‹ Œuvres complètesChapitre 206 sur 416 · CHEZ MADAME ASPASIE · texte numérisé non relu

CHEZ MADAME ASPASIE

PvTrhon doutait , Épirure n'ait ; L'académie, un peu pl'.is rai^onnal)le, IS'aitirmait rii ii : n:ai> -ans peine admettait Ce qui sembla t du nio-ns as'ez probable; Et moi . cliéiii , dans ce flux el reflai D'oiiini ns, de sysiimes i onf s.

Je vis, ie pense, ac( ablé sous le doute. Ainsi qu'un hotmue ^aré dans un boit

CONTES

Pendant la nuit et qui ibercbe sa roule.

J'avais pnunanl pendant p!us de dix mois

A Mnnlpellier lait ma piiilosophlc,

Chez le,s enfans d'Ignace Loyola.

Enfin nn jour , riant à l'Opéra ,

Je fus pi ié (liez madame Aspasie

A son diner, a\ec qualresavans,

Membres fameux de noire académie :

Celle A'ipa-ie avail, dans .ses beaux ans,

Fait de l'amoitr le doux apprenli.vsaie;

Et, lorsqn'advinl le dei lin de t-on àjje,

Elle enfanta de lout peliis romans;

El pour jouir d'une gloire bien chère,

Elle donnall .i dîner aux savans

Tous les mardis, moyen bien sur de plaire.

Ali ! quel bonheur pour moi, pau\re i.'jnorant,

Simple roininis c h( z le banquier Klorand ,

D'aller diner avec ces personnages!

Celait pour moi le banquet des sept sa/jes.

Ces messieurs-là, d'abord en débulant,

Très occupés, gardereni le silence:

Dans un repas, je l'ob-vervais .souvent,

L'esprii repo e aussi ot (|u'il (oinmence.

Je profilai de ce calme apparent

Pour annonier mon iioûl et mon génie;

Je dis loul haut à madame Aspasie

Que son beau châle elail blanc comme un lis.

■ Vous vous trompez, médit monsieur Denis,

L'un des savans, apprenez, je vous prie,

Qu'il n'est ni blanc, ni ronge, ni vermeil,

Que la couleur n'esl que dans le soleil ,

Dont les rayiins...; mais vous devez m'entendre.

— l'arfailement. • Je feignis de comprendre;

Ma s en honneur je ne comp:enais rien.

Bienlot après on inuriia l'eni relien

Sur le soleil , sa marche acrou'uinée,

El l'on cila, j'ignore .1 quel propos,

Ticbo-BraliP, l'aniique Ploleniée,

Puis ( opernic, lessyslrmes nouveanx.

On di.spuiail, comme ce 1 l'ordinaiic;

Je m'avisai de dire mon avis;

• Noire soleil lourne amour de la terre.

Monte et descend, fait les jour, el les nuits.

— Non, monsieur, non, me di! monsieur .Marie,

Vous n'éies pas lorl en asir momie;

Le soleil n'a ni !evani ni ( O'k liant :

Cesl nous, monsieur, nous qu 1 ou rnons sans cesse

Autour de lui. — Vous l'assmcz vcaimenl ,

Et je vous crois; niaisma emme Lucrèce,

Ma sctur Nanon ne vous croiront jamais.

— J'en suis d accord , d'i l'abba Desniarests,

El le .savoir de ce sexe adorable

Doit se buiner ,i nous paraiire aimable. •

Bienlot après, ces nie.vsieur..., loul joyeux

(Car on buvait d'un libanipague fumeux),

Criani beaucoup, sur un autre chapitre

Assez obscur dispuléreni enti 'eux ;

Il .s'agissait, je crois, du libre arbitre.

Moi j'écoulais, je mangeais, recueilli.

Buvais d'un vin que Reaunc avait mûri.

Dans ce moment, notre docle Aspa.-ie

Me demanda mon avis suc ce point:

«Êtes- vous libre?— Oui, je n'en doute point;

Je sors, reviens, selon uia fantaisie,

Vais au sermon, au bal, à Tivoli;

D'ace rd, ma femme un peu me contrarie;

Mais depuis Eve on dit que c'e.>t ainsi.

