GEOFFROI RUDEL. — CHANT PREMIER
Cherchait l'amour sans le trouver encore.
Besoin d'aimer est un vent du prinlemps
Dont la chaleur dans l'âme fait édore
Nouveaux désirs et nouveaux sentiraens.
Du jour de Pâque enfin brille l'aurore;
C'était dans Aix , séjour du souverain ,
A la grand'messe il vit la jeune Isaure
Fraîche et semblable à la fleur du matin,
Dans une éjjlise; on aurait cru voir Flore,
Les yeux baissés, un rosaire à la main.
Hélas! Rudel entendit mal la messe;
Il ne vit plus qu'Isaure et ses attraits.
Ainsi David, fameux par sa sagesse,
Oublia Dieu, lorsque de son palais
11 entrevit, dans le bain, les doux charmes
De Beizabé, cause de tant de larmes.
Le beau Rudel, les yeux brillans d'ardeur,
Les attachait sur cette jeune Flore ;
Impatient, il désirait d'I.saure
Un doux regard , présage du bonheur.
11 l'eut enfin : leurs yeux se rencontrèrent,
Par leurs regards leurs deux cœurs se pai lèrent.
D'Isaure alors l'innocente pudeur
Rougit le front, et ses yeux se baissèrent ;
Mais ce regard , ce premier trait d'amour
Perça son cœur calme jusqu'à ce jour.
Rapide instinct, force de sympathie!
Quel grand esprit, quel Platon , quels docteurs
M'expliqueront l'étonnante magie
Qui l'un vers l'autre enlraine ainsi deux cœurs
Et bien souvent les unit pour la vie?
Telle l'on voit sous les deux azurés,
Selon Newton, du ciel le grand apôtre,
Par un pouvoir, un ressort ignorés
Dne planète en attirer une autre.
Quand on sortit de l'office divin ,
Geoffroi Rudel prit le même chemin.
Suivit les pas d'isaure et de son père ;
Comme un chasseur suit la perdrix légère
Qui fuit, s'échappe, et qu'il brrtie d'avoir:
Tel suit Rudel qu'entraîne un doux espoir;
Elle à son tour tourue souvent la tète,
Et sur Rudel attache ses beaux yeux ,
Et même encor parfois elle s'arrête
Pour retarder sa marche et le voir mieux.
Mais tout à coup , au détour d'une rue,
Un vieux chariot la dérobe à sa rue.
Rudel demeure immobile , incertain.
Le laboureur du sauvage Apennin
Qui tout à coup en menant sa charrue
Voit du soleil une éclipse imprévue ,
Et la nuit sombre arriver à midi.
Pâlit, s'élonue et sendjle anéanti :
Tel fut Rudel , lorsqu'à son œil ravi
On enleva cette beauté si chère;
Mais revenu de son émotion ,
11 demanda sa demeure et son nom.
François Vidal est le nom de son père;
Un vieux château non bien loin de Salon ,
De ses aïeux édifice gothique.
Était l'asile où vivait ce baron ,
Peu chargé d'or, mais de noblesse antique.
Vidal savait le Credo, le Pater,
Tout ce qu'apprend un brave gentilhomme;
11 avait fait le voyage de Rome, Signait son nom , courait le loup, le cerf, Et servait Dieu par crainte de l'enfer. Au piompt départ de cette belle Isaure, Le troubadour, plus amoureux encore, Resta long-temps immobile et rêveur; Mais revenant de sa longue stupeur.
Il veut aller à Salon le soir même , Sous le balcon du jeune objet qu'il aime , Lui déclarer les tourmens de son cœur; Et quant la nuit d'étoiles couronnée Vint annoncer la fin de la journée, 11 partit d'Aix à pied , secrètement, Portant en main son épée et sa lyre; Et dans sa route, épris d'un beau délire, 11 fait des vers qu'il chajile en arrivant, Caché dans l'ombre, au bas d'une fenêtre Du beau château de cet objet chéri , Qui lors dormait ou qui veillait peut-être. Car à cet âge on a plus d'un souci.
PREMIER COUPLET
Tantôt dans une sainte ésllse
J'ai TU la rose unie au lis.
Et j'ai cru voir dans ma surprise,
Va des anges du paradis.
Le ciel créa la belle Isaure
Pour emlKllir ces lieux charmâns;
Ainsi qu'on voit la jeune Flors
Orner la terre ait doux printemps.
DECXIÉUE COUPLET.
Belle Isaure , ouvre la paupière , Vénus recommence son cours; Viens , viens jouir de sa lumière.
C'est la planète des amours.
Parais , la nuit sera plus belle.
Tes yeux ranimeront les fleurs, El la sensible Philomèle Redoublera ses sons flalleurs.
Ce jeune amant tourmente en vain sa lyre, La belle Isaure ou dormait ou feignait; Mais il s'enflamme et sa muse l'inspire : 11 chante un troisième couplet.
TROISIËIÛE tOtSPttf.
Êveille-toi, ma douce amie.
Ne crains pas les regards jaloux; Tout dort, et dort aussi... l'Envie, Et l'Amour seul veille pour nouJ.
Isaure enfin parait à sa fenéire
Et dit tout bas : . Si vous m'aimez d'alfiôul*,
H faut vraiment vous faire mieux cennatlre,
Et je pourrai vous aimer à mon tour.
—Accordez-moi la faveur de m'entetidrè,
Je vous dirai ma famille et mon nom;
— Eh bien ! demain , quand vous verre* deteelkdre
Le beau soleil au bord de l'horizoîi ,
Au bois voisin sans bruit allez m'attêftdn,
Je m'y rendrai; la fidèle Jenni
Suivra mes pas. Cejiendant, bel ami ,
Éloignez-vous, car le jour va parattrij
J'enlends déjà le chanl du coq; adieti)
Soyez fidèle à l'amour comme à Dieu. *
Isaure alors referme sa fenêtre.
GEOFFROI RUDÉL.
Rudel d'espoir et d'amour enivré ,
Comme un rocher lonij-temps reste immobile,
Les yeux toujours allachés sur l'asile
Où respirait cet objet adoré.
Mais l'air s'acile, et le Zéphire au monde
'Vient annoncer ((ue Phébus sort de londe.
Un trait parti des bords de l'orient
Remplit les cieux d'une lumière immense.
Tout se réveille , et le dieu qui s'avance
Chasse la nuit et monle triomphant.
Rudel alors dans le prochain village
Entend l'airain dont le timbre sacré
Au piint du jour sonnait , selon l'usage,
Pour annoncer la messe du curé.
Rudel y couri ; car sa mère Gertrude,
Qui tous les jours deux messes entendait,
Dévotement lui donna l'habitude
D'en ouïr une et plus sil le pouvait;
Ce que son fils rarement oubliait.
Rudel à temps arrive dans l'église,
Entend la messe et puis un beau sermon
Oue le curé fit avec onction
Sur le péché qu'on nomme gourmandise;
Puis, invité par ce pasieur pieux,
H se rendit dans son saint presbytère
Pour déjeuner et boire du vin vieux
Qu'il conservait comme un saint reliquaire.
Le repas fait, Rudel dans un bon Ut
Alla chercher un repos salutaire.
Le doux sommeil à sa voix descendit
Pour lui fermer doucement la paupière;
Et le curé , fidèle à son devoir ,
Courut chanter et vêpres et compiles.
Et puis revint dans son heureux manoir
Du dieu du vin chanter les litanies.
O temps heureux de la dévotion ,
Où le clergé dans sa philosophie
Savait unir aux douceurs de la vie
Tous les devoirs de la religion !
El cependant déchnait la journée.
Et de Vesper l'étoile fortunée Amena l'heure où l'amour attendait L'heureux Rudel dans un joli bosquet.
11 prend congé de ce huitième sage ; Et plus léger que le cerf qu'on poursuit, AU rendez-vous arrive avant la nuit.
Bientôt accourt sous le même feuillage, Isaure avec sa fidèle Jenm, Fille dhonneur, qui gardant aujourdhm Le souvenir de plus d'une faiblesse Où l'entraîna le leu de la jeunesse Compatissait aux faiblesses daulrui.
D'Anacréon que n'ai-je ici la lyre.
Je vous dirais , imitant ses accens, L'enchantement, le trouble, le délire Et l'embarras de ces jeunes amans.
La belle Isaure écoutait eu silence, Baissant les yeux et rouge d'innocence.
Les doux propos du jeune troubadour; Puis moins timide, et dune âme. ugenue, Elle avoua le trouble qu'à son tour Elle sentit à sa première vue.
Rudel de joie et d'amour transporté, Jure à ses pieds une llamme élcrnclle.
. J'aime à vous croire; oui, vous serez fidèle:
Tromper mon cœur ce serait cruauté.
—Que diles-vous? Ah! trop aimable Isaure,
Mon coeur épris vous aimera d'amour ,
Tant qu'on verra la jeune et belle Aurore
Après la nuit nous ramener le jour.
-Et moi , Rudel , je promets à mon tour
De vous aimer tant qu'au bois Philomèle
Du beau printemps chaulera le retour
El les plaisirs de la saison nouvelle. »
Bien plus encore eiU duré l'entretien ,
Car les amans ensemble sont si bien!
Si du château la cloche héréditaire
N'eût appelé chacun â la prière;
Car c'était l'heure où le baron son père.
Dès que brillait l'étoile de la nuit , ;
Avec ses gens récitait le rosaire. ^
Ce bon seigneur devait, à ce qu'on dit, ;
Ce saint usage à Berthe, sa grand'inère,
Morte en odeur de grande sainteté.
