I.cco'ur éiiui, plein de vpcomiaissance
Aunelle aloi's , Ijénissaiu ledeslii),
Du hon Riidel prit et baisa la main,
Et l'arrosa de quelques douces larmes ;
Ktses beaux yeu\ en avaient plus de charmes.
Ah ! qu'il est doux d'élre utile au malheur,
A ses amis, à l'honniHe indip,eiice!
C'est un parfum dont la pudique essence
Flatte les sens et monte jusqu'au cœur.
Rudel bientôt à son aimable hôtesse
Fit ses adieux , l'embrassa tendrement
Jusqu'à trois fois , et rempli d'alléfiresse,
Partit monté sur son beau cheval blanc.
Il traversa la riche Occilanie,
Du dieu Bacchus et de Cérès chérie.
Dont l'habitant subtil, léger , joyeux,
Et d'Apollon élève ingénieux ,
En bon chrétien réelle son rosaire,
Chaque malin , chaque soir fait l'amour;
Que Dieu bénisse et le fils et le père.
Et le muscat de celte heureuse terre!
L'ardent Rudel n'y fait aucun séjour ,
Mais son cheval fut d'un avis contraire.
Et las d'errer et par monts et par vaux ,
Lui demanda quelque temps de repos.
Rudel , forcé d'écouter sa prière ,
Deux jours entiers à Ninies s'arrêta ;
Dans son séjour , il vit , il visita
Des Phocéens l'antique colonie ,
Les beaux débris du faste et du génie
De Rome libre, augustes monumens;
D'un œil avide il contempla long-temps
Celte maison qu'éleva cette ville
Au dernier chef de la guerre civile,
A cet Octave, assemblage étonnant
De cruautés, de crimes, d'injustices,
D'humanité , de talens et de vices.
Enfin Rudel, héros impai ienl ,
De son bonheur voit naiire le moment.
Il part pour .4ix , celle fille de Rome
Et de Sextus , que l'histoire renomme.
Ce fut près d'Aix qu'un Romain valeureux.
De .sa patrie et l'horreur et la gloire ,
Gagna, dit-on, celle grande victoire.
Et des Teutons fit un carnage affreux.
Sous Bérenger , sous son règne tranquille ,
La ville d'Aix était alors l'asile
Des doux plaisirs, des beaux-arts, de la paix.
Là , vint régner , quelques siècles après,
René d'Anjou , si cher à .ses sujets.
Simple en ses goiMs, homme doux et facile;
Ce prince aimait les bois, les Heurs, les prés;
Les beaux soleils de l'hiver, de l'automne,
Le consolaient du poids de sa couronne;
Poète, peintre, il cultiva les arts;
S'il échoua dans le jeu des Césars,
Et s'il perdit, comme ledit l'iiisloiie.
De grands étals, un seul lui suffisait.
Et dans son peuple el les arts qu'il aimait (24),
René trouva son bonheur et sa gloire.
Dans le néant , vous qui dormez encor,
Peuple futur, dépéchez-vtusde naiire;
Venez jouir auprès d'un si bon maître.
Des jours nouveaux de ce beau siècle d'or.
Rudel end'a dans celle capiLnlc,
Aux premiers Iraiis de l'aube nialiuale;
Il descendit chez l'hote dit Marcel,
Très grand conteur, dans ce genre célèbre.
11 se hâta de conter à Rudel
Qu'on préparait une pompe funèbre,
Que l'on chaulait une messe de mort.
Ce matin même et dans la cathédrale,
Pour un guerrier brave comme uu Hector,
Mort à l'assaut d'une ville fatale;
Que monseigneur le comte de Raimou,
Ses chevaliers, sa brillante noblesse
Assi.sleraient à celle grande messe;
Que par malheur il oubliait le nom
De ce guerrier mort dans la Palestine,
Ou dans Bagdad, ville forte et voisine.
Il se trompait ; on sait que bien souvent
Tout g'rand conteur prend l'Èbre pour le Tibre,
Dit qu'à Maroc le citoyen est libre.
A ce récit , Rudel fait promplement
Un court repas et se rend à l'église.
Mon cher lecteur, il faut présentement
Du sieur Marcel vous diie la méprise.
Chacun connaît les redits, lescar|uets
De la bavarde et vieille Heiiominée;
A nous tromper la belle accoutumée,
Avait au loin et dans la ville d'Aix
Semé le bruit que Rudel plein degloir»
Avait péri dans un combat sanglant.
Devant Valence au .sein de la victoire.
Il fut blessé très dangereusement,
Vous le savez, de là vint la méprise.
On le crut mort ; et la cour el l'église,
Raimon surlout pleura ce troubadour.
Il ordonna, le soir du même jour ,
l'our le défunt une très grande messe,
Où lui Raimon et toute sa nobles,se
Ne paraîtront qu'en habit de grand deuil.
On éleva , dans la nef éclairée
De cent flaudîeaux , un su|)erbe cercueil.
D'un salin noir elle était entourée,
Et dans le i hoeur l'archevêque on voyait ,
Environné de ses brillaus chanoines ,
D'un corps noud)reux de prêtres et de moiiiei
Et par hasard l'olficese chantait
Le même jour que Rudel arrivait.
La messe était depuis peu commencée,
Lorsqu'il entra ; de la foule pressée
11 fend les llols , et vient , non sans efforts,
Chanter pour lui le Hcqniein des morts.
Puis du guerrier mort dans la Palestine,
Il veut savoir le nom el l'oiigine;
Pour le savoir regarde autour de lui ,
Cherche des yeux , aperçoit une dame ,
A deux genoux , pi iant de cœur et d'àme ,
Pour le défunt que l'on pleure aujourd'hui.
Uu voile noir lui couvi ail le visage.
Ses vélemens, .son air, sa dignité.
Tout annonçait son rang, sa qualité;
Jusqu'auprès d'elle il se fraie un passage.
Et rapprochant à l'oieiUe lui dit :
• Jeune merveille , excusez mon audace ,
Quel est le mort que vous pleurez , de grâce ?»
A ce propos qu'à peine elle eniendit ,
GEOFFROI RLDEL.
Cette beauté jette un grand cri , pâlil .
Lève les veux cl lonibe évaiioiiic.
A cet aspect tout le sexe attendri ,
Accourt, s'empresse el prodigue à l'envi
Les eaux , les sels pour la rendre à la vie;
Mais de l'église on l'emporte soudain.
Budel demeure immobile, incertain.
Mon cher lecteur, je vois votre surprise;
■Vous désirez conuaitre la beauté
Que l'on emporte ainsi hors de l'église?
Mais vous serez vivement affecté.
Quand vous saurez que c'est la belle Isaure ;
Elle venait dévotement prier
Pour cet amant qu'il fallait oublier.
Qu'au lond du cœur sans doute elle aime encore.
Présentement, jugez de sa frayeur :
Elle a cru voir, non Rudel, Rudel même,
Mais las ! son ombre, un fantôme trompeur.
Et son amant , le trouble est dans son cœur.
Croit avoir vu cette Isaure qu'il aime.
Quand dans l'église une grande rumeur,
Un cri s'élève ; on débite à la ronde
Que c'est Rudel lui-même, ou son esprit.
Qui dans ce jour revient de l'autre monde.
Plus d'une femme et l'approibe et s'enfuit,
Ayant des morts une peur effmyable.
Un vieux baron de prés rej;arde et dit :
«Par saint Matthieu! c'est Rudel ou le diable!»
Le diable alors était en grand crédit.
Mais à Rudel tout parait incroyable;
Il rêve, il pense, il n'imagine pas
D'oii peut venir ce singulier fracas.
Raimon enfin demande avec surprise
Pourquoi ce bruil dont relentii l'église?
On lui répond que l'ombre de Rudel,
Ou qu'un démon ayant pris sa figure.
Est dans la nef tout auprès de l'autel ;
Qu'il est sec , pûle , et que la chose est stire.
Soudain un piètre, armé d'un goupillon,
Vient l'asperger de son onde lustrale.
Mais ce bon prince accourt dans l'intervalle,
Pour voir de près cette ombre ou ce démon.
Rudel voyant le comie qui s'avance.
Court à ses pieds, les presse avec transport.
Râiraon long-temps le regarde en silence.
Et puis lui dit : «Quoi! vous n'êtes pas mort?
— Non , monseigneur, je vis , je vous le jure ;
Je viens de l'Èbre et non de l'Achéron. »
A ce propos , le généreux Raimon
Lui dit gaiment ; ■ Voire aveu me rassure. ■
Puis aussitôt ajoute en l'embrassant :
« Je vous sais gré d'être encore vivant. »
Alors soudain les dames , la noblesse ,
Chacun l'embrasse et rit plein d'allégresse
De voir un mort qui se portail si bien.
Ulysse ainsi revenant de Pcrgame,
Lorsque pour mort il passait dès long-temps.
Un beau malin parut devant sa femme,
Qui le pleurait , h'Mas ! depuis vingt ans.
L'aimable prince, au sortir de l'église,
A son diner pria le troubadour.
Il accepta , quoique sou àme éprise
Dans ce moment ne songeât qu'à l'amour,
Xux doux appas de la beauté çhévie,
Qu'il vient de voir tremblante , évanouie.
Et cependant au milieu du l'ettin ,
11 conserva le front calme et serein.
Devant les grands , et surtout à leur table.
Il faut toujours, flatteur, convive aimable,
Cacher l'ennui sous le masque des ris.
Dès que Bacchus échauffa les esprits,
On fit entrer une troupe choisie
De troubadours, élèves de Thaie,
Du dieu Cornus , de la belle Cypris.
Elle chanta des tensons , des sirventes,
Et puis joua des scènes très piquantes
D'amans jaloux et de maris trahis;
Du Testament les augustes mystères.
Les tours joués à de vieux châtelains.
Et les combats de pieux .solitaires,
Si fort tentés par les esprits malins.
Rudel voyait avec indifférence
Ces vains plaisirs, ces jeux de la grandeur-
Rempli d'Isaure, en son impatience,
11 appelai! cet objet enchanteur.
Dans ce moment un homme J voix sonore
Vint annoncer la comtesse Isidore.
Tous les regards aussitôt, à ce nom ,
Tous les pensers se fixèrent sur elle ;
On croyait v oir entrer dans ce salon
Une déesse , ou Vénus, ou Jmion.
Mais pour Rudel , ô surprise cri;elle !
Les yeux fixés sur cet objet charmant,
11 cherche, il doute, il voit, il doute encore.
Enfin ses yeux reconnais.sent Isaure;
Raimon alors, prince aimable et galant,
Quoique déjà bien près de la vieillesse,
Court au-devant de la belle comtesse,
Et vient l'asseoir à côté de Rudel.
Pour cet amant quel supplice cruel !
Tous deux surpris d'aboid se regardèrent ,
Rouges tous deux , et puis les yeux baissèrent.
Rudel était interdit et muet.
L'homme qui voit , sur le pré qu'il foulait ,
Un grand serpent , qui d'abord invisible ,
Sort tout à coup , lève sa tête horrible ,
Est moins tniublé, glacé d'élonnement
Que ne le fut Rudel en revoyant
Auprès de lui cette amante infidèle.
Chacun le sait , la beauté qui trahit
Est à nos yeux (eut fois encor plus belle.
Vingt jeunes gens que ce jour réunit,
Sabran, d'Agout, et Villeneuve, etVence,
Et l'ontevès, noius chers ù la Provence,
Tous hauts barons, gens d'élite et d'esprit,
Ont entouré cette belle comtesse.
Rudel frémit , et sa jalouse ivresse
Ne peut souffrir cet aspect plus long-temps.
Il sort , il fuit, court au milieu des champs.
Et quand la nuit coinmeuc.a sa carrière.
Se relira chez lui bien Irislement ,
Se mil au lit, mais il ne doi-jnit guère,
Ou bien plutôt pendani la nuit entière
Fui agité, se tournait, retournait.
Comme un oiseau surpris dans un filet.
