille-. Rosalie aussi, plus d'une fois, de ses petites mains blanches et délicates a traîné la brouette et sarclé le jardin. Nous étions pauvres alors; mais nous avions le courage et l'énergie des âmes nobles , et nous nous aimions presqu'autant qu'aujourd'hui. » Rosalie sourit. « Vous voyez , monsieur, ajouta-t-il, ce pain qui me nour-i rit, je n'en ai jamais trouvé d'aussi délicieux ; c'est ma femme qui l'a pétri.
" Mais revenons : la maison contigué à la nôtre apparte-
' Il chargeait sa table de mets non acheté.').
* Fabricius mourut si pauvre, que le sénat fut obligé de marier sa tille aux fral.< du public. Après la mort d'Kpaïuinoudas, on 110 trouva chez lui , pour tout meuble, qu'une broche et un chaudrou.
id
CONTES
iiail à un vieillaid pauvre el délaissé. Son terrain , quoique considérable, était néolifié, et cessait de produire. Ma femme, toujours compatissante, lui prêtait ses secours, lui envoyait du bouillon quand nous en avions, et adoucissait ses maux el sa misère par mille .soins délirais. (le bon homme, dans l'effusion de sa reconnaissance, lit son testament, el nonnna Rosalie son héritière. Il s'empressa avec la joie d'un cœur plein dune bonne action de lui apporter celle nouvelle, ,1'élais présent; Ro.salie jeta les yeux sur moi; je lui dis : • Ma chère amie, nous n'avons qu'une même âme, qu'une même façon de penser : ainsi ce que tu diras, ce que tu feras, sera exactement conforme à ma pensée, à mes senlimens. » Mais c'est à elle à finir ce récit. — Rosalie. Je suis très reconnai.ssante répondis-je à cet homme généreux, de cette preuve d'attachement el de confiance; mais vous avez un neveu ? — Le vieilltinl. Cetil un inivrat, il m'a abandonné. — Hosalie. N'imporle, je dois connaître ses droits et non ses torts; ainsi je ne puis accepter vos bienfaits. Je vous demande sa grâce, me la refu.serez-vous ? — Le oieillard. Oui , c'est la seule chose que je puisse vous refuser. — Alors, je pris la parole. Je vais vous proposer, dis je au vieillard, un arrangement qui peut vous convenir à l'un et à l'autre. Votre neveu n'aime pas la campagne, et par .Min état ne peutlhabiler. J'achète voire maison, je vous en donne dix mille livres; vous y demeurerez le reslede votre vie , et je vous ferai l'inlérét de celle somme que je remetlrai à votre neveu, si nous avons le malheur de vous perdre. Cependant je défricherai ce terrain iuculle, je l'engresserai , je ranimerai la végétation , le<i fruits en »eroul pour moi; réservez-vous seulement ce qui peut élre nécessaire à voire subsistance. » Ce bon vieillard m'écoulait, l'oeil humide de larmes; et nie sautant au cou «J'accepte ce nouveau bienfait; mais mon neveu n'aura ])as les dix mille Wyyes.— Bernard . Le marché ne peut donc se conclure. — Rosalie. Alors, mon cher voisin , c'est moi, c'est votre amie qui vous en conjure; pardonnezlui en ma faveur au nom de la vertu qui pardonne les offenses; c'est voire sang, le fils de votre frère. — Le l'ieillard. Ah! mon frère m'aimait, el je l'aimais bien aussi; il ne m'eût pas abandonné! — Rosalie. Et vous pouvez liair son fils? « Je le vis ébranlé, attendri : je l'embrassai, et la grâce fut accoidée. — Bernard. J'ai travaillé, fécondé ce soi amai|',ri: et du produit qui pas,sait mou esl)érance, j'ai embelli mon habilalion rustique. — Le chetalier. Pas si rustique! Voilà des portraits, des paysages (|u'on ne trouverait pas chez les bergers d'Arcadie , encore moins dans les cabanes helvétiques. Ce ne sont pas des plantes de voire jardin; c'est du luxe qui coûte- — Bernard. Moins peut-être que la pêche que je cueille dans mon verger. C'est Rosalie, cette aimable magicienne, qui , d'un coup de baguette , crée ces merveilles ; demandez-lui. Rosalie. Ma magie est bien simple : ces tableaux sont mou ouvrage, et les fruits du loisir de la campagne. — Bernard . IN'avcz-vous pas lu dans mou hisliiire, que Rosalie, â qualorze ans, commençait à peinlUe ! — Le chevalier. Oui, je me le rappelle. — Bernard. Hi bien, n'ayant ni logea l'opéra, ni visites à rendre, ni billets du matin à écrire , elle a cultivé ce talent et s'y est perfectionnée. — Le cliei aller. Qu'on est heureux de joindre au goiU de la campagne, celui des arts et de la lecture! — Rosalie. Et sur tout d'avoir son ami loujours auprès de soi. » Son ami , à ces mots , la pressa doucemen dans se« bras. — Bernard. Venons à ma \ic intérieure ,
((ui (jarait aiguillonner voire curiosité. C'est à peu prè,<; tous les jours le même cercle (pie je parcours ; je me lève avec le soleil ; c'est mon réveille-matin ; je sors sans troubler le repos de Rosalie, car nos cellules sont séparées; mais nous avons un calendrier pour nous retrouver, qui n'est pas celui des vieillards. . Rosalit rougit el bais.sa les yeux. — Bernard. Je vais aux champs présider aux travaux et aiguiser mon appétit. Je rentre vers les dix heures chez ma femme, où je trouve toute la famille assemblée , qui m'atlend pour déjeuner.