La bonne alors dit avec dignité :
. Mes chers enfans , il faut de la prudence ;
Séparez-vous, il en est temps, je pense;
Vous vous direz le reste une autre fois. .
Las! il fallut écouler celte voix
Et se qiiilter; mais quel nœud les enchaîne!
Ils font un pas, un autre les ramené.
Un seul inslant a duré leur bonheur;
Ils ont eiicor vingt pensers dans le cœur.
Rudel promet à son aimable Isaure
De revenir dans ce même bosquet ,
Deux jours après, à la seconde aurore.
Devers le soir, quand l'ombre descendrait.
Et cependant fuyait l'heure légère,
El ces amans parlaient , parlaient toujours.
Alors Jenni prenant un ton sévère.
Entraine Isaure et finit leurs discours.
Rudel resté dans ce bois solitaire.
Seul , sans témoin que le globe argenté
Qui du soleil emprunte sa clarté ,
Reprend sa lyre, et d'une voix sonore.
Fait ses adieux aux nymphes de ce bois,
Puis à Pomone, à la riante Flore.
.0 vous, dit-il , heureuse mille fois.
Vous habilez les mêmes lieux qu'Uaure,
Vous l'entendez, la voyez chaque jour.
Belle , semblable à la sœur de l'Amour!
Heureux ruisseaux qui baignez la prairie,
Oue votre sort, hélas! me parait doux.
Âh ' que ne puis-je , à ses pieds comme vous.
Voir s'écouler chaque heure de ma vie! .
L'aslre du jour sortant du sein de l'eau,
Déi;. venait annoncer sa présence.
Lorsque Rudel songe, dans sa prudence,
A s'éloigner de cet heureux châieau.
Du dieu d'Amour, des Grâces doux asile.
Soudain il part, marche d'un pas agile.
Chante en chemin quelque couplet nouveau.
Bientôt il voit , à travers le jour sombre
Du mouvement, des gens cachés dans 1 ombre
D'un bois ^oisin; il s'avance, il entend
Les cris plaintifs d'un voix suppliante.
. Grand Dieu , ditil , une femme est souffrante! .
A son secours il vole au même instant ;
CHANT PREMIER
Mais, o surprise ! un homme se présente,
Qui d'une voix terrible et menaçante
Lui crie : « Arn'le et fuis, qui que tu sois,
Ou chèrement tu pairas ton audace. »
Rudel répond ■ « Je Ijrave ta menace. »
Et sans délais il entre dans le bois.
Tout aussitôt un grand combat commence;
Le fer se clioque , il brille , et la fureur
Des deux rivaux enllamnie la valeur.
Rudel attaque et paie avec pi'udence.
Plus emporté, mais non moins vigoureux ,
L'autre néglige et l'art et la défense.
Enfin Rudel, plus calme et plus heureux ,
Frappe de moit son terrible adversaire.
Qui veutencor combattre; mais soudain
Sanglant, Il tombe et rougit la poussière.
Rudel gémit; mille fois plus humain
Que le féroce et redoutable Achille ,
Qui d'un héros égorgé de .sa main
Traina le corps tout autour de la ville.
Rudel qui voit derrière un pin touffu
Un homme encor , sur lui se précipite;
Mais celui-ci de cervelle pourvu.
Crut plus sensé de s'enfuir au plus vite.
Débarra.ssé de ces hommes perveis.
Le preux Rudel s'avançant vers la dame
Qui gémissait , versait des pleurs amers ,
A Dieu souvent recommandait son ftme.
L'aborde et dit : « Rassurez-vous, madame.
Vous n'avez plus dans ce lieu d'ennemi,
Mon bras heureux l'a privé de la vie.
— Grand Dieu , dit-elle , ayez pitié de lui !
Allez lui dire, hélas! je vous supplie.
Que je le plains, qu'Isabelle aujcjurd'hni
Voudrait que Dieu, ce Dieu qui nous l'ordonne,
Lui pardonnât connue je lui pardonne.»
Rudel, ému d'un ordre si louchant.
Alla soudain le redire au mourant.
Qui répondit : « Je suis un misérable ,
Un grand pécheur; tant de bonté m'accable.
Hélas! le cœur chargé d'un noirknain,
Devant mon Dieu, mon juge souverain.
Je vais paraître; en .son nom, je vous prie,
Confes.sez-moi ; quand je sors de la vie,
Du paradis ouvrez-moi le chemin.»
Rudel ravi de ce pieux dessein ,
S'assied sur l'herbe et lui prête l'oreille.
Que l'homme change à l'aspecl du tombeau !
Ce chevalier si terrible la veille.
Était alors aussi doux qu'un agneau.
Bien des soupirs , des sanglots et des larmes ,
De ses aveux interrompaient le cours.
Rudel calma , comme il put , ses alarmes ,
El l'a.ssura par un pieux discours,
Que le péché devenait chose nulle.
Lorsqu'on avait un ferme repentir.
Apres ces mots dignes de souvenir,
De VÂbsoli'O la puissante formule
Rendit son âme aussi blanche qu'un lis.
Je voudrais bien qu'un sage et prompt concile
Vint rétablir l'usage de jadis.
Et que l'on pi'it , j'en vivrais plus tranquille,
Se confesser à l'un de ses aniis(l i.
Sitôt qu'à Dieu cet homme eut rendu l'âme,
Rudel pour lui dit un De profimdis:
Et puis courut, d'un très beau zèle épris,
Offrir son bras et son cœur à la dame.
«Quittons, dit-elle, un séjour si fatal ,
Ramenez-moi , de grâce , chez ma mère,
Qui se désole et pleure ma misère. ■
Rudel alla délacber un cheval
(Du chevalier ('était tout l'héritage).
Le monte et prend celle belle avec lui.
11 part , galope, et, pendant le voyage.
Tâche en parlant d'adoucir son ennui.
11 lui disait : • Par quel malheur étrange.
Parmi les loups je trouve une brebis.
Ou bien plutôt je vois un si bel ange
Entre les mains de deux malins esprits?
— Hélas! dit-elle en soupirant encore.
Au doux lever d'une brillante aurore,
Peut -on du soir redouter l'avenir?
A mon bonheur, souvenir plein de charmes!
L'hymen , l'amour, tout semblait concourir. •
Ainsi parlant , elle versait des larmes.
.Ah ! dit Rudel , ah ! cessez de gémir :
Alors qu'on a vos altraits en partage.
On doit encoie espérer de beaux jours ,
Et le printemps, malgré plus d'un orage.
Est la saison des fleurs et des amours.
— Preux chevalier, vous désirez, je pense,
S.ivoir de moi mes malheurs et mon nom;
Vous méritez toute ma confiance.
Je vois d'ici , dans im petit vallon ,
Une chaumière ; un toit humble et tranquille ;
Du vrai bonheur sans doute c'est l'asile :
Descendons- y; j'ai besoin de repos.
Là , sans témoins que Dieu seul que j'atteste.
Je vous dirai quelle étoile funeste
Poursuit ma vie et cause tous mes maux.»
Kos voyageurs entrés dans la chaumière.
Crurent d'abord voir l'aïUique Baucis,
Ou son image; ardente est sa paupière,
Son corps voilié; blancs étaient ses sourcils.
Et par ses .soins, son air, son zèle extrême.
De Philémon c'élail l'épouse même.
Des qu'elle vit ces deux hôles nouveaux.
Elle quitta son siège et ses fuseaux ;
Et , s'avançant vers eux d'un pas débile,
Vint leur of . rir et son pain et son lait.
Son filsétail aile vendre à la ville
Les œufs du jour , le beurre qu'elle a fait.
La voyageuse accepta le laitage
Qu'on lui servait dans un vase de bois;
Et puis ses yeux succombant sous le poids.
Elle appela, sur un lit de feuillage ,
Le doux sommeil. Pendant qu'elle dormait;
D'un œil ravi Rudel la contemplait;
Tout à la fois voluptueux et .sage.
Il admirait, non sans quelque soupir,
Ces traiischarmans, cet élégant corsage,
Ce sein de lis, cette fleur du bel âge.
Qu'en voltigeant caressait le zéphyr.
Long-temps encor , les yeux sur cette belle,
Rudel aurait tâché de découvrir
Quelque beauté, quelque grâce nouvelle;
Mais arriva l'instant de son réveil.
Ouvrant les yeux ; • Préseniemeut , dit-elle ,
GEOFFROI RUDEL
Je puis, après ee paisible sommeil ,
Vous faire ici le récit très tidele
De mes malheurs. Je me uoiiinie Isabelle;
François Rambaiid, mon père, était sei(jneur,
Auprès d'AIbi, d'un cbâteau magnifique;
J'ai TU le jour dans cet asile antique.
O souvenir toujours cher à mon cœur!
Fille adorée , au sein de l'opulence ,
J'ai vu couler les jours de mon enfance,
Et je marchais sur un chemin de fleurs.
Mais tout à coup un orage terrible
Sur ma patrie exerça ses fureurs ,
Renversa tout, et le deuil et les pleurs
Vinrent couvrir ce séjour si paisible.
Rappelez-vous la désolation.
Ces jours d'horreur où l'église romaine ,
8ous les dehors de la religion ,
Dans nos climats voisins de l'Aquitaine,
Porta l'effroi , le carnage et la mort.
Un vil légat , et Simon de Mon l fort ,
Chef de parti , satellite de Rome ,
Lâche hy|ioerite, habile général ,
Mais qui jamais n'eut l'âme d'un grand bomoie ,
Tous deux unis par un lien fatal ,
Au nom du ciel dé|)ouillaientde ses villes,
Le vieux Raimon, un des princes chrétiens,
Et ravageaient, qu'auraient fait des païens?
