‹ Œuvres complètesChapitre 207 sur 416 · LA FÉE ET LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

LA FÉE ET LE CHEVALIER

E*l fuleli tula silrnlio mflrcci.

UullAT.

C'est nicn avis que la fidélité

Lsl in amour cbo.^e très nécessaire.

Si qu. Ique «is j.ar mes stns enipo. té,

J'osai t.ahir la charmanle bergf re

(^n.- l'adora s, j'en .,éuiissai> loui bas,

Lt bien sou. eut, oui , je n'en dormais pas.

11 est pouriani au reg„rd d'une aman. e

Lue vertu cent lois plus iiiip r:an e;

Cetie vtrui, vrai soutien de l'amour,

l'est le secret, l'nounéie et duu). mystère.

Ou jan aincr. a'ors qu'on sait .-e aire.

1 laisir d'amour esi i:.ie tleur I gère .

Oui CIO l dans l'ombre el p rit au grand jour.

Vous savez tous, qu'A;ichise eu sajeunessç,

Amaiil hem eux d'une belle déesse,

Par van le révéla sob iiheur.

Que Jnii.er. ir.ilé de l'iuiu.e,

Lan, a sur lui son lonnei-re vengeur:

Grande le<on pour la race future!

Mais un amant dans ce siei le pacjure,

De .son Iris ne tait que les rigueurs.

Mais laissons l.i le monde et ses erreurs.

Du prince Arlhur. souverain d'Anglelerre, Chanin counaii la cour et lesevploiis. La Renommée aux cent ymx, aux cent voix, Les a porips jusqu'au bout de la lerre. Charic-i Lanval élait dans celle cour Des cbevalii rs Ihoiiiieur el le modèle ; Jeune, vaillant, aimable, fait au tour, 11 élaii né pour la i;loirc el l'amour. Mais chez les rois, la laveur, la ju.slice. Souvent , dit-on , wiu enfans du caprice. La cour ressemble à ces chinais cliangeans. Ou dan? un i ur le snu'He de Borée Dé:rui! la lleurel l'espoir du printemps. Ce prince Arthur, la cau^eest ignorée.

Bannit un jour Lanval de ses ÉtaU.

COÏNTES.

7iB7

A celamH, ce fjii errer, sans raurmuie, Moule ù f lieial , el s'éloigne à grands pas; Sciil , lo:U pensif, il manlic à l'aven lire. Laiival n'avail pour diâteau , pour loul bien , Oue sou elieval , .sen armure el. sa gloire. (/e;ail beaucoup, je me piais à le croire; Aucuns dironi , peul-éne : ce ii'c.'.l rien. D'accord; po'.irlaiil c'est Uh bel lierilaje. Ceiail alors la sais Ji où l'ombrafie Devienl si cher aux berjjers, aux irnupeaui, Où la ber.jfre, à l'ombre d'un bocage, Allend Colin en lournam ses lu.'-eaux.

D jà Pliebiis Iraveisanl l'einpiree, l're».sail .son char pour achever le jour; Loisque Lanval , après un lo !p, d lour. Vil sur sa route une bi( he efjacée ; Il adniiia sa jïiâie, sa blan.heur, Son 11 il iMillanI el reinjli de douceur, l'kin d"e-p raiice, il cciiriil après elle,

I ou:' la .saisir; n.ais la biihe courait, l'.t loin de lui regardait , s'arrèlail. Fuyait encor. Valuen.eiil il ra;)iiel!e, Plus vainement encore il la poursuit; Plus il la pre.s-eel plus vi:e elle fuit. Toujour, (OinanI, au; r. s d'une livière, Lanval arrive, et la b.'le h(;ere

A .-.es refiai'ds somla'n s'.vanouit , Comme un fanloiie, enfani iié de la nuit, Fiiil au lever du dieu de la lumière; Alors Lanval voii au ii j icu des llols Une beauté seiiiJjlable aux iminorlelles, Aux déités qui président aux eaux.

L'n peu plus loin .sont encor deux pucefles. Qui,. sur ces bords, respiraient la fraiiheur. Mais .son aspect les irappani de tereur, Cesd.ux Ijeaulés s'éclipscnl .^ sa vue.