« Après ce léger repas, la troupe se disperse; Rosalie se relire dans sa bibliothèque, qu'elle aime beaucoup. Ses deux passions favorites, après son mari s'entend, sont la peinture , et surtout la leclure. Moi, je n'empêche pas de lire ; mais je voudrais que l'on se promenât, que l'on fît de l'exercice. C'est là le sujet de nos grandes (luerelles, qui cependant s'apaisent avant la nuit, parce que l'apôtre a dit ; Sol non occidat super iracundiam veS' tram '. Vous ne soupçonnez pas, sous cet air de sim]ilicité, qu'elle est Ires iuslruile; mais elle sait encore mieux qu'une femme doit couvrir son érudition du voile des grâces et de la modestie -. Pour moi , je suis un ignorant, un écolier à qui Rosalie dore les bords du vase pour faire passer l'instruclion; je n'aime que l'histoire et la morale : Montaigneest mon inséparable; c'est le manuel d'un .solitaire : il n'est pas fait pour les gens du monde. J'ai peu degoiUpourla poésie; Yollaire me dirait que je dois avoir l'esprit lourd".
" De tous les poètes, je ne lis que les Géorgiques de Virgile, lequalrième et le sixième chant de l'Enéide, les Epitrcs et quelques odes d'Horace , une quinzaine de fables de La Fonlaine, Brilannicus , le rôle de Phèdre, les trois premiers actes des Horaces. Je lirais davantage; mais j'ai des occupalions , et d'ailleurs , il me faiit du moiivemenl el de l'aclion. Vous jugez bien que la bibliolhè(|uc de ma inere, ses livres ascéliques, sa Légende dorée, tout cela est monté au garde-meuble, et y séjournera loug-lenips, à moins que Rosalie, au bord de sa carrière, n'incline à la dévolion ; c'est le besoin des âmes lendres.
« Pendant 1 existence de ma mère, nous faisions deux repas, nous dînions el sou)iious : c'était sa rouliue, je m'y souniellais; mais après .sa mort, j'ai réformé aussitôt celle vieille et absurde méthode, qui ne convient qu'aux désœuvrés '. C'est couper gauchemeut sa journée en deux parties; c'est abréger le temps des affaires, celui qui passe le plus rapidement ; c'est se préparer des heures de désœuvrement el d'ennui. Le plaisif est une liqueur douce, tlalleuse que la volupté doit verser goutte à goutte, sans quoi elle enivre et rebute bientôt. Faire deux grands repas, c'est prévenir le besoin, et quel est le plaisir qu'il ne doive précéder? Demandez â Rosalie avec quelle fraîcheur d'appétit je me pré.sente au festin! comme l'attente de ce moineut embellit ma journée! Au.ssi , quand je suis attablé, je serais capable, me di.sait-elle un jour, d'imiler je ne sais quel Grec , qui , à souper , ne daigna pas ouvrir une lettre importante, en disant : yt demain les af-
' One le soleil ne se couche jamais sur votre colère.
* C'est un conseil qu'un giaïui prince d'Italie, très sensé, Irèsaimablc, le prince de 1'...., donna à la princesse .sa femme, lorsqu'il s'aperçut de son vif peiirliaiil pour la lecture.
^ Qui n'aime pas les vers a l'esprit sec el lourd.
V01.TAIKK.
•Il n'y avait jadis à Rome que les libertins qui fissent un repas an milieu de la jouriiéi'.
CONTES
faiiT.i scrieitsfs'. Oui , nionskur , c"esl à ce repas (iiic le ilui' Fabriciiis devient un véiilable Alliais. Je veux (|iie Iniil ce (jui Halle les sens y soit réuni ; grand feu lliivei-, frairlieur l'été. .Si j'osai.s, j'imiterais les anciens qui, pendant le festin , se couronnaient de fleurs, et répandaieni des parfuns'^. Je fais même allenlion à la loiletledema feinine, f|ui , pour me plaire, devient roquelle deux heures par jour. Ma .salle à manger e.st la pièce la plus rianle de la maison : à Pari.s , c'est ordinairement la plus triste; mais aussi l'ennui est prestiue toujours un des convives. Vous avez vu connue mon réfectoire est oi'né de lleuis et de verdure ; dans l'hiver , des myrtes, des lauriers-roses , des orangers nous offrent le charme du printemps. Des oiseaux captifs, mais heureux, égaient la fêle de leurs chants. C'est là notre opéra, et nous sommes toujours aux premières loges. Les étrangers prennent ma salle à manger plutôt pour nue chapelle à l'Amour, que pour le .salon de Barchus el de Cornus. Dans la belle saison , apn s ce souper-diner, on se promène, ou , suivant la fanlaisie el le lemps, on joue aux échecs, au trictrac, au billaid; ce sont les seuls jeux autorisés dans nos états, ^ous admettons toujours quelques convives à nos libations; le curé, homme instruit , quelque honnête fermier qui nous enlretieiil,
Non pas sur la fortune;
ma foi j'allais vous ciler des vers de La Fontaine , mais je les ai oubliés : ainsi vous m'en dispenserez ^. De plus j'ai deux chambres consacrées à l'amitié, qui sont presque toujours occupées; mes amis trouvent chez moi la paix , la liberté , la bonhomie ; pourquoi ne s'y plairaieut-ils pas ?
• Vous voyez, mon.sieur , par ce lableau fidèle de ma situation , que je ne dois pas me repenlir d'avoir toujours aimé et professé la vérité' : il est vrai qu'il m'a fallu tirer une ligue de séparation entre les hommes el moi , et que, sur celle foule d'individus qui peuplent la terre, à peine j'en cultive une douzaine, auxquels encore je ne demande rien.
— Le chci'alier. Permettez - moi , monsieur , encore quelques questions; elles sont relatives aux personnages que vous avez célébrés dans voire histoire. Qu'est devenu ce M. Dorilas qui vous a gratifié du nom de Petit Ctin- (/«/f, et dont la trajïédie vous conduisit au corps de garde? —Bernard. Il ne s'est pas relevé de sa chute, à ce qu'on
' Ce bail, mal développé parM. Bfrnard, est d'un Spartiate qui coniiiiaïuUiil dans Tlièl)cs conquise. Il recul à souper une Ictlie d'Atlièiics, qui l'avcrlissail de la conjuration el du départ de Pélopidas ; il la mit sous son coussin sans l'ouvrir, en disant ; //i cnutinuni differo res sevents.
' Les Romains n'étaieni pas contons, si, au nnlieu de l'hiver, les roses ne nageaient pas sur le vin de Falerne. ^ Les voici :
Non pas sur la fortune , Sur ses jou\ , sur la pompe el la grandeur des rois ; Mais sur ce que les champs, les vergers el les tois Ont de plus innocent, de plus doux, de pins rare.
• M. "' a qui je demandais si une société d'hommes tou- .lours vrais pourrait exister, ma répondu qu'au Pérou , avant l'arrivée des Espagnols , le mensonge n'avait jamais souillé la bouche des enfaiis du Soleil. Pylliagore, ajoulail-il avec enthoiisiacnie, ilisail que l'hoinine approche de Dieu particulièrement par doux choses : l'une en disant toujours vrai, el l'autre en t'aisanl du bien aux hommes. Malgré Pylhagore et M. '", j'ose encore douter.
m'a dit; mais sa forinnel'a dédommagé ; il a épousé une jolie femme , et conquis le fauteuil académique. Au.ssi un de ses amis, à qui il faisait part du bonheur de res évcneniens, lui répondit ; fous voilà bien ti.ssis, bien eouché ; ainsi croyez-moi, tenez-vous tranquille. — Le clwfalier. Et M. et madame de ftlaiinvilie , quelle est leur destinée? Vous comprenez aujourd'hui ce que madame exigeait de vous à ce fameux déjeuner ? — Bernard. A peu prés ; au sein de l'opulence, ils épni.seul les dégodts de la vie; après un procès scandaleux, le mari et la femme ont été séparés juridiquemenl. Leur fils, quelque lemps après, a obtenu la main d'une demoisille de qualité. Les deux nouveaux époux ont quille bienlôt le foyer paternel , et se sont partagés un vasic hfilel au Marais, où chacun, dans l'essor de la liberlé, snil eu paix ses douces inclinations : madame reçoit chez elle tome la cour, monsieur tout le Marais. Leur union esl lellc, qu'un jour quelqu'un demandanl à madame des nouvelles de monsieur, elle répondit : Je le vois très rarement , il n'est pas de ma société. De snrie que le père, la mère, les eiifans onl chacun leur ménage et leurs dieux à pari ; el piiur loul rapport , tout lien entre eux , ils s'envoient des messages dans les grandes occasions, et se loin écrire respectivement à leurs porle-s. «
Ainsi finirent le déjeuner et la conversation de M. Bernard. Le chevalier, se méfiant de sa mémoire, courut aussilot confier ces détails au papier. Après un mois de séjour dans cette douce relraile, il en partil avec un vif regret. Il vint à Paris avec le projet de faire imprimer, pour l'exemple et le bonheur de l'humanilé, les mémoires et le déjeuner de M. Antoine Bernard : et c'est à moi qu'il s'est adressé pour l'exécuter. Je m'en suis chargé avec plaisir, 5 condiliou que nous aurions l'attache de M. Bernard, que nous avons obtenue après bien des sollicitations.