‹ Œuvres complètesChapitre 368 sur 416 · A ÉGLÉ · texte numérisé non relu

A ÉGLÉ

Qui mail reprocha à l'auleitr de n'être pas toujours raisonnable

On peut être loujours aimable;

En vous voyant j'en fais l'aveu;

Mais la raison est variable,

El lient beaucoup au temps, au lieu.

Seul , je raisonne comme un livre ;

Dans ma chambre j'apprends à vivre.

Je suis Calon devant mon feu ;

du

POÉSIES

Mais ù tab'e, pr s de l.esb'e.

Quand les lia\aii\ sont suspendus, Quand l'ajuitié, (|ni me ronvie , M'offre la coupe de Bacclius , Alors, Étjlé.de la Folie Je mels le masque sur le front, Et ma Kai(esse , que j'oublie , Va se noyer dans im flacon.

Tel, quand l'hiver nous abandonne Et que Flore à peine renail , Phébus lanlôt perce et rayonne, Tanlot s'éclipse et dispaiait.

Lorsque je lis nos politiques , Kos îjraiids journaux sentencieux , Je pense et raisonne avec eux ; Je fais des cours diplomatiques; Avec Platon je n.oate aux cieux , Et je bâiis des républiques

Pour le bonheur de mes neveux.

Si des Français , souvent comiques ,

Mais quelquefois un peu trar,iques ,

Je lis l'hisloireet les erreurs.

Je ris tout bas de leurs sottises.

De lanl de folles entreprises ;

Mais je pleure sur leurs malheurs,

Si l'on me parle de la gloire,

De ftrands combats, d'assauts brillans

De vuigt nulle morts ou mourans.

Et des transports des snrvivans,

Buvant et chantant la victoire

Sur des cadavres tout sanglaiis ;

Je dis alors, censeur sévère :

Heureux celui qui vit en paix

Sous l'humble toit de sa chaumière :

Qui , dédai,",nant les faux attraits

De cette gloire meurtrière.

Dans sa paisible obscurité ,

Sans bruit , achèi e sa carrière,

Et, content du bien qu'il peut faire,

De la souffrante humanité

Soulage en secret la misère !

Est-ce l'implacable vautour.

Ou l'aigle allier et sanguinaire.

Qui des paslem's , de la bergère ,

Sont les délices et l'amour?

Non ; c'est la tendre tourterelle,

Hôte aimable de nos forêts ,

Ou la touchante Philomèle,

Chantant l'amour et ses bienfaits.

Lorsque je vois tant de Pindares

En cheveux blonds , en cheveux blancs.

Toujours rêveurs et haletans

Pour aligiier des \ers bizarres

Et de grands mots , vides de sens.

Je réfléchis , et je m'exhorte

A fuir un .semblable travers.

Mais ici mon di'mon l'emporte :

Le leiideiDain je fais des vers.

Qua id j'observe cet hoinme blême.

Triste disciple d'Harpagon .

Entassant, par un faux système,

Or .sur or, mois.son sur moisson.

Fêtant le jeûne et le carême

Toute l'année en sa maison :

Je pense alors , j'agis en sage ; De ce v'eux fou je prends congé, El je m'enfuis dans mou ménage.

Pour vivre heu; eux du peu que j'aj.

Je suis encor très raisonnable, En voyant cet ambitieux Karaper. toujours insatiable, Dans le palais des demi-dieux; Qni dupe d'une erreur vulgaire, Épris dune fausse grandeur.

Fuit sur le dos de sa chimère Le doux repos et le bonheur.

Hélas! jadis j'avais moi-même.

Dans une éclipse de bon sens , Attaché le bonheur suprême A des hochets, au titre, aux rangs Mais aujourd'hui , foi de poète.

J'aimerais mieux dans un hameau Garder un modeste troupeau , Avec panetière et houlette , Que de quitter mon doux loisir Pour être pape ou grand v izir.

Que si je vais chez Araminte, Sur qui pèsent dix fois cinq ans , Bonne maman , qui peut , sans crainte , Ouvrir sa porte aux jeunes gens; Alors moderne Xénocrate, Plus froid qu'un saint en oraison, Vous m'entendrez, comme Socrate, A madame parler rai.son.

Mais si le sort offre à ma vue Roses et lis sur un beau sein, Fraîcheur, de grâces revêtue , Un pied mignon , un œil serein , Esprit charmant, plein de finesse, Savoir modeste et douce humeur, Enfin tout ce qu'a d'enchanteur L'aimable objet de ma tendresse; Alors, autre cause , autre e'^fet.

Dans mes sens roule la tempête.

Et le coeur emportant la tête.

Le philosophe disparaît.

Eh ! comment blâmer le délire De qui pourra vous approcher?

Quel mortel pourrait s'empêcher De désirer ce qu'il admire ?

Est-ce ii vous qu'il sied de prêcher.

Quand voire grâce enchanteresse, Sans doute aurait fait délirer Jusqu'aux sept sages de la Grèce?

Vainement vous parlez sagesse; Vous savez bien mieux l'égarer.

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