Des Albigeois les campagnes fertiles.
Leur sang coulait, ruisselait en torrens;
De l'avenir, 6 vous heureux enfans.
Le croirez-vous ? un légat fanaiique
Et vingt prélats, l'évangile à la main.
Criaient ; «Tuez, frappez d'un bras d'airain,
Point de quartier à ce peuple hérétique. »
Cent chevaliers d'une noblesse antique
Furent pendus. On jeta dans un puils,
Dieu juste «t bon ! quoi , vous l'avez permis ?
D'un vieux seigneur la fille jeune et belle ;
Et l'on brûla , le récit est fidèle ,
Près de ce puits, trois cenl^ infortunés.
Par Rome même au bûcher condamnés.
Mais ce qui doil . dans ce territole orage ,
Glacer vos coeurs , c'est l'éternel affront
Dont on couvrit le priiKe le plu,s sage ,
Le plus vaillam , le vieux comte Kaimon.
Ce souverain, par ordre de Milon,
Fut amené, les pieds nus, en chemise,
La corde au cou , sur le .seuil de l'église ,
Où ce guerrier , d'wi diacre insolent ,
Reçut du fouet l'indigne châtiment ;
Et le légat , oui , pendant cette léle ,
Dans son palais donnait un grand festin (2).
Mais puis-je ici , dans mon profond chagrin ,
Vous rappeler celte horrible tempête,
Près de Muret, ou Pierre d'Arragon,
L'ami, l'appui du vieux comie Kaimon ,
Mom-ut percé d'un glaive fanatique ?
On entendait, dit-on, saint Dominique
Crier aux siens , en leur montrant le roi :
Frappez ; c'est lui . le prince ; croyez-moi.
Mais pardonnez , homme brave et sensible,
Si tant de pleurs vientient remplir mes yeux;
Ce fut , hélas ! dans ce combat terrible
yue fut tué mon père malhenreiix ,
Vaillant guerrier et mortel verlueiix.
Dieu juste, eh quoi ! le crime !.... je m'égare.
Apres sa mort une horde barbare ,
Au nom du ciel, par un forfait nouveaii,
Incendia ses moissons , son château ,
De ses aïeux brillant et noble asile.
Ma mère et moi , pour lors sans domicile ,
Cachant nos pas, nos pleurs et notre nom,
Errant long-temps de village en village,
Crûmes enfin trouver dans Tarascon
Un ciel plus doux, un port dans le naufrage.
Là , sous le toit d'une obscure maison ,
Loin du fracas, pauvres, mais résignées.
Au sein de Dieu coulaient nos destinées.
Advint un jour, c'était l'Assomption,
Je fus mandée à la procession
Que fait l'église au jour de celte fête.
Je m'habillai , ce jour, de grand malin ,
Ma robe était blanche comme un jasmin ;
De cette fleur je couronnai ma tête :
Les yeux baissés un grand cierge à la main,
Psalmodiant , je marchais dans la rue
Jonchée alors de feuillage et de fleurs.
Le comte Albon , un des plus graiids seigneurs ,
Me vit passer, et son cœur à ma vue
Parut touché de mes faibles appas.
Peut-on aimer avec un cœur si bas !
Le jour suivant, il vint trouver ma mère,
Offrit pour moi sa fortune et son cœur.
Il se disait parent de feu mon père.
Ma mère alors, j'excuse son erreur.
D'un jour plus doux crut entrevoir l'aurore;
Et pour fixer mon prétendu bonheur,
Elle employa jusques à la rigueur.
Mais un moyen fut plus puissant encore;
Elle pleura. Dieu qu'une mère en pleurs
A de pouvoir ! qui n'entend ses douleurs !
J'allais périr; mon fatal hyménée
Est arrêté pour la fin de l'année.
Du comIe alors le grand deuil finissait.
Deuil qu'il portait pour la mort de son père.
Pendant ce temps sans cesse il me parlait
De ses grands biens , de son nom à la guerre.
De ses aieux et du rang qu'il tenait.
Mais cependant parfois à ce langage
Albon mêlait quelques fadeurs d'usage,
Un jeune loup , dans le piège surpris ,
Parait d'abord et docile et soumis ;
Mais son instinct s'éveillant avec l'âge,
On reconnaît le mangeur de brebis.
Aiusi le comte, à travers l'amour même.
Laissait percer son caractère affreux ;
Entlé d'orgueil et jaloux à l'extrême.
L'ombre d'un homme effarouchait ses yeux.
Et sur son froirt s'allumait la colère,
Si j'écoutais quelque propos flatteur ;
Et cependant il aspirait à plaire.
Sa bouche osait me parler de bonheur ;
Mais dans mon co'ur vivait déjà la haine.
Vous le savez , ô nuit^ ! fatales nuitsî
Vous avez vu mes larmes, mes ennuis.
Et vous l'auteur de ma cruelle peine.
Mère chérie ; ah ! que de fois mes pleurs
Out dans votre âme épanché mes douleurs !
CHANT DEUXIEME
Mais nous n'osions rompre ce nœud terrible. Enfin le ciel , à mes tourmens sensible, Jeta sur nous un regard plus serein.
Un chevalier, Mauléon, mon cousin.
Vint d'Avignon nous faire une visite.
Qui ne connaît son air no'ole et charmant, . Son esprit vif, sou courage brillant, Sa grandeur d'âme , enfin toiu son mérite? Combien d'Albon il était différent ! »
Mais il esit temps de replat- le$ voiles : Je n'entends plus les pipeaux des pasteurs; Je vois fumer les toits des laboureurs , Du grand chariot briller les sept étoiles. Mon cher lecteur, c'est l'iieure du repos ; Il faut songer à gagnw sa chaumière.
Quand le soleil sortant du sein des eaux. Demain viendra nous rendre sa lumière.
Nous reprendrons nos chants et nos travaux.
CHANT DEUXIÈME
Qui rae dira si cet être enchanteur.
Si ce Prolée, enfant de la nature, Qu'on nomme Amour, est né pour le bonheur Du genre humain , ou bien pour son malheur ? D'un pareil dieu redoutez, la morsure.
Dans leurs écrits nous disent cent docteurs, C'est un serpent caché parmi les fleurs. Contemplez Phèdre accusant Hippolyte, Vénus, les dieux, et délestant le jour; El Cléopâlre entraînant dans sa fuite Ce fier Romain dégradé par l'amour ; Il fuit, descend de .son char de victoire, Et dans la tombe il va , le malheureux ! Encor vivant , ensevelir sa gloire, A son amante , à lui-même odieux.
Rappelez-vous cette superbe reine , Sémiramis , ses feux incestueux : Elle périt, en abhorrant sa chaîne, Par le poignard de son fils vertueux.
Et toi Sapho, l'ornement de la Grèce, Raconte-nous par quel affreux revers Tu t'engloutis dans l'abime des mers.
Chacun frémit du destin de Lucrèce, Victime, hélas! d'un amour criminel.
On pleure encore , on pleurera sans cesse Sur le tombeau de cet homme immortel , Qui dort auprès de sa chère Héloïse; Infortunés! leur malheur éternise, Avec leur nom , leurs fidèles amours.
Fille d'Ecosse , 6 toi , reine Marie !
Quel fut ton sort? L'amour, la jalousie A l'échafaud condamnèrent tes jours.
Oublirons-nous la tendre La Vallière, Cette beauté si chère au grand Louis , Qui si long-temps , aux pieds du Crijcifix, Pleura sa faute et le doux nom de mère. Ces faits sont vrais : qui n'a de quelques pleurs Baigné le livre où sont peints ces malheurs! Mais sur les mers , séjour des noirs orages , De cent vaisseaux on cite les naufrages; On ne dit rien de ceux qui dans nos porls Du monde entier rapportent les trésors.
O toi ! le fils d'Orphée et d'une muse.
Divin Pétrarque , ah ! peius-nous ton bonheur ,
Répète-nous sur ton luth enchanteur
Ces sons si purs , quand , au bord de Vsucluse,
Tu célébrais, auprès de Laure assis.
Ses doux attraits et l'enfant de Cypris.
Oui! si les bois rompaient un long silence.
Si les gazons trahissaient les amans.
Si les oiseaux répétaient leurs sermens,
Loin de nous plaindre avec tant d'imprudence,
INous irions tous , pleins de reconnaissance ,
Aux pieds du dien brûler un pur encens.
Nous en étions , je crois , à la visite
Qu'un beau cousin , homme de grand mérite.
Le valeureux et sage Mauléon
Heureusement rendit , dans Tarascon ,
A sa cousine, à la jeune Isabelle,
Unique enfant du baron de Montbelle.
Elle disait à Rudel attendri:
• Il m'était cher; tout lemonde, je pense.
L'aimait beaucoup ; en causant avec lui
Du comte Albon , je lui fis confidence
De notre hymen. A ces mots, en courroux
Il s'écria : «Ce traître, votre époux !
Dieu ! quel hymen ! quel lien sanguinaire !
C'est lui , lui-même, au combat de Muret,
Qui lâchement immola votre père! »
A ce récit , tout comme si la terre
Se soulevait, sous nos pieds s'agitait,
ftia mère et moi nous restions sans pensées,
Sans mouvement , muettes et glacées.
Nous frémissions. Quel malheur en effet!
Comment briser celte falale chaîne?
Mais mon cousin , vous le croirez sans peine,
Né généreux et des dames l'appui,
M'offre aussitôt un asile chez lui.
