LE DOCTEUR ET SON MALADE
Tous les hommes , dit-on , sont sujets à l'erreur ;
Et dans cette calégorie ,
On comprend même lout docteur,
Soit ceux de la théoloaie ,
Ou ceux-li qui sur notre vie, Comme enfans d'Hippocrale, ont un droit .souverain. Or l'un de ces derniers, célèbre médeciu. Trouva dans un salon monsieur l'abbé Laurence.
Vous savez lous que , pour bonnes rai.sons , Nos .seigneurs les abbés liennenl à l'existence.
Notre docteur , descendu des Purgons, En regardant l'abbé, trouva sur son visage Le signe de ia mort; soudain, saisi d'effroi, 11 s'écria : « L'abbé, cher abbé, croyez-moi , Rentrez, rentrez chez vous, prévenez cet orage, Et failes-vous saigner au plus lot. sur-le-champ, Si vous voulez demain \oir renaître l'aurore. » L'abbé, tout effrayé, tremble, se décolore. Demande une voituie, et part inconlinenl. Emmenant le docteur. Pendant trois jours de suite , Il le saigne, il le purge, et cependant, hélas! Le signe de la mort ne disparaissait pas. L'Esculape élonné s'obstine, se dépite.
Obsède le malade; et pour vaincre la mort. Et le .saigne et le purge, et le repurge encor.
Hélas! c'était fait du pauvre homme!
Alors que son frère Jérôme A la hâte accourut de sa maison des champs. Grand Dieu! quelle trayeur, quel tioubleémut ses sens, Sitôt qu'il vit son frère, avant si plein de vie. Tout pâle, l'œil éteint, et presque agonisant! • Qu'avez-vous? lui dit-il, et quelle maladie Vous jette en cet état? — Je n'en sais rien, vraiment; Demandez-le au docteur, homme très méthodique. Et qui m'arrache l'âme à force d'émétique, Et de poisons inventés aux enfers.
— Ah ! répond le docteur , piqué de l'ironie , Remerciez le ciel, sans moi, mes soins divers, Votre frère mourait frappé d'apoplexie ; Regardez-le, sa bouche est encor de travers.
— C'est votre esprit , morbleu ! répliqua le bon frère , Depuis plus de ti ente ans sa bouche est faite ainsi ! • Le docteur , à ces mots , sortit sans connnentaire, Et courut publier qu'enfin il a guéri
L'abbé, qu'eu impromptu la mort avait saisi.