— .Mon cher IJounel , me dil monsitur Rémi,

Vous croyez donc l'h mine .son roi , .sou maître,

Qu'il pen,^e, agit, se poi le bien peui-élrc.

Comme il lui plail. — Je l'ai cru jusqu'ici:

Celait l'avis du père Aymar, jcsuile.

— El pensez-vous que le Irisie Heraclite

Put devenir, au gre de lous.ses vœux.

Convive aimable et ga ant el joyeux?

Qu'Ana; non , un our , de Diog^ne

Eùl revèiu le sale et vieux nianlcau?

Que celui ci soriit de son tonneau

Ll vint souper avec la belle Hélène,

El couronne de la 10 e du jour,

thanler Bacchus , les plaisirs el l'amour?

— Alon.sieur, je crois. . le père .Mallcbranche Dit quelque par' , vtrs .-ou avis je penche, Que le plaisii- esl bon ; c'est une lle.ir... • Mais j'ûnonnais, ne savais en hiuineur Que lui répondre, alors que par bonheur Le peiil chien de madame Aspa ie,

Jou 0:1, brisa des vtrie.s de liq eur, te qui troubla nore philosophie.

Mais arn • a poiir moi fort à propos Et tit edore une guérie nouvelle.

Il sagissail dj cliien, des animaux :

Ont-ils une ;'me? • Une âme, j'en a pelle; Us n'eu OUI poini , le grand Huf on l'a dit.

— l'aiil pis pouc lui : don vie :l donc leurèspfit, Et leur mémoire el leur iiilelligenie?

— De leur ins inct, comme l'école pense. — Qu'es -L-e un insiinct?je u'enlends pas ceiâOt. — Vous éies ^ourd , car je parle assez haut ; L'iiisiinct sans doute, ainsi que je soUiKonilé, Est un ressort qui lail... — Qu'on déraisonne.

— Bien moins que vous. — th ! messieurs doucefnent Mais qua;ii â ii.oi , voici 11:0.1 sentiment :

Un animal est , sous la main div iiie ,

Connue une mo .ire, une simple machine,

Qui sans penser, a loul l'air de peii.scr.

—C'est l.i parler eu dont ur eu grand homme.

Avez vous lu loul cela dans la Sjiume?

—Oui , mou.'ieu , oui ; sans daigner repousser

Ce Irait n.ali.i... • La irudcnle A>pasie,

Voyant qu alors la scène s'echauf.ail ,

Pour meure tin j celle comédie,

M'interpella , me di; ; • .Monsieur Bonnet ,

Qu'en pen.sez-vous? Quel esl votre sysieme?

—Qui, moi ? madame. —Oui. — Ma loi, ce problème

Pour moi cheiifest lort enibaira.ssant.

J'ai lu jadis q':e nore antique luere

Fut le jouet , la dupe d'un .serpeui ;

D'où je conclus, sans plus Ion ; commentaire,

Qu'il faut avo r lufinimenl d'esprit

Et de talens pour tromper une femme.»

Ce mot fil rire et me.ssieurs el madame.

Calma l'o: âge et le dmer finit.

Alors j'allai prendre sur la commode

Mon chapeau rond, et m'évadai .sans bruit,

Sans dire un mol , ainsi que c'est la mode.

A ce repas je n'avais rien gagné

Pour le savoir... mais j'avais bieu dJné.

CONTES

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TOUT SE nECOLVRE.

Le naturel, me disait un savant,

Je ne sais trop de quelle ar ad°niie ,

Malgré l'effort d'un travail viiiilant,

Malgré la voix de la philosophie.

Pie chanije pas , se trahit brusquement ,

Dés que de lui on approche l'amorce:

Tel un rameau que courbe un bras puissant,

Abandonné se relève avec force.