Qu'avec plaisir, dans ce terrible orage,
Je me voyais à l'abri du naufrage !
Nous projetons dans un conseil secret
De nous enfuir , d'aller , avant l'automne,
Dans le château que mon cousin avait
Près de Lyon , sur les bords de la Saône.
Le jour fixé pour ce départ heureux ,
De grand matin je me rends à confesse;
Le peuple encor s'assemblait peu nombreux.
Et l'on sonnait pour la première messe.
Les yeux baissés, je marchais en rêvant
Quand tout à coup, au détour d'une rue, De six brigands une horde inconnue Survient , m'entoure et me jette â l'instant , Malgré mes cris, mes efforts et ma rage, Dans un vieux coche , où deux de ces brigand^ Montent aussi. L'un d'eux , les yeux ardens, D'un crêpe noir me cachait son visage.
Le coche part , le chemin disparait ; Tous deux gardaient un farouche silence, Et moi du ciel j'implorais l'assistance, Et de fureur tout mon sang bouillonnait. Nous voyageons, pendant la nuit entière, En un désert habité par les loups, Je leur criais : <• Monstres , dans quel repaire, Dans quel séjour, où me c(mduisez-vous ? ■ Tous se taisaient, les monstres! Quel supplice! Et je pleurais , priais Dieu lour à tour.
GF.OFFROI RUDEL.
Nous arrivons eufin , au point du jour ,
Dans ce bois sombre où Dieu , jusie et propice,
Vous a ronduil. On s'arrf le à l'iustant ;
L'un des brigands deconv le son visage.
Ciei , quel aspect ? Je pâlis , quel moment !
Mon corps tremblait comme un léger feuillage
Que l'air agite , alors qu'avec horreur
Je reconnus l'assassin de mon père ,
Le comte Albon, l'œil ardent de colère;
11 m'injurie, insulte à ma douleur,
M'appelle ingrate et perfide adultère;
Il ose , armé d'un poignard assassin ,
Me proposer ou la mort , ou sa main.
• Frappe, lui dis-je, horreur de ma famille,
Boui-reau du père , égorge aussi la fille ;
A ton hymen je préfère la mort. ■
Dieu tout-pui.ssant eut pitié de mon sort ,
Pour me sauver arma v olre courage ;
Et mon bonheur, ma vie est votre ouvrage.
Mais repartons. • Isabelle en pleurant
Fait ses adieux àcetle bonne mère,
Deux ou trois fois l'embrasse tendrement;
Puis s'éloignant d'une course légère.
Monte à cheval avec le troubadour ,
Et va trottant tout le reste du jour;
Et quand Pliébus, terminant sa carrière,
Au sein des eaux éteignait sa lumière,
rios voyageurs, à son dernier rayon.
Virent enfin les murs de Tarascon.
Qui nous peindra les transports de la mère,
En revoyant une fille si chère?
Chacun accourt, ami, voisin, parent.
Pour voir Rudel ; on l'entoure, on le fête,
On veut qu'il conte et conle longuement
Ce qu'il a vu, ce qu'il a fait, comment
11 a vaincu ce comte mécréant ?
Pour Mauléon, il en perdait la télé.
Rudel voulait partir au premier jour.
Et retourner, à son serment fidèle.
Au petit bois où l'allendait l'amour.
Mais il ne pit refuser Isabelle
Qui le priait, de l'air le plus touchant.
D'être témoin de son doux hyménée.
Enfin brilla celte belle journée.
A la paroi.sse on court au jour naissant;
En voile blanc, d'un habit blanc vêtue.
Et de plaisir et de pudeur émue.
Près de sa mère Isabelle marchait,
Vers Mauléon tournant souvent la tête ;
Et cet amant, en bel habit de fête.
Ivre d'espoir, pas à pas la suivait.
Alors qu'on fut arrivé dans l'église, .
Les deux amans, d'un beau feu l'âme éprise,
Près de l'autel se mettent à genoux;
Le bon curé, d'un Ion grave, mais doux,
Leur débita, .«ielon l'antique usage ,
Un beau discours , de saint Paul imité.
Sur les devoirs, le but du mariage.
Puis les bénit avec palernilé.
Rudel crut voir , quand celte jeune amante
Et Mauléou prononcèrent leurs vœux ,
D'anges ailés une troupe brillante
Orner leur front d'un cercle lumineux.
Hymen, hymen , aimable enfant des cieux ,
Tu réjouis , lu consoles la terre !
Lorsque la nuit couvrit notre hémisphère.
Trente Harnl eaux remplacèrent le jour.
Le souper vint : comme un convive aimable,
Rudel chanta, d'une voix agréable.
Les feux d'hymen et les jeux de l'amour.
Voilà minuit , c'est l'heure du mystère ;
La jeune épouse et l'heureux Mauléon
Ont disparu , sans bruit , de ce salon.
Hymen les suit, son flambeau les éclaire:
• Couple charmant, bénissez votre sort.
Chantait Rudel ; les Grâces et leur mère,
Et les Amours , dans une coupe d'or ,
Vous verseront la céleste ambroisie.
Comme un torrent s'écoule notre vie;
Et le plaisir est semblable à la fleur ,
Belle au malin , et dès le soir flétrie.
Jeunes époux , hâtez votre bonheur ! »
Ou l'éeoulait, on respirait à peine,
Le zéphyr même arrêtait son haleine.
Ainsi l'on voit, lorsqu'aux jours du printemps
Le rossignol dans un bois solilaire
Remplit les airs de ses sons éclatans ,
Le laboureur, le berger, la bergère
Pour l'écouler suspendre leurs travaux.
Rudel chantait , dans ces couplets nouveaux ,
Le doux lien , le bonheur qu'il esiière;
Charmant espoir , rêve consolateur ,
Trompeur ou vrai , sois toujours dans mon cœur !
Enfin Rudel louche à ce bien suprême, il va bientôt rejoindre ce qu'il aime;
Mais il reçoit un ordre de Raimon,
Alors seigneur et comte de Provence ,
Un ordre exprès d'aller en diligence A Perpignan joindre le bataillon
Qu'il envoyait à Jacques d Arragon ;
Ce roi guerrier veut attaquer le Maure,
Peuple de fous qui Mahomet adore.
Et fait l'amour un poignard à la main.
Rudel demeure un moment incertain;
L'Amour voulait disputer la victoire ;
Mais il succombe et le cède i la gloire.
Gloire, fumée, espoir d'un nom fameux.
Que vous coûtez de travaux et d'alarmes !
Que de mortels ont répandu des larmes
Sur des lauriers périssables comme eux!
Mais cet amant, toujours épris d'Isaure,
Prêt à parlir, veut la revoir encore,
La prévenir des ordres de Raimon.
Le jour fixé pour ce départ si prompt.
Il prend congé de l'aimable Isabelle ;
Pour ce cœur tendre , hélas ! quelle nouvelle !
Rudel qui voit les larmes dans ses yeux.
Le cœur ému , prêt à pleurer comme elle,
Tombe à ses pieds, lui jure par les cieux,
Une amitié toujours vive et fidèle ;
Après ces mots il s'éloigne soudain ,
Monte à cheval , vole au château d'Isaure,
Et la vilesse abrège le chemin.
11 arriva chez cette aimable Flore
Quand le soleil touchait à son déclin.
11 se rendit dans le bois solitaire.
Où constamment Isaure chaque jour .1
Lorsque la nuit descendait sur la terre ,
GHAINT DEUXIEME.
Allait craintive, attendre son retour.
Combien de fois , en quittant ce bocage,
Dans .son dépit elle a maudit l'amour.
Et son amant , qu'elle croyait volage !
Et dans sa chambre alors elle pleurait.
Mais quelle fut sa louclianle allégresse.
Alors qu'un soir, rentrant dans le bosquet ,
Elle trouva Kudel qui l'atlendail !
Mais lui cachant sa joie et sa tendresse,
Elle affecta certain air de froideur ,
Pour le punir d'un retard peu llatleur;
Un peu d'orgueil sied à ce sexe aimable;
Chez lui , dit-on , il se mêle à l'amour.
Rudel vit bien qu'on le croyait coupable;
Pour s'excuser, il conta sans détour
l/enlèvenient de la jeune Isabelle,
Et son combat avec le comte Albon ,
Son ravisseur , l'hymen de cette belle
Avec l'aimable et tendre Mauléon.
A ce récit le visage d'isaure
S'éclaircissait ; on y voyait éclore
La douce joie et l'aimable souris ,
Le vermillon qui s'unit aux beaux lis.
Rudel alors crut le moment propice
Pour lui parler d'un cruel sacrilice.
De son départ, de l'ordre de Raimon
D'aller servir sous le roi d'.^rj agon.
A ce discours la trop sensible Isaure
Gémit, se tait, .son teint se décolore;
Rudel a vu son trouble et sa douleur ;
«Oui, c'est pour vous que je cours à la gloire.
Dit-il , je cours m'illustrer dans l'histoire.
Et mériter , à force de valeur ,
Pour notre hymen l'aveu de votre père. »
Isaure était la fille d'un guerrier;
L'honneur, la gloire et son brillant laurier
Avaient toujours fialté son Sme fière.
Elle approuva , mais non pas sans gémir,
De son auiant l'espérance guerrièi'e ;
Son noble cœur n'osa le retenir ;
• Partez , Rudel , mais revenez fidèle ,
Couvert de gloire et méritez mon coeur. •
Lors cet amant, par l'amour et l'honneur,
Jure à ses pieds une flamme éternelle.