Lanval regarde, el sur in arlins.seau Qui de son pied touchail le bo. d de l'eau,

II aper oil une robe lissue

De .so'e cl d'or ; la robe appailenait A la heauléqui non loin :e bai uait.

Lanval, crovant l'oco ion lieiireuse, Court à l'arbiisle, enlive cel liabii, Poui' obiiiiec celle jeune baijiicu e A se monlrer lebe ((u'amour la lit.

D'iin pareil l.our la nvuipiie un peu honteuse, Lève la trie, el dit d'un air louchani : « fSeau cheva ici-, rendez ce veienienl , L'hoiuieur l'ordonne : offenser une femme Est un forta t trop indique de vous.»

Le chevalier, de son honneur jaloux.

Remit la robe, el pour plaire à la dame, D'elle s'eloiyne, heias I non sans regret*. La nymphe aliM\s aborde le rivage.

Prend ses babils el vi ile ses atirails; AliraiLs piipians, dont l'n il m me du sage Aura t vr ulu |)enclrer les secrels.

Mais vaiiiemeiil un épais météore Couvre le dieu qui lejine dans les airs; Sous le nua,!;e ou reconuaii encore L'asire de feu qui pare l'univers.

Dans SCS a' ours cncor plus séduisante, Celle beauté vers Lanval se rendit , Lui dii, d'un air, d'une voi& caressante :

«Suivez mes pas; vous vous ete."; conduit

En chc^a)ier pieui d'honneur, de décence,

El je vous dois de la rei onnaissance. »

Ainsi pai'Iaoi. elle marche: il la i-uit.

Ils sont bien i.l dans un bois .soli; aire.

L'occason, nieie du d ux désir,

Et le silence, el l'ombre lulflaire,

lroui)lenl Lanval, l'iiivileiu au plaisir.

De sa compa.ine il .s'approche . il .soupire,

Baise sa main ei galant .'ans de:our,

D'une voix tendre il la pria d'amour.

La nyinpl.e alors, avec un doux sourire.

Lui dii :• Vraimiut vous en pa.Itz aiiniieu?,'

Beau chcv.licr. el ce bois vous iu.spire;

Mais je ne puis e<'ouier de t< Is vivux.

Mari hOMs lou ouïs. • ll.s i heniinenl encore.

L'asiie d i >oir dejJ rouvrail l^scieux

D'un jour mourant, plus doiueux queraurore,

Lorsque l.anval vil u iond de ce buis

Un pavillon orné d'un rérislvle.

Noble, éle,;anl, simple toni .'t la fois

Lanval surpris, lereiard immobile,

Re»e el re lait, ^a (ompagi e lui dii :

t Je viens souienl joii r de lei asile;

C'est mon ouv a!\e, et iiiini la ur le cli^rit.

Luirons. • Lanval , sans rcponrire, obéi;.

Ahl qiitl éclal l'sblouii cl l'cjnhaïKe!

L'or el l'aifienl. la gl.Te lianspa enle

Relleclii .sani cent i;(r e; de veinieil,

Semblaient ofirir le ; lis du -«o e I.

Dans ce inameni Us deux jeunes isiirelles,

Que la frayturcha.sa du bord de leau.

Au cheva itr préseM. nt un maïueau ,

Oiné, doublé d hermines les plus belles.

Puis un fon|ier délira' , abondant ,

Fut apporte dans des va es d'ar,;ent

EU de crislal , au son de la iuusit|iie.

Lanval s'as>iid .sous un dais iiia;;nifi.|ue.

Sur un lil d'or aujiies de sa \ émis.

Les ri ~ légers el le baisir liiiiide.

Les traits galaus. 4e neciar de Bacchus,

Verse t'es ma ns de celte belle Arinide,

Po teni rivies,seet l'aniour dans leur cœur.

Apres .souper, les deux tilles d hrniieur,

Qui connaissait ni le n onde el .ses usages,

liiscrciemenl fil es bonnes el sages, '

Lai.'Séieni Jéul ce (hevaber galant '

Avec sa dame. Ali ! eue dis-je? vraiment

L'.\moiir survint, el devini le Iroi^iëine.

Il leur donna le signal du bonheur.

Quand le plaisir eut calmé leur prdeur,

La nvinphe ouvrant un œil plen de langueur.

