‹ Œuvres complètesChapitre 194 sur 416 · LE MARI VENDU · texte numérisé non relu

LE MARI VENDU

Nére.ssilé n'a pas de loi. Nous dit très .sagement un bon et vieil adage; Tel homme dans Paris, riche d'un héritage, Se montre tous les joui s généreux comme un roi, Traiie parens, amis avec grand élalage.

Qui bienlôt les vendrait , comme fit Siméon De ce pauvre Joseph , de touchante mémoire. Si la misère un jour entrait dans sa maison. Les vices , les vert us, amantes de la gloire,

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GONTES.

Sur le nif me terrain naissent suivant les temps. Quand la fortune esi faite, on devient honnèle homme; Pour ravir ses faveurs on vola quarante ans. Mais laissons la morale aux prédirans de Rume, Bien plus savans que nous, el venons droit au lait. Sur un méchant ri aliat un pauvi e homme expirait. Ne laissant à sa veuve, à sa femme si chère,

Pas un écu pour le faire enleirer, !Si même un peu de pain quand il serait en terre. Hélas! f|uefera-t-elle. el qirel saint implorer? L'imaginalion d'une femme est fertile.

Un homme est bien souvent confus, embarrassé ,

Lorsque la femme fort tranquille A déj:^ dans sa 1,'le un projet tout dressé.

La notre auprès du futur trépassé,

Rêva t le jour, rêvait la nuii encore, Aux mipyens d'enterrer un mari qu'elle adore, Et d'avoir à sa mort un pa n qui la nourr t. Enfin, un fjrand penser vint frapper son esprit. Près d'elle deuieiirail monsieur l'aiil l.aborie. Qui saignait , amputai! ; et, maiire en chirur{;ie , Dans le corps d un défuni , qu'il ouvrait a\ écart, Cherchait les mcuveniens, les sources de la \\e, Ce qui fait qu'on dijjèie ou plus loi ou plus lard. Elle y rouri , et l'in-lruil d.' son fu'ur veuvage. De l'elal d'un mari qui, pour lout hf'rilage, ISe lui laissait, hclas ! que misère et re.jrets. ■ .Ma bonne, .e vous pla ns; mais, pour >ous complaire. Expliquez-vous, que puis-je faire?

— A'iieler mon épouv , à qui Dieu lasse paix; Vous aurez le piai ir de l'ouvrir !\ voire aise,

Avani la nuit , encor cha d i omuie braise.

— Mais oui , cela se peut! je suis accouunodant ; Chez vous je nie rendrai pour \oir ce que j'achète.

— Surlouldepéchez-\ous. — ,1e vous suis dans l'instant. • L'amaleur des corps nions, ravi de liucident, Piei.d son chapeau, sa canne et surloni sa lorgr.elle, Et s'en va chez ctl.ii que la ukm-i convoilail, Enliedans son rr.anoir d'cui pas len: el discret, Pro:rène son i égard sur ce lll à la ronde,

Voit le malade el lii'de et perilus, A.gonisanl, ne parbnl p'us, Tournant les jeux vers l'autre in' nde. Il s'as>ied pi ts du li , el la remmr à ( ôié. Apres quel;,ue debal , quelque dl Iv u'ié, l.'ariisie oririi du ccrpsrne modique somme : Djuze livre- cnmptanl. «Quoi! pour un prix si bas.

Moi! vous donner, \ous\riidie mmi iher homme? Dil la feniiue rn pleurani ; non, non, n'y comptez pas : J'en Vf u\ un Ion s d'or ; il vaul cela , je pense. Çxauiinez-le biin, vo)ezsacnr, nlente; ^'oub'iez pas. surloul , qu'il va bieiiliil mourir, Que dans une heuie au plus \ ous allez ru jouii-, • L'a' heleur luarclandail , ii ail , selon l'us.ige, Qu'il ne voudrait avoir, pour un inoiveau de pain, La lerie d'un auji , la inai-nn d'un vo si.i. Alors que, revenant des bord-, du noir rivage. Le mourant s'en ia: • Noire femme, liens bon! Le louis , lu l'an as ; je h vaux , j'en répond ! ■ A relie \oix lugubre, are brusque langage, Lafeiunie, le doc;eur, lesierint confondus. Jelesuisionl auianl, pcul-éire davaiilage;

Mais, n'en déplaise aux Catnns, aux Brulus,

C'est là parler, c'est là mourir en sage.