Us se quittaient, non sans vive douleur,
Lorsque Rudel sollicite d'isaure
Un doux baiser, pure t^t tendre faveur,
Gage divin de son fulur bonheur.
A ce discours un beau feu la colore ;
Elle se tait : que faire ? elle l'ignore ;
Le cœur dit oui, mais la pudeur dit non.
Alors Jenni lui dit avec raison ,
Qu'elle pouvait, au nom de l'hyniénée
Qui doit bientôt unir leur destinée.
Laisser cueillir ce baiser innocent,
Isaure cède , et son amant l'embrasse.
Heureux Rudel , de votre cœur constant.
Ah ! que jamais ce baiser ne s'efface !
Cette beauté, qu'un coloris charmant
Fruit du désir, rendait encor plus belle ,
Fit à Rudel présent d'un chapelet,
En lui disant que s'il le récitait.
Son noble cit'ur serait toujours fidèle
A son amour, à son prince, à son Dieu.
Ce couple aimable, hélas! enfin se quitte.
En prononçant adieu, cent fois adieu;
Et cet amant va reprendre bien vile
Son beau cheval laissé dans un vallon ,
Le monte, part, et court en diligence
En Catalogue, où .lacques d'Arragon
Marchait vainqueur vers les murs de Valence,
Ayant sous lui plus de cent balaillons.
Jacque accueillit d'une manière affable
Notre héros; il l'admit à sa table,
A ses plaisirs, à ses dévotions (3).
Rudel, charmé d'un accueil aussi tendre,
Dans un festin célébra ce grand roi ,
Son lier courage, et son zèle, et sa foi :
II le nommait Salomon , Alexandre.
Il exagère, on du moins je le croi ;
Mais tout poète, ami des doux mensonges,
Pour vérité peut nous donner ses songes.
J'ai vu souvent comparer à (iypris
Églé la noire et la courte Phylis.
Déj.'* l'armée était devant Valence;
Et Mars déjà signalait sa fureur.
Alors qu'un Maure, à l'œil plein d'insolence,
Vint d'un chrétien défier la valeur.
Cent chevaliers, épris de même ardeur.
Pour le combat soudain se présentèrent;
Mais le roi Jaique accorda cet honneur
Au preux Rudel; .ses barons l'approuvèrent.
Rudel ravi , le cimeterre en main ,
Marche au combat , ou plutôt à la gloire.
Son ennemi, l'air farouche et hautain.
L'attend , bien si'ir dune prompte victoire.
Les musulmans, pour voir ce grand défi,
Sur les remparts s'entassent à l'envi ;
Jacque à son tour, sous la ville alarmée,
A déployé sa redoutable armée.
Dans les deux camps le silence régnait.
Le Maure alois, superbe de vaillance,
L'd'il tout en feu , rapidement s'avance •
Devers Rudel, qui, calme, l'attendait.
L'un à son aide invoque Mahomet;
L'aulre, saint .lacque; et le combat commence.
Le musulman attaque le premier;
Son rival pare et frappe avec furie.
Nul ne recule, et le fatal acier
Allant, venant, de sang se rassasie.
Le musulman , de vengeance alléré.
Sur son rival as.sène un coup terrible,
En lui criant : « Idolâtre abhorré (4),
Cours aux enfers, va dans ce gouffre horrible
Oii l'incrédule aura son châtiment.
H parle encor, son pesant cimeterre
Frappe Rudel, et se teint de son sang;
Mais trop hâté, guidé par la colère.
Le coup le bles.se au bras légèrement.
Et ce héros, toujours calme, intrépide.
De la vengeance allcnd l'heureux moment.
Il le saisit , et, d'une main rapide,
De son rival perce le cœur sanglant.
L'infortuné vent se défendre encore.
Frappe , combat ; mais ses efforts sont vains :
Le fer sans force échappe de ses mains.
Il gémit, tombe, et Mahomet implore
Se croit martyr, pense qu'au paradis
GEOFFROI RUDEL
Il va $e joindre aux célestes houris.
Mais son vainqueur, qui voii d'un œil sensible Ce musulman, nasiière si leirible, Couvert de sang el , trahi par le sort, Environné des ombres de la mort, Voudrait du moins, à son heure suprême, Sapypr son âme el l'envoyer aux cieux.
• Brave guerrier, dit-il , Dieu qui nous aime Veut Ion salut: ouvre aujourd'hui les yeux. Fais-loi chrétien , reçois l'eau du baptême. » 11 lui répond : « Horreur de tous les miens , Puisse le ciel , que ton aspect outrage , T'exterminer ainsi que tous les tiens ! » 11 prend alors, en redoublant de rage.
Un lourd caillou , qu'il lance fortement Contre Kudel, qui rit de sa furie.
Le malheureux mourut en blasphémant; Cent fois heureux si jamais de la vie Il n'eût reçu le funeste présent!
A deux genoux , Budel , sur la poussière, Adresse à Dieu sa louchante prière, Puis aussitôt , retourne dans le camp.
Avec des cris , des transports d'allégresse Il fut reçu. Jacques , ce roi \ aillant , Deux fois l'embrasse , et sur sou cœur le presse; En sa faveur ordonne un grand festin , L'y fait asseoir entre un dominicain, Son aumônier et sa chère maîtresse (5), La belle Inès , tendre fleur du matin , Chère à l'amour, aimant sa douce chaîne, Morte depuis très vieille Madeleine, Sur le cilice , une croix à la main.
Dans le repas celte beauté chérie Verse à Rudel la douce malvoisie, Le malaga vieilli dans un caveau :
Et lebon moine, aimaljle en sa saillie. Dit qu'il voudrait qu'un miracle nouveau (8), Comme i Cana , changeât l'eau d'ibérie En ce nectar qui rit dans le cerveau.
Le lendemain , lorsqu'à peine l'aurore Avait blanchi les rives du Bosphore, Jacqueen sa tente appela son conseil.
Ses vieux barons, tous chrétiens d'origine, Tous enflammés pour la cause divine.
On décida qu'au lever du soleil , Le jour suivant, le roi, dans sa prudence. Commanderait, pour alla luer Valence, Cent bataillons de ses meilleurs soldats. Mai.s l'archevêque, un des plus grands prélats. Lui dit : « Grand roi . de là haut vient la gloire : C'est Dieu, Dieu seul , qui dunne la victoire. C'est lui qui fait tomber dans son courroux; Au son des cors , les remparts d'une ville, Et fait pleuvoir un torrent de cailloux Sur une armée à son culte indocile (7). Consacrez donc le reste de ce jour.
Cette nuit même, au jeune, à la prière; Et loin de vous, écartez sans détour.
Tout vain objet de plaisir et d'amour.
Qui d'un Dieu juste allume la colère. » Jacques était facile dans ses mœurs; Comme David il avait ses faiblesses.
Et comme lui , dans le sein des erreurs , Même aux geuoux de ses belles maîtresses,
Il eut toujours pour la religion
Un saint respect ; et de sa passion
Pour cette nuit étouffant le murmure ,
Il obéit : ô nuit ! triste et parjure !
La belle Inès reçut l'ordre fatal
De souper seule et de rester chez elle.
Le lendemain , quand l'aurore nouvelle
Parut aux cieux sur son char triomphal ,
Dans tout le camp la trompette sonore
Et les tambours appellent aux hasards ,
A leurs drapeaux ces fiers enfans de Mars.
On part, on marche, à peine jour encore;
L'air retentit de ce cri des combats :
Vive saint Jacque , et périsse le Maure !
Toute l'armée , avançant à grands pas.
Bientôt arrive aux portes de la ville.
Le roi commande alors mille guerriers
Pour pratiquer, par l'effort des béliers,
A ces remparts une brèche facile.
Du haut des murs, dix mille musulmans
Avec fureur font pleuvoir sur leur tète
Rochers, cailloux et mille traits brûlans :
Mais c'est en vain, la brèche est déjà faite;
Et l'Espagnol joyeux crie aussitôt :
• Enfans, courage! à l'assaut! à l'assaut!»
Et du valon , au loin l'écho répète :
. L'assaut ! l'assaut ! • Oyant cette clameur,
Le prince Jacque, en général habile,
Sait profiter de ce moment d'ardeur.
Permet l'assaut , promet à leur valeur
Et la victoire, et le sac de la ville.
Dix bataillons, gens d'élite et de cœur.
Sont commandés; Rudel est à leur tête.
La troupe part, et, marchant au trépas,
Swnble courir, voler à quelque fête.
Être éternel , quoi ! tu ne tonnes pas !
Et lu permets que l'homme égorge l'homme ?
Ah ! si j'étais grand pontife de Rome ,
Je lancerais tous mes foudres sacrés
Sur ces combats sottement célébrés.
Tous à la fois, ces enfans d'ibérie.
Le sabre en main , terribles , l'œil ardent ,
Veulent monter sur la brèche élargie.
Les assiégés sur ce poste sanglant ,
Ensemble unis pour .sauver leur patrie.
Font de leurs corps un rempart menaçant.
Mais des chrétiens rien n'arrête l'audace,
L'un tombe et meurt, un autre le remplace.
Et sans pitié foule aux pieds le mourant.
La mort triomphe et sourit au carnage.
Le roi Zéan , au déclin de son âge.
De SIS guerriers enflammait le courage,
A leur valeur montrait du paradis
Les beaux jardins , les superbes houris.
Mais quel fracas et quels cris dans les rues ?
Vieillards, enfans, les femmes éiierducs,
Imans, dervis, tout le peuple courait
A la mosquée implorer Mahomet.
