‹ Œuvres complètesChapitre 184 sur 416 · LA FAU.SSE PEUR · texte numérisé non relu

LA FAU.SSE PEUR

Que du plaisir la roule est dangereuse ! Et que l'on fait de faux pas sur ses bords! Ils sont si beaux ; là , la terie amoureuse Couvre son sein des plus riches tré.sors ; Lh, sur des Heurs la volupté repose.

L'illusion care.^se le désir ; Mais le réveil détruit ce lit de rose, Et bien souvent amène un repentir.

Mais aux messieurs de notre académie,

A nos esprits laissons ces grands discours ,

Et racontons simplement les amours

Du beau Lindor, de l'aimable Célie.

Las ! à ce nom quel doux saisissement!

Celle élail la plus jeune des Grâce.s, Vive, légère; et loujours saulillant.

Son joli pied à peine , en le foulant , Sur le gazon imprimait quelques traces : Tel est l'oiseau qui voltige en marchant. L'heureux Lindor , aimé de cette belle. Gémit pourlant dans le sein du bonheur; Qu'y manquait-il ? Rien qu'une bagatelle, Que nous nommons la suprême fave;;r.

Hélas! pourquoi faut-il donc à nos âmes Que la nature ail attaché des sens?

L'amour n'aurait que d'innorcnles flammes. Des plaisirs purs : quel bonheur pour uos dames Qui craignent tant les désirs des amans!

Célie aimât , et de son doux printemps Son co'ur , sans douie , éprouvait lintluence; Mais la pudeur, cet instinct de l'enfance Oui peint son front d'un ro.ige intéressant ; Mais dont l'éclat s'use insensiblement.

Gardait le gite où niche l'innocence.

Dans ce lemps-l.'i , .sous des cieux inconnus ,

L'hiver fuyait. Le mois cher à Véuus,

Le froat orné d'une ro e nouvelle,

Épurait l'air; la tendre l'hilomèle.

Par ses chansons, anuoniait les beaux jours ,

Et le Zéphyr balancé sur son aile,

Au :ond des bois éveillait les Amours.

Cel e alors et le père et la mère ,

Le pelil frère avec le prrcepleur.

Volent aux(hamps ; c'est l."i qu'est le mystère,

L'occasion , au sourire enchanleur ;

Là, des vrais biens coule la source pure;

Là , noire cœur , plus près de la nature,

S'ouv re au di>sir , appelle le bonheur.

Lindor obi inl, après longue prière.

Et vingt refus qui cessèrent enfin .

La clef don parc , asile clandestin ,

Où le plaisir vivait en soliiaire.

Il promit bien qu'il saurait le chemin.

Or le vnilii qui vient le lendemain

Qui fut surpris? Ce fut la bergerette;

Vraimeni sitôt , on ne l'allendait pas :

Mais , par bonheur, elle élait là seuletle.

Quand tout à coup il vole dans ses bras.

On le gronda; mais il se justifie.

On l'e suya . car il avait bien chaud.

En l'essuyant . cependant on oublie.

Qu'il faiu gronder ; le cas n'est pas nouveau.

0 vous censeurs , vous sauvai;es Lucreces!

Concevez-vous les transports , les caresses

De ces amans , leurs entretiens si doux ?

Eh non ! vos cœurs repoussent la nature :

Fuyez, fuyez, la Naïade murmure.

Et les amours pâlissent de courroux.

Déjà Lindor , tout brillant d'allégresse

Et de désirs , le regard plein de feu ,

Serrait la main de sa belle maîtresse ,

Puis s'approchait , et puis encore un peu ,

CONTES

Puis demandait , d'un aîr soumis et (endre , Un seul baiser; et tout en deina dant, Il le prenait; on voulait se détendre : Mais 06 qu'on \eut , on le fait rarement. Le frais tissu d'une fjaze léijere Enveloppait les Us d'un sein naissant; Je ne sais pas comment se tit l'affaire. Mais le moutlioir disparui à l'insiant.

Mille baisers eouvrirent tant de charmes : Célie émue, on le serait à moms, Le repoussait, priait, versait des larmes. Larmes d'amour, si douces sans ttïiiioins. Et son amant , quelle ardeur quand on aime ! Des yeux du cœur dévorait ses appas, Ne parlait plus , et déjà , dans ses bras , La sœur d'amour devenait Vénus même !

Quai'd tout à coup , des bords de l'horizon L'orage approche , étend son orbe innnense ; Le jour pâlit, un bruit sourd et profond Roule dans l'air, el redouble et s'avance, L'éclair , la foudre a frappé le vallon ; Et l'iiabitani garde un morne silence. Soudain la nue ouvre ses vastes Hancs, L'onde .se presse, et s'échappe en torrens. A ce fracas, celte beauté louchante Tremble, frémit ; colombe gémissante, Tombe à genoux, et les sens éperdus :

C'est mon péché , c'est mon crime , dit-elle , Pardon , grand Dieu ! je ne le ferai plus ; Oui , je mourrai toujours clia: te et tidele. » Et son aniaut , aftligs de ses pleurs , La consolait, apai.sait ses leireurs, De tout ce bruit lui dévoilait les causes; Peu soucieux si la foudre éclatait.

Son œil fripon parcourait, caressait Un sein sans voile, où s'élevaient deux roses. Mais le bruit cesse , et le Ham; eau des airs Brille déjà sur la voiHe azurée :

Le rossignol , lepicnant ses concerts , Rappelle au bois la bergère éploiée.

Célie entîn respiie , ouvre les \eux , Cherche Lindur , le voit , et rassurée Se laisse aller dans ses bras amoureux. «Eh bien! dit-il, lu vois, l'orage passe , Le jour renaît plus pur, plus radieux.

Va, jouissons, quand tout nous est propice : Si chaque lois qu'on cueille un (cuit d'amour , Le ciel tonnait, nous verrions nuit el jour. Sur notre tête, un beau feu d'artifice. »

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