Le lendemain déjà brillait l'aurore,
Lor.squ'il reçut celle lettre d'Isaure :
• Adieu , je pars ; je ne verrai jani^^
CHANT SIXIEME
HJ
lin inconslant , nii iii,",iat que j'aimais. »
Le l)oa Rutlel lut et relut encore
Jusqu'à trois fois , ce Ijillel niallienreux ;
Plus irrité, mais non moins amoureux ,
11 veut aller dans im antre sauvajje,
Vivre au milieu des serpens et des ours,
Ainsi qu'on vit les Pauls dans le vieux âge,
Du Nil désert habiter le rivage,
Y consumer leurs inutiles j urs.
Il faut enfin éclaircir le imajje
Qui peut jeter une soml)re couleur
Sur cette Isaure, objet de notre hommage.
J'ai , dans un chant , dit avec quelle ardeur
Isaure aimait ce troubadour aimable.
Je n'ai pas dit quelle fut sa douleur,
Dans son absence, à ses yeux si coupable.
Pendant six mois cette adorable enfant.
D'un pied di.scret, alla chaque soirée
Au petit bois attendre son amant;
Ce bois heureux ot'i sa bouche adoi'ée
Avait reçu ce baiser ravissant.
Mais l'heure fuit et toujours elle attend.
Toujours revient plus malheureuse encore
Attendre en pleurs une nouvelle aurore.
L'infortunée, hélas! dépérissait.
Comme une fleur que l'été décolore.
Le vieux baron, son père, qui l'aimait,
De son élat nuit el jour gémissait ;
Mais ne pouvant en deviner la cause.
Ce bon seigneur ne douta nullement
Qu'on n'eût jeté sur cette pauvre enfant
Un sortilège. Alors enchantement (25),
Démons, sorciers, soris et métamorphose
Étaient conmiuns ; mais aujourd'hui vraiment
Ils ne sont plus que dans quelqiies cervelles :
L'art d'enchanter n'appartient plus qu'aux belles.
L'enchantement d'Isaure élait l'amour.
Advint alors, vers le déclin du jour.
Quand on soupait, qu'un grand bruit à la porte
Se fit entendre; une main rude et forte
Sonnait la cloche ù grands coups redoublés.
Dans le châlcau , tous les cœurs sont tioublés.
Mais le baron, vieux gueirier, prend les armes;
Il fait ouvrir, et calme sans frayeur.
Rappelle en lui son antique valeur.
Ainsi Priant au milieu des alarmes,
Dans son palais si glorieux jadis.
Auprès d'Hécube et de ses jeunes fils,
D'un glaive oisif arme sa main débile,
Et le cœur plein d'iui courage inutile.
Veut en mourant comballre et se venger.
Mais le baron ne court aucun danger;
Sur ses deslins dormons d'un (lil tranquille.
Des laboureurs apportaient au château,
Sur un brancard , un jeune dauioi.seau,
Un chevalier d'un illustre parage.
Qui, par malheur, passant près du village,
Par son cheval brusquement emporté.
Dans un fessé venait d'être jeté.
On l'en tira l'épaule fracassée.
Le bras démis, une jambe rassée.
Le vieux baron sensible el généreux.
Dans son chùteau l'accueillit de son mieux ;
Il envoya chercher au voisinage
Un chtitrTgien, le docteur du village; Tous les .secours, tous les soins à i'envi Lui sont donnés, et d'un zèle admirable, Chacun s'empresse et veille autour de lui. La belle Isaure, ah! quelle àine adorable! Le jour, la nuit, elle-même apportait Linge , boissons qu'elle-même apprêtait ; Et bien souvent, on me croira sans peillS, Trop attendrie au cri de .ses douleurs. Elle quiitail sa chambre, et dans la siennç Secrètement allait verser des pleurs.
Mais il est temps de vous faire (onnaltre De ce malade et le rang et le nom.
Il élait fils du marquis de Clermont , Très grand seigneur que le Comiat vit naître, Ce fils cht ri, charmant, plein de valeur. Portait le nom de vicomte Isidore; Il ne put voir l'intére.ssante Isaure, Tant de beauté, de grâces , de douceur, Sans être ému jusqu'au fond de soi> cœur Du vif désir de la reconnaissance; Il n'est hélas! qu'un pas jusqu'à l'amonr. Ce jeune amant , plus épris chaque jour, Garda long-temps un modeste silence.
Un jour enfin qu'approchant de son lit, Cette beauté lui donnait lui breuvage, Il s'écria , dans un ti ansport subit : « Fille du ciel , d'un ange , douce image , Mon cœur ému, touché de vos bienfaits, Ne sait coimnent pouvoir les reconnaître. Ah ! si ma main, digne de vous, peut-être. Beaucoup d'amour, vous méritaient jamais! Je porte un nom très connu dans la France, Et ma fortune égale ma naissance »
La tendre Isauie, à cet aven rougit.
Baissa les yeux el garda le silence.
"Vous vous taisez, le malheur me poursuit. Vous dédaignez mes vœux , mon hyménée.
— Non, écoutez, je parle .sans détour; J'aime Rudel, ma parole est donnée; Vous connaissez ce vaillant troubadour, Il est peut-être infidèle et volage; Peut-être aussi que ce soupçon l'outrage. Honorez-moi, pour calmer mes ennuis.
Dune amitié doni je sens tout le prix ; Mais oubliez un amour irnuile.»
A ce discours , à cet aveu latal , Ce jeune comte affectant l'air tranquille. Avec honneur parla de sou rival ; Mais le chagrin , une lente tristesse Brisaient son cœur, flétrissaient sa jeunesse. Isaure ouvrant son âme à la pitié.
Le consolait au nom de l'amitié.
Lui promettait le souvenir fidèle De ses venus, de son amour pour elle.
Mais la santé de ce jeune seigneur Refleurissait, .sa jambe était guérie; C'était pour lui , disait-il , un malheur. Quitter Isaure, était quitter la vie:
De son départ , enchaîné par l'amour, De plus en plus il reculait le jour.
Quand tout ;t coup arriva la nouvelle Que sir Rudel , ce troubadour charmant Avait péri daus nu combat sanglant.
GEOFFROI RUDEL
Le jeune comte, admirable modèle
Des clievaliers, plaifîiiail son irisle sort;
Il enviait la gloire de sa mort ;
Mais très discret, plus délicat encore,
Loin de parler d'hymen et Je ses vœux ,
11 respecta la tristesse d'isaure,
Laissa couler les larmes de ses yeux,
Et quelque ois il y mêla les siennes.
Ah ! l'amitié qui partajje nos peines ,
Qui vient mêler ses larmes à nos pleurs ,
Adoucit bien le poids de nos douleurs.
Enfin un jour, cet aimable Isidore
Voyant briller sur les lèvres d'Isaure
Parmi les pleurs . un paisible .souris ,
Comme l'on voit dans les airs obscurcis
Briller un trait de la nouvelle aurore,
Crut le moment favorable à ses vœux :
.Ah! lui dit -il, écartez, belle Isaure,
Ce noir chagi in qui vous consume encore;
Assez de pleurs ont fatiyué vos yeux.
Rudel n'est plus, et vous pleurez une ombre.
Quoi! voulez-vous couvrir d'un voile .sombre
Votre printemps, quand rhymeii et l'amour.
Quand tout vous rit , vous promet un beau jour '.
Cessez des pleurs qu'on ne peut plus entendre;
Loin de nourrir un souvenir si teudre,
Jetez plutôt un regard de faveur
Sur un amant qui brûle de vous plaire;
Vous le savez, le baron voire père
Très vivement désire mon bonheur.
— Oui, je le sais.— Et que doi.s-je lui dire?
Vous vous troublez et votre cœur soupire.
— Soumise à lui d'esprit comme de cœur,
J'obéirai. » Le sensible Isidore,
A cet aveu , de plaisir transporté ,
Saisit sa main, la baise et baise encore,
Et nage au sein de la félicité.
L'hymen se fit avec solennité;
Chacun l'as-sure , et je le crois sans peine ,
Quel nœud puissant qu'une première chaîne!
Que cette amante aux marches de l'autel
Donna de pleurs au malheureux Rudel!
Mais que ne peut la vertu , la décence !
L'aimable Isaure, au sein de l'innocence.
Fit le bonheur de son aimable époux.
Je devrais bien , si j'étais raisonnable ,
Finir ma course et ma trop longue fable,
Et retourner à mes fleurs et mes choux.
Bien des lecteurs m'approuveraient sans doute,
D'autres pourtant , un peu plus curieux ,
Voudraient savoir, engagés dans la route ,
Ce que devint cet amant malheureux.
J'y songerai , je verrai mon oracle ,
Non pas celui de Delphe ou de Délos,
Mais la beauté qu'on chérit à Paphos,
Dont les beaux yeux ont fait plus d'un miracle.
Sur son avis de Rudel, mon héros ,
Je vous dirai le destin , le délire ;
Ou si sa voix me condamne au repos,
A ses genoux j'irai poser ma lyre.
CIIAM SEPTIÈME.
Un Grec fameux , doué d'un beau génie ,
Voyant la mort approcher de son lit.
Disant qu'à peine il commençait la vie,
De cette mort vi\emenl se plaignit.
Qu'il ei'lt brillé par sa philo.sophie.
Si Lachésis, au gré de ses souhaits.
D'un fil plus long avait formé sa trame!
Ce Grec qui meurt avec tant de regrets (26) ,
Orné des dons de l'esprit et de l'âme ,
Comptait pourtant neuf fois douze printemps.
Il a raison , ou du moins je le pense :
Qu'a-t-on appris à l'âge de cent ans?
Rien ; le savoir n'est que pure ignorance.
Et qui de nous, à l'heure de la mort.
Peut avouer qu'il fut heureux et sage?
Infortunés, nous arrivons au port.
Sans gouvernail et battus par l'orage.
Que si Descarte avait pu vivre encor
Deux fois les ans du bonhomme Nestor,
Sans doute il ei'lt, prenant un meilleur guide.
Chassé du ciel ses légers tourbillons,
Qui vont courant les hautes régions.
Et mieux instruit, eilt rétabli le vide.
Que si Buffon eût vécu plus long-temps,
Sans doute il eùl réformé ses romans;
N'eût pas borné dans sa mathématique
De notre globe et la course et les ans;
N'eût pas surtout, pour créer desenfans,
Ima jiné sa matière organique;
Et Poquelin, d'un chef-d'œu\Te nouveau,
Eût enrichi notre scène comique.
De son coté , le Genevois Rousseau
Eût beaucoup mieux élevé sou Emile,
Et corrigé , sans énerver son style ,
Le plan di. fus de son verbeux roman ;
Et moichétif, si je vivais encore
Un siècle ou deux , peut-être en travaillant ,
En corrigeant , ajoutant , effaçant ,
Je pourrais bien quelque jour faire éclore
Un bon écrit digne d'être proné
Dans les journaux , et d'être couronné
D'un beau laurier au temple du génie.
Temple sacré qu'on nomme Académie.
Mais laissons-là de ridicules vœux;
Les grands esprits sont-ils les plus heureux ?
Dans l'autre chant, chacun comme moi-même
A de Rudel partagé la douleur;
Se voir ravir le tendre objet qu'on aime.
Est "^elon moi le comble du malheur,
Levoir mourir est moins cruel peut-être,
On sait du moins que l'on était aimé.
Rudel , d'amour, de dépit enflammé.
Las des humains qu'il a trop su connaître ,
Plus las encor d'ini sexe dangereux
Qu'il croit haïr, veut dans un monastère
Finir sa vie et sa long.ie misère.
Près de Marseille on voit un mont fameux,
Mont où jadis la vigilante Aurore,
Au lieu des dons de Cérès et de Flore,
Ne vit jamais que des rocs sourcilleux ,
CÎIAINT SEPTIÈME.
Un sol aride et des pins rétinens.
Mais tout changea quand la Vier,",c immortelle
Eul au sommet une riche chapelle;
Ce lieu désert devint un mont sacré.
Au pied du mont .justement révéré,
Était un bois qui de son noir ombrage
Enveloppait une grotte sauvage.
C'est dans ce lieu , pendant prés de sept aiw,
Que Madeleine , arrivant de Syrie
Sur un vai.sseau flottant an gré des vents,
Gémit , pleura les erreurs de sa vie.
Sur ce même antre à l'aspect effrayant .
On éleva dans la suite un couvent.
Qui reculant tous les jours ses limites .
Bientôt contint cinq mille cénobites.
C'est sous le toit de ce mur pénitent,
Que de l'amour maudissant le caprice,
Geoffroi Rudel prit l'habit de novice.
Couvrit son chef d'un vaste «apuchon ;
D'un froc épais , d'une robe de bure
Enveloppa sa charmante figure.
Fils de Vénus , Amour , tu ris , dit-on ,
Lorsque tu vis ce fils de l'olymnie ,
Chargé d'un froc, en moine travesti.
Mais quel mortel u'a son jour de folie!
Notre novice à la règle asservi,
Au premier son de la cloche argentine.
Courait au chœur pour y chanter mâtine.
Sa belle voix , son chant hartnonieux
Des assistans enchantaient les oreilles ;
Et l'on voyait ces bons religieux,
Chantant de Dieu les sublimes merveilles.
Les oublier souvent pour l'écouter.
Uélas ! sur lui quel homme peut compter':'
Geoffroi Rndel , dans ce pieux hospice ,
Est agité de cruels souvenirs ;
Souvent Isaure, au milieu de l'office,
A son coeur tendre arrachait des soupirs.
O des humains incurable faiblesse !
Pour l'oublier il y songeait sans cesse.
Déjii Phébus sur son char immortel
Avait deux fois fait le tour de la terre.
Depuis le jour où dans ce monastère,
Rudel vivait à l'ombre de l'autel.
Alors qu'un jour, au .sortir de l'église,
Dans sa cellule ent rant , triste , agité ,
Il y trouva , non sans grande surprise.
Un beau jeune homme, une jeune beauté.
Dès qu'il parut , l'homme court et l'embrasse;
Elle , à son tour , avec beaucoup de grâce ,
L'embrasse aussi, d'un air plein de gaité;
Son cher Rudel, .son cher ami l'appelle.
Long-temps d'un œil inquiet , incertain ,
Rudel regarde; il reconnaît enfin
Et Mauléon et l'aimable Isabelle
Qu'il arracha des mains de deux brigands;
( Je vous en parle au premier de mes chants. ;
11 tressaillit, transporté d'allégresse,
Et les embrasse et dans ses bras les presse.
Or, vous saurez que ce couple charmant ,
De l'amitié rare et touchant modèle ,
Ayant appris le triste égarement
De leur ami , venait, bn'ilant de zèle,
Pour l'ejilever à ce irisle .séjour,
Le rendre au monde, aux mn-'M, h i'amour. En .souriant la charmante Isabc'le Lui dit ; « Rudel , laissez là vos habits , Vous effrayez les mu.ses et les ris ; Et reprenez , croyez-moi , i otre lyi-e , Vos chants d'amour, votre aimable enjoûmenl. • En même temps, avec un doux .sourire, Prend un billet , le lui donne en disant; • Il est pour vous , et très aimable à lire. » Rudel le prit et changea de couleur, .\lors qu'au bas il vit le nom disaure ; Sa main trembla , comme une tendre fleur Que l'air agite au lever de l'aurore ; Celte beauté qui le chérit encore.
Très attendrie au bruit de sa douleur.
Fit ce billet que lui dicta son cœur : « Le ciel n'a point proscrit notre heureux hyménée; Le bruit de votre mort trompa mes jeunes ans; Mais si vous ne voulez me rendre infortunée. Quittez votre retraite et reprenez vos chants. Je ne vous verrai plus ; Dieu , mon hymen me lie : A jamais , loin de vous je traînerai ma vie ; Mais je ferai toujours avec la même ardeur Des vœux pour votre gloire et pour votre bonheur. Soudain Rudel s'écrie; «Être enchanteur ! Aimable Isaure, à tes ordres suprêmes J'obéirai , trop heureux si tu m'aimes. » Après ces mots , jetant son capuchon , Son froc, il part connne un oiseau sauvage Qui brise enfin les barreaux de sa cage. Monte à cheval et vole à Tarascon ; Sur son coursier prend en croupe Isabelle, Qui triomphait de ramener chez elle Son brave ami, celui de Mauléon Jadis Ulys.se, en rapportant de Troie Au camp de,s Grecs l'heureux palladium , N'éprouvait pas une plus douce joie.
Rudel, fêté chez ce couple charmant.
Parut renaître au bonhem-, ii la vie.
Semblable alors à ce convalescent Qui , revenu d'une longue agonie.
Jouit de l'air, des Heurs, d'un ciel plus beau , Pour lui tout est intéressant, nouveau.
Un long repos, le plaisir, sou délire Jettent souvent l'âme dans la langueur.
L'homme a besoin , ei'it-il même un empire , De mouvement, de désirs et d'erreur.
Dans ce temps-là l'agile Renommée Sema le bruit dans l'Europe alarmée.
Que Saladin a chassé des saints lieux Tous les chrétiens : Jérusalem est prise. La croix en main, mille religieux , Au nom du pape et de la sainte Église, A la vengeance appellent les guerriers.
« Partez , volez , et cueillez des lauriers ; Le paradis vous attend en Syrie.
Déjà deux rois de France et d'Albion , Abandonnant , daus leur dévotion , Femmes, enfans, leurs sujets, leur patrie. Portes tons deux sur leurs mille vaisseaux , De l'Ionie ont traversé les flots. • Par ce récit, Rudel , l'âme enflammée, Et fatigué d'un éternel loisir.
Veut aussitôt partir pour l'Iduméc ,
GEOFFROl RIDEL.
Vivi-e avec yloii-e, ou bien tomber marlyr.
Son parli pris, il couiUhe?. Isabelle
El Maiilfon , et leur dit sou projet.
Ce couple lieureux , que sa perte affligeait ,
Loua pourtant son courage , son zèle,
La piété, l'espoir qui le séduit.
Rudel alors aux genoux de la belle
La supplia de coudre à son liabit
La sainie croix , la terreur de runpie ;
Ce que sans peine accorda son amie.
Rudel se crut, douce el sainie folie!
Vn Machabée, armé de celle croix.
Deuv jours après, à laurore vermeille,
Après avoir embrassé plusieurs fois
Ses deux amis, il partit pour Marseille.
Heureusement un navire génois
Appareillait alors pour la. S\ rie,
Et dans deux jours il doit sortir du port.
Rudel s'embarque , ei d'une âme ravie.
Brave les mers : il biaverait la mort.
Lorsqu'il partit sur son char solitaire,
La nuit fuvait, et l'haleine légère
D'un vent de lest se jouait sur les flots ,
Enflait la voile, et les nymphes des eaux
Semblaient répoudre aux chants des matelots.
phébus alors at'.eignait le iropique.
Où le Cancer posa son trône antique:
La nuit moins sombre et bornée en son tour.
Cédait bientôt la place au dieu du jour.
Geoffioi Rudel , dans ces l)elles soirées
D'un bel été, sur le tiUac assis.
Chantait au frais aux matelots ravis,
Du Testament les merveilles sacrées ,
Le vaste !Sil roulant des flots de sang ;
Cent raille Hébreux à pied sec traversant
La mer d'Aza, qui s'ouvre de surprise;
Dieu paraissant au milieu des éclairs.
Sur la montagne, au grand-prètre Moïse;
Et de Samson les prodiges divei-s.
Un autre soir, d'un ton baissant sa lyre.
D'une voix douce il chaulait les amours
De celle veuve encore en ses beaux jours,
Qui dans le mois oii sommeille Zéphire,
Quand Céres tombe et sous la faux expire ,
Alla glaner chez Booz son parent ,
Puis dans son lit se glissa doucement ,
Espérant bien , sur l'avis de sa mère ,
Qu'à son réveil Booz l'épouserait.
Pendant ce^ chants , sillonnant l'onde amere,
Vers l'orient le navire avançait.
Rudel de loin vit l'ile fortunée
Où les plaisirs, la volupté, l'amour,
Snr un volcanom fixé leur séjour;
Où la mollesse est de Heur cmironiiée;
( )u Théocrite. en vers harmonieux i >7) ,
Clianla les bois, les prés, le doux ombrage,
Ft des bergers les plaisirs el les jeux. 11 aperçoit lendroil où lut Carlliage; Voil ou crml voirie fameux Anmbal.
L'effroi du monde , à Rome si tatal ; Ce Scipion , sans doute aussi grand homme . gui dans Zama fut le vengeur de Rome.
El la rendit la mailressc du .sort ; Il voil eiKo:e.. assis sur des ruines,
Ce Marins , chassé des sept Collines , Qui malheureux , proscrit , médiie enror Sur des débris la vengeance et la mort. Mais par degrés s' élèvent des nuages, L'air s'obscurcit au bord de l'horizon , Un veut léger précur.seur des orages , Frémit soudain , et soudain l'aquilon Brise la mer, et soulève avec l'onde Jusques au ciel le fragile vaisseau ; Autour des mâts la foudre roule el gronde; Le ciel noirci versait des torrens d'eau; Le naulonier tremblant et pleure , et prie Et saint Antoine et la Vierge Marie.
Rudel qui voil le nocher consterné , Et le navire aux vents abandonné.
Prend le timon et gouverne lui-mérae; Et toujours brave, en ce péril extrême , Il rend l'espoir, l'audace aux matelots; Et cependant sur l'abime des eaux , Le vaisseau court au gré de la lempéte. Mais tout à coup il échoue, il s'arrête Avec fracas sur des bords inconnus.
Dans le vaisseau la mer enire en furie : Plus d'espérance : adieu parens, pairie. Les matelots gémissent éperdus; Rudel lui-même, avec un vrai courage.
Attend la mort , et lontrit , repentant, A son voisin se confesse humblement.
Mais un Dieu bon les sauva du naufrage , Et le navire échouant sur la plage, Heuriant un roc par le flanc s'entr'ouvrit ; Mais cette mer étant là peu profonde , Mâts et tillac surnagèrent sur l'onde, Cet équipage , ainsi toute la nuit , Fut dans les pleurs, la frayeur, la prière, Mais par degris un rayon de lumière Blanchit les airs, l'horizon s'éclaircit; Le vent se tait , au loin s'enfuit l'orage; L'aurore brille , et du ciel sans nuage D'un bel azur la voiMe s'embellit.
Avec Rudel l'équipage respire; Mais quelle joie ou plutôt quel délire, Quand tout à coup s'offrirent à leurs yeut Une campagne et riante et fertile, Des habitans , un doux et si^r asile ! A cet aspect , de chants , de cris joyeux , L'air retentit; on s'aborde, on s'embrasse, On s'agenouille , au ciel chacun rend grâce Mais quel objet augmenta leur bonheur ! Plusieurs esquifs, maint habile rameur, A leur secours viennent en diligence , FI dans l'instant s'approchent du vaisseau. Rudel vovant un très joh bateau,
Oue conduisait un homme avec aisance, Oiiedisunguait un air honnête el doux,
Y descendit , el le canot agile Sembla voler sur celte mer tranquille.
Rudel alors demande ■ On sommes-nous.
Homme admirable, où me conduisez- vous?
AU port ; chez moi je v ous offre un asile , Vous trouverez dans l'Ile de Délos,
Séjour fameux par ses anciens miracles , Ses jeux brillans, son temple, ses oracles
El. ses devins, p Comme il disait ces mois ,
CHANT SEPTIÈME
La nef enlia dans une anse Iranqiiille, Que lerminail un enclos nés joli, Petit Terger en fruits, en fleurs fertile; Venait ensuite, en face du midi, Une maison , agréable ermitage , Simple avec goiM , digne séjour d'un sage. En abordant , ce Grec plein de bonté Dit à Rudel : «C'est mon toit solitaire, L'humble séjour de l'hospitalité; Venez jouir chez moi, chez votre frère, D'un doux repos, jusqu'au jour , au moment Où vous pourrez vous rendre en Palesliue; C'est votre but, du moins je l'imagine. Et votre croix le prouve clairement, »
Us avançaient sous un riant ombrage; Un jeune objet , d'Hébc c'était l'image, Accourt vers eux, embrasse tendrement De ce logis le maître intéressant, Qui s'écria : • C'est ma fille si chère , C'est mon Hélène! 6 douleur trop amère! La pauvre enfant, hélas ! n'a plus de mère ! » Puis il lui dit : < Ma lille , va soudain Avec notre hôte , et li conduis au bain ; Ayons pour lui la plus tendre indulgence; 11 est errant, étranger, malheureux.
Kous lui devons nos soins, noire assistance. Le bien qu'on fait obtient sa réconpense; C'est un encens qui monte vers lescieux. • A ce discours la belle et tendre Hélène , Qui d'un oiseau ne peut .souffrir la peine, Part sur-le-champ, conduit Rudel au bain, Fait tiédir l'onde, et d'une main légère, Fnitle ses pieds avec un linge fin ; Puis le lai.ssa tranquille et solilaire. Rudel , surpris, admirait de ces mo'urs, De tous ces soins la touchante innorence, Kt dans son bain oubliait ses malheurs. Bienfait du ciel, bénigne Providence, Un jour de joie, un moment de plaisir. D'un mois de peine éteint le souvenir!
Rudel dispos, refait de son naufrage, Après le bain alla trouver Zénnu ( De ce savant , ce Grec portail le nom ), Qui l'embrassa selon l'antique usage, Lui prit la main , la porta sur son front, Puis à la bouche; et c'est un témoignage Très usité d'amour, d'affection.
Zenon , après celle cérémonie.
Dit à Rudel : « Suivez-moi , je vous prie, Dans le jardin : un repas nous attend; Repas frugal d'un modeste habitant , Mais apprêté des mains de mon Hélène.
Je vous promets de ce bort vin qu'Athène Aimait beaucoup, le nectar deChio. »
Ils vont s'asseoir sous un riant lierceau , Que d'un platane ombrageait le feuillage. Des œufs, du lait, l'olive, le raisin , Du poisson frais composaient le festin.
De maint oiseau l'agréable ramage.
D'un ciel heureux la brillanle clarté.
Et de la mer l'aspect superbe, inmien.se, La jeune Hélène assise i sou côté.
Le front orné de grâce et d'innocence ; Tout enchantait, tout enivrait les sens
Du preux Rudel ; mais quelle est sa surprise? Des députés viennent dans ces momens Dire à /énoii qu'on laltend à l'église, Poiu' baptiser un enfant nouveau-né.
Rudel alors du message étonné.
Dit à Zenon: «Ces gens rêvent pent-éire. Pour un baptême, ils s'adiessent à vous? — Il le faut bien , que peuvent-ils sans nous ? Je suis papa , ce qui veut dire préire. —Vous m'élonnez : prêtre avec un enfant ? — Tout papa grec peut dans notre patrie Former d'hvmen le tendre engagement; Mais une fois seulement dans la vie Et si la Parque avec ses noirs ciseaux Coupe le fil des jours de son épouse , Il reste veuf. Nuire Fgli.^e jalou.se Défend des nœuds et des amoms nouveant. Mai i on m'attend mainlenani à l'église; Suivez mes pas si vous voulez savoir Connue chez nous dans la Grèce on bapli.se; Nous différons, comme vous allez voir. » Dans cette église était déj."! le père, Parens , nourrice et bon nombre d'amis.
Lors le papa vêtu de son suiplis , Tiès gravement se rend au baplislère; Il prend l'enfant , et l'y plonge trois fois, En récilant par cœur, à demi-voix , Les mots sacrés prescrits par son Église; Puis de l'enfant II lava la chemise, Le petit corps avec un linge blanc.
Lui dit après : . Te voilà maintenant Purifié, doué d'une lumière Vive et céleste, et fait chrétien , au nom Du Saint-Esprit, et du Fils, et du Père, Et délivré des pièges du démon. • Zenon , ayant rempli son ministère, Avec Rudel rej;agiiail son manoir.
Lorsqu'un convoi , des larmes, une bière. Les arrêta. Grands dieux ! quel désespoir! Et quel tableau ! Des femmes désolées.
Criant, pleurant, pâles, échevelées, SuivaienI un corps à la tombe porti?.
• Ah ! s'écria Zenon très affecté.
C'est Théonis que le vent de l'orage Vient d'emporler à la Heur de son .Ige. Hélas ! des pleurs, des messes et des vœux N'ont pu sauver la vie infortunée De cette vierge à l'hymen destinée.
Voyez sa mère ! ah ! quels cris douloureux ! On la soutient ; mais que dis-je?on la traîne; Suivons leurs pas vers l'église prochaine , Oit femme , enfant , vieillard sont réunis. • Le papa grec reçoit sur le parvis Le corps glacé d'une vierge, naguère De sa famille et l'amour et l'orgueil, E"t maintenant dormant dans un cercueil ; Belle un moment, bientôt vile poussière. En arrivant le prêtre l'embrassa.
Puis les parens, les amis , puis la mère Vint à son tour, lentement s'avança; Mais la douleur a suspendu sa vie.
Près du cercueil elle est évanouie.
«Fuyons, fuyons, dit Rudel attristé, Ah ! que je plains celte jeune beauté!
GEOFFROl RUnEL.
— Ne pleurons pas une ombre, une momie, Lui dit Zenon , pleurons sur les vivans. Mais pour ehasser ces pensers afflifieans, La nuit revient et fenue la journée; Parlons demain quand laube forlunée Rappellera Ihomme à ses durs travaux; ^-ous irons voir, si cela peut vous plaire Celte ile aux Grecs , aux dieux jadis si chère , Et les débris de l'antique Oélos. ■ Le lendemain , lorsque du sein des eaux Phébus sortit rayonnant de jeunesse, Le papa orec alla dire sa messe; A son retour se rend dans son jardin , Taille l'arbuste, arrose de sa main La tendre fleur qui se montrait à peine; Puis il apprête avec la jeune Hélène , Sa chère enfant, le repas du matin.
Repas fruyal , repas sain et champêtre.
Tel qu'en faisait dans le beau siècle d or L'homme naissant très innocent encor; Sur le gazon, à l'ombre d'un vieux hélre. Du lait , du miel et des fruits de son champ. Le repas fait, Zenon mena dans l ile Son aimable hôte , et Ui d'un pas tranquille Se promenant , tous les deux devisant Sur vinsïl sujets, et marchant d'un pas lent, Zénou lui dit ; • Dèlos , son beau rivage, rsejouit pas, ou très peu, des bienfaits
Du dieu Bacchus, de la blonde Ores :
aiais un beau ciel . un soleil sans nuage ,
De nos hivers lempèrent la rigueur;
Et l'olivier nous enrichit l'automne :
Char- de fruits, l'arbre heureux de Pomone
iNait sans efforts auprès du myrte en fleurs;
Dans tous les champs on voit briller la rose;
L'de est bornée , un seul fleuve l'arrose ;
Un petit gite est plus près du bonheur.
Mais nous voici tout près de nos collines,
Voye7.-vous pas cet amas de ruines.
C'est la qu'était le temple d'Apollon ,
La que ce dieu du sommet d'Hélicon,
Venait ici prononcer ses oracles ,
Et tous les jours opérait des miracles.
Le culte change, et lidole est à bas;
Mais crovez-moi , l'homme ne change pas :
La Grèce encore a ses saims , ses images ,
Faisant toujours des miracles nouveaux.
Assevons-nous sous ces rians ombrages ,
C'était ici , non lom de ces coteaux ,
Oue vivait l'arbre adoré dans Délos,
Âibre sacré Oue rien ne vous étonne.
C'était sur lui que s'appnyau Latone ,
En accouchant de ses enfans jumeaux.
Aux environs s'élevaient deux statues
Oui paraissaient s'élancer jusqu'aux nues;
C'étaient Diane et son frère Apollon.
Mais écoutez ; non h)iii dans le vallon ,
Entendez-vous des chants, des voix brillantes.
On va danser ; c'est l'heure du plaisir;
Vous allez voir trente vierges charmantes,
r<ous déployer, lestes comme Zeplur,
Leurs pas légers et leurs grAces pi-iuantes.
Dans ce pays , de nos prudens aïeux ,
îSous conservons encor quelques usages ;
La danse était prescrile par les sages ; C'est, disaienl-ils, c'esl honorer les dieux Que de jouir du bienfait de la vie. » Tous deux bientôt s'en vont vers la prairie, 0(1 .s'exerçaient ces nymphes de Délos, Qu'on aurait dit les nymphes de Paphos. On les voyait sous l'ombre des ormeaux , Ou sur les prés , aussi fraîches que Flore, Sauter, danser, se prendre par la main , Former un cercle et le rompre soudain , Se séparer et ,se rejoindre encore , Mêlant toujours leurs chants plein de gaité, Leurs douces voix a leurs danses légères. . Ah ! dit Rudel , de plaisir transporté , Que notre France et nos rudes bergères Sont loin encor de cette urbanité.
De tant de grâce el de vivacité!
Hélas! répond Zénou d'un ton mode-ste, De tant de gloire et fails de nos aïeux , Quelques chan.sons, voila ce nui nous reste Mais tout finit. . El sur le front des cieux La nuil bientôt jeta ses voiles sombres ; Soudain les prés , les vierges de Délos, Tout disparut comme de vaines ombres.
Zénou lui dit : .C'est Iheurc du rejws: Allons dormir el faire d'antres songes.
Car ici -bas tout est ombre et mensonges. Demain alors qu'au doux chant des oiseaux A l'orient naitra l'aube paisible.
Je vous dirai par quel charme invincible Je m'égarai , j'embrassai des erreurs Qui trop souvent m'ont fait verser des pleurs. • Le jour suivant , ce prêtre heureux et sage , Mena Rudel sur le bord du rivage Oii de la mer viennent mourir les flots; El là , couché sur la mousse sauvage, 11 coinmenca son récit en ces mots :
.Chacun connaît de Rome et de Byzance Les différends et la rivahlé ; L'ambition , bien plus (|ue la croyance , Les divisait, irritait leur fierlé; ■ Mais l'intérêt, parlons avec franchise , Mobile actif de l'une et l'autre Église, Força Michel , notre auguste empereur, A s'abaisser devant un protecteur.
Les Turcomans , peuple brave el féroce , Oui s'étendaient sur les bords de l'Euxin , Sious désolant par une guerre atroce .
!\ous menaçaicnl d'un siège très prochain. Pour échapper a ce péril evlrême , Michel voulut à Rome aller lui-même, Pour implorer l'appui très incertain Du roi des rois, juge, arbitre suprême. Lui seul pouvait armer les potentats.
Toute rKurope , et sauver ses étals.
Michel voulut peu de monde à sa suite; Mais il menait avec lui maint docteur Pour disputer sur nos droits, noire rite, El ne céder du moins qu'avec honneur.
J'étais le chef de ces docteurs d'élile. Encore jeune, ambitieux , ardent.
Grand ergoieur et surtout Ir.-s savant En lours subtils de la théologie.
Michel parût pour la belle Ausonie
CHANT SEPTIÈME
Pendant la nuit; et pi'oléfjL' du vent,
Bientôt du Tibre aborde le livajïe.
Avec honneur et la pompe d'usage
Il fut reçu par le pape régnant.
Apres huit jours de repos et de fêle,
Dans un salou du palais Vatican ,
Rome assembla des docteurs de tout rang ;
Moines , abbés , un prélat 5 leur léle,
Pour dispuler, coniballre contre nous.
Dans ce champ-clos , chaque parii jaloux '
Vociférait, disputait sans s'eiuendre.
Le fier Romain cilait saint Cyprieu ,
Justin, Jérôme, Augustin, Terlullien,
Qu'il n'a pas lus , ou lus sans les comprendre.
Pour moi, bouillant, par mou zèle emporté,
N'écoutant rien , trop avide de gloire.
Je n'aspirais qu'à ravir la victoire;
Mais par Michel je me vis arrêté.
"Il faut céder, me dit-il, le saint père
M'offre aujourd'hui des soldats , de l'argent,
Si je soumets, par un aveu sincère,
L'Église grecque à celle de saint ['ierre,
Kt reconnais sa croyance et son rang. •
Michel signa cet aveu téméraire;
Les papas grecs signèrent avec lui (28).
Bienlot après nous (|uitlons l'Italie,
Très méconteiis, honteux d'avoir Irahi
T(Mitàla fois l'Église et l.i patrie.
Kt l'empereur paraissait s'applaudir
D'avoir sauvé l'État prêt ;'i périr;
Mais arrivés sur les bords du Bosphore,
(Grands, plcb.'iens, tout le peuple en fureur
Se déchaina contre sou empereur,
Qui lâchement trahit et déshonore
L'empire grec, et l'Égli.se à la fois.
Vers moi .vurlont il tnurua sa furie ;
Allier, dévot et jaloux de ses droits ,
Il m'accusait, orateur Klclie, impie,
D'être l'aulenr de sou ignominie ;
Il me cherchait, il demandait ma mort;
Toujours le laible a payé pour le lort.
Un court billet écrit d'une main sUre,
M'en avertit. Je me cachai d'abord ,
Puis m'évadant dans une nuit obscure ,
Je m'embarquai pour l'Ile de Pathmos,
Où nous avo s un très grand monastère.
Cent caloyers, sous ce toit .solitaire ,
Exempts de soins jouissent du repos;
Heureux oisifs, osons ici le dire.
Quatre d'entre eux à peine savaient lire;
Us travaillaient la terre lourà tour;
Deux fois au chduir, et deux au réfectoire.
Très satisfaits du vin du territoire.
Un doux sommeil terminait un beau jour.
C'est dans Pathmos, lie aride et sauvage,
Qu'au temps jadis se retira saint .!ean,
Pour composer son merveilleux ouvrage.
On montre encordansce siècle pré.sent,
Dans une groite, une large ouverture
Par où, dit-on, entrait le Saint-Esprit (29),
Pour lui dicter ce trop .sublime écrit,
L'éionnemenl de la race future.
Dans ce séjour d'igniiraïue et de paix ,
Je fus reçu très bien jiar chaque frère.
Mais quels longs jours! et que dire, et que faire.'
Adieu savoir, adieu brillans projets
D'honneur, de gloire, adieu ! c'est pour jamais.
Après cinq ans, une triste nouvelle
Nous annonça la mort de l'empereur;
Et que le peuple en sa haine rebelle,
Avait osé refuser sans pudeur
Les honuems saints qu'on deiait i sa cendre.
Je le pleurai; son .'ïine noble et lendre;
Et ses vertus, et même ses erreurs, ;
M'altendrissaient et m'arrachaient des pleur».'
Sa mort calma les restes de l'orage
Et la fureur de ce peuple irrilé.
Je crus alors pouvoir en sùrelé
Jeler mon fioc et sortir d'esclavage.
Et retourner dans ma chère Délos,
Où m'alteudait ma jeune fille Hélène.
Enfin le ciel , du vent la douce haleine.
Me conduisit dans ce lieu de repos.
Ah ! que bien lard nous apprenons à vivre!
Je ne lis plus: la nature est mon livre.
Le ciel, les fleurs, mes arbres tour à tour,
Le jeune oiseau , libre d'i quiétudes,
Qui fait son nid et qui chante l'amour ;
Voilà mes goûts, mes plaisirs, mes études.
A mon devoir, ,à mon poste assidu,
A mon troupeau je prêche la vertu. »
Dans ce moment entrait à pleines voiles
Un grand vaisseau dans le port de Délos;
C'était le soir, à l'heure où les étoiles
Ornent le ciel de cent .soleils nouveaux.
Mes chers anus, c'est l'heure du repos; Dans son manoir que chacun se retire.
Demain matin, dans mon huitième chant, Si je le puis, si ma muse m'inspire.
Je vous dirai quel était ce navire Qui dans le port entrait dans ce moment.
CHANT HUITIEME
J'arrive enfin et j'aborde au rivage Où j'attendais par maint et maint effort; Bravant les mers, les écueils et l'orage. Ah! j'ai bien peur de naufragée au port ! Que bien pensait cet aigle de l'Altique Si renommé, le sublime Platon, Quand poliment, hors de sa république.
Il veut baunir les enfans d'.Vpollon !
Ah ! sans cet art dangereux , iimtile. Qui m'a séduit dès ma jeune saison , Et bien souvent m'a remué la bile.
J'aurais été chanoine, homme de loi.
Peut-être év êque , ou médecin du roi , Ou directeur du tabac, du domaine.
Et possesseur de quelque beau château.
Je ne suis rien; comme ce fou d'Athène, Je vis obscur au fond de mon tonneau.
Mais, après tout , et (lu'importe la place Que l'on occupe eu passant ici-bas?
De 1,1 vertu suivons toujours la trace. Et nous serons égaux aux potentats,
GEOFEROI RUDEL.
Le lendemain , dès qu'un trait de lumière Du pieux Kudel eut frappé la paupière, Siir le rivage il desrendit d'abord, Pour s'iuronner quel était ce navire Qu'un vent heureux avait conduit au port. Ce beau vaisseau se nonnnail le Zcphire, Était Génois; il avait sur son bord Quinze croisés de France et d'Anf;lelerre , Beaux chevaliers cpii d'un saint zèle épris, Ivres de gloire el respirant la f,uerre, Accouraient tous devant Ploléniais, Que des chréiieus lors assiégeai I l'armée. Depuis deux ans, l'asile renommée Portail le bruit de ce siéfse sanglant , Dans l'univei-s, de l'aurore au couchant. Rudel , bri'ilaut d ai river en (Syrie , Et de cueillir auprès du saint louibeau Les beaux lauriers que Rome sanclifie.
Court demander une place au vaisseau , L'obtient sans peine; et d'une âme attendrie. Au papa grec va faire ses adieux ; Adieux touchans, ils pleurèienl tous deux. Il embrassa la jeune el belle Hélène, Qui lui promit, en retenant ù peine Ses tendres pleurs, que tous les samedi, Jour de la Vieige, au pied de son image, Elle dirail deux rosaires pour lui.
Les adieux faits , il courut au rivage , Sur le vaisseau monta légèrement.
Il fut reçu des croisés comme un frère, Comme un ami chéri bien tendrement.
Chacun loua son noble cararière , Et sa valeur, et ses rares talens.
Ud seul d'entre eux , gardant un froid silence. Semblait le voir avec indifférence:
Son air est noble et .ses traits sont charmans. Rudel, trompé dans sa crédule attente.
De lui s'approche, el la main lui préseute, En le priant, avec un doux souris, De le placer au rang de ses amis.
Lors ce jeune homme et se lève et l'embrasse; Lui dit ensuite, avec beaucoup de grâce : «Soyez cerlaiu dénia lendre amitié, JSi vous daignez m'honorer de la vôtre ; Si dans ce jour vous avez oublié , Un tort que j'eus, et qu'aurait eu tout autre. Celui d'aimer un objet enchanteur.
Dont les attraits oui sédiiil voire rtrur Comme le mien; je suis l'époux d'Isaure.
— Vous, son époux ! le viiouile Isidore?
— C'est moi-méine ; oui, veuillez me pardonner.
— Vous avez pu déj;'i l'abandonner?
— Mon rang , mon nom , l'espoir des récompenses Que Rome accorde aux eufans de la croix; Philippc-.iugnsle, un de nos plus grands rois, AbandonnanI foules les jouissances,
Paris, son Irnne, el traversant les mers. Et pour son Dieu bravant des sorts divers; Voilà pourquoi , malgré ma foi jurée, J'ai pu quiller une épouse adorée. • Rudel, louché de sa noble candeur.
De ses vertus , lui di' ; ■ Brave Isidore, Beau chevalier, image de l'honneur.
Oui, désormais l'aimalile époux d'Isaure
/ Sera mon frère et d'armes et de cœur, t Et cependant sur le dos d'Amphilrite La nef courait et sillonnait les Ilots; Délos fuyait, et la vue inlerdile Ne voyait plus que le ciel el les eaux ; Mais le Génois , commandant le Zéphire, Que son négoce à Byzance appelait Pour quelques jours, sagement dirigeait ■Vers l'Hellespont sa course et son navire. Quand il entra dans ce détroit fameux, Rudel cria ; • Salut , terre de gloire , Où Grecs, Romains, sous leurs drapeaux heureux Ont si souvent appelé la victoire !
Cent fois salut, o superbe Hellespont!
Qu'avec plaisir j'aborde ton rivage!
Je vois Xerxès, que ton aspect outrage, Et dont l'orgueil veut joindre par un pont , Pour les dompter, l'Europe avec l'Asie; Voilà Sestos sur sa rive fleurie.
Je vois Héro, Léandre .son amant, Au sein des nuits s'embrasser lendreraent. 0 vous, enfans, amis de la nature, Prêtez l'oreille à mes tendres accens. » Alors Rudel , d'une voix douce et pure , Le cœur ému, chanta les vers suivans :
PREMIER COUPLET
Héro, dans sa belle jeunesse, Pour Léandre brûlait d'amour:
De Vénus elle était prêtresse.
Elle logeait dans une tour.
Sur le bord opposé, l.éandre Dans une cabine habitait , El d'un amour tout aussi lendre Son .jeune cœur se consumait.
DEDXIÈIIE COUPLET.
Héro, sitôt que la nuit sombre Dans l'air élendail son rideau , Pour dissiper, éclaiicir l'ombre.
Sur la tour plaçait un flambeau; Et Léandre, alors à la nage.
Passai! la mer, bravait les flots; L'amour rallendait au rivage, Pour couronner des feux si beaux.
TROlSliHB COCPLET.
Un soir que cette jeune amante, Montée au sommet de la tour, Allendail, l'âme impatiente.
De Léandre Iheuroux retour.
Dieux ! tout à coup l'orage gronde, Les ven's s'élancent furieux.
Ébranlent l'air, soulèvent l'onde, Un voile épais noircit les cicux.
QtlllTRIÈMB COUPLET.
Mais, sanserain'e, [ilein de courage, D'espoir et d'amour enfiainnié , Déjà Léandre est à la nage.
Pour aller voir l'objet iiimé.
L'onde en fureur. p.iuvie Léandre !
S'élève et ilcsccnd lour à tour.
Dieux paternels ! daignez l'euleadre, Il vous demande encori un jour I
CINQUIÈUE COCPLET.
Héro, les yeux sur le rivage.
Au désespoir s'abandonnanl.
CHANT HUITIÈME
pleurait et eoujiirait l'orage ,
Priait Vénus pour son amant.
Enfin au lever de l'aurore ,
Sur le rivage elle descend ;
Un faible espoir lui reste encore;
Grands dieux ! quel terrible moment '
SIXliiUE COUPLET.
Ua cadavre flottait sur l'onde, Elle le voit avec terreur ; Une froide sueur l'inonde.
Tout son sang se glace d'horreur.
Mais elle a reconnu Léandre; Elle se jclle sur son corps El disparaît. Son âme tendre Descend avec lui chez les morts.
Pendant ce chant, l'onde vive et rapide
Loin du canal emportait le vaisseau.
Alors aux yeux de ces jeimes Alcide
Se dessina le plus riche tableau.
Des deux côtés, et sur les deux rivages,
D'arbres chartïés s'élevaient des coteaux;
Sur le penchant, des hultes, des villages,
Environnes de v ifines et d'ormeaux ,
Aux habilans prêtant leurs doux ombrages;
Plus bas des prés , où de nombreux troupeaux
Erraient, paissaient l'heibe tendre et fleurie.
On entendait l'amoureuse éléfiie.
Et des bergers les teudi'es chalumeaux,
Qui se mêlaient aux doux chanis des oiseaux.
Le mont Ida bienlot frappa sa vue,
.Son front altier semble atteindre la nue.
Quel souvenir attachant, iininortel !
" Salut , cent fois , s'écrie encor Rudel ,
Fameux héros qui fouliez celte terre ,
Achille, Hector, fiers rivaux à la guerre;
Et loi, Troyen , favori de Cypris,
Qui sur ce mont lui décernas la pomme,
Fils de Priam , qui souvent sous le chaume
Chanlas l'amour en gardant les brebis ! i
Mais tout fuyait ; le navire a des ailes ;
Tout présentait tableaux , scènes nouvelles.
Le Savoyard qui descend de ses monts.
Chargé du poids de sa machine optique ,
Fait, sur nos yeux, sur la toile magique,
Pa.sser ainsi monlagnes et vallons.
Moïse, Adam, et sa femme coupable,
Princes et rois, et bien souvent le diable. Pour des bambins tableaux neufs et charmans.
Mais , après tout, qu'e.st notre histoire antique ?
Celle du jour, pour nous, très grands en fans ? Sinon, vraiment, la lanterne magique;
Où l'écrivain fait passer sous nos yeux
Rapidement mille marionnettes,
Et mille encor , princes , peuples , poètes,
Papes , guerriers et rois ambitieux.
Quand le vaisseau dans le port de Byzance
Eut abordé, brrtlant d'impalicnce.
Tous les croisés descendireni .soudain ;
Tous voulaient voir celle reine du monde ,
Cette cilé qu'éleva Constantin ,
Près de l'Euxin , sur sa rive féconde.
Mais Isidore et Rudel. tous les deux
Déjà liés des plus aimables nœuds ,
Cherchaient un gite, un logement tranquille,
Dans un faubourg uu peu loin de la ville.
Comme ils cherchaient , demandaient cet asile ,
Un inconnu , veis le déclin des ans,
Mais grand , bien fait , peu flélri par le temps ,
S'appi-oche et dit ; > Beaux croisés que j'honore,
Ainsi que vous, je suis noble et Français;
Venez chez moi, je n'ai point un palais.
Mais un loit simple aux rives du Bosphore. »
Ce qu'il leur dit en leur tendant la main;
Les deux amis acceptèrent soudain.
Le noble Edmont, c'est ainsi qu'on l'appelle,
Avec bonté leur disait en chemin :
t Beaux chevaliers, je bénis le deslin
Qui vous conduit sur ce bord infidèle :
J'aime toujours ma patrie et mon roi ;
Et tout Français doit penser comme moi ;
Nous avançons, voici mon ermitage. »
Cette maison étail sur le penchant
D'une colline , au milieu de l'ombi'age
D'un beau verger , en face du rivage;
Vesper brillait; le jour élait mourant.
Lorsqu'on entra dans ce logis charmant.
Soudain deux sœurs, aussi fraîches que Floi-e,
Enfaus heureux de l'ile de Naxos,
Dressaient la table , allumaient des flambeaux ;
L'une apporta le poisson du Bosphore,
Des œufs de paon , le chevreuil de Mélos ;
L'aulre versa le nectar de Délos.
Eu devisant , Rudel à son cher hôte
A demandé (|uel vent, quel Argonaute,
Ou bien plulôt quel singulier deslin ,
L'a transporlé sur les bords de l'Euxin?
• Qui ne le sait I tout morlel sur la terre,
Comme la paille ou la feuille légère
Est le jouet et des vents et des flols.
Mais sans délais, si cela peut vous plaire,
Je vous dirai mon histoire en deux mois.
J'ai vu le jour sur le bord de l'Isère ;
Encore enfant . je devins oipbelin,
Aux champs de Mars j'avais perdu mon père;
Et ma naissance a fait périr ma mère.
Ma tante Agnès, la baronne d'Orsin,
Pour m'élever in'emmena dans sa terre ,
Ne m'apprit rien qu'.i dire le rosaiie,
A chauler vépreet nier un lapin.
Le triste ennui consumail ma jeunesse.
Lorsque j'appris qu'un roi plein de sagesse,
Le roi Louis , moii digne souverain ,
Avait reçu la croix de Bernard même ,
De cet abbé notre oracle suprême ,
Et qu'il allail pariii- pour les saints lieux.
Avec labelleet tendre Éléonore,
Mille barons et vingt prélats encore.
Frappé du bruit de ce départ fameux,
Je vends mon bien , et d'iuie âme enflammée,
Piès de Paris je vais joindre l'année.
Elle partit au reloue du printemps;
Le i-oi Louis marchait à notre téta,
Et les soldats, les chefs impatiens,
Du monde entier embrassaient la conquête.
Mais bien siuvent quand le ciel est .serein ,
A l'horizon .se prépai'e l'orage.
Hélas ! bientôt la misère , la faim ,
Et la fatigue et la iièvi-e et la rage ,
GEOFFROI RUDEL
Sur noire arince exercent leur ravage.
Kous arrivons ici pâles . dérails,
Et noire camp, jamais je ne l'oublie,
Était semblable à ces bois , à ces prés,
Qu'ont ravagés les autans et la pluie.
J'étais mourant ; la fîévre et tous ses feux
Me dévoraient ; à nioi-ménie odieux ,
Je périssais à la fleur de mon âge.
Le roi L uis, prince aussi bon que sage,
Me fît loger chez un Gi'ec médecin ,
Hojnme savant et surtout très humain.
Après vingt jours d'un repos nécessaire,
Ce roi pieux traversa l'Hellespont ,
Brûlant d'aller porter le feu , la guerre.
Chez l'ennemi de la religion.
Riais ce bon roi , malgré la prophétie
De saint Bernard , vit sa gloire flétrie ,
Ses lis foulés aux pieds du Sarrasin.
Mais pour moi-même, nn astre plus serein
Vint embellir mon heureuse existence.
Mon cher docteur cultivait en silence
Dans le .secret la plus belle des fleurs ;
C'était sa fille ; une grâce touchante.
Des yeux charmans lui gagnaient tous les cœurs.
Jeunes tous deux , doués d'une âme aimante
Et d'un cœur pur , ensemble tout le jour ,
Sans y .songer, nous conm'inies l'amour;
Mais égarés dans ce nouveau délire,
INnus nous aimions sans jamais nous le dire ;
Et l'amitié nous prêtant sa couleur ,
J'étais son frère, elle devint ma sœur.
Mais mon cher hôte, en sa philosophie,
Père prudent, sur nous avait les yeux.
Un jour voyant ma santé rétablie ,
Lorsque l'aurore à peine ouvrait lescieux.
Il vint à moi , me demande et m'appelle;
Me dit ; • Allons jouir de la fraîcheur.
Le ciel est pur, la matinée est belle. »
Et nous sortons: je le suis tout rêveur.
De son coté, lui marchait en silence;
Il parle enfin, me dit : «Entendons-nous:
!Ma chère enfant, comment la trouvez-vous?
— Qui, moi?— Vous-même.— Aux attraitsles plus doux,
Théis unit esprit, grâces, décence.
— Elle vous plait ? — Elle plait , je le crois,
A tout le monde.— Eh bien , je vous la donne.
• — A moi, monsieur? — A vous-même en personne;
Vous êtes pauvre? — Oui; j'avais autrefois
Un vieux château, mon unique héritage;
Je l'ai vendu pour le-s frais du voyage ;
Mais en chemin mou trésor s'est (ondu.
J'ai pour tout bien mon cheval et mes armes.
— C'en est assez ; moins d'or , plus de vertu ;
Sur l'avenir soyez donc sans alarmes. »
De ce récit abrégeons la longueur;
Pendant douze ans j'ai rêvé le bonheur.
Mais des humains telle est la destinée,
Il faut payer ime belle journée ,
Par une vie au malheur condamnée.
J'ai vu périr , presque au même moment ,
Mon cher docteur, ma fennne, mon enfant.
l'onrquoi venir un momeni sur la terre?
Pour exister dans les pleurs, la misère.»
RucUl, qui veulléisaycr, le distraire,
L'interrompant, s'écrie : «Ouvrez les yeux.
G mes auiis , c'est nn bien que la vie!
Voyez le ciel , ce soleil radieux ,
Ces jeunes fleurs, cette riche verdure.
Ce frais ruisseau roulant une onde pure ,
Ces bois touffus , ces ombrages charmans ;
Ce rossignol, ceso'seaux, peuple aimable,
Chan ant l'amour , les charmes du printemps ;
Voyez ces fruits, délices de la table,
El ce nectar de Chypre et de Lesbos.
Ah ! buvons-en , et noyons dans nos verres
Nos vains soucis , nos travaux , nos misères. ■
Le troubadour .soudain, après ces mots,
Prend un flacon et verse l'ambroisie;
Et chacun boit ; le vin monte aux cerveaux.
Edmont lui-même, oubliant tous ses maux,
Convient qu'il est de beaux jours dans la vie,
Que le plaisir est un bienfait des dieux.
Bientôt après cette charmante orgie.
Le doux sommeil descendit sur leurs yeux.
Le lendemain, lor.sque Pho.sphore aux deux
Du dieu du jour annonçait la présence,
Edmont mena ses hôtes dans Byzance,
Pour voir ces murs bâtis par Constantin :
« Cet empereur , leur dit-il en chemin ,
Ce grand fantôme, étonnaut assemblage
De cruautés, de vertus, décourage,
Pour mériter nn honneur immortel ,
Fit élever Byzance .sur un songe (30),
Soit vérité , soit peut-être mensonge. »
Edmont parlait encor lorsque Rudel (31)
S'écrie et dit : « Voilà Sainte-Sophie!
— Oui, dit Edmont, monument éternel
Que sur ces bords éleva le génie;
Nous le devons au grand .lustinien ,
Monarque heureux, législateur habile,
Mais dur , jaloux , vieillard 1res dirficile ,
Roi fanatique et barbare chrétien. »
Geoffroi Rudel contemplait, extatique,
L'immensité de cette basilique ;
Il admirait ce dôme audacieux.
Vaste, étonnant , suspendu dans les cieux;
Il contemplait ces superbes colonnes
De marbres \evts, blancs, noirs, rouges et jaunes
Qui s'élevaient , régnaient tout alentour.
• Ah ! s'écria ce pieux troubadour ,
Oui , c'est d'ici, de ce beau sanctuaire,
Que droit au ciel doit monter la prière! •
Ah! quel serait ton deuil, ton désespoir,
Sage Rudel, si tu pouvais prévoir
Qu'un jour viendrait que des Scythes sauvages.
Qu'en sa fureur l'enfer semble nourrir
Heureusement que de sombres nuages (32) A nos regards dérobent l'avenir.
Le preux Rudel et le jeune Isidore , De plus en plus de ce beau temple épris. Et regardaient et regardaient encore.
Alors qu'Edmont leur dit : « .Mes chers amis, Le temps nous presse, allons voir le Bosphore, Nous promener sur ce canal fameux. ■ Avec plaisir ils acceptent tous deux.
D'un pas léger iiscouient au rivage; Un grand baleau parc d'un vert feuillage, D'iui beau tapis, an port les attendait.
CHANT HUITILME.
Quatre rameurs, tous à la fleur de l'âge,
VÉlusde blanc, des fleurs sur leur bonnet,
Prenueiit la rame , et leur effort rapide
Les fait voler sur la plaine liquide.
Dieux ! qutls lalileaux , quels sites enchanteurs!
Des deux cotés la féconde nature
A déployé ses plus riches couleurs ;
Là, des coteaux couronnés de verdure,
Ici , des prés couverts de mille fleurs ,
De beaux jardins, de jolis ermitajjes
Où le mystère, au lever d'un beau jour,
Mène souvent le plaisir et l'amour.
Et quelquefois les savans et les sa^es.
Mais quel speclacle amusant et nouveau
Charme Rudel et le jeune Isidore! *
Deux cents dauphins entourent le bateau (33);
On les voyait nager, bondir sur l'eau
Et dans la mer se replonger encore.
Puis reparaître et jouer sur les flots
Aux cris bruyans des joyeux matelots.
' Ah ! dit Rudel, bien nourri de sa fable.
Vous vous trompez : ces énoiines poissons (34)
Sont de la mer les antiques Triions. .
Il ajouta, dans son délire aimable :
« C'est cette mer, c'est ce canal fameux
Que cent héros, guerriers ambitieux.
Castor, l'ollux et le vaillant Alcide
Ont traversé pour aller en Colchide,
Du bélier d'or conquérir la toison. »
Trop tôt Phébus termina la journée.
Les deux amis, conteus de leur tournée,
Le jour éteint , revinrent chez Edmont,
Espérant bien le lendemain encore
D'aller revoir les Triions du Bosphore.
Mais le Génois, leur (idèle patron ,
Leur lit savoir par son premier pilote
Çu'il partirait le lendemain .sans faute
Pour la Syrie et pour Ptolémais.
Ce prompt départ fâcha les deux amis.
La nuit s'écoule. A la nai.ssante aurore.
Le preux Rudel et le comte Isidore
Déjà debout, à ce noble Français
Font leurs adieux avec bien des regrets.
En lui jurant une amitié .sincère;
Cet aimable bote , en leur sautant au cou ,
Leur dit : > Un jour nous nous verrons, j'espère.
Aux bords du Slyx, ou bien je ne sais où. •
Les adieux faits, ils le quiltent bien v.te,
Vont s'embarquer. Que la belle Amphitrite,
Le vieux Neptune et Pollux et Castor
Mènent la nef heureusement au port !
Ces dieux marins écoulent ma prière;
Et le vaLsseau sur les flols aplanis (35)
En peu de jours vint à Ptolémais.
Plolémais! cité puissante, altière,
Que défendait une épaisse barrière
De hauts remparls, de mainle et mainte tour.
On y voyait régner tout alentour
Un grand cordon de collines riantes.
Puis un vallon -, fertile et beau pays ,
Où le Bélus, entre des bords fleuris.
Promène en paix ses ondes transparentes.
Gui Lusignan , chargé d'ans et d'ennuis,
Par le Soudan chassé de l'Idmnée,
Devant ses murs commandait notre armée.
Geoffioi Rudel, ainsi que son ami,
Par ce bon roi fut très bien accueilli.
Depuis vingt jours ce camp était tranquille.
MaisSaladin, guerrier expert, habile.
Plein de valeur, prince grand , généreux ,
Pendant la nuit , sous un ciel ténébreux ,
Mena sans bruit son armée aguerrie
Pour attaquer les chrétiens endormis :
Ainsi qu'un loup qui , vers la bergerie,
Où dort en paix l'innocenle brebis,
Marche à pas lents , prèle l'oreille , épie.
Observe tout. Mais au lever du jour
L'air releiititdu fracas du tambour.
Des sons du cor, des trompettes guerrières ,
Des cris d'Allah ! Saladin s'avançait
Rapidement. La garde des barrières.
Qui nuit et jour aulour du camp veillait.
L'apercevant, l'annonce, cric : aux armes!
A ces clameurs le soldat en aljrmes
Quitte la tenle et court sous ses drapeaux :
Tous les croisés deviennent des héros.
Chaque parti se bat avec furie ;
Aux cris affreux des blessés , des mourans ,
On voit dans l'air l:i colombe chérie
Et cent oiseaux s'envoler tout Ircmblans.
Les chevaliers de France et d'Ausouie,
Sous leur cuirasse et leur casque de fer,
Épouvdiilaieut les .soldats de l'Asie;
Et, croyant voir des monstres de l'enfer.
Tous ils fuyaient, et déjà la victoire
Offre aux chrétiens les palmes de la gloire.
Mais Saladin, plus grand dans le danger,
Plus Iroid , plus ferme au milieu de l'orage ,
Observe tout; et, semblable au berger
Dont le troupeau , frappé du cri sauvage
De quelque loup , se disperse et s'enfuit;
Le malheureux l'appelle et le poursuit.
Et le ramène entin au pâlurage ;
Tel Saladin ramené ses soldats.
La pâle mort , le démon des combats
De Ions cotés exercent leur furie ;
Sur le gazon , sur la verte prairie.
Un sang impur déjà coule à grands flots.
Dieu des chrétiens, protège nos héros!
Gui Lusignan, courbé sous la vieillesse,
Veut résister, rappeler sa valeur ;
Mais le Soudan, riant de sa faiblesse,
L'altaque , frappe et lui perce le coeur.
Dieux ! que de morts ! li terreur ! ô surprise !
Quatre prélats, ornemens de l'Église ,
Quinze barons, deux fils de Lusignan
Sont égorgés par le fer musulman.
Le preux Rudel et le comte Isidore,
Dans le combat plus réunis encore.
Se signalaient , combattaient vaillamment.
Se soutenaient et veillaient l'un sur l'autre.
Tendre amitié, quel pouvoir est le votre!
Tels aulrefois, deux amis, deux Thébains ,
Soldais élus de la troupe sacrée.
Tons deux liés par une foi jurée.
Dans les combals unissaient leurs destins.
Et l'un pour l'autre offraient, donnaient leur vie.
Mais la vicloire, hélas! abandonnait
GEOFFROI RUDEL
Les étendards du Christ et de Marie.
Sans roi, sans chef, les chrétiens reculaient,
Marchaient sans ordre , on plntôt ils fnyaient.
Le preux Rudel , le jeune époux d'Isaure
Suivent la foule en comballarit encore;
Mais le vicomte, en ce péril pressant,
Couvert de poudre et tout souillé de sang,
Se défendant avec force et courage ,
Est entouré de quatre Sarrasins.
11 périssait ou tombait dans leurs mains ,
Lorsque Rudel , ah ! pour lui quelle imaee !
Voit .son danger, et vole à son secours.
Comme un lion afi aîné de carnage ,
11 les combat, il prodigue ses jours.
Frappe de mort un émir qui le presse ;
Le reste alors s'enfuit avec vitesse.
Les deux vainqueurs, dans leur douce allégresse.
Versaient des pleurs, s'embra.ssaient tendrement;
Mais leur botiheur ne dura qu'un moment.
Rudel avait une grande blessure
(Ju'il ignorait; il vit son sang jaillir
Et fuir son âme à travers son armure :
Le jeune comte avec lui va périr.
Heureusement des croisés arrivèrent ,
Et dans le camp tous deux les emmenèrent
Sur leurs chevaux, et par un prompt secours.
Du beau Rudel conservèrent les jours.
Mais quel tableau, Dieu! quel spectacle horrible
Offrit la plaine à l'oeil épouvanté.
Le lendemain de ce combat terrible!
ici sur l'herbe un amas infecté
De mille morts ; plus loin sous cet ombrage
tt sur des fleurs, des bras, des pieds, des mains
Coupés , sanglants; épouvantable image
De la fureur , des crimes des humains.
D'oiseaux de proie un immense nuage.
Corbeaux , vautours et ^ ieux loups aguerris
Se repaissaient de ces tristes débris.
Mais un lleau bien plus terrible encore.
Un monstre affreux échappé des enfers,
Monstre affamé qui dans un jour dévore
Un peuple entier, empoisonne les airs;
Sœur de la mort , la hideuse famine ,
Qui s'exhumait , sortant de .son cercueil,
Couvrait le camp de larmes et de deuil.
Des cuirs, des peaux , des rats, quelque racine.
De notre armée étaient les alimens ;
Le vieux guerrier, la jeunesse rperdue,
Tout souffre et meurt ! Le camp n'offre à la vue
Que soldats morts , que cadavres vivans.
Arrélons-nous; ma plume se refuse
A retracer ce tableau déchirant.
D'un voile noir, chaste sœur, 6 ma muse!
Couvre aujourd'hui ton front calme et riant.
Le jeune époux de la charmante Isaure,
Du preux Rudel le généreux rival.
Fut attaqué de ce fléau fatal ;
Un noir poison , la fièvre le dévore ;
Près de son lit le tendre troubadour
Le consolait, le veillait nuit et jour
Soins superflus ! hélas! la destinée Avait marqué sa dernière journée.
«Ah! s'écriait ce généreux guerrier.
Si je mourais au champ de la victoire,
Le front orné de quelque beau laurier;
Mais je péris et sans nom et sans gloire!
Mon cher Rudel , 6 digne chevalier,
Je l'avouerai , je regrette la vie ;
Un nom illustre, une femme chérie.
De la fortune, à la Heur de mes ans,
Ciel ! tout m'échappe ! » Après quelques momeus
Il se soulève , et dit qu'il veut écrire.
Il écrivit ,1e billet cacheta ,
Puis aussitôt à Rudel le donna ,
En lui disant, avec un doux sourire :
" Il est pour vous; mais vous ne l'ouvrirez
Qu'après ma mort. J'y compte. Vous pleurez!
Mon cher Rudel, consolez-vous , de grâce!
Je meurs tranquille : au ciel je me soumets; ^
Mon œil se trouble ; hélas ! le jour s'efface. ' '
Où suis-je, où vais-je? Adieu , c'est pour jamais!
Ensuite, après une longue agonie,
H expira. Rudel, presque sans vie.
Resta deux jours sans loucher le billet;
11 l'ouvre enfin. Trop aimable Isidore,
Ame sensible ! A soi épouse Isaure
Ce dernier mot, cet écrit s'adressait :
« Je vais mourir , doux objet que j'adore ,
0 digne épouse! et meurs avec regret;
Pour toi , par loi, je chérissais la vie ;
Mais en mourant , je veux, ma chère amie,
Et ton bonheur et celui d'un ami :
Donne à Rudel , jadis de toi chéri.
Ton cœur, ta main, c'est moi qui t'en supplie!
Mais souviens-toi , jusqu'au dernier moment,
Du jeune époux qui meurt en l'adorant. «
Tendre Rudel, quelle fut la surprise,
Rt de ton cœur le trouble intéressant ,
Lorsque tu lus ce billet étonnant?
Oui , tu pleuras; mais parle avec franchise,
Un peu de joie , un espoir de bonheur
Vint se mêler à ta juste douleur.
Dans ce moment, Philippe, roi de France,
Et ce fameux Richard, roi d'Albion ,
Tous deux grands rois, rivaux d'ambition,
Rivaux d'états, de gloire et de vaillance,
Chassant du port les vaisseaux ennemis,
Ont débarqué devant Ptolémais.
Pour conserver toute sa renommée,
Rudel, fidèle au devoir, à l'honneur,
I\e voulut point abandonner l'armée.
Qu'il n'eût pu voir sur la ville enflammée
Rriller la croix et Kt lis du vainqueur.
Après un an de combats, de carnage,
De trente a.ssauts et de traits décourage,
Ptolémais , couverte d'un long deuil ,
Vit s'écrouler ses murs et son orgueil.
Dès que Rudel vil briller dans la ville,
Avec nos lis , la croix de l'Évangile ,
11 s'embarqua, glorieux, plein d'ardeur,
Pour le beau port où jadis Madeleine
Vint aborder avec Marthe sa sœur.
Rudel voguant .sur la liquide plaine,
Du vif Rorée accusait la lenteur ;
Et pour hâter le jour de son bonheur,
Il eût donné trente jours de sa vie.
Pauvres humains! telle est votre folie.
Sur l'avenir appuyant votre espoir.
CHANT HUITIÈME
Dès le malin vnns désirez le snir.
Mais le vaisseau sur la nier d'Ionie
Voguant , léger «oinme un jeune Triton ,
Rasa bientôt les bords de la patrie
Et d'ArebIniède et du sage Hiéron.
Mais quel spectacle ! et dans l'air quel orage
Frappe de crainte et d'admiration,
Les passagers, Rudel , tout l'équipage!
Des louibillons de pierres et de feux
Avec fracas s'élancent dans les cieux ;
De ce beau ciel la voûte est entlaniniée,
L'ile n'offrait que ceudies et fumée ;
Le matelot s'écriait que l'enfer
Se déchaînait et s'élançait dans l'air.
Rudel, trouvant cette scène admirable,
Riait tout bas, et leur disait gaiment :
« Dessous l'Etna , sous ce mont redoutable (36),
Est un énorme et farouche géant ;
Quand il se tourne, ou s'agite, ou respire,
La terre tremble, et sa bouche vomit
Ces feux qu'on croit sortir du sombre empire.
Mais le vent souffle et le navire fuil,
Aborde, au mois où la vigne milrit.
Dans le beau port de l'antiiiue Phocée.
Point n'y re.sta ; son unique pensée
Est de partir soudain pour Tarascon ,
Et d'aller voir la charmante Isabelle ,
La consulter, ainsi que Mauléon,
Sur son hymen, sa conduite nouvelle.
H fut reçu de ce couple fidèle
Ainsi qu'un frère, un fils de la maison.
Après avoir donné des pleurs encore
Au triste sort du charmant Isidore,
Rudel pria i\laulé(>n instamment
D'aller porter à cette belle Isaure,
De son époux l'écrit noble et touchant;
Ce qu'il promit. Au lever de l'aurore ,
Le lendemain sans délais il partit.
isaure était au château de .son père.
Et Mauléon, de sa jument légère
Hâtant le pas, arrive avant la nuit;
Dans ce château s'annonce , s'introduit ,
Donne sa lettre à la veuve Isidore.
Elle la lit avec attention,
Rêve un moment, puis dit à Mauléen:
«Je ne puis pas le recevoir encore.
Laissons au temps sécher les pleurs d'isaure;
Un jour viendra, peut-être plus heureux:
Vous lui direz que je le félicite
De son retour, surtout de son mérite,
De sa valeur, de ses faits glorieux. •
Après ce^mols, Mauléon la salue,
S'éloigne et part. Rudel , d'une âme émue ,
Impatient, attendait son retour.
Mais la réponse et le délai d'isaure.
Blessa son cœur, attrista son amour
Très vivement ; et plus épris encore ,
11 veut demain , dès le jour renai.ssant.
Aller lui-même implorer la comtesse.
!l dit, .se levé, et la cloche appelant
Tout le bon peuple à la première messe,
Il va l'entendre et prier le Seigneur
De l'exaucer, de bâter son bonheur.
Et de fléchir le c<i;ur de sa maîtresse.
Ensuite il part plein d'ardeur ef d'espoir. Toujours trottant , il arrive le soir Près du château d'isaure, heureux asile; Il attendait, caché sous des ormeaux, Que le sommeil répandit ses pavots , L'oubli des soins , sur la terre tranquille ; Alors il va chanter sous le balcon Les vers suivans, retrouvés, nous dit-on, Dans un couvent des moines de Salon.
PREMIER CODFLET.
Doux sommeil , couvre de tes ailes L'aimable objet de mon auioiu'; .Songes rians , songes lîdèles , Venez près d'elle tour à tour.
.Songes, offrez- lui mon image, A ses genoux présentez-moi ; Amour, parle-lui mon langage.
Dis-lui : > .le ne vis que pour toi. •
DECXIÈME COUPLET.
En combattant dans la Syrie,
Près d'un grand prince et pour mon Dieu,
Isaure fut toujours chérie,
Mon cœur brûla du même feu.
Assez long- temps dans la souffrance
.l'ai vu couler mes plus beaux ans.
Ouvre Ion cœur à l'indulgence
El prends pitié de mes tourmens.
TKOISlilUE COUPLET.
Un doux baiser dans un bocage Me fut donné , tu le sais bien ; Ce doux baiser élait le gage De Ion amour, je m'en souvien.
Daigne embellir ma destinée ; L'amour, les anges sont pour nous; Viens â t'auul de l'hyménée, De fleurs couronner ton époux.
Dans ce moment on ouvre une fenêtre :
Un billet tond)e aux pieds du troubadour : Il le saisit, et sous un loit champêtre Il va le lire aux premieis traits du jour: «Je me rendrai chez l'aimable Isabelle, A Tarascon , le jour de Saint-Michel.
Avec plaisir mon cœur voit que Rudel, Counneâ la gloire, à l'amoui- est fidèle.» Brave Rudel, dis, quel fut Ion bonheur. Lorsque tu lus cette lettre d'isaure?
Il la baisa trois fois, tiois fois encore. Et puis la mil , l'appliqua sur .son cœur. Au jour marqué, la comtesse Isidore, L'après-dinée, entra dans Tarascon.
Dieu ! quel éclat! c'était la jeune Aurore, Sons un ciel pur montant sur l'horizon ; Jamais Rudel ne la vit aussi belle.
L'aimable Isaure admirait à son lour L'air martial, cette vive pruiielle, Ce teint bruni du vaillant troubadour.
L'hymen se fit avec magnificence :
Festins et bals, tambourins, violon, Chanleurs, jongleurs, enfans de la Provence, Nobles, bourgeois, enfin tout Tarascon, Peuple joyeux, assistaient à la fête.
L'heureux Rudel , ravi de .sa conquête.
Baisait sa main , la dévorait des yeux .
NOTES DE GEOFFROI RUDEL
El l'embrassait, et rendait f,râce aux deux De son bonheur. 0 louchant hyménée!
Que tes liens sont doux , délicieux ,
Lorsque ta main et pure et fortunée , Au nom d'un Dieu sur l'autel descendu , Avec l'amour couronne la vertu !
NOTES DE GEOFFROI llUDEL,
CHANT PREMIER
( 1) Je voudrais bien qu'un sage et prompt concile Vint rétablir l'usage de jadis, Et que 1 on put, j'en vivrais plus tranquille, Se confesser à l'un de ses amis !
Du temps de Conslanlin , on se confessait publiquement ; mais la confession d'une femme qui avoua ses liai.soiis avec un diacre fil ces.-^cr celle confession publique. Lrs juifs se confessaient les uns aux autres, ainsi que les premiers c'.îreiiens. Saint Ctirysoslôme dit: "Confessez- vous conlinuellemcnl à Diru." Chacun sait que .loinvillo rapporte que le connélalile de Chypre se confessa à lui, el qu'il loi donna l'absolution, selon le droit qu'il en avail. On pri'lcnil que la confession auriculaire ne fut établie en Occident que vers le septième siècle, et que ce furent les abbés qui exigèrent que les moines se confessassent à eiix. On assure qu'alors les abbrsscs confessaient leurs religieuses; mais leur extrême curiosité les fil priver de ce droit.
(2) Et le légat, oui pendant cette fête ,
Dans sou palais donnait un grand festin.
Les Albigeois, que l'on appelait Bons-Honuiies , à cause de leur simplicité, nu Manichéens, nom que l'on donnait à Ions les hérétiques, avaient adopté les crnui'S de Wiclef ; Innocent ill, ((ui faisait ti'cmbler l'Europe, résolut d'exterminer ces pauvres Albigeois; il lança d'aburd les foudres de l'Église, sodeva les princes contre eux, mil à la télé des croi.sés (car c'était aussi une croisade ) Milon , son légat , et Simon de Montfoi't : on déclara la guerre .t Raymond, comte deTouloUNC; pour obtenir son pardon, il fallut qu'il fil une amende hono rable. Il parut a Valence, à la porle d'une église, nu jusqu'à la ceinture, nu-pieds, nu-jambes, revêtu d'un simple caleçon, la rorde au cou : un diacre le foueUait, tandis que le légal tenait un bout de la corde. Dans la ville de Béziers , tons les liabilans réfugiés dans une église furent égorgés; au siège de Lavaur, les assiégés fuient faits prisonniers : qualre-vingls chevaliers et le seigneur de celte ville furent pendus; on jeta dans un puiis la sncur du seigneur de Lavaur; et trois cents habilans, qui ne voulurent pas abjurer leur croyance , furent pendus autour du puits.
Quis talia fando Tcmperet a laerymisP
CHANT DEUXIEME
(3) Jacque accueillit d'une manière affable Notre héros; il l'admit à sa table, A ses loisirs, à ses dévotions.
.lacques d'Arragon fut un grand roi : il élait belliqueux, grand capitaine, ctconquil Minorque el Majorque et le royaume
de Valeuce; il eut toujours une passion extrême pour les femmes. Au lit de mort, il se Hl revêtir de l'habit de Citeaux , et fit vo'u de mourir dans le cloître, si Dieu prolongeait sa vie.
(4; Le musulman , de vengeance altéré , Mur .sou rival assène un coup terrible, Eu lui criant : « Idolâtre abhorré, etc.
Les Turcs nous accusent d'idolàlrie , parce que nous rendons un culte aux images des saints.
(5) Le fait asseoir entre un dominicain. Son aumouier, et sa chère maîtresse.
Le duc de Guyenne , frère de Louis XI , soupail a\ ec sa maîtresse et son confesseur loj-squ'il fut empoisouué.
(6) El le bon moine, aimable en sa saillie. Dit qu'il voudi'ait qu'un miracle nouveau. Comme à Cana , chan;;eât l'eau d'ibérie En ce nectar qui rit dans le cerveau.
C'est à Cana, ville de Galilée, que .lésus, étant il des noces, opéra ce miracle; Cana n'est aujourd'hui qu'un village habile par les Turcs , qui ont fait bàlir une mosquée sur la maison même où se Ht celte noce.
(7^ C'est lui qui fait tomber dans son courroux, Au son des cors, les remparts d'une ville , Et fait pleuvoir des lorrtns de cailloux Sur une année à son culte indocile.
Josué, poursuivant cinq rois qui fuyaient devant lui, le Seigneur, pour achever de les exterminer, fit pleuvoir sur eux une grêle de grosses pierres.
(8) JesuisnéGolh, mesaieiix sont ariens.
Ou bien plutôt comme vous sont chrétiens; INolre croyance en un .seul point diffère.
Arius était Africain ; c'était un homme ambitieux, éloquent, de mœurs austères; sls erreurs agitèrent sa vie; il fui excommunié , obligé de se cacher, protégé par l'empereur Constantin , qui , dii -on , embrassa ses opinions. Arius soutenait que le fils de Dieu élait uneciéalure humaine, susceptible de venus et de vices : on répandit le bruit qu'il élait mort en rendant ses entrailles. Les Goths cl les Visigolhs adoptèrent ses principes.
(9) Un archevêque, un prêtre factieux Les attira, favorisa leurs armes.
On prétend quelaCava, fille de Ju'ien, gouverneur de Ceula, et nièce de l'archevêtiue Oppa , avail inspiré une passion violente à Rodrie, roi des Visigotbs en Espagne, el que ce prince n'ayant pu la séduire , employa la force el la viola , el que son père el son oncle l'archevêque, animés par la vengeance, ap-
NOTES DE GEOFFROI RUDEL
pelèrent les Maures en Ksp.igue.
perdit la bataille et la \ ie.
rindiii', cil les combattant,
(10) A la mosquée un museiin iiiius appelle, C'est vendredi ; tout Maure, tout fidèle Est obligé , par les lois du Coran , De s'y trou\ er, el même le sultan . . .
Mahomet étant monté au eiel sur la jument El-Borack , conduit par l'ange Gabriel, vit Adam, Moise, Aaron, Joseph, et Dieu , qui lui ordonna de prier ein(iuanle fois par jour ; le prophète , trouvant la chose impossible ou très diflicile , (it demander A Dieu , par Moise , de réduire ce nombre : Dieu , après mainte sollicitation, le borna à cimi lois. «Maboniel , dit un autre Arabe, jeune encore, ayant fait un voyage eu Syrie , quand il traversait les déserts d'Arabie , un ange, pour le garantir des rayons du soleil , étendit ses ailes sur lui. » 1,'archevéque .Jacques Voragine a rempli sa Légende dorée de .semblables merveilles, ainsi que le jésuite lÀibadeneira , la Fleur des Saints.
(1 1) Être puissant! oui , mon cœur me l'assure, Le plus beau culte à tes re^-jards divins, C'est la vertu, le pardon de l'injure, La bienfaisance et l'amour des humains.
Lesdiguii'res et Turenne ehaiigèreni de religion par des motifs d'ambition; le comte de B(*nneval disait que c'était pour aller au paradis en pantoufles et en robe de chambre : Roilric me paraît plus excusable.
Mais renoncer au Dieu que l'on croit dans son cœur. Est le crime d'un lâelie, et non pas une erreur.