Dans le printemps, ainsi, quand la tempête
Trouble les cieux, mugit sur notre tête,
De toute part nous voyons les oiseaux ,
Pleins de frayeur, quitter leurs doux ombrages;
Et dans leurs champs les timides troupeaux
Abandonner leurs riches pâturages ;
CHANT DEUXIÈME
Jusqu'au berijer, lout s'épouvante et fuit. Maure , chrélîeii , frappe , recule , avance ; De cris de mort l'air agité Fiéinit.
Le preux Rudei sur la brèche s'élance , Combat , étonne et glace de terreur, Parvient bientôt sur les murs de Valence : Mais il est seul; ô trop funeste ardeur! Tel Alexandre, avec même imprudence Se trouva seul sur les murs de Sidon.
Mais lout à coup, des bords de l'horizon , Amoncelant nuage sur nuage , Les vents ailés ont appelé lorage :
Avec fracas le ckl se déchirant , S'ouvre; les eaux descendent en torrent, L'éclair se croise, et le bruit du tonnerre, En l'ébranlant, épouvante la terre.
A cet aspect le roi Jacque aussitôt Vit qu'il fallait abandonner ras.saut.
L'ordre est donné; le clairon , la trompette, Portent au loin leur son retentissant , Et cent tambours commandent la retraite. Mais que Rudel m'occupe en ce moment !
Trop de valeur conduit à l'imprudence.
Rudel est seul sur les murs de Valence, Environné d'ennemis irrités, Sans nul espoir, accablé par l'orage ; Mais soulenu par son mâle courage.
Il marche, il voit des ormeaux écartés, Il court vers eux pour chercher un asile. Mais aus-Àtôl vingt soldais de la ville. Vingt scélérats, digues de tels exploits, Qui l'ont suivi, l'attaquent à la fois. Tels des chasseurs que lé plaisir rassemble , Pour l'égorger, attaquent tous ensemble Un cerf , l'amour et la gloire des bois. A ces Iwigands, aussi brave qu'Alcide, Rudel résiste , et d'un bras intrépide, En blesse deux qui tombent en hurlant.
Mais sa valeur, hélas ! est inutile.
Et qu'aurait faU , dans ce combat sanglant , Le fils des dieux , le redoutable Achille ? Le fer l'att«int et lui perce le tlanc. Prés de mourir, il veut combattre encore ; L'infortuné se débat vainement :
Il tombe , hélas ( sur l'heibe qu'il colore. Pour sa dépouille, aussitôt à l'envi, Ses assassins se jetèrent sur lui ; Et se hâtant, avec des cris je joie.
Dans leur repaire ils emportent leur proie. Rudel, laissé sur la terre expirant, Songe en chrétien au salut de son âme , Fait sa prière ; il gémit , .se repent De ses péchés ; puis il songe à sa dame, La belle Isaure , et prend son chapelet , Qui par bonheur sm- son bras lui restait ; Baise la croix et des ^i>e récite.
Mais son sang coule et sa chaleur le quitte. Le beau Budel se meurt, s'évanouit.
La pâle mon le voyant s'applaudit , Et de son crêpe aussitôt l'environne.
Mais l'air s'épuie , et le fils de Latone, Las de sa course , abandonne les cieuï. L'étoile brille , et les vents orageux
Sont retirés dans leur grotte profonde.
Phébé parait , et son char lumineujt Vient éclairer et consoler le inonde.
Dans ce moment un sage et bon vieillard, Par cas fortuit , passant sur le rempart, Voit un cadavre étendu sur l'arène. Il veut s'enfuir , la pitié le ramène : Tendre pitié, de nos cœurs don? aimant. Heureux instinct .jamais lu ne sommeilles ! Alors un faible et long gémissement De ce vieillard vint frapper les oreilles. Cet homme ému , Rodric était son nom.
Du corps s'approche, et voyant qu'il respire: ■ Être éternel , dit-il , Dieu juste et bon , Seconde-moi , la charité m'inspire. »
[ Après ces mots, penché sur le mourant, Il examine, observe sa blessure.
Et sans délai, pour élancher le sang, Sur cette plaie applique sa ceinture; Puis sur son dos le mit et l'emporta.
Tel autrefois , dans les champs de Phrygie, Le sage Énée , en fuyant sa patrie , Porta son père au sommet de l'Ida.
Pieux Rodric , ton zèle charitable Sauve un chrétien, un homme , ton .semblalile. Ainsi chargé, tout couvert de sueur, Rodric arrive au sein de sa famille.
Très peu nombreuse; une épouse, une fille, La compo.saienl et faisaient son bonheur. Toules les deux, le jour, la nuit encore, Donnaient leurs soins à cet infortuné.
En le pansant, Rodric, tout étonné.
Trouve à son bras le chapelet d Isaure : « C'est un chrétien , dit-il , un ennemi ; Non , c'est un homme , un frèje , notre ami , Quoique chrétien, il connaît , il adore Le Roi des cieux , le mè^ne Dieu que nous; Ce Dieu qui veut que nous nous aimions tous.» Alors qu'après une longue agonie, Rudel reprit ses sens avec la vie , Et que son œil encore languissant Vit près de lui deux femmes , uu bon père , 11 s'écria , saisi d'élonnement :
• Hélas ! où .suis-je , et quel soleil m'éclaire? — Brave chrétien , écartez tout souci.
Répond Rodric; vous éles aujourd'hui Dans la maison d'un Maure de Valence.
— Chez l'ennemi du culte des chrétiens, Un musulman I— Oui , les mêmes liens , La charité, l'amitié, l'indulgence Doivent entr'eux unir tous les humains. —Homme admirable, ah! quels pensers divins! Parlez , quel dieu , quel être vous éclaire ? — ,1e suis néGolh, mes aieux sont ariens, Ou bien plutôt comme vous sont chrétiens. Notre croyanc e en un seul (loint diffère (8) ; Mais sans chercher à percer ce mystère Obscur iiour nous, sachez que mes aïeux Avaient suivi Pelage aux Asturies; Lorsque conduit chez nous par les furiet , Le peuple maure, avide, audacieux.
Venu des bords de la Mauritanie , Chassa les Goths de leur belle patrie.
Un archevêque , un prêtre factieux
GEOFFROl RUDEL.
Les attira, favorisa leurs arines f9).
Que de malheurs , tiélas ! conil)ien de larmes
A fait couler ce prélat odieux !
Depuis ce jour, le déinou de la guerre
De notre sanj5 roUi^it, couvrit la terre.
Mais , permettez ; je vous quitte un moment ;
A la mosquée un Museim nous appelle ;
C'est vendredi ; tout Maure , tout fidèle
Est obligé , par la loi du Coran ,
De s'y trouver, et même le sultan (I0\ •
Rudel , resté dans la maison d'un Maure,
Blessé, souffrant, et s'étonne et {;émit ;
S'adresse au ciel , et saintement l'implore ;
Dit son Pater, puis songe i"! son Isaure,
Au doux baiser qu'en parlant il cueillit;
Ce souvenir d'un beau feu le colore.
Rodric revint, et dans de pures eaux
S'étantlavé, selon leur saint usage.
Les bras , le cou , les mains et le visage ,
Il termina son histoire en ces mots :
• J'étais à peine entré dans ma jeunesse.
Que je suivis mon père aux champs de Mars;
Je vis la gloire , et sous ses étendards
Je combattis rempli de son ivresse.
J'ai vu , mon fils, sous nos chefs belliqueux,
De grands exploits, des combats glorieux.
J'avais acquis un peu de renommée;
Alors qu'un jour , ce jour-là , notre armée
Campait non loin des rives du Duero ;
IVotre ennemi , dans une nuit très sombre.
Qui menaçait d'un déluge nouveau ,
Passa le fleuve , et protégé par l'ombre ,
Surprit les Goths plongés dans le sommeil.
Jugez du trouble et de l'affreux réveil
De nos soldats ? Un rapide incendie
Qui dans les champs éclate avec furie ,
Et remplit l'air de flanune et de clameurs.
De moins d'ef roi frappe les lab;)ureurs.
Dans cette nuit d'horreur . de barbarie.
Blessé, mourant , je fus fait prisonnier.
Fatale nuit 1 je ne puis t'oublicr.
Adieu, patrie, et vous, humble foyer.
Toit paternel où coula mon jeune âge;
Et vous, honneurs, gloire, prix du courage;
Je perdis tout , tous les biens les plus chers ;
J'étais né libre, et je portai des fers!
Dieu cependant, ce Dieu qui m'a fait naitre.
Jeta sur moi des regards de bonté.
Et je trouvai dans le cœur de mon maitre,
L'émir Achniet, justice, humanité.
Il habitait la ville de Valence ,
Et me voyant un peu d'expérience
Dans l'art d'orner . de cultiver un champ ,
De son jardin il me fit l'inlcndant.
Ce beau domaine était près de la ville,
Sous un climat où la terre fertile
Porte en tout temps et des frLiits et des fleurs ,
Où nul hiver n'exerce ses rigueurs ,
Où du printemps l'étoile fortunée
Sur l'horizon brille toute l'année.
Mais ce beau ciel calmait peu mes ennuis;
Je gémissais sous le poids de ma chaîne ;
Alors qu'un jour, c'était le mois des lis.
Un V ietix eunuque à la face d'ébène
Vint m'annoncer que la fille d'Achmet
Voulait me voir dans le petit bosquet.
Pendant la nuit , quand le chariot de l'Ourse
Aurait fourni la moitié de sa course.
Tout étonné d'une telle faveur.