1! a raison; j'ai lu dans Richardet,

Auteur profond, connu de nos Lucrèces,

Que Ferragus, qu'un saint zèle embrasait,

Qui se fessait , entendait plusieurs messes,

Et qui voulait , il n'importe à quel prix,

En lijjne droite aller en paradis ,

Dés qu'à dix pas il flairait une femme,

Ou belle ou non , soit en robe ou corset,

Crac, aussitôt le ressort s'échappait,

Et cent démons s'emparaient de son âme.

Hommes, animaux , un peu moins, un peu plus,

Nous sommes tous comme saint Ferragus.

Mais je m'égare; et pendant que je cause,

Phébus descend du palais du .Midi.

Déjà le dieu , par Vesper adouci ,

Peint l'horizon d'un beau couleur de rose:

Le temps me presse, ainsi donc -e poursuis.

Voici le fait ; Vers les bords du Bosphore,

Je serai long , je vous traite en amis ,

Un vieux sultan ie portait bien encore

Lorsqu'il tesia; mais la parque et le temps

Ouvraient déjà , sous les pieds du monarque.

Le gite où ^onl esclaves et sultans ;

Ou , pour parlei' en termes plus savans,

Il s'approchait de la fatale barque

Qu'.\bel, je pense, a passé le premier;

Je ne sais trop qui sera le dernier.

Le testateur, par un long codicile,

Et donne et lègue aux trois princes ses fils,

Un petit coffre où cent bijoux de prix

Depuis un siècle avaient leur domicile ;

Mais ordonnant , on ne sait trop pourquoi.

De ne l'ouvrir qu'après qu'un beau convoi.

Garni d'imans, d'abbés de toute espèce.

En faux-lx)urdon aurait chanté la messe,

Et qu'on l'aurait enterré comme un roi.

Après cela, n'ayant plus rien à faire.

Il rendit l'àme à son dieu Mahomet,

Et fut au ciel par la route ordinaire.

Où cent hourislui versent le sorbet.

Les deux aines, princes d'un vrai mérite,

Du papa roi suivent la loi prescrite;

Mais le cadet , élève d'Harpagon ,

Le cœur ému , pressé de convoitise.

Court aux bijoux , les prend en trahison,

Puis tout joyeux il retourne à l'église.

Chauler l'office avec dévotion.

Les héiitiers , radieux d'espérance ,

S'en vont d'alwrd , après le Requiem ,

Devant témoins visiter leur écriii.

On l'ouvre, 6 ciel! 6 surprise, 6 ve:'geance!

Le coffre est vide, et I'ob regarde en vain.

Jugez du bruit ; on soupçonne, on s'écrie. On dclibèi-e, et l'on parle à la fois. Enfin pourlant , au travers de cent vois, Le gouverneur de la grande écurie , Esprit subtil , ouvre un avis prudent.

« Princes , dit-il , mandez le parlement. Celte cour-là, quoi qu'en dise l'envie.

Pourrait ici montrer du jugement.»

L'avis passa, l'ordre part sur-le-champ; Le parlement , selon l'antique usage , Sur des mulets arriva gravement.

Rangé qu'il fut, un conseiller savant Fit le rappoit , sans trop de \erbiage.

Se lève alors le premier président.

Homme d'esprit et d'une rare étoffe.

Qui, sous l'ampleur de son lugubre étui. Osait avoir l'âme d'un philosophe.

Tant la raison se propage aujourd'hui ! • Slessieurs, dit- il , ici rien ne m'étonne , Qui vit long-temps voit beaucoup d'attentats. J'ai vu le vol , dans nos brillans climats. Et chez le peuple, et souvent près du trône. Mais permettez qu'avant de hasarder Un seul soupçon , et de rien dérider.

Je vous raconte une petite histoire; Elle est unique, et vient très à propos.

«Jadis vivaient, aux bords de la mer Noire, Deux vrais amans, chers encore à Paphos, ÎSoble candeur, feux délitais, constance. Désir timide, amour, soins ingénus.

Furent toujours, ainsi que l'espérance, De leurs deux cœurs les botes as.sidus ; Mais lesparcns, père, mère, oncle, tante, Gens mal venus à la cour de Cypris, Contrariaient les désirs de l'amante, Ne voulaient point qu'elle épousât Zilblis : C'était le non) du galant personnage.