LE PÈLERhNAGE.

Un grand roi ne se plail , du moins on me l'assure , Qu'en un vasie palais, ëclaianl de dorure, Entouré de sa garde el de .ses courtisans.

Moi je suis né pour le village.

Pour vivre en paix au .sein des champs; Je ne me plais qu'avec leurs habilans ; J'aime leurs mœurs, leur ton un peu sauvage,

Et leurs mois naïfs et plaisans.

Le mois dernier, dans uii voyage Que je fis pour affaire au village d'Orinoi, Je dinai par hasard chez le cure Launoi, Homme d':in vrai bon sens, plein d'esprit, deffancfaise, Officiant .1 lable aussi bien qu'à l'église. Apres inainle rasade cl plus d une sauté, Il me fit au dessert, se liouiani en gailé, l.'n conle si plaisant , qu'il appelle le rire. Tâchez d'en rire aussi ; je \oudrais le redire,

Avec ce ion, cet a.)rément.

Le même espr l , la mtine fjrâce Qu'y metlail ce pasteur; mais malheureusement Il en esl de l'esprit ainsi que de la grâce.

Que Dieu ne donne qu'à plusieurs, Selon Arnaud, (Juesucl, et ma nls autres docteurs. C'est Ion liien , niais au fait : m'y voilà, je commence. Bertlie la blonde elail reine de France, Avail de plus el jeunesse ei beauié; • Éli e belle , elre reine . ah ! qu'on doit être heureuse ! b'eci ic ici Doris en «a naneie.

— Pas loUjOurs ; et snu\ eut l'apparence e.sl trompeuse. » Beilhe avail du chagrin, gciuissait chaqre jour; L'Hymen lui relusaii l'heureux litre de niere. Jamais le doux souris d'un Irnil de son aii.our Ne la fit tressaillir; \aiueintni elle espère, Vaineintnl elle prie, assiège les auiels; Ses >(pux ne mon eut pas aux pieds des immortels. L'homme me fail pilie. Quel esl donc son délire?

Il brille, il veiil avec ardeur, El ne sait pas si l'oltct (,u II désire ArHi,;era fa \ie, ou fera .sou bniheur. i\lais ainsi qu'un rayon du j ur qui lernmmence, Perce l'obscuriié des humdes vapeurs; De même le rayon de la dou eespeiance \ iiil luire aux yeux de (krihe à travers ses douleurs. A Chai 1res, dans ce lemps ou femme el barbe grise Croyaient aux revenans, aima enl les coules bleus,

Da s une aniique el belle é,jli-e.

On reverail nu saiui alor. des plus fameux ; Le ciel l'avait dou ^ d'un don mi aculeux. On sail que Iniil pniieur de la sainle auréole Jouil du droit len eux de rendre la sanlé: L'un gué, i d'un mal d'\eux , I', ulre de la rougeole, Celui-ci de la loux ou de la siiidilé; Aucun du mal d'amour, el cei les c'est dommage. Ilelas ! c oiiibif II de lois, surloul dans mon bel âge, Je l'aurais iinplorèl Le sainl donl nous parlons Éiaii gralifiedii plus lienrcux de.s dons ; Il pouvait à sou gré, sur un arbre siérile, Faire gc; inir des ,ru ts .^ la chiile des fleurs; A créer des enfans une femme inhabile, En veiianl à ses pieds imploier ses faveurs, Arbrisseau fécondé s'en reioui-uait chez elle.

CONTES

Pe là nyiiipliè iax cent vbh la troiniietle fidèle

Reientissait des miiarles du saini , Du fioiiVoir rin'il avail : et le bniil en parvint

Jusqu'à la contdu ro de l'ianre.