Et du danger où ce bonheur m'expose,
Je reste un temps interdit et rêveur.
L'eunuque alors , pour décider mon cœur,
Me dit qu'Emma , plus belle que la rose ,
Plus fraîche encor qu'un beau jour du printemps;
Brûlait d'amour pour moi depuis long temps;
Que tous les jours devant sa jalousie,
A sa fenêtre, elle me suit des yeux.
A ce discours, fiai lé, l'inie ravie.
Je répondis que j'étais tiop heureux.
Et qu'à la nuit, .sous son ombre paisible.
Je me rendrais dans ce bois écarté.
A son départ , mon cœur faible et sensible
Fut tout le jour vivement agité.
Là , d'une part, un nœud plein de délice,
Les vœux , le cour d'une jeune beauté;
Mais au revers un horrible supplice.
Si l'œil jaloux de sou père irrité.
De notre amour pénétrait le mystère.
Lorsque la nuit voila notre hémisphère,
A mon bonheur courageux , résigné ,
Je me rendis au bosquet désigné.
La jeune Emma , de l'eunuque suivie
Bientôt arrive , et du ton le plus doux
Me dit ; « Rodric , cher Rodric , est-ce vous?
— Oui , moi qui veux vous consacrer ma vie. •
Elle reprit : « Vous régnez sur mon cœur;
Vous seul pouvez , telle est ma destinée ,
Fixer mes vœux par un doux hyménée.
Et m'as.surer la paix et le bonheur.
J'aurai l'aveu d'un père qui vous aime,
Sur vos venus pense connue moi-même;
Mais apprenez qu'il faut , en m'épousaut,
De votre culte abjurer la croyance.
Et devenir fidèle musulman.»
A ce discours, saisi d'élonnement.
Embarrassé , je gardai le silence.
«Eh ! quoi ! Rodric , vous ne répondez rien ?
Ma loi , mon culte, alarment votre zèle;
Mais apprenez que jamais un chrétien ,
Un idoKItre, à Dieu même rebelle,
N'aura d'Emma ni l'amour ni la main.
Demain sans faute , alors que la nuit sombre
Nous couvrira du secret de son ombre,
Je reviendrai dans ce même jardin ,
Savoir de vous ce qu'il faut que j'espère. •
Je lui promis, par le maitre des cieux ,
A son retour l'aveu le plus sincère;
Puis humblement je lui fis la prière
De relever les voiles rigoureux
Qui déiobaient ses attraits à mes yeux.
• Non, non, Rodric ne me verra, dit-elle,
Qu'après avoir, d'une bouche fidèle ,
Fait le .serinent de répondre à mes vœux. »
Après ces mois , plus vive et plus légère
Qu'un jeune faon qui court après sa mère,
Elle s'enfuit , me laissant .soucieux ,
Très incertain ; mais au fond de mon âme,
D'ainour déjà naissait l,i douce flamme.
CHANT TROISIÈME
Je voudrais bien qu'un inian , un docteur
Prtl m'expliqiicr , en liabilc inlerprèle,
Quel est l'aiiuaut , et la force secrète
Qui vers un cœur attire un autre cœur.
Je vis Emuia , comme sous un niia!;c ;
Un voile noir me cachait son visage ;
Je ne pouvais admirer ses attraits,
Et cependant déjà je l'adorais.
Mais sa démarche et son joli corsage ,
Ses yeux charmans, sa voix et son langage,
Tout annonçait un objet enchanteur;
Et cet objet, à la fleur de son âfie
Brisait mes fers, et m'offrait le bonheur.
Mais, abjuj-er le culte de mes pères ,
De l'islamisme adopter les chimères,
C'était peut-être, aux yeux de toutcenseur,
Trahir ensemble et le ciel et l'honneur.
L'oiseau qui voit , du haut de l'atmosphère,
Des grains de blé répandus sur la terre ,
Descend, regarde, et vivement séduit,
Vole alentour, s'approche, se retire.
Revient encor, tremblant au moindre bruit;
Il veut, désire , et craint ce qu'il désire.
Tel je restai pendant toute la nuit,
Plus agité que le frêle navire.
Que sur les flots le vent frappe et poursuit.
Mais quand l'aurore éveillant la nature,
De ses rayous couronna les coteaux ,
Et que je vis cette belle verdure.
Que j'entendis le doux chaut des oiseaux,
Je tressaillis , je sentis dans moi-même
Tout le bonheur de \ ivre en ce moment,
Ce calme heureux qui fait si vivement
Aimer la vie et son auteur suprême.
Moins inquiet et séduit par l'amour.
Je travaillai tout le reste du jour;
Et quand la nuit annonça son retour.
Je me rendis à ce bosquet paisible.
Où m'attendait cette beauté sensible.
Elle y parut comme un asire riant.
Comme l'aurore au bord de l'orient.
tJe viens chercher, dit-elle, une réponse;
Je viens .savoir si Rodric aujourd'hui
Pour mon hymen à son culte renonce,
Et si je peux me reposer sur lui. •
A ce discours, interdit, sans pensée,
Je me taisais. De mon trouble offensée ,
Elle ajouta : ■ Sachez que de mes feux
Mon père Achmet connaît tout le mystère;
Qu'il les approuve et souscrit à mes vœux ;
Sachez au.ssi qu'un châtiment sévère
Vous punira d'avoir osé me voir ;
Songez surtout, Rodric, que je vous aime.
Et qu'un refus nie met au désespoir. »
Enfin, vaincu, touché, hors de moi-même,
Je m'écriai : «Pardonne, Dieu suprême.
Toi qui créas les Golhs, les musulmans.
Tu les chéris , ils sont tous tes eufans.
Être puissant! oui, mon cccur me l'assure (11),
Le plus beau culte à tes regards divins ,
C'est la vertu , le pardon de l'injure,
La bienfaisance et l'amour des humains. •
A ces pen.sers, rempli de confiance,
«Ma chère Emma, lui dis-jc J ses genoux ,
Je te promets d'embrasser la croyance.
De vivre enfin, de mourir ton époux.»
Alors Emma, d'une main ingénue,
Ota son voile et s'offrit à ma vue.
Ah ! je crus voir une divinité !
Vous la voyez , jugez-en par vous-même ;
L'âge a terni la fleur de sa beauté ;
Na chère Emma, toujours plus enchanté,
Plus je te vois, et plus encor je t'aime.
Depuis, la paix, le travail et l'amour
A mon bonheur conspirent chaque jour.
Dieu , la vertu , voilà mes seuls oracles ;
.le ris tout bas du divin Maliomet,
Des visions qu'il eut, de ses miracles,
De son voyage au ciel quand il dormait,
Et du (loran qu'un ange lui dictait.
Maure ou chrétien, l'honnête homme est mon frère;
S'il est méchant, je le plains en secret.
Et je le luis sans haine et sans colère. ■
Laissons enfin Rodric et ses amours.
Déjà la nuit a commencé son cours , Et de ma main je sens tomber ma lyre; Cn doux sommeil appesautit mes yeux.
Divin Morphée, accours, viens me sourire. Sors de ta grotte et de ton lit oiseux , Environné de la troupe des songes.
Viens me tromper par de rians mensonges; Tous les humains implorent les faveurs; C'est dans tes bras que l'infortune oublie Les noirs soucis, les peines de la vie, Et tes pavots viennent sécher nos pleurs.
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CHANT TROISIÈME
Le sommeil fuit, un rayon de l'aurore
Blanchit déjà le sommet des coteaux;
Les .sons bruyans de la cloche sonore ,
Le chaut du coq appellent aux travaux;
Le laboureur attelé sa charrue ,
J'entends bêler les timides agnaux;
L'âne au marché va porter sur son dos
Du bon fermier le beurre et la laitue.
Dans une alcôve inconnue au soleil,
Blartou apporte , en un vase vermeil ,
Le lait qui doit à sa maitre.sse Hortense
De son beau teint conserver la fraîcheur;
Elle ouvre alors des yeux pleins de langueur.
Reçoit le va.se et le boit en silence ,
Referme l'iiil et retombe et s'endort ;
Le forgeron frappe déjà si fort
De son maiteau , que tout le voisinage
Qu'il assourdit, maudit l'homme et l'ouvrage.
Je vois plus loin , dans son petit manoir,
Ln fils du Pinde, un élève d'Horace,
Le chef couvert d'un méchant bonnet noir;
Il pense, il rêve, il écrit, il efface.
Frappe sa tête , au ciel lève les yeux ;
Mais son air change et devient radieux ;
Il a trouvé la rime fugilive.
Quoi ! tout travaille, et ma muse est oisive?
Vite , debout ! allons , Pégase , à moi.
GEOFFROI RUDEL
Dans l'aulre cliant , j'ai laissé , je le croi , Dans la maison du charilalile Maure Gcoffroi Rudel convalescent encore ; II est si bien ! Laissons là ce héros Se rétablir, et jouir du repos; Et revenons au sié^e de Valence.
Je reprends donc la trompette de Mars.
Les Espafjnols , repoussés des remparts Par la tempête et non par la vaillance Des ennemis , sont rentrés dans le camp, Moins effrayés qu'altérés de vengeance.
Jacque ordonna qu'on refit sur-le-champ Les instrumeiis , les machines de guerre, Qu'avait détruits ou consumés le feu.
Ce roi guerrier (les héros dorment peu) Passait le jour, souvent la nuit entière, A combiner par quel moyen puissant Lacroix pourrait triompher du croissant.
