‹ Œuvres complètesChapitre 202 sur 416 · VOYAGE DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

VOYAGE DE LA VÉRITÉ

Par quel travers, ou bien par quel caprice,

Les Gi ecs ont-ils logé la Vérité

Au fond d'un puits? quelle horrible injustice!

ijuel lo;ïeinent pour celte déité!

Convenons-en, ce peuple si vanté

Était parleur, fécond en rêveries ;

Et nous, des Grecs digne postérité,

Nous adoptons leurs belles facéties.

Ah ! bien plutôt dans les eaux de ce puits,

Ils auraient di"! plonger le vil Mensonge,

En délivrer, en purger le pays.

Et l'univers... Mais laissons ce beau songe.

N'importe enfin quel que fût son séjour,

La Vérité résolut, un beau jour.

D'abandonner sa douce solitude.

Ses fleurs , ses bois , ses jours purs et sereins ,

D'aller enfin , non sans inquiétude ,

Courir le monde et chercher les humains.

Pour son début elle alla droit à Rome,

Ville où jadis brillaient les étendards J

De Jupiter , de Neptune et de Mars ,

Mais oii depuis les Pierre, les Jérôme,

Ont remplacé Fîrutus et les Césars.

Elle arriva , d'une course légère ,

Dans cette ville, alors qu'on célébrait

Avec fracas la fête de salut Pierre.

Le peuple en foide au cours , au cabaret,

En son honneur buvait et s'enivrait;

Mais aussitôt que parut la dée.sse.

Il accourut. On l'enliiurc , on se presse ,

On la regarde avec avidité :

Partout le peuple aime la nouveauté.

De ses appas on parut enchanté;

Et cependant avec les traits d'un ange.

On lui trouvait quelque chose d'étrange.

On jeune abbé lui demanda son nom.

Elle ledit; «Soyez la bien venue.

Lui dit l'abbé, vous serez bien reçue;

Rome pour vous a de l'a.'feciiou;

Votre vertu , votre candeur la louche.

Et votre nom est toujours dans sa bouche. •

Prompte, déjà , la trompette à la main ,

La Renommée aux cent langues d'airain

Avait porté la nouvelle au .saint père,

Que dans la ville ci près du Vatican ,

La Vérité, phénomène élonnant.

Venait d'entrer. Il ne l'attendait guère;

Il vent pouriaiit , en prince dél>onnaire,

La voir, l'entendre. Il la vit, l'entendit,

Lui fit accueil , de l'index la bénil ,

Puis dit lout bas au cardinal de Lune:

Elle est fort bien : dans Rome cependant

J'ose douter qu'elle fasse fortune.

Le jour tombant, alor.5 c[ue l'angelus Eut annoncé le coucher de Phébus , On la mena chez certaine princesse , Oii se trouvaient en cercle réunis Les vieux barons et les nouveaux marquis, Les monsignors et toute la noblesse.

Tous i l'envi de beaux habits parés,

COiNTES.

Qui , s'admirant , croyaient être admiras.

Pèsqi;'ellecnlra. tous les regards sur elle

Fureni fixés: on la irniive as^ez bien,

El repcni'ani la vinmitevse Adèle

Blâma s- n air, cii Iqiia son maintien.

A ses cités, -a lan'e la marquise

Voulut fîaiTiprqw'ille minnuail d'esprit;

fe lui l'avis d i cardinal de l'i e.

l'n homme a'or*. revèui d'un I aliit

Où di\ saions avaient laisse Icu" Irare.

S'approi lia d'elle. !> l'ortille lui dil :

« Vous n'éies pas , madame, .i \o!re place,

Sor.ez d'ici. • La \ eriie a il h en

Çuf rei avisélail d'un homme .sa^e,

D'un ami vrai qui pa. lail pour .'on bien ,

El, sur le-(hamp .'e'iaianl un passade,

D'un pied lpj^,er du ( errle dis arul.

De '0:1 dcparl aucun ne s'aperçut.

Sans diiTirer ellequiila la \U'.e.