Hélait pauvre; alorsc'était l'usage.

Le dieu de l'or était le dieu des cœurs. Je vous étonne: autre temps, autre inœur.'î; Mais rien ne doit étonner l'œil du sage. De plus eucor, malgré ses pleurs touchans. On va l'unir des nœuds de l'hyménée Avec Derback, dont, depuis .soixante ans, Dame Clolho filait la destinée.

Riche au surplus comme quatre traitans.

' .Vu noir chagrin abandonnant son âme, Azélima pleurait sa douce Hamme, Pleurait iiiiblis, son amour, ses vertus; Lui de sa part s'affligeait encor plus: Ses pleurs coulaient aux pieds de son amante; L'air gémissait des sons de sa douleur. Que la pitié, que sa flamme est pressante! Combien d'amans lui doivent leur bonheur! Azelima, par sa voix eulrainée, Jure à Ziiblis, par l'amour et l'honneur. D'aller chez lui le joui de l'hyméuée , Des que la nuit , si propice aux amans , Aurait lendu ses voiles bicnfaisans.

Pour lui céder c tie fleur lortunée, Ce lis si pur qu'on ne doit qu'à l'amour. Il arriva ce jour, ce triste Jour.

CONTES

Azélima , de roses couronnée, Sur un fauteuil île damas cramoisi , Recul, pendant loule l'apiès-dinée, Les coinpliuiens du parent , de l'ami , De son voisin , de sa femme Renée, Qui , ce jour-1.^ . biillail comme un rubis. La nuit enfin vint clore la journée ; Trop lente , iiélas ! pour le pauvre Zilblis.

« Bien s'attristait aussi sa douce amie ,

Çui , l'œil au guet , épiait le moment

D'aller trouver, fidèle à son serment ,

Celui qu'elle aime encor plus que sa vie.

Mais son époux, avide de cueillir

Les Heurs d'un champ devenu son partage ,

Pria madame , au nom du doux plaisir,

Et de l'amour, dont elle était l'image.

D'avoir pitié de son nouveau tourment ,

Et de monter dans son appartement.

Que faire? hélas! obéir et se taire.

Elle monta. Tôt d'une main légère.

Monsieur Derback prend son bonnet de nuit.

Met un ruban soyeux , couleur cerise.

D'une eau d'œillet parfume sacliemise,

Et tout bi-iMant se jette dans son lit.

Mais sa moitié fait d'abord sa prière;

Longue elle fut plus qu'a son ordinaire:

Et puis va , vient, revient plus lentement.

« Hilez-vous donc ; livrez-moi taut de charmes;

Je suis en feu ; le plaisir vous attend. »

Point de réponse; elle est sans mouvement,

Quand tout à coup un déluge de larmes

A'ient inonder deux globes arrondis,

Ornés chacun d'une rose vermeille.

Que j'aimerais j voir de pareils fiuits.

Dans mon jardin suspendus à ma treille !

D'un tel début , monsieur Derback surpris,

Se lève et dit : • V songez-vous , madame ?

Si cet hymen excitait vos douleurs.

Vous auriez dû ni'ouvrir plus lot votre âme.

Et m'épargner celte scène de pleurs. «

A ce discours , Azélima confuse

Laisse échapper un triste et long .soupir.

« Je vous entends , madame , ou je m'abuse;

Je viens trop tard , veuillez en convenir:

Quelque rival , plus heureux que fidèle.

S'est avant moi logé dans votre cœur.

De tout mou sang je paierais son bonheur:

Mais je vous crois aussi sage que belle ;

Ainsi daignez, madame, avec candeur,

Me confier les erreurs de votre âge:

Du nom d'époux n'avez aucun ombrage;

Derback n'est rien : il n'est que volie ami.»

