‹ Œuvres complètesChapitre 403 sur 416 · A VOLTAIRE · texte numérisé non relu

A VOLTAIRE

A son arrUéc à Paris , en 1778.

J'ai voulu voir ce phénomène

Qui met Paris en mnuiement.

Ce dieu brillant de rilip|30crene

Qui nous revieni du firmament.

Mais un .Sui.sse à ti iple m.Ulioire,

A mon aspect .s'elfa oiichant :

• Votre nom , dit-il , proniplement ?

— Il n'e.sl pas pvoné par la gloire:

Je ne suis M .., ni Clément,

iSi Sabalier le transcendant.

Bien loin du lemple de iMénioire,

Par malheur et dans mon printemps.

Je soupire pour ma Délie

Des vers qu'elle trouve charmans ;

Je m'enivre de cei encens,

Et prefire, dans ma folie.

De ses beaux yeux les irails perçans.

Ses baisers acres el poigiuins ,

Aux palmes de l'Académie.

Mais 1res borné dans mes talens,

Jamais mon Apollon timide

N'osa rimer une hiroide,

Ilélas! ni drames larmoyans.

— L'ami , vous n'êtes pas des nôtres,

Dpgueriii>sez sans compliment.

— Mon cher, soyez plus indulgent:

Les dieux sont meilleurs que nous autres;

Ils ne veulent (pie de la foi :

So'ivenez-vrus que les apnires

Étaient ignoraus comme moi. •

EPIGRAMME

Zelmire parle, parle, et toujours ril et rit ;

D'oi] fui provient ce rire exiri'me?

Jen'ensaisrien, d'honneur; mais,Dieu!qu"ellead'esprit! i)i se connaissant bien , elle rit d'elle-uiéme.

PIÈCES FUGITIVES

A DÉLIE

Aimnns , ô ma chère Dt'lie !

Aimons jusques au derniei- jour; Cueillons, en passant, sur la ue.

Les fleurs léj;èi'es de l'Aniour.

Du ciel la bonté secourable Donna pour nousl'élre an plaisir, Et, pour le rendre plus aimable, Mit près de lui le doux désir.

Suivons tonjom-s sa pente aisée; Qu'il meure et renaisse toujours.

Et descendons dans l'Élvsee Portés sur le char des Amours.

Aimons pendant (|ue règne Flore, Aimons sous les leux de l'été, Et que l'hiver non* trouve encore Dans les bras de la Volupté.

Et si noire âme est immortelle.

Si nous voyons les so.nbres bords, Des vrais amans, parfait modèle, Aimons dans l'empire des morts.

A LA FORTUiNE.

O toi f|iie l'univers adore!

Qui d'un re;;ard fais nos destins, Fortune, à mon tour je t'imp'ore, Jette sur moi des yeux sereins.

Mais ne crois pas cpi'un bien frivole Allume ma cupidiié; Tout l'or que roule le Pactole ■yaul-il la douce pauvreté ?

Des bonneurs je fuis la chimère, Le bonheur n'est point à la cour; Aux vains coidoiis mon ca'ur préfère Un ruban donné par l'.Vmour.

Je veux une simple chaumière Que Phébus re,;arJe en naissant; Un petit bois que la lumière Caresse d'un rayon mourant.

Je veux qu'une onde fn;;ilive Baijsne mon ciiamp et mes trésors, Et que sa voix doiKC et plaintive M'invite à rêver sur ses bords.

Je n'aimerai qu'une maîtresse; C'en est assez, je n'ai qu'un cœur; Délie a fixé ma lendicsse.

Elle suffit à mon bonheur.

Et toi , Délie , âme céleslc.

Soutien , ornement de mes jours.

Accours, viens de mou toit modeste Faire le temple des Amours.

C'est 15 qu'an lever de l'Aurore L'Amour hâtera ton réveil ;

C'est là que mes baisers encore , Le soir suspendront ton sommeil.

Viens aussi dans ma solitude, Douce Amitié, pn fcnt des rieux ; Viens, les faveurs, l'amour, l'étude, Rendront mes jouro délicieux.

Fortune , écoute ma prière ; Dans mes projets so's de moitié; Mes nuits seront pour ma berbère, Mes jours seront pour l'Amitié.

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