Mais sans humeur ei d'ime âme Iranquille,

El comme allaiii vers le soir don heaujour

Respirer lair aux jardins d'aleniour.

Vn monsi;;itor, éléijanl per-onna.^e,

Çui , par ha.sard , la vil sur le chemin ,

En rirannant lui ciia: • Bon vnvatje;

Allez, mad.inie. allez vile !> Berlrn ,

En Fiance, à Londre, et \oijedansla Lune,

On vous ailend . vous y ferez foiinne. >

La Vi riié, d'un rril doux , indulj;enl,

Rei;a. da l'homme el i ii en s' I ii;;uanl.

Alors la nuil comment ani sa carrière,

Couvrait les rienx de ses \oiles épais;

Le labouieur rentré dans sa chaumière ,

De son .«otiper fa sait les courts apprêts;

El le hibou nocturne cl solliaire

D'un chant finube attrisiait les fori'ts.

Au jour douienx de la lune nai.ssante,

La \ érilécherihaut un humble toit,

De tous cotes po; tait sa vue erranle,

Hàtail ses pas: alors qu'elle aper. oit

L'n jjrand clocher piolon'-.édans la nue,

Puis un jjothique el vaste bâliment :

«Je ne puis être en cea lieux inconnue.

Lu bon accueil doit m'atleiidre au couvent.»

La d ité, dans cesawil monastère

Pensani irouvcrnn abri pour la nuit.

Frappe i la porie : nn pe:it moine ouvrit.

lM:'i> aussitôt uii d jine, vrai cerbère.

Tout étonné de sa mine étrangère,

Saute sur elle . écuinaiil , furieux.

la Vérité, d'épouvauie saisie ,

Se drbaitani , jelanl des cris affreux,

IVon sansefforl, cvita sa furie.

Elle s'en uit , en fai.sani le serinent

De ne jamais entrer dans un couvent;

El sous un arb:e écarté, solitaire,

Elle pas.sa la nuit, le lendemain ,

Au point du jour, se remit en chemin,

El jouissant de l'haleine léfifrc.

De la fraicheiir, de lair pur du malin.

Elle arriva dans un dé.sert >anva|;e,

Au pied d'un mont escarpé, souicilieux ,

Au haut duquel éiail un crniitai;e :

Elle s'a.s,si.t près d'un torrent tougueux,

Dont l'eau rapide ébranlait le rivajie.

En ce moment pas.sa sur le chemin

Lin homme à pied conduivaiii une énesse,

Le dos cbarfjp dh rl)ai;es el de pain :

C'i'tait l'irmite honore comme yp saint.

Il rapportait du village voisin

Les dons pieux , et , toui plein d'alléjresse ,

A pliine voix chaulait "/«^/x/j al.

Cet homme, il faut vous le faire connaître,

AI irs erini e, avait élé .so'dat.

Las du mélier . il se fil moine et prêtre ;

Fuis fatigué d'un trop Ion ; célibat.

De son couvent avec une Isabelle,

Eiil'de bien , M partit un beau jour,

Et saintement alla vivre a^ec elle.

L'n an après, ras as'é (.'amour.

Mal passager qui nail dans ta cervelle.

Il la qiiiiia : puis |-renanl le man'eau

D'un sa'nt ermite , Il vint sur ce coteau

Loger aufjrè» d'une vieille chapelle.

Sitiil qu'il vil cette beauté nouvelle.

Son caur s'émut; d'une ardente prunelle

Il contempla, dévora sesallraits.

Mais à son nom il frémit de culère;

L'n r.iu.'ïe vif enlumina ses traits.

La Vérité, toujours simple el sincère.

Lui confia le de-seiii qu'elle avait

De voir le monde, el .surloul de lui plaire :

• En être aimée est mon plus > if souhait. » — Vous le seiez , ■ lui répond l'hypccrile, Qui, redoulaiil son regard dangereux.

Voulait sans bruit l'éloigner au plus vite;

• Oui , vous serez, j'en j re foi dermile, El respectée et chérie en lo is lieux ; Parlez , volez vers la grai de Lutè(e :

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