A VOLTAIRE
A son arrUéc à Paris , en 1778.
J'ai voulu voir ce phénomène
Qui met Paris en mnuiement.
Ce dieu brillant de rilip|30crene
Qui nous revieni du firmament.
Mais un .Sui.sse à ti iple m.Ulioire,
A mon aspect .s'elfa oiichant :
• Votre nom , dit-il , proniplement ?
— Il n'e.sl pas pvoné par la gloire:
Je ne suis M .., ni Clément,
iSi Sabalier le transcendant.
Bien loin du lemple de iMénioire,
Par malheur et dans mon printemps.
Je soupire pour ma Délie
Des vers qu'elle trouve charmans ;
Je m'enivre de cei encens,
Et prefire, dans ma folie.
De ses beaux yeux les irails perçans.
Ses baisers acres el poigiuins ,
Aux palmes de l'Académie.
Mais 1res borné dans mes talens,
Jamais mon Apollon timide
N'osa rimer une hiroide,
Ilélas! ni drames larmoyans.
— L'ami , vous n'êtes pas des nôtres,
Dpgueriii>sez sans compliment.
— Mon cher, soyez plus indulgent:
Les dieux sont meilleurs que nous autres;
Ils ne veulent (pie de la foi :
So'ivenez-vrus que les apnires
Étaient ignoraus comme moi. •
EPIGRAMME
Zelmire parle, parle, et toujours ril et rit ;
D'oi] fui provient ce rire exiri'me?
Jen'ensaisrien, d'honneur; mais,Dieu!qu"ellead'esprit! i)i se connaissant bien , elle rit d'elle-uiéme.
PIÈCES FUGITIVES
A DÉLIE
Aimnns , ô ma chère Dt'lie !
Aimons jusques au derniei- jour; Cueillons, en passant, sur la ue.
Les fleurs léj;èi'es de l'Aniour.
Du ciel la bonté secourable Donna pour nousl'élre an plaisir, Et, pour le rendre plus aimable, Mit près de lui le doux désir.
Suivons tonjom-s sa pente aisée; Qu'il meure et renaisse toujours.
Et descendons dans l'Élvsee Portés sur le char des Amours.
Aimons pendant (|ue règne Flore, Aimons sous les leux de l'été, Et que l'hiver non* trouve encore Dans les bras de la Volupté.
Et si noire âme est immortelle.
Si nous voyons les so.nbres bords, Des vrais amans, parfait modèle, Aimons dans l'empire des morts.
A LA FORTUiNE.
O toi f|iie l'univers adore!
Qui d'un re;;ard fais nos destins, Fortune, à mon tour je t'imp'ore, Jette sur moi des yeux sereins.
Mais ne crois pas cpi'un bien frivole Allume ma cupidiié; Tout l'or que roule le Pactole ■yaul-il la douce pauvreté ?
Des bonneurs je fuis la chimère, Le bonheur n'est point à la cour; Aux vains coidoiis mon ca'ur préfère Un ruban donné par l'.Vmour.
Je veux une simple chaumière Que Phébus re,;arJe en naissant; Un petit bois que la lumière Caresse d'un rayon mourant.
Je veux qu'une onde fn;;ilive Baijsne mon ciiamp et mes trésors, Et que sa voix doiKC et plaintive M'invite à rêver sur ses bords.
Je n'aimerai qu'une maîtresse; C'en est assez, je n'ai qu'un cœur; Délie a fixé ma lendicsse.
Elle suffit à mon bonheur.
Et toi , Délie , âme céleslc.
Soutien , ornement de mes jours.
Accours, viens de mou toit modeste Faire le temple des Amours.
C'est 15 qu'an lever de l'Aurore L'Amour hâtera ton réveil ;
C'est là que mes baisers encore , Le soir suspendront ton sommeil.
Viens aussi dans ma solitude, Douce Amitié, pn fcnt des rieux ; Viens, les faveurs, l'amour, l'étude, Rendront mes jouro délicieux.
Fortune , écoute ma prière ; Dans mes projets so's de moitié; Mes nuits seront pour ma berbère, Mes jours seront pour l'Amitié.