Lui dil :■ Lanval, dés long-lemps je vous aime.

Long-temps iannai .'an., m'en doukr moi-mêiiie;

Mais mon ardeur croi..sanl de jour en jour,

A mes loiirmens je icconnus .'amour.

Alors br.'Iani de vous voir, de vous plaire,

J'ai sur vos pas mis la biche légère.

Qui, s'approchani , vous fuyant lour à tour.

Vous a condiiil au bord de la rivière.

De mes moyens ne soyez pas .surpris;

Car je suis fée . et j'en ai la puissance.

De mon amour connais: ez leul le prix;

Vous jouirez d'une grande opuleHce,

ru

Que rien jamais, rien ne pourra tarir.

Un or nouveau, par une route aisée.

Viendra remplir votre bourse épuisée.

Bien plus encore, alors que le désir

D'un feu secret anibrasera votre âme,

Il suffira d'un seul mot , d'un soupir,

Et je viendrai couronner voire flamme.

Mais apprenez ce que j'attends de vous ;

La loi qu'impose ici mon cœur jalons :

C'est un secret toujours inviolable;

Si d'un seul mot , si d'un signe coupable

Vous révélez nos nœuds et mes faveurs.

Soyez certain qu'une éternelle absence

Séparera pour jamais nos deux cœurs.»

Lanval jura par le dieu du -.ilenee,

Et par l'honneur, le dieu d'un chevalier.

Secret profond, éternelle conslance;

El le serment fut scellé d'un baiser.

■ Mais quoi ! déjà l'aurore diligente

De la lumière annonce le retour.

Adieu , parlez sur l'aile de l'amour, >

Dit à Lanval sa gcnéreuse amante.

On beau coursier soudain fut amené,

Chamarré d'or et de plumes orné.

Le chevalier, après maintes caresses,

De longs adieux, comblé d'or, de riches-ses.

Monte à cheval, après le déjeuné.

Il résolut de visiter la France,

Etl'Ausonie, et la riche Bizance;

De se montrer dans le palais des rois.

Dans les cités, surlout dans les tournois.

11 s'entoura d'un brillant équipage.

L'argent et l'or couv raient ses vélemens ;

Mais son maintien , sa grâce, son courage,

Fui ent toujours ses plus beaux ornemens.

Ce fut surtout dans les fêles guerrières,

Que sa valeur se couvrit de lauriers;

Il abattait les lances les plus fieres,

H triomphait de tous les chevaliers.

Trente beautés, faites pour la tendre-sse.

Pour lui d'amour sentirent les doux feux.

Et leurs regards lui redisaient sans cesse ;

Aimez, aimez , et vous serez heureux.

Mais , adoré d'une fee aussi belle ,

11 l'aimait Irop pour n'être pas fidèle.

Lanval joignait à la fidélité,

A la valeur, la libérable;

Et généreux , pr;;digue avec sagesse,

Sur l'infortune il versait la richesse ;

Il secourait l'indigent chevalier,

Le pèlerin et le noble écuyer.

Mais, grâce aux soins de sa fidèle araaule,

Son or jamais ne tarit un moment.

Ainsi l'on voit une source abondante,

Que l'eau du ciel nourrit fidèiement.

Couler toujoui-3 fugitive et constante.

Ce fut alors qu'après la Passion ,

Pâque arriva Le grand roi d'Albion

Voulut donner un tournois magnifique.

Tout chevalier de France, ou de Belgique,

Des bords du Tage, ou bien de l'f.ridan.

Fut co.ivoqué pour ce tournois brillant

La Renommée, à l'aile infatigable,

D'un vol léger, de ce jour mémorable,

CONTES

De ville en ville alla porter le bruit.

Par ses cent voix le beau Lanval instruit.

Au prince Arthur par un modeste écrit.

Demande aussi d'entrer dans la carrière.

Pour disputer la palme à .ses rivaux.

Arthur, frappé du nom de ce héros.

Dont les exploits illustraient l'Angleterre,

D'ailleurs pressé par la reine et la cour,

Promit sa grâce, et permit son ri-lour.

Le beau Lanval entra dans sa patrie.

Sur un coursier de la riche Ibérie,

Et précédé d'un cortège brillant.

Le roi lui fii un accueil obligeant.