Azélima , par ces mots rassurée ,

Lui conte alors, baissant un front rougi ,

Comme elle aimait , connue elle est adorée

Du beau Zilblis ; comme elle a consenti ,

Voyant son âme au désespoir livrée,

D'aller le joiiidie au milieu de la nuit,

Pour consoler sa fidèle tendresse.

Et lui céder d'amour le premier fruit.

« Vous avez lait une telle promesse?

—11 est trop vrai : soit bon cœur, soit faiblesse,

11 s'aHligeait ; je ne puis voir soufrrir.

— Elle m'étonne un peu , je le confesse.

Eh bien , madame, il faudra la tenir;

Pourvu du moins que la reconnaissance

D'un nuud plus doux puisse un jour nous unir,

Et que ce soit l'unique complaisance

Que vous aurez pour le galant Zilblis. «

Azélima , d'une âme pénétrée ,

Le lui jura par les saints du pays.

Alors Derback (qu'heureuse est la contrée

Qui, dans son sein, porte de tels maris!),

Pour réprimer, tromper la médisance,

Vieille bégueule à la langue d'airain ,

Prend sa moitié , la conduit en silence ,

Et sans lumière , eu bas jusqu'au jardin ;

Puis doucement au bout de l'avenue ,

Ouvre un guichet qui doimait sur la rue,

Puis d'un baiser lui donne la faveur,

En lui disant bonsoir et bon voyage ;

Puis du sommeil vint chercher la douceur.

Quoi! dormit il? Vous en douiez, je gage:

J'en doute aussi : mais en hoinir.e d'esprit,

11 se disait : • Je vois ce qu'il m'en colite ,

Je .suis cocu dès la première nuit ;

Mais au marché je gagnerai sans doute,

Pour une fois j'en serai quitte ici :

Qui n'est cocu qu'une fois dans .sa vie,

A mon avis, n'est cocu qu'à demi.»

11 a raison ; et si je n;e marie ,

Ma foi j'abonne au même prix que lui.

Mais revenons à notre voyageuse ,

Que nous laissons dans la rue à minuit :

Heureusement elle n'est pas peureuse.

Et de Vénus l'étoile la conduit.

• Je dois vous dire, à moins on perd la tète , Que , dans le trouble ou flottaient ses esprits. Elle sortait en bel habit de fête, Le cou chargé de perles et de rubis.

Elle marchait , allait et vite et vile. Sans rien entendre ou voir autour de soi , Quand un voleur , non pas de ceux qu'on cite Dans le beau monde , et qui parlent au roi , Mais de ceux-li que pend dame Justice, Pour nous prouver quelle sait son métier: Or, ce voleur qui guettait son gibier, Oyant marcher, le long du mur se gli.sse , Pu s fond sur elle, ainsi que le vautour Fond sur l'oiseau de la mère d'amour.

Quel froid mortel; quelle frayeur soudaine Glaça les sens de notre jeune Hélène, Au noir aspect de ce hideux coquin !

Mais du voleur peignez-vous la surprise. Alors qu'il voit une beauté bien mise.

Ayant joyaux sur la tête et le sein.

De quoi garnir une châsse de saint. Saisi, frappé d'une si belle vue, 11 la regarde, hésite, s'applaudit.

Demande ensuite , encor tout interdit.

Par quel hasard elle est là dans la rue, A pied . sans guide, au milieu de la nuit? Azélima, d'un tiui plein d'innocence, Raconle alors ses nœuds mal a.'isortis, Ses premiers feux, sa promesse à Zilblis, De son époux la rare complaisance ;

sa

l.oii me eV.e ailail porter dans ce iiioiucnt

!':oii pncelaiye ù snii ridfle amaiil.

L'h bit, du-i.u, ne lait louionr-ile ir.oine,

L'etal i.on plus, on s'y troin,-e soiivfnt:

Moi-infme ai vu . non sans élonneinent ,

Un érudrt sous 1 habit d'un chanoine.

. Mo.i'c bri.^ant! , tout à travers l'horreur.

Le noir tissu d'ine inpchaiile vie.

Était hnniaiii ; quelques restes d'honneur

Germaient enror Jans san âuie flétrie.