I.a reine en iressaillil de joie el d'espérance : • Je pars, jevnleaux pieds de cei f Ire divin, S'êcriall-elle en sa vive allé^^resse.

J'aurai donc un enfant, je serai mère enfin! Ah ! ((Ue je \ ais rainier ! (J ucis soins ! Quelle caresse ! • Déjà sont oubliés les plai irs les plus doux; Danses , parure , jeux , le roi infine , l'époux, gui de l'enfant devait être le père, Est oublié pareillement.

Berihe ne son^e en ce moment Qu'au bonheur dr devenir m^ré.

Enfin vie t le jour du départ.

Ail lever de l'aurore elle court 1 c onfesse ; Puis ail sa péniience, el puiseniend la inêsse; Puis va chez «on mari, qui lai ail II: à part,

Fait ses adieux , et pleine de tendresse. Elle .se dépou lia deloul vain ornenirnt, Itevélitses appas d'une robeuiodesie; S'iina ïiiiaht par-là lomlier pins vivement L'haliilant couronné delà voi'itec lesle, Ce grand saint qui devait lui do mer un enfant ; De plus, dans la ferveui- d'un zèle édifiant, Elle voulut à pied fai.e tout le tova^e.

N'ayant ponrsuile, cl pour former sa cour, Qu'une femme , un valel qui pmtail le bafiage. Chemin fa sani , deux lois par jour, Elle récitait son rosaire.

Et devaiit chaque croix faisait niie prière. Ainsi marchant, parlant, priant, jeûnant. Elle arriva lout auprès de la ville Oii ce fïrand saint avait son djinici'.e. C'étK't l'heure 011 Ph bus versait, en s'élevant, Tous les feux du midi sur la lene embrasée. Du poidule la chaleur, de aiifiiie épuisre, Berihe s'assit sous des ormeaux An pied desq.iels élaienl une lonlaine, Dont l'onde i Ilots pressés, soriani par deux lilvaiix , Blanchi.ssail , murnlui ail , en co ranl dans la plaine. Berihe se repo ait .sous ces arbres rians, El joui fàU du frais de leur ombra ;e, Alo s qu'elle aper ut Une fille des clianips.

Grande, b'cn fai e, à la lleur du bel â;e, Marchani d' n pas lé:;er, en riaul el < hanlaht. La reine l'appela , In dil d'un air a fable : .On courez vous, ma bille eiifaiil , Seulet eain i, (|uand lecliand nous accable? — A Chartres je courons, pour vendre nos poulets. Notre frOmase el nos (cu s frais.

I — Êies-vons ma iée? - Oui, dieu merci! madame. — Avez-vousdeseiifans.'— .l'ijiisunbeaii poupou, dame. On se prend pour cela. — Vous avez im i;aiion ? —El cros, ii<a , bien posant -Que vous é:es henreii-e !

Ma belle daiiic, ei vous, coinnieni \ous nouime-l-on?

— , le suis la reine Reilhe.— Ah! que je suis honteuse! Quoi ! TOUS éles la reine? Ah! de jîrâce, pardon De noire liberté; mais vraiment au visaye

On ne de\ ine pas les nens.

Mais, madame la reine, excu rz mon partage, Oii courez vous ainsi, sauisuile. el parce temps? — Je viens àCharire, à vo.re belle éjl.se,

Prier voire grand saint pour avoir des encans. H las! je n'en ai poni ! — Qnefiieu vous ; avorise ! Mais si c'est pour cela que madame venait, Elle arrive Irop lard. ( 'e que c'est que la vie !

Le chanoine qui les faisait Est mort . le mois dernier, par une apoplexie. » La jeune villa.iîeoise, après ce bon avis, Recharjjeson paner, salue el se relire,

Et Berihe ouvrant deux grands yeux ébahis. Reste iroide, immobile, et ne .sait pliis qliedire.

L'auleur que je copie, homme .sarje et connu, Termine ici son conte et cela me fait peine : J'aurais voulu savoir ce qu'a:ira:t fait la reine, Si le chanoine avait vécu.

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