La jeune reine, avec un doux .sourire,

Avec bouté, reçut son compliment.

De plus , .son air, .ses yeux , semblaient lui dire :

Preux chevalier, je vous trouve charmant.

Deux jours après, la trompette guerrière,

Au chant du coq, annonça le tournoi.

Lanval, sitol qu'on ouvrit la barrière.

Armé de fer sur un beau palefroi ,

Vint le premier disputer la victoire;

Il fut suivi de trente chevaliers,

De treille encore, intrépides guerriers,

Tous entlainniés par l'amour et la gloire.

Bientôt le roi. les princes et les grands.

Deux cents beautés, et la reine à leur lête,

Vienneul jouir de celte auguste fête.

Deux cents chevaux, de vaincre impatiens,

Frappaient du pied; de leurs heiinissemeus

Remplissaient l'air; mais le tournois commence.

Le preux Lanval, en agitant sa lance,

Songe à la lée, invoque son appui,

Et fièrement dans la lice il s'élance.

Dix chevaliers sont abattus par lui.

Rien d'étonnant : il se croyait sans cesse

Sous les regards de sa belle maîtresse.

Un tel penser doit faire des héros.

Sur un balcon, sur de riches carreaux,

la reine assise admirait sa vaillance,

F'ai.sait pour lui les vœux les plus ardens.

Un seul guerrier, des rives de Bizance,

Restait à vaincre. Al'ier, des plus vaillans.

De gloire avide, il frappe, attend , menace;

Lanval résiste et redouble d'efforts ;

Ils sont à pied ; les deux chevaux sont morU.

Lanval enfin le .saisit, le terrasse.

Lui tend la inain, le relevé et rembras.<ie;

Puisa genoux rend grâce au Dieu puissant,

Au Dieu qui donne et la vie et la gloire;

Puis vers Genèv re il alla galamment

Mettre à ses pieds le fruit de sa victoire.

De .son rival le redoutable acier.

Avec bonté , l'aimable .souveraine

Reçut le don , et lui dit : « Chevalier,

Votre triomphe, et j'en conviens sans peine.

Flatte mon cœur : allez , ei que l'amour.

Que le Dieu saint vous donnent douce vie.»

Puis dit plus bas : « Vers le déclin du jour.

Je vous altends, venez voir votre amie.»

Dès que la nuit annonçant .son retour,

Vers l'orient roula sou char d'ebene,

L'heureux Lanval se rendit chez la reine.

Dès qu'il parut, elle le fit asseoir

CONTES

Sur un sofa couvert de velours noir,

A ses côtés : iin reflet de liinilére

Tendre , et senihlable au flambeau de la nuit,

D'un demi-jour éclairait ce réduit.

Cette princesse, instruite en l'art déplaire,

Loua d'abord sa jjrâce, sa valeur,

Puis ajouta, non sans quelque rougeur :

< Lanval , je veux devenir votre dame.

Vous vous taisez I le Irouble est dans votre ànie.

— Ah ! paidonnez , je tombe ."i vos nenoux ; Prenez mon sauf; , ma vie, elle est à vous; Mais je ne puis, et je ne saurais feindre, D'aucune dame être le chevalier. «

Elle, à ces mois, habile à se contraindre,

Lui dit : « Veuillez ici me confier

Si vous aimez , si la vierge Marie

Vous a donné fidèle et douce amie. •

A ce discours, ce guerrier inquiet

Se rappela que sur ce doux mystère

11 a promis le plus profond secret.

Mais une reine est toujours volontaire.

Elle parla , pressa si vivement ,

Qu'enfin Laiival, craignant de trop déplaire,

Lui fit l'aveu qu il aimait lendiement.

• Et voire amante est sans dnute très belle?

— De la beauté c'est le parfait modelé; Rien ne l'égale. — Ah ! vous n'y songez pas. Beau chevalier ! (juel est votre délire !

A voti'e reine , eh quoi ! vous osez dire

Qu'un autre objet brille de plus d'appas?»

Elle sentit vivement cet outrage;

Mais composant son air et son langage,

En souriant, lui demanda le nom

De son air.ante. • Ah ! madame, pardon.

C'est un seciet dont rien ne me dispense.

— A ce beau zèle on ne peut qu'applaudir; L'amour heureux (ounnande le silence :

C'en est assez, et vous pouvez sortir.» Comme le leu comprimé sous la terre.

Pendant loiig-lemps, en brisant sa barrière, Éclate, tonne avec plus de fr.jc.is; Genevre ainsi, qui frémissait tout bas, Lai.siîe éclaler le feu de sa colère.

Pour se venger elle eiit . comme Jnnon , Une auire fois mis en cendre llion.

Elle courut vers le roi, lout en larmes. Lui parle ainsi : • l.anval, le croirez-vous? Séduit, dit-il, par mes prétendus charmes, Ose m'aimer. Le Iraiireà mes genoux M'a déclaré sa criminelle flamme.

Telle est de plus la noirceur de son âme, Voyant ses vœux vivement repoussés.

L'audacieux, en sa fureur jalouse, Par des propos insolens, inseusés, A mallrailé la reine votre épouse. »

A ce récit , le prince furieux Fait arrêter ce guerrier généreux.

On l'enferma dans une tour obscure.

Séjour affreux par le crime habité.

Preux chevalier, celte cruelle injure PJe troubla pas votre sérénité !

L'am?nt aimé du bel objet qu'il aime. Dans un dcsert , dans une prison même, Jouit encor ; l'amour est avec lui.

Lanval complaît sur un puissant appui :

11 se flattait que .sa belle maiuesse

Viendrait bientôt embellir sa prison.

Et de son :1me ado.icir la irislesse.

Il l'appela, dois fois redit son nom;

.Mais vainement. La fée, un peu sévère,

Pour le punir d'un aveu téméraire.

Ne parut pas : alors avec douleur

Lanval sentit sa faule et son malheur;

El cependant l'inipilovable reine.

Qui respirait et l'amour et la haine.

Fit condamner au supplice, à la mort

Ce chevalier si fidèle et si tendre.

Et que peut-être elle adorait encor:

On lui donna huit jours pour se défendre.

« Je n'en veux pas , j'ai mérité mon sort.

Dites au roi qu'au gré de son envie

11 peut ici disposer de ma vie. •

Arihur, prenant pour mépris, pour fierté

Ce dévoilmcnt, ce noble sacrifice.

Pour le jour même ordonna le .supplice.

Tels sont les rois, telle est leur équité:

Ils ont souvent fait rougir la jusitice.

Activement l'echafaud s'élevait

Et dominait au milieu de la place.

Peuple et soldais, la foule lenlourait:

La cour, le roi, la reine .sont en face:

D'un œil avide on regarde, on attend

L'inforluné que le bourreau demande.

La garde enfin, qu'un chevalier couimaude.

Parait, l'amené; il marche gravement;

Sa têle est nue et son air intrépide.

Tel au combat jadis marchait Alcide.

Du citur, des yeux , le peuple le suivait.

Plaignait son sort; le beau sexe pleurait.

Le front .serein, mais l'âme peu tranquille.

Tantôt Genév re avait les yeux .sur lui.

Tantôt troublée et de houle ei d'ennui

Les détournail et restait immobile.

Dans ce moment de silence et d'effroi

Ah ! que de pleurs coulaient des yeux des belles!

Une beauté, que suivaient deux pucelles.

Courant, courant sur un grand palefroi.

Parait soudain. Aussi blanc que la reige

Est son coursier; sur le poing elle avait

(Des grands aliirs c'était le privilège)

Un épervier qui des ailes baîiait;

Un lévrier pas à pas la suivait.

De son manteau la superbe écarlale.

D'or parsemé eliiicelail de feux.

Pion, jamais reine, aux rives de l'Euphrate,

Ne frappa l'œil d'un luxe aussi pompeux.

Au mouvement, au bruit tumuliuenx

De mille voix, Lanval lève les yeux.

Il reconnaît la beauté qu'il adore.

• Grands dieux! dit-il, je vais mourir heureux.

Puisqu'une fois je la revois encore. «

Et cependant, d'un air majestueux.

L'aimable fée auprès du roi s'avance.

Et le salue, el lui dit gravement:

«Grand roi, je viens réclamer mon amant.

Le beau Lanval, et sauver l'innocence.

De votre épouse, avec vous j'en conviens.

Il a blessé l'orgueil très légitime

Page 1