‹ Œuvres complètesChapitre 186 sur 416 · L'AUMONE · texte numérisé non relu

L'AUMONE

Conteurs, parleurs, écoutez la morale Dont , eu passant , je veux vous régaler : Vous avez lous la fureur sans égale De raconter, de parler pour briller ; Chacun de vous, sans doute, est très habile; Mais l'amour-propre est un ami trompeur; Tel nous endort qui se croit beau diseur. L'art de parler n'est pas chose facile; Il faut esprit, mémoire, jugement.

Mais, dites- vous, j'ai tout cela, vraiment. Je le croirai , quand vous saurez vous taire. Mais vous, monsieur, qui voulez tout rcîgler, Vous contez bien : — Moi , c'est une autre affaire, Mon médecin m'ordonne de parler. Oi', écoulez , si cela peut vous plaire.

Un amateur des fêtes de Cypris , Dans l'ilije heureux où la troupe légère Des ris , des jeux , vole sons nos lambris , Du doux plaisir suivait le cours facile. Avec ardeur mois.sonnail dans ses champs. Et dans les bras de la jeune Lucile , Des fleurs d'amour couronna t son printemps Heureux n;orlel, jouis dans le silence!

De Ion bonheui' qui ne serait jaloux?

Est-il sultan de Madrid, de Byzance, Qui sur le troue ait des plaisiis plus doux? Mais le reino; ds troublait sa destinée, Il redoutait les grifles du malin , Il éiait faible, et son âme entraînée Pleurait le soir les plaisirs du malin. Pour apaiser la divine vengeance, Concilier ses plaisirs et la peur, Damis souvent, aux pieds du (onfe,sseur, S'allait laver des eaux de pénitence; D'un cœur coutril il demandait pardon

CONTES

Pleurait, du ciel implorait la clémence,

Puis retournait à son péché miguon.

Telle une femme, et crainlive et sensible.

Quitte un amant, revient à son époux,

Et puis revole 5 cet objet plus doux.

Un carme élait le juge incorruptible

De ce chrétien si faible en sou devoir :

Il fallait voir avec quel air terrible.

Il le grondait , le danniait sans espoir.

«Dieu, disait-il, l'auteur de la nature,

Hait ce péché que l'on nomme luxure

Plus que la mort , autant qu'on peut haïr.

Uu seul moyen peut parfois l'adoucir.

Et ce moyen , mon cher fils, c'est l'aumône:

Le pauvre est homme, et Dieu veut qu'on lui donne. »

Aussi vraiment chaque fois qu'il venait

Au saint parquet, le moine le taxait,

Selon le cas, de telle ou telle somme ;

Et cet argent était mis en ses mains.

Pour l'hôpital ou pour les orphelins.

Ce train finit ; notre béat de Rome

Courut ailleurs ab.soudre les humains.

Un an après, notre aimable jeune homme

Vint à Paris pour changer ses destins.

Là, certain soir, une nymphe élégante,

En chapeau rose , en robe voltigeante.

D'un air riant, l'appelant par son nom.

De lui s'approche , et le bonsoir lui donne.

— Bonsoir, dit-il ; mais votre abord m'étonne : D'où savez-vous mon nom ? — Ah ! qu'il est bon ! Vous souvient-il du petit père Anseauine

De Perpignan , votre doux confesseur ?

— S'il m'en souvient ! oui, c'était un .saint homme Béni de Dieu, tout bouillant de ferveur.

— Vous ,souvient-il que ce zélé prieur Pour effacer la tache malheureuse De vos péchés , de vos petits besoins , Vous imposait une aumône pieuse Que vous daigniez confier à ses soins ?

—S'il m'en souvient! oui vraiment -.mais vous-même. D'où savez-vous un pareil incident?

— D'où je le sais? Ah! le bon stratagème! Écoutez bien : le conte en est plaisant. L'homme de Dieu, des qu'il avait l'argent, Venait chez moi : d'un zèle charitable

Il ordonnait un souper excellent ;

Bon feu, grand vin, du Cap, de Frontignan,

Point de témoins, l'amour servait à table :

On ne |iouvait , monsieur, regardez-moi.

De votre argent faire un plus doux emploi.

Aussi le père, en cette sainte orgie,

Je dois l'aveu de cette vérité ,

Ne manquait pas de boire à la santé

Du petit saint et de sa boime amie. »

La belle alors termina son récit.

Damis s'en fut, dit-on, tout interdit.

Le tour est bon , l'on aurait pu m'y prendre.

Mais je voudrais que l'on me dit ici ,

Dans quel couvent ce moine put apprendre

A vivre ainsi des sottises d'autrui ?

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