CHAPITRE Xlll
Autre fiinnie très attachée aux lois de Solou sur les devoir» des maris.
Cet entretien me lia plus étroitement avec cette femme à deux maris ; auprès du sexe inie confidence en attire une antre. Un jour je la trom ai en conversation très animée avec une femme longue, maigre , sèche , <|ui avait de longs bras, nn long cou, nn visage très allongé, et qui n'était plus qu'une llenr d'automne. J'allais me retirer; mais ede pril à l'inslanl congé d'Eucharis , en lui disant d'une voix forte et d'un air courroucé : . Recommandez- I lui de s'acqnilter de .sou devoir à l'avenir ; ou bien assurez- ; le de ma part que je le citerai devant les archontes. ■> ]
Après son dépari , je demandai à Eucharis ce qu'avait : celle femme , qui élail sortie l'U'il en feu , le visage coloré, i " F.lle est furieu.se contre son mari, et veut le traduire en ! jnsi ice , se séparer de lui , ou le forcer à plus d'égards pour elle. — C'est donc un homme dur . brutal . jaloux ? — Non, • c'est un honune aimable et 1res bien élevé. — Ah ! j'entends; il est peul-èlre comme Polyphron, privé du feu sacre de Promèihée, el elle demande un suppléant! —
VOYAGES D'AWTENOR.
Non ; sa siluatiou esl ilifféreiile ; d'ailleurs elle n'est pas hérilière, et n'aeu que la iliit ordinaire d'une Athénienne, trois robes et f|nel(|ues nieuliles de inénage. De plus , elle a trois enfans de son mari , qu'elle doit à la proleclion de Junon. — Comment eelal' — Les premières années de son mariage, élant resiée stérile, elle alla se présenter au temple de Junon pour reeevoird'un prêtre lupereal le don de la féeondilé ; et voici comme cette l'aveui- est conniiuniquée. La fenmie se dépouille de ses vélemens, se couche par terre, et le préire lui applique des coups de fouet sur le dos avec des lanières de ])eaii de bnuc. — Et ce secret est sans doute infaillible? — Les prêtres l'assurent. Mon amie, depuis celle cérémonie, a eu trois accouchemens succeœifs. Vous voyez bien qu'elle mérite noire croyance, et que son mari esi dans une position bien tlifférente de celle de Polyphron. Mais vous devez savoir qu'il existe une loi de Solon qui ordonne aux époux de porter, au moins trois fois par uiois, leur tribut aux autels de l'Hymen : or le mari de celte femme déroge à celle loi ; elle vieiil de me confier ses omissions et les mauvais prétextes dont il colore son indifférence et sa froideur. — On voit que celle femme a , comme Socrale , un prol'ond respeci pour la loi ; et quoiqu'elle ne soit ni jeune ni jolie, on ne peut nier que sa colère ne soit lé.jiliuic. Il faut avouer que voire Solon était l'ami des femmes , et que dans son code il na pas nép,li;;é leurs intéréis. — J'espère cependant arranjjer celle a'faire ; je parlerai à cet époux néylif/'ul , el je le ramènerai à son devoir. •
Je ris beaucoup avec Laslhènie de la Jirave inculpation de cette femme. « C'est , me dit-elle , le caractère des .\lhéniennes : soumises à rinlluence d'un climat sec el brûlant, nos Vier^jes soni presque condamnées à une clolnre asiatique; mais 1rs fennnes jonisseni d'une grande liberlé. Les maris alliéniens aiment lellemeni l'ordre cl la paix dans leur ménage . qu'ils irailent leurs fennnes avec beaucoup d'égards et d'indulgence : ils pardonnent une première faiblesse , et ils oublient la seconde. »