. De \oire époux jadmire le »rand tœur;

11 est subliuie , et je lui porte envie ;

Mais c'est tiop peu, dil-il, de ie vanter,

Dans ses venus je nrc'.eads l'miiler.

Sans nul e iroi poursuivez, \olre roule.

Prenez mon h 'as pour plus de s'^reté.

Tou.^ n'.e. parei s, quoique belle .sans dou(£,

IS'auiaienl pour vous lant de civilité.»

Azelinia, tille lus bien irs ruiie.

Le remercie et .souril de son mieux ;

Puis. s'appMvaiii sur son bras \itjOureux,

AuclierZi'll)li>va faire !-a vsiie.

Des quelle »t au lojiis du iîalaut ,

La ;iorle s'cuv e. et son gu de la quille,

Ln lui lou nant un bou: de oniipliment,

Lebeau/.i.biis.snr ou lilsolt/ue,

Dans ce n.onieni i;pnii^sail e endu ;

Le doux >omuieil nvaii de i-a paup'ère,

Jt de lon:^s pleurs, dans sa douleur amere.

Sortaient du !ond de ^on cœur éperdu.

De.à l'espoir elail li>in desuiâine,

Quand tout à coup il voit de ant ses yeux

Le tendre objet do.it la beaulr l'enilamme:

.Eh (;uo ! dn-il , c'e-t vous ! vous dans ces lieuii !

-Oui , oui , c'est n.o qui , pour vous trop seiisd)le,

Viens'in'a-qniilerdu vitu fait ;> l'amour;

Je suis à vous -0 ciel ' esl-il possible!

Mais votre er-oux ■?- ' 'est le hér.)s du jour. .

Elle lui coule alor> son indui.ïcnie,

tl ses b:)Tiles qui vivront dans sou cœur ;

Sans oublier les soin-s , !a complai.-auce,

L'honiiéle.e du ;;eneieu>. voleur.

L'aniani sur ns de ces traiis de grandeur,

Frapp' de voir deux âmes aussi belle<,

Seni dans la sienne un mouvement d'honneur,

Oui lui disait: -Tcns, voilà les niod>les!

Sois niayuanime et Mdilime connue eux.

-Voiisuiapprene?. détonnantes nouvelles:

Dans ce récit, tout est miraculeux.

IJn tel exemple est faii pour me séduire;

Allons, madame, oubliez mon délre;

Malgré mes vijeux et mes félicites ,

A votre époux c vais vous reconduire

Et sans cueillir le Iruil de vos bontés.

Daignez me suivre. « 11 dit , baisse la vue,

Part sur-le champ : Azeiima le suit,

Ne parle pas, el beaucoup rclUchit.

Bref on ai rive ;.t a belle est rendue

A son mari, sans qu'amant ou iiloux

Eussent ravi quek.u'un de ses bijr.ux. •

.Or, raainlenani , c'est vous que j'interrose,

Princes; lequel est plus digne d'éloge,

Ou le voleur , ou ramant , ou l'époux ?•

L'aine rép nd : . C'est ie nari , ^ans doute. De ses rivaux l'eflori e;-l inoiiis puissant : Cédei- sa emrae ! oui , c'est là re qui coûte! • Le second dit : « «!i>i . je tiens pour lamant : Facilement on peut prêter sa rennne Pour un seuljo:!r: l'anufe a trois cents nuits ; Mais qu'il est dur de refuser sa dame !.. . Faveurs d'amour sont bien d'an autre prix! — P.iur le voleur, me,ssieurs,je me déclare, DU le coupable , il les surpasse tous : Car, avec l'or, dans noire siècle avare. Honneurs , plal.jrs et femmes so l à nous. •

Le président , à ces mots , l'interpelle.

. Pr i!<e , du vol vous devez être instruit:

( onvenez-en; c'est une bagatelle;

Vi us ainez 1 or. el 1 or vous a seduil. »

Le prince alors, pr:s dans son piopre piège.

Avoua tout ; on se tut , on souri. :

De loui sultan e'esl là le privilège.

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