A MADAME SOPHIE D
LE JOUR DE l'un 1818.
Quel jour heureux pour une belle
Ou , sous les ailes du plaisir,
l.'ami discret, l'ami tidele,
Près de ses lèvres vient cueillir
(e doux bai.ser qu'une cruelle
PeuC accorder .sans en rougir;
Le baiser pris , ou lui présenle
Uu cornel de bonbons choisis,
Que madame reconnai.ssaiile
Récompense d no doux souris.
Apres cela, uicusiei.r débite
D'autres douceurs , d'un moindre poids ;
Sur vos atlraUs on vous réciie
Ce qu'on a dit cent et ceiu fois;
Ces douceurs qui llailent l'oreille,
Ne valent pas le doux bonbon.
Etcependani cela reveille.
Le cœur lout bas ne dit pas non.
Mais les va'ux d'une bonne année,
Pour vous ne laris. eut jamais.
Que vous serez inioiiunee
Si jusqu'au ciel voul leurs souhaits.
Vous aurez beaucoup de richesse.
Un vain luxe, de vains lionneuis.
Une leuleet vieille jeunesse,
Et ses piai.irs trop seducieurs.
Quant a moi , pour sni\ re l'usage.
Voici les vœux qu'en homme sage
Pour vous j'adresse au roi des cieux.
Je lui dis donc, bon é suprême.
Pour Sophie écoule mes vœux.
Que sou esprit , loujours le même,
Ne baisse poini , n'auginenie pas ;
Car plus d'un savant 1res capable
Donnerait son grec, son fatras, Pour avoir son esprit aimable, Pour .sa raison doul je fais cas.
Je dis aussi. Dieu faiorable, Conservez-lui ce qu'elle en a , Beaucoup plus lui serait fiinesle.
Car malin doi'léur a dil déjà.
Que loule femme en a de reste, 'J'ant (|ue son cœur lui parlera Et que son minois fleurira.
De plus, je prie avec inslanre Le dieu de l'or, le vieux Plulus, D'éiarler de vous l'opulence.
L'amas des biens irop superflus.
Sous le toit de l'humble fortune, liahilent le rire et la paix, Et l'ennui joursuit , impiirlune Le riche o sif dans son palais.
Mais vraime:;t ma philosophie Vous Halle peu , je m'en doutais, Je m'en vais donc, belle Sophie, Former pour vous dauires souhaits.
Dans voséics, un doux ombrage Ou vous puissiez rêver au frais A vos amis, à vos projets , A quelque mode ou folle, ou sage, Qui doit relever vosallrails.
Dans un buudo r à double porte.
Dans I hiver, un foyer bien chaud, Où vous puissiez parler lout haut, Sans redouter (;ue r en n'eu sorle.
Encor deux mois et je finis:
F'a.ssent les .saints du paradis, Qu'enli e des bords toujours fleuris , Coulent vos heures ton un es; .Qu'un jour, sous le poid., des années Vous conserviez l'hilarité.
L'esprit ehaiiiiaiit, raméniié Qui foui briller voire jeunesse.
Et de plus que dans soi vaille an.s.
Vous fassiez dire une grand'inesse Pour vos défunts les soupirans.
A LA MÊME
Eli quoi! lu veux , jeune Sophie, Que me bornant â rainiiié, Sans ces.se auprès de loi j'oublie Tes yeux charnians, ton joli pied, Et loul ce que mon œil avide Découvre en loi J'allrails heureux.
Mais soit : ion ordre me décide, Je vais t'aliner comme tu veux :
Mais chacun aime à sa manière.
Suivant son cœur, selon ses sens; De rainiiie que je res.sens Voici quel est le caractère.
L'attrait de ce doux sentiment Me charme et me séduit sans peine, Surti ul lorsqu'un ob^el charmant Daigne en serrer l'aimable chaîne.
Apprends aussi, mais sans humeur, Certain caprice de mon cœur.
POÉSIES
Je viendrai voir, ma douce amie , Soir et malin , et plus encor.
Mais seul , tout seul , raison ou tort, Toul témoin niejjéne et m'ennuie.
Je dois encor, sans i:ul délour, Révéler toutes mes faiblesses:
De l'Amilié, sœur de l'Amour, J'aime infiniment les caresses, Les doux liaisers: cent fois par jour, J'embrasserai celle que j'aime ; De plus, sensible, un peu jaloux, Oui , je veux , en amitié même, Être aimé seul, c'est mon sj sterne; Il nie parait et sage et doux. Tel est mon coeur, chpre Sophie, Dans mes projets sois de moilié.
Reçois mes vœux, sois mon amie, El sur l'anlel de l'Amilié, Jurons d'aimer toute la vie.
A LA MÊME
O toi ! le charme de ma vie, Ma bien aimée, 6 ma .'Sophie!
Toi , qui des Ueurs de Ion printemps Pare l'aulomne de mes ans, Que je bénis ma destinée.
Le jour et l'heure fortunée.
Et la maison , les heureux toits, La terre où mon âme étonnée Te vit poui' la pieunère fois !
Jamais l'étincelle électrique, Fuyant de son tube magique, IN'a frappé si rapidement.
Soudain j'admirai Ion sourire, Ton doux parler, ton enjoilment.
Ce front où ton âme respire, Et je me dis ; Cent lois heureux Qui peut l'aimer, qui peut le plaire, Qui, dans un délire amoureux Jure à les pieds, d'un cœur sincère.
De l'adorer jusqu'à la mort !
Plus lorluné cent lois encor Si , tel que l'alieille légère Qui va cueillir au point du jour Le suc de la fleur demi-close , Il ptut sur la bouche de rose Cueillir le bai,ser de l'amour.
A LA MEME
Depuis huit jours , chère Sophie, Je vois s'envoler mon bonheur, Et la triste mélancolie Étend son voile sur mon cœur; Son retour en vain je l'implore , Les ennuis troublent ma raison.
Au bonheur de le voir encore Le chagrin mêle son poi.son.
Adieu, beaux jours, riante aurore, Ombrajses Irais, gazons naissans, Aimables Heurs , lillcs de Flore, Adieu , vous tous, objets louchans,
Jadis le charme de ma vie.
Mais aujourd'hui sans agrémens.
Rien ne me plaît loin de .Sophie:
Ah ! fusses-tu dans les climats
Où va se terminer le monde,
El qu'une mer vaste et profonde
Me sépare de tes appas.
Oui , jeune Sophie , oui , mon âme
Qu'amour emporle maigre moi,
S'eu va sur des ailes de flamme
Te suivre, exisler près de loi.
Là sur les pas erianl sans cesse.
Aux bois, à l'écho gémissant,
Je parlerai de ma tendresse.
De loi, de ton espril charmant;
Dans ton sommeil, dans la nuilméme,
Ouvrant doucement Ion rideau.
Je le dirai : • C'est loi que j'aime.
Que j'aimerai jusqu'au lombeau ; »
Pendant le jour si, sous l'ombrage.
Ton cœur entend quelque soupir,
Dis aussitôt ; • C'est lui , je gage.
Son âme est là sous le feuillage.
C'est elle que j'enlends gémir, j
Adieu , trop aimable Sophie;
Que les trois Grâces et l'Amour
Veillent sans cesse sur la vie.
Et l'embellissent tour à tour!
Moi dans une lenle agonie
Je dois attendre ton retour. ,, ,-