Mais dans l'armée arrive un vieux ermite Qui veut parler au roi de l'Arragon; Longue est sa barbe et sa taille petite; Le drap épais de son vieux capiKhon, Sans la cacher , ombrage sa figure ; Avec sa croix , pendait à sa ceinture Un grand rosaire; et comme Balaam, Allant jadis voir un roi mécréant, Uu bel ànon lui servait de monture.
Dès qu'on le vit , on le prit pour un saint. Vers le monarque on le mena soudain ; . Grand roi , dit-il , c'est le ciel qui m'envoie i Saint Jacque , hier , votre auguste patron , M'est apparu dans une vision ; Son front brillait dune céleste joie:
Allez, dit-il, vers le roi d'Arragon; Il plantera sur les murs de Valence Le signe heureux de la Rédemption; Je l'aiderai de toute ma puissance Dans ce projet ; mais avant tout , il faut Que son armée observe un jeûne austère. Pendant uu jour, et dise le rosaire.
Il faut de plus , la veille de l'assaut, Faire à grand choeur célébrer une me.ssej Où le monarque et l'armée à genoux.
Imploreront la divine sagesse :
Sire, voilà ce qui m'amène à vous.
—A mon patron, répond le roi fidèle.
J'obéirai , soyez silr de mon zèle. • L'ermite alors s'incline devant lui ; Dans son capuce il enfonce sa tête, Et gravemelit remonte sur sa béte.
Tous les soldats l'entourent à l'envi ; Heureux qui peut, doué d'une foi pure.
De ce grand saint baiser le froc béni, Les pieds; les mains, et même la monture. Le bon roi Jacque, après qu'il fut sorti , Fit aussitôt publier dans l'arliiée, Devers le soir, à l'heure accoutumée, Que dans le camp , demain , jour de congé , On chanterait une messe en musique; Que l'archevêque, en habit magnifique.
Officierait avec tout son clergé.
Le lendemain, quand l'aube blanchissante, De ses rayons couvrit les monts altiers, Clairon, tambour et trompette bruyante
A la grand'messe appellent les guerriers :
Sur le penchant d'une verte colline ,
Qui sur la ville et sur le camp domine,
On éleva pour ce jour solennel.
Pendant la nuit, un magnifique auf<l.
La piété , toujours ardente et pure,
L'orna de (leurs, de rubans, de verdure;
Trente flambeaux arrangés alentour,
Mêlaient leurs feux à la clarté du jour.
Le saint prélat, en tête ayant sa mitre,
Lors y monta suivi de son chapiire;
On officie, on chante, et les échos.
Portent au loin les sublimes cantiques.
Jacque , à genoux , sous des arbres antique*.
Environné de tous ses généraux.
Suivait les chants; les soldats eu silence,
Autour de lui fonuaient un cercle immense;
Tous à genoux , leur rosaire à la main ,
Par de grands coups se meurtrissaient le sein;
Les musulmans, sur les murs de leur ville.
Femmes, vieillards , l'iman triste , immobile^
Jetaient sur eux des regards égarés,
Et se moquaient, dans leur stupide ivresse <
De notre culte et de nos rits sacrés.
Quand l'archevêque eut achevé la messe,
11 prit en main , avec humilité.
Le soleil d'or par Dieu même habita;
Puis se tournant en face et de côté.
Trois fois l'élève, et trois fois il l'abaisse.
Il bénit Jacque et ses braves soldats.
Mais tout à coup on crie ;>Enfans, aux armes!»
Clairons, tambours appellent les alarmes.
C'est l'ennemi qui venait à grands pas,
Enveloppé d'un globe de poussière;
II crut surprendre et défaire aisément
Les Espagnols, un monarque imprudent^
Tout occupé de chants et de prière.
Mais les chrétiens, vieux enfans du dieu Mars>
Eurent bientôt rejoint leurs étendards.
Pleins de fierté, respiiant la vengeance;
Chaque parti l'un vers l'autre s'avance;
Les musulmans criant ; • Allah ! Allah ! >
Et l'Espagnol criant ; • Vive Marie!
Vive saint Jacque ! » Et l'écho répéta
Trois fois ce nom si cher à l'Ibérie,
Et tout-puis,sant dans le feu des combats.
Quand les deux rois se virent en présence.
Chacun voulant haranguer ses stHdats,
Fit arrêter , ordonna le silence.
Le vieux sultan , monté sur un coursier
Qui frémissait bouillant d'impatiencCi
Dit à sa troupe ; • Enfans, peuple guerrier,
Bravez le fer , la mort avec courage :
Le musulman qui meurt pour son pays
S'envole au ciel , où sous un doux ombrage
11 jouira des plus belles houris. »
Jacque à son tour leur disait ;« Mes amis j
INobles enfans de la riche Hespétie,
Voici le jour d'abatire le croissant.
Et de planter sur une ville impie;
De notre foi le signe tout-puissant.
Pendant la nuil , du séjour de la gloire *
Mon saint patron m'a promis la victoire;
Oui , uous vaincrons, oui, je le jure ieij
CHANT TROISIÈME
Et par saint Jacque et ce fer que voici. »
A ce discours, des clameurs d'allégresse
Frappeut les airs; officier et soldat,
Chacun s'écrie en une sainte ivresse :
■ Vive saint Jacque! et volons au combat. »
Maures , chrétiens se mêlent avec rage ;
Cent mille traits obscurcissent le jour.
Un corps recule , avance tour à tour ;
Le sang ruisselle; horrible est le carnage;
Les cris confus des mourans, des blessés,
Et le fracas des tubes de la guerre
Et des tambours , épouvanlaient la teri'e.
Sur les mourans les morts sont entassés.
Sur les deux camps la victoire incertaine,
Sans se fixer, planait légèrement.
Quand tout à coup de la céleste plaine,
Sur un cheval de blancheur éclatant.
Un beau guerrier , un fantôme descend,
Vient se mêler à la troupe chrétienne;
C'était saint .lacque, aux iVIauressi fatal;
Son air est lier; et son front martial
Brille entouré de gloire et de lumière;
11 est armé d'un glaive élincelant ,
On le prendrait pour le dieu de la guerre (12).
Le prince Jacque et son armée entière
Le regardaient avec étonnement.
Tel nous voyons, alors qu'un météore.
Un globe ardent brille pendant la nuit,
Le villageois très incertain encore.
Le contempler, de surprise inlcrdit.
Mais ce grand saint, sur son coursier rapide
Allant, venant, combattant comme Alcide,
Frappe, combat toujours plus intrépide.
Le Musulman qui fuit épouvanté.
Tels, si l'on croit la noble antiquité,
Tels on a vu les deux frères d'Hélène (13);
Venus du ciel sur de bi illaris chevaux ,
Rangés tous deux près de l'aigle romaine,
Lancer la foudre et combattre en héros.
Et tout couverts de poussière et de gloire,
Parleurs exploits enchaîner la victoire.
Jacque, à l'aspect de ce secours divin ,
Comme un lion irrité par la faim ,
Qui suit sa proie, avec même furie
Suit l'ennemi qui fuyait à grands pas.
Le vieux Zéan , prodigue de sa vie,
S'efforce en vain d'arrêter ses soldats ,
Court dans lès rangs hâte ses pas débiles.
Leur parle au nom du ciel, de Mahomet,
De la patrie ; en parlant combattait.
La peur est sourde et ses pieds sont agiles.
Bientôt lui-même, hélas! est entraîné;
Lui-même fuil. Ce prince infortuné.
En fugitif se relire à Valence,
Ville où jadis, au chant de ses guerriers)
il est entré couronné de lauriers.
Son fier rival avec ardeur le presse.
Et dans la ville arrive sur .ses pas.
Mais toujours brave, actif avec sagesse,
Sous une porte il relient ses .soldats;
Rétablit l'ordre, arrête leur audace.
Le prince maure, incapable d'effroi.
Range sa troupe au milieu de la place:
Il veut, dit-il, vaincre ou mourir en roi.
Mais aux chrétiens, qu'emportait leur courage,
Jacque a donné le signal du carnage.
Signal terrible ! Une belle cité
Allait périr par le fer et la flamme.
Alors qu'un être enchanteur, une femme
Accourt vers Jacque avec rapidité,
Tombe à ses gieds, le presse , le supplie
De pardonner et d'épargner le sang
D'un peuple entier, dont le culte est impie,
Mais dont le cœur est sans doute innocent.
« Grand roi , .sauvez cette belle Valence,
Lui disait-elle ; écoutez la clémence:
Ah ! le vainqueur, grand envers les vaincus;
Relève encor l'éclat de sa victoire.
Et pardonner est la plus belle gloire. >
Sexe charmant, des anges, des élus ,
Ton cctur, les traits sont l'image fidèle!
Dieu te forma de sa main inimorlelle.
Pour te placer entre l'homme et les cieux.
Cette beauté , si douce , si louchante.
Qui suppliait pour tant de malheureux,
Était Inès, de Jacques jeune amante.
Ce roi guerrier, mais tendre et généreux ;
Lui répondit : « Délice de ma vie ,
Charme des yeux , soleil de l'Ibérie,
Ah ! qui pourrait résister à ta voix! »
La belle Inès est cet ange, je crois.
Qui d'Abraliam retint le bras sévère,
Lorsqu'il allait sacrifier son fils.
« 0 douce amie , à tes ordres soumis ,
Je vais soudain demander, pour le plaire,
Une entrevue à ce roi malheureux ,
Pour y traiter d'une paix honorable. »
Après ces mois, aussi tendre qu'aimable;
11 lui donna deux baisers sur les yeux.
Présentement , stoïques rigoureux ,