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LE DEJEUNER

Oui, l'occasion a des ailes,

Elle s'enfuit rapidemenl ;

Mais, croyez-moi, bergers fidèles,

Il est toujours uu bon moment.

La pudeur veille au cœur des belles,

C'est un dragon fier et jaloux ;

Mais par bonheur un sommeil doux

Ferme par fois ses deux prunelles.

On ne peut pas veiller toujours;

Profilez-eu sans vains discours,

O.sez (^ire uu peu téméraire :

Car après tout, que risque-t-on?

On ri.sque tout lorsqu'on diffère;

Vous allez voir si j"ai raison.

Damon soupirait pour Mélite; Depuis un mois son cœur bjùlait; Mais c'est en vain qu'il sollicile , Hélas! à peine on l'écouiait.

Pendant un mois être inflexible !

Le trait est fort , dit un plaisant. D'accord , mous eur , niais cependant Vous conviendrez qu'il est possible.

Envain Damon de ses soupirs Fatiguait l'écho solitaire; En vaiu aux pieds de sa bergère, Maigre d'amour et de désirs.

Il consumait sa vie entière :

Soupirs et pleurs, tout était vain.

Mais enfin le marbre se brise , L'airain Héchit sous votre main ; Et la beauté , quoi qu'on en dise, IN'est ni de marbre ni d'airain.

Damon, aux pieds de son amante, L'tEil triste . embrassant s^s genoux , La presse d'une voix louchante De lui donner un rendez-vous.

Mélite était bonne et facile , Son amant se dése.spérait ; La vertu la plus difficile Ne voit souffrir qu'avec regret.

• Kh bien ! demain , je suis trop bonne ,

Avec moi venez déjeilner ;

Je crois que je n'aurai personne:

Mais gardez-vous d'imaginer

Que c'est , sous l'air d'un déjeuner.

Un rendez-vous que je vous donne. »

Déjà la nuit, du haut des airs, Développait son voile .sombre.

Et les amours blottis dans l'ombre , Déjà repeuplaient l'univers.

Tout plein de sa bonne fortune , Damon dans son lit s'agitait.

Il accusait les cieux, la lune, Et le soleil qui retardait.

Mais le jour brille , l'heure sonne,

Il vole enfin d'un air vainqueur.

Un dieu vivement l'aiguillonne' , Et l'espérance .i l'air flatteur Déjà lui tresse une couronne.

Mélite à peine en ce moment , Au demi-jour qui vient d'éclore , Enir'ouviait son œil langui.ssant.

Le vermillon qui la décore , Fruit du repos et du désir, L'ornait , l'embellissait encore:

C'était Vénus , c'était l'.Aurore .Sortant du palais du Plaisir.

F.lles'pveille, elle médite.

Et son amant qui s'enhardit.

Était déjà près de son lit.

A cet aspect, tout interdite.

Elle se plaint , gronde , rougit; Mais la rougeur bientôt s'efface , Le désir reste, et la rai.son Du criminel olitieut la grâce :

(Juand on est seul , se fàche-t-on?

Dans cette alcôve solitaire.

Régnaient le silence et l'amour; Tout auprès veillait le mystère Tenipéranl les rayons du jour.

Sons un mouchoir que l'œil caresse, On soupçonnait un sein charmant; Le lin docile (,ui le presse , Par deux contours s'arrondis.sant.

De ce sein alors palpitant , Offrait la forme enchaiileresse.

Mais que faisait ce beau Paris ?

Belles, pardonnez, si j'hésite.

Vous rougirez si je le dis.

Et vous plaindrez notre Mélite.

Damon se tait, et ne fait rien.

Enfin , il parla de la sorte ;

Vous allez voir s'il parla bien.

«Où suis-je? Quel (eu me transporte?

Que debeautésl que de fraîcheur!

Telle on nous peint la jeune Flore,

Ou de Psyché l'air enchanteur

— l.ai.ssez , monsieur, la métaphore.

Vous me traitez avec fadeur.

— Ah ! dans i'ardeur qui me dévore.

Que ne puis-je, au moins une fois.

Vous tenir seule au fond d'un bois?

— Ah ! uionsieur, quelle frénésie!

Vous voulez donc m'assassiner?

— Qui? moi? Vous pourriez soupçonner.... Mais en vain il se justifie:

Elle sonne, le congédie;

Et le galant tout étonné

Sortit sans avoir déjeuné.

Mcriiait-il celte disgrâce?

Mesdames , décidez le cas.

Pour moi, je sais bien qu'à sa place

J'aurais fait mes quatre repas.

/oz

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