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AUX POETES

Heureux le mortel qui s'éveille.

Après un sommeil bienfaisant, Pour l'aire cequ'il fnlla veille.

Ce qu'il fera le jour suivant !

Dans une douce quiétude, 11 prend son thé, fait son repas, Ensuite lit, pour louie élude.

Son vieux joucual dil tles Débats.

Midi sonne, à son plan fidèle, L'heuieux Damon va sans délais Chez monsieur tel, madame telle, Parler du temps, de ses projets.

Et du jour chercher la nouvelle.

Mais du diner l'heure l'appelle.

Il vole chez Apicius, Où sont déjà nombie d'élus. Qui , vrais di.sciples de Bacchus, En buvant, disent à la ronde:

Que tout est bien dans ce bas monde.

On parle, on joue, et vers minuit.

Quand du repos l'heure est sonnée, Damon revient se mettre au lit, Content de lui, de son esprit , Et de l'emploi de sa journée.

Hélas! d'un enfant d'Apollon Que la vie est bien différente!

A peine l'aurore naissante Blanchit les bords de l'horizon Qu'il est debout, il versifie; Jupiter aurait beau tonner,.

Sa femme être en apoplexie,

POÉSIES

Qu'il ne saurait abandonner Le vers qu'eiifanle son génie :

Un démon l'obsède et le suit; Il rime aux champs, à table, au lit, Dans les bras même d'Aspasie.

Un temps tut on la Poésie, Levant son front ceint des lauriers Et des roses del'Ausonie, Marchait à côlé des guerriers.

Le Pactole dans la Phrygie, Pour les amaus de P0I5 mnie, Alors roulait son sable d'or.

Chéri des muses et du sort, Horace soupait chez Mécène; Convive aimable, ami sans gène, De son Kalerne il s'cniviait; Il avait plus, il possédait L'amitié, la Faveur du maître, Le ilatia beaucoup trop, fieul-étre; Mais pardonnons-lui son erreur :

Il célébrait son bienfaiteur. D'une auréole poétique, Jadis Ronsard fui couronné; A la gloire prédesiiné.

Son vers enflé du grec antique, Et du français bravant les lois.

Charmait les belles et les rois.

Mais tout change ; le grand Alcide Dans la Grèce n'a plus d'autel , Et le Capilole immortel Baisse aujourd'hui son front timide.

Pauvres rimeurs! si, comme nous.

Parfois vous écouliez aux portes, Vous apprendriez que sur vous On s'exprime d'étianges sortes.

"Comment! un pocine nouveau; Encordes vers! s'ecrie Ismene; (.'esta périr! Quoi! l'Hippocrène N'est pas à sec depuis fioilcau, Vollalre et le bon La Koniairie ! »

Monsieur Baldus, grand érudit, Et de plus même homme d'esprit, Dit à son tour ; « Quelle manie !

Qu'un poète me fait pilie!

Je crois le voir sur le trépied, Agité comme la pythie , Pour rimer, cadenccr des vers, Où le bon sens est à l'envers.

Qu'on me bhime on non, je préfère Perrault , ses ogres et ses chats , A tous ces ver.-v, enfaus ingrals.

Qui font gémir plus d'un libraire.- Mais aujourd'hui sur l'horizon EnSn s'élè', e voire ouvrage ; On le débile , o doux présage !

Mais voyez-vous pas Jean Frelon, Armé de sa longue lunelle , Qui lorgne vos vers imprudens Comme Lalande une planète.

Et méchamment vous inlerprète Pour faire rire 5 vos dépens , Et faire valoir sa gazette?

« Mais quoi ! répond certain rimeur, Ignorez- vous que l'on m'achète?

Demandez ù mon imprimeur,

A Michaud qui fait la l'ecelte,

A son confrei'e Lenorinant,

Si mon pouine intéressant

Res;e moisi sous sa corniche

Ainsi qu'un vieux .saint dans sa niche.

— Je sais que vos bi'illans écrits, Enfans d'une muse féconde.

Sont achetés par vos amis,

El par des femmes beaux-esprits.

Dont, Dieu merci, Paris abonde.

Mais voici ce qui vous allend :

Chacun vous lit d'un œil rapide.

Vous juge encor plus leslement,

Et puis vous prèle à loul venant;

De main en main alors sans guide,

Votre biochui e va roulant

Du nord au sud, comme un volant

Qu'Aglaé d'une main agile

Reçoit, repousse en .se jouant;

A son retour, meuble inutile,

On la loge lout au.ssil6t

Dans un rayon, là haut, li haut.

Où le poi iiic enfin tranquille,

De l'oubli goiUe la douceur.

Heureux cent fuis, l'aulcur lui-même,

S'il peut jouir de ce bonheur!

Tel est le sort de lout poème.

~ Mais vous qui raisonnez si bien.

Me dit tout haut monsieur Julien ,

D'un Alhénée heureux soutien.

Vous rimez cependant; que dis-je?

On vous imprime bieu ou mal ,

Et vos écrils, présent falal.

Inondent le Palais-Royal ;

Vous vous croyez donc un prodige?

— Non, monsieur Julien, je fais cas De mes vers, les ciois nécessaires, Comme les vers de Uubarlas,

Ou la Somme de saint Thomas; Mais chaque homme a ses mois lunaires; Us sont doubles pour les rimeurs :

Pendant les jours de mon délire, Malgré moi-même et les neu; sœurS, De grand malin je prends ma lyre; Je vais, je viens, m'agile, écris.

Et mon laquais croit que le diable Me lourmenle , comme jadis Il tourmentait ce roi coupable Que .Samuel avait béni.

Plus dune fois j'en ai gémi.

Il m'en sou\ ienl , mon pauvre père, Alors que ma muse légère Avait produit ode ou chanson , Soudain s'armait d'une baguette. Que l'on pouvait nommer bâton.

Et d'une ardeur très peu discrète.

Me poursuivait dans la maison, .

Criant : «Al tends, atlcnds, poète!

Voici , voici ton Apollon. ■ Hélas ! je crois le voir encore.

L'œil en feu , la canne à la main.

Mais il est tard ; je vais soudain Terminer mon épiire à Laure. •

PIECES